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ZAZY - mon blogue de lecture

Eric Pessan - La fille aux loups

26 Avril 2015, 16:29pm

Publié par zazy

 

La fille aux loups

Eric Pessan

Vu par Frédéric Khodja

Editions du Chemin de fer

novembre 2014

72 pages

ISBN : 9782916130668

 

4ème de couverture :

Anna et ses deux frères se retrouvent pour vider la maison familiale, après la disparition de leurs parents. Confrontés aux non-dits, à l’impossibilité de communiquer, ils renouent, dans le jardin, avec le jeu du loup de leur enfance. Resurgissent alors les fantômes du passé, qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui : une fratrie incapable de faire face aux souvenirs, d’affronter ses fêlures.
À mots couverts et par touches délicates, Éric Pessan excelle à dénouer les fils d’une histoire familiale impossible à surmonter.
À partir de matériaux iconographiques éclectiques, Frédéric Khodja jalonne le texte d’indices, et le blanc de la page, le vide des formes découpées, d’évoquer la pesanteur du silence.

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Eric Pessan met le doigt là où ça fait mal. C’était déjà le cas avec Muette.

Ici, une fratrie en complète déliquescence se retrouve pour débarrasser la maison des parents disparus avant sa mise en vente.

Dès les premières lignes, j’ai ressenti la gêne qu’il y a entre les deux frères et la sœur. Difficile, pour eux, de se réapproprier, ne serait-ce qu’une journée, la maison de leur enfance. Les souvenirs ressurgissent.

J’ai supputé, deviné, mais pas entièrement. Rien n’est dit explicitement. L’attitude d’Anna, toute épine dehors, cette incapacité à se toucher, à se parler, pourquoi ? Et ce jeu du loup, où chacun sursaute lorsque l’autre le touche, ce jeu puéril, joué sans joie, histoire de ne pas se parler, de retarder le moment où. D’ailleurs se parler, ils ne le peuvent pas, plus ?

Par petites touches, Eric Pessan dévoile, sans dévoiler, tout en soulevant le voile de leur enfance commune.

Il y a dans le titre de ce livre un rappel du jeu et de l’expression populaire « voir le loup ». Anna a vu le loup et en reste blessée à vie, tout comme ses deux frères. Le jeu est allé trop loin, beaucoup trop loin. Ils ne peuvent et ne savent comment affronter cette épreuve. « Parler n’a pas été, n’est pas, et ne sera pas possible. Trois loups s’accrochent aux branches d’un roman familial complexe dont le tronc se perd bien au-delà de ce qu’ils savent eux-mêmes. »

Encore cette inaptitude des parents de voir, de supposer ce qui se passait sous leurs yeux, parents effacés, aveugles ou qui ne veulent ou n’osent pas voir et savoir.

Les illustrations de Frédéric Khodja, sa mise en page soulignent l’angoisse, la peur, le silence ; comme cette femme tronquée aux prises avec des mains que l’on devine hostiles.

Cette collection des éditions du Chemin de fer, «vu par », très originale, m’a offert deux petits bijoux de lecture.

 

 

 

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Patrick Da Silva - Jeanne

26 Avril 2015, 15:28pm

Publié par zazy

Jeanne

Patrick Da Silva

Vu par Noémie Privat

Editions du Chemins de Fer

novembre 2014

72 pages

ISBN : 9782916130682

 

4ème de couverture :

On m’a offerte en récompense. On a fait de moi son épouse ; j’ai été son épouse.

Deux ans durant, chaque nuit nous avons partagé la même couche ; et sur ces deux années seuls les trois derniers mois ne furent pas occupés à la guerre. Vous n’ignorez pas, personne dans le royaume ne l’ignore, qu’à sa demande je l’ai suivi de bivouac en bivouac, que l’on m’y a autorisée – nos armées sous ses ordres, souvenez-vous en, défaisaient l’ennemi dans ses propres contrées – que l’on m’a autorisée à loger dans sa tente.

Deux ans durant, chaque nuit, nous avons partagé le lit conjugal. Et que croyez-vous que nous y fîmes nuit après nuit dans le lit conjugal ?

Nous baisâmes vos éminences ! Et plus ardemment encore dans ce temps de la guerre ou mon époux chaque jour risquait sa vie. Il la risquait heure après heure en provoquant ses hommes à soutenir l’étiage de sa témérité. Et moi, chaque jour, moi je tremblais qu’on me le ramenât sur une civière, mort ou agonisant.

Au Moyen Âge, un royaume assiégé de toutes parts est sauvé de la déroute par l’intervention d’un mystérieux chevalier. Pour le remercier, le roi accède à sa demande et lui offre la main de Clémence, sa propre fiancée. À la mort du souverain, c’est le chevalier qui est désigné comme successeur du trône.

C’est à ce moment de l’histoire que Patrick Da Silva construit son récit, à travers les voix de trois femmes : Clémence, reine ardente et éphémère, Mathilde, maîtresse éconduite du roi, et la mystérieuse Jeanne.

Ces trois monologues s’entrecroisent et reconstituent les faits devant un tribunal. Car c’est bel et bien à un procès que nous assistons, tenus en haleine jusqu’à la révélation finale de l’infamie que l’on juge.

Dans une langue incandescente, Patrick Da Silva nous offre un texte nourri des mythes historiques – à commencer par celui de Jeanne d’Arc – pour livrer une réflexion captivante sur le pouvoir, le désir et la féminité.

Noémie Privat glisse avec légèreté ses dessins délicats dans le déferlement du texte, griffe les pages d’enluminures malicieuses, emplit les marges de frises beaucoup moins innocentes qu’il n’y paraît.

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Les premières phrases donnent le ton. Nous assistons à un procès en un siècle passé, le Moyen-âge pour être précise, le vocabulaire en atteste.

Trois femmes, trois monologues qui se percutent les uns les autres, des phrases qui sont comme des flèches enveloppées de haine, de vengeance, de désir.

Clémence que l’on a offerte, c’est le mot qu’elle emploie, au preux chevalier qui a permis la victoire alors qu’elle était la fiancée officielle du roi.

Mathilde, la maîtresse répudiée de ce même roi.

Jeanne, que l’on sent d’une plus basse extraction, femme de caractère.

Clémence et Jeanne font face à des juges. Dès le début je sens ce que ce procès à de crucial.

Jeanne, la rebelle, Jeanne, marquée du sceau de ses maîtres, comme le bétail. Jeanne, celle qui n’a jamais connu le sein maternel dévolu aux filles des maîtres, Béatrice et Clémence. Pourtant, elle a eu un destin hors du commun. Ces hommes, même son roi furent à ses pieds.

Jeanne, quelle est belle dans sa colère ! Elle brûle de sa colère. Petit jeu de mot car l’auteur utilise là le mythe de Jeanne d’Arc.

Clémence n’est pas en reste qui se voit couverte d’opprobre alors qu’elle n’a fait qu’obéir aux ordres de ces « Monseigneurs » dont ses propres frères.

Mathilde a le mauvais rôle. Répudiée par son Roi, pleine d’amertume qui voudrait comprendre, qui cherche le pourquoi et…

J’ai aimé la révolte de ces femmes qui mettent les juges face à leurs contradictions, leur lâcheté, leur hypocrisie. Ces femmes qui osent parler de leur amour avec tant de sensualité, d’audace, qui se battent malgré l’inéluctable.

Les dessins naïfs de Noémie Privat sont comme des enluminures très explicites, à la fois précieuses et coquines. Les dessins appuient le texte. Ainsi, Jeanne et ses cheveux en forme de chèvre, le portrait très altier de Mathilde…

Une collection superbe. C’est un livre-voyageur qui m’a emmené au pays des passions pour mon plus grand plaisir.

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Fanny Saintenoy - Les notes de la mousson

23 Avril 2015, 21:38pm

Publié par zazy

Les notes de la mousson

Fanny Saintenoy

Editions Versilio

Avril 2015

ISBN : 9782361321208

 

 

4ème de couverture :

Kanou, un petit prince choyé par tous, grandit dans la douceur et les couleurs de Pondichéry, mais quand sa mère, Galta, remonte le fil de son passé, elle découvre les vestiges d'un secret de famille qui va menacer le monde idyllique de son fils. Seule Angèle, à Paris, connaît l'histoire douloureuse qui les lie tous les trois, une vérité sombre qui changera leurs destinées.

Après le succès de Juste Avant (prix de la Plume d'argent), Fanny Saintenoy explore les liens qui unissent des personnages en quête d'identité à travers plusieurs générations.

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J’ai d’abord cru un livre de nouvelles, tant je ne trouvais aucune relation entre les premiers chapitres. Page après page, surtout en fin de livre, ce qui est normal me direz-vous, le voile se lève, les cercles s’entrecroisent, les sous-entendus deviennent vérité.

J’ai été sensible à l’écriture de Fanny Saintenoy, mais… et oui, il y a un mais ! Je n’ai pas été touchée par cette histoire, je suis restée sur les trottoirs des rues de Pondichéry et de Paris. Je n’ai aucunement été touchée par le destin des personnages de ce roman.

Je suis assez déçue par ce livre trop long pour une nouvelle, trop court pour un roman à rebonds, trop convenu. Fanny Saintenoy ne fait que surfacer les choses, il manque de la matière, alors qu’il y a de quoi ; entre la mort des jeunes mariés, cette enfant recueillie par Colette, le départ brusque, la séparation, Pondichéry tout autour, les parents de Colette... J’aurais aimé des personnages plus approfondis, des détails plus fouillés. La fin brutale m’apparait comme tronquée. Je suis sortie de cette histoire frustrée.

Livre lu dans le cadre d’une opération masse critique de Babelio en lien avec les éditions Versilio

D'autres avis sur Babelio, chez aifelle, Mimi

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Voici pourquoi

23 Avril 2015, 12:43pm

Publié par zazy

Voici pourquoi

Voici pourquoi je suis muette.

Le club des cinq a débarqué à la maison, avec notre accord, et ça déménage !!

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Pascal Garnier - Chambre 12

13 Avril 2015, 20:34pm

Publié par zazy

Chambre 12

Pascal Garnier

Editions Flammarion

140 pages

Août 2000

ISBN / 9782080679512

 

4ème de couverture :

Charles est veilleur de nuit dans un modeste hôtel du treizième arrondissement. Une vie minuscule, que rythment les " bonjour-bonsoir " - ceux des clients, représentants ou étudiants fauchés, ceux de Malika la caissière, ceux de ses copains du Balto. Une vie entre parenthèses, une vie à l'abri de la vie. Puis un soir " elle " arrive, improbable dans son grand manteau blanc, anonyme derrière les verres fumés de ses lunettes, protégée par le casque de ses cheveux métal, la locataire de la chambre 12. Sans savoir qui elle est, chacun croit la connaître, car elle est celle que nous attendons tous... Charles va lui prendre la main pour ne plus la lâcher.

L’auteur :

Pascal Garnier,  né en 1949 est décédé le 5 mars 2010. Après deux recueils de nouvelles parus chez POL, il construit une œuvre originale, aux marges du roman noir (" La Solution esquimau " ; " Trop près du bord, Fleuve noir " ; " L'A 26 ", Zulma, 1999) et saluée par la critique pour " sa poésie noire ", " cet art déchirant de dire en quelques traits aussi aigus que tendres les petites gens. " (Michel Abescat, Le Monde des Livres).

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Charles se réveille au son de son radioréveil et commence alors une journée morne qu’il continuera comme veilleur de nuit dans un hôtel du 13ème arrondissement parisien. Rien de fringant chez cet homme fatigué, qui vivote plus qu’il ne vit. Sa seule passion : la lecture. Passion qu’il a contractée en prison. Oui, c’est un ancien taulard qui se méfie de la vie. « Toutes les vies, même la plus nulle, lui paraissaient cent fois supérieures à la sienne. D’ailleurs, il l’avait oubliée. »

Charles vit entourés de paumés comme lui, sans passé, ou un passé à oublier, au présent terne rien à quoi se raccrocher. Quant à l’avenir, n’en parlons même pas, rien à dire, rien à signaler, ou si peu. Pourtant, ils auront leur petite étincelle de joie, leurs petits bonheurs. C’est peut-être ça qui leur permet de supporter leurs mornes existences… ou pas.

Rien de bien passionnant et pourtant, Pascal Garnier réussit à m’intéresser à Charles qui est l’archétype du raté. Ce que j’ai aimé dans ce livre ? C’est sa façon d’écrire, de décrire des riens, les gens, de son écriture imagée, sans jamais que ce soit vulgaire. Ainsi la description d’Arlette page 47 « Arlette portait une robe vert pistache auréolée de sueur sous les aisselles, une paire de lunettes noires à monture dorée et un sourire qui la faisaient ressembler à une grenouille épanouie accoudée au guéridon comme à une feuille de nénuphar. Ses chaussures, déformées par tant d'allées et venues, s'étalaient sous la table telle une paire de palme. C’est la description d’un monstre de vulgarité, mais à lire ces lignes, J’ai aimé Arlette. A l’opposé d’Uta, celle que nous attendons tous (4ème de couverture) « Elle était très grande, portait des cheveux blonds cendrés, presque argent, coupé au carré comme un casque, et des lunettes noires. Sa voix teintée d’un léger accent germanique, semblait venir de très loin, grave, plus grave que celle de beaucoup d’hommes. »

Un très bon livre dans la lignée de « La théorie du panda ».

 

Derrière la vitre de l’hôtel, il vit disparaître sa patronne, semblable à Mary Poppins, accrochés des deux mains à son parapluie.

Uta était accompagnée d'un type dont la jeunesse ne semblait avoir fait qu'une brève apparition dans sa vie, flou de la tête aux pieds, plus beige que gris. Ses oreilles diaphanes et son nez pincé prouvaient qu'il n'avait pas beaucoup de temps pour faire des projets d'avenir. Ses yeux regardaient en dedans, pareils à des nœuds de bois.

Charles vida la moitié de la sienne d’un trait. Une goutte glissa de sa bouche à son menton, de son menton à sa poitrine, et se perdit dans les poils. Il ne chercha pas à l’essuyer, la laissai le chatouiller comme une coccinelle. Arlette s’était laissée aller, appuyée sur un coude, sa bouche ventouse tétant le goulot de la bouteille. Sa robe verte découvrait le haut de ses cuisses, laissant entrevoir la coque blanche de sa culotte.

De l’hôtel à son appartement, Charles compta huit cent treize pas, exactement autant que de chez Raskolnikov au domicile de l’usurière.

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Claudie Pernusch - L'inattendu

10 Avril 2015, 14:01pm

Publié par zazy

 

Claudie Pernusch

L’inattendu

Editions Belfond

Avril 2015

181 pages

ISBN : 9782714460349

 

4ème de couverture :

Qui est la jeune fille que Viviane aperçoit dans les collines de Montbury ? Pourquoi n'est-elle pas en classe et que fait-elle, seule, dans la fraîcheur de l'automne ? Lorsque l'étrange adolescente apparaît dans son jardin, l'instinct maternel de Viviane se réveille : des enfants, elle en a rêvé mais n'en n'a jamais eu. Pourquoi n'hébergerait-elle pas celle-ci ? Le chalet de Viviane est un refuge apaisant pour Cosima, qui s'y installe très vite.

En secret, Viviane se délecte de son bonheur et du lien qu'elle s'applique à tisser... Et le ravage maternel peut commencer : les liens du sang ne sont pas indispensables au désir d'être mère. Mais à une parfaite inconnue peut-on vraiment imposer jusqu'à l'étouffement la démesure de son amour ?

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Claudie Pernusch est plus connue sous le nom de Sandrine Pernusch, auteur de livres à succès pour la jeunesse chez Bayard, Hachette, Grasset, Magnard, Casterman, Hatier, comme Mon je me parle (Casterman, 1996), au programme des écoles, et Faustine et le souvenir (Casterman, 1998) ou encore Un Fantôme en Classe Verte (éditions Rageot, 1995). Beaucoup sont traduits en plusieurs langues.

Elle a ensuite décidé d'écrire pour les adultes et publié deux romans chez Albin Michel, Le Destin de madame Picmol (2006) et Le Cartable à musique (2009). Une visite surprise est paru en 2013 aux éditions Belfond. L'Inattendu est son nouveau roman.

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Un chat abandonné se choisit une nouvelle maison plus qu’un nouveau maître. C’est ce que fait Cosima avec la maison de Viviane.

Viviane, alerte retraitée, vivant seule dans son chalet recueille donc Cosima, petit chat écorché un soir d’automne. Viviane, cette femme mûre qui n’a jamais pu fonder une famille et avoir les enfants qu’elle aurait tant voulu avoir. Alors, ce petit bout de femme, à peine sortie de l’adolescence, pourquoi ne pas l’accueillir chez elle, hein, pourquoi ? Elle a de la place, du temps libre, de l’amour à revendre.

Cosima va faire sa petite pelote chez Viviane, mais restera chaton, refusant toute entrave à sa liberté.

Comment faire lorsque l’on a un trop plein d’amour à déverser, un amour maternel tout neuf, pour ne pas étouffer le chaton ? Viviane décide, qu’après tout, on ne meurt pas de trop d’amour et court le risque. Elle vit sur un nuage lorsqu’elle apprend que Cosi est enceinte et que d’un seul coup, elle va devenir mère et grand-mère ! Claudie Pernusch décrit les affres de l’amour, de la jalousie, du besoin de l’autre. Souvent le petit nuage se transforme en gros nuage orageux. On ne met pas un petit chat sous un globe de verre comme le bouquet de mariée de nos grands-mères.

Cosima enceinte, a besoin que quelqu’un s’occupe d’elle et elle a très bien ciblé Viviane. Est-ce une opportuniste ? Peut-être, d’autant que Claudie Pernusch donne l’impression que, de la part de la jeune femme, tout est calculé, pensé dans ses relations avec Viviane, comme son carnet dépassant du matelas.

Cosi avait besoin de se refaire une santé, sans vouloir s’attacher. De toute façon, lorsque l’on n’est pas bien dans sa tête et dans son corps, on ne peut donner de l’amour, on ne peut que recevoir pour rassembler les morceaux du puzzle. C’est ce que fait la jeune femme sans vouloir prêter attentions aux ravages qu’elle fait autour d’elle.

Peut-être la petite graine de l’amour maternel de Viviane poussera-t-elle plus tard.

Comme dans son précédent roman, une visite surprise, Claudie Pernusch s’interroge sur la parentalité. Les descriptions de la nature autour du chalet sont belles, c’est un régal de se promener avec Viviane dans la lande.

Je remercie les Editions Belfond pour ce très agréable moment de lecture.

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Rémi David - Lava

9 Avril 2015, 21:16pm

Publié par zazy

Lava

Rémi David

Editions le Tripode

Janvier 2015

128 pages

ISBN : 9782370550392

Parution: 29 janvier 2015

 

 

4ème de couverture :

L’av n’

Savait pas. Qu’elle avait.

Un baba. Dans l’bidus.

L’auteur :

Rémi David est né en 1984. Lava est son premier texte publié.

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Un tout petit livre que j’ai mis, pourtant, un certain temps à lire. Je ne pouvais pas en lire plus de 4 à 5 pages par jour tant l’émotion me prenait à la gorge. A suivre la ponctuation, qui montre le désarroi de Lava, je me suis surprise à déclamer à haute voix les mots de Rémi David. Parlons-en de ces mots inventés, broyés, que l’on reconnait pourtant par leurs proximités avec leurs « synonymes » en bon français. Quelle douleur, quel désarroi à travers ces mots tronqués, ces phrases hachées, comme la vie de Lava.

Cette jeune femme instruite et intelligente ne peut sortir, je voudrais presque dire accoucher, de sa souffrance que par ce langage tripal. Elle ne sait dire autrement les faits. Raconter son père qui a abusé d’elle, son frère mort, sa passion pour le Lièvre qui tourne à la tiédeur. Et puis son corps, qui refuse le baba qui pousse en elle, comme si ce corps, trop tôt abusé, ne lui appartenait plus. La naissance du baba et… l’indicible. Lava est seule, terriblement, horriblement seule devant le mur des gens, les murs de la prison, ses propres murs qu’elle a érigées. Ce long monologue est une longue déchirure, une lente introspection.

Un livre qui, de prime abord, désoriente mais qui laisse une empreinte profonde dans mon ventre reptilien et mon esprit. Les mots inconnus, la ponctuation ont accentué mon écoute de Lava.

 

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Guillaume Siaudeau - La dictature des ronces

6 Avril 2015, 20:03pm

Publié par zazy

La dictature des ronces

Guillaume Siaudeau

Alma Editions

Mars 2015

184 pages

ISBN : 9782362791475

 

4ème de couverture :

Un petit bout de terre perdu au milieu de la mer, un bouchon dans l’eau qui attend que ça morde. C’est là, sur l’île de Sainte-Pélagie, que s’installe un été le narrateur. Son ami Henri parti en voyage lui a confié la garde de la maison, du chien et du jardin. Une aubaine pour le narrateur qui s’ennuyait ferme. Bien décidé à sauver le potager des ronces et sa vie de l’atonie douce, il prend ses marques, observe le paysage, arpente ce nouveau territoire. Et fait d’étranges rencontres : un enfant inconsolable, un maire iconoclaste, un voisin au lourd secret, deux chasseurs d’étoiles… Petit à petit il prend d’affection pour cet endroit unique et surprenant. L’île pourrait tout aussi bien être un bouchon dans l’eau qui attend que ça morde qu’une planète perdue dans l’espace…

L’auteur (site de l’éditeur) :

Guillaume Siaudeau est né le 16 décembre 1980. Il vit à Clermont-Ferrand. Son premier roman, Tartes aux pommes et fin du monde, est paru en 2013.Né le 16 décembre 1980, Guillaume Siaudeau vit à Clermont-Ferrand. Après Tartes aux pommes et fin du monde (Alma, 2013), son premier roman La dictature des ronces (rajouter le lien) est son deuxième roman.

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La dictature des ronces, je connais, je la subis dans mon jardin, alors ce livre avait de quoi me plaire. Une grosse envie de savoir comment le narrateur allait s’en sortir.

C’est qu’il en est plein de ronces notre narrateur ! Les ronces du désespoir, les ronces du désarroi, les ronces du renoncement, les ronces de l’ennui. Oui, tout allait mal chez lui. Son meilleur ami du moment, enfin, plutôt celui de ses fesses : un canapé. Il s’y enfonce au propre et au figuré. Heureusement, Harry, en lui proposant de garder sa maison et son chien, sur l’île de Sainte Pélagie, va lui permettre de rompre la relation très étroite qu’il a avec ce meuble. Sainte Pélagie, dans les temps anciens, était une prison. Quitter la prison de son canapé pour la prison d’une île, est-ce bien raisonnable ?

Cette île a une réputation bizarre, même le maire, rencontré à l’embarcadère, n’y recommande pas les séjours, c’est dire.

Outre Snoopy, capitaine du navire faisant la navette avec le continent toujours plus que moins ivre, il fait de très curieuses rencontres. Un petit garçon aveugle qui, assis sur la jetée, appelle son père dès qu’il entend un bruit. Il se soule avec Snoopy et ses copains qui l’emmènent sur une île mystérieuse pêcher des étoiles. Il fait la connaissance d’une bibliothécaire qui ne prête que des livres tristes et joint au prêt un mouchoir en papier, d’un lanceur de couteaux en mousse… Il se promène avec le chien à trois pattes d’Harry et découvre l’île qui, petit à petit, le prend dans ses bras. Il désherbe le jardin d’Harry, ôte les fameuses ronces, subit une grosse tempête, fait connaissance avec son curieux voisin… Tant et si bien que le mois passe à une vitesse folle et qu’arrive le retour de son ami. Il a débarrassé le jardin d’Harry de ses ronces et son esprit se libère, après en avoir récolté les mûres qui ont la saveur d’un bon livre, de ses propres ronces.

« Bonjour Monsieur, vous avez pensé à mettre du sable dans vos chaussures ? » le gamin qui lui pose cette question au début de son séjour peut paraître farfelu, mais…

Une lecture qui m’a enchantée. Une jolie façon d’évoquer le spleen du trentenaire ne quittant pas son nombril des yeux. L’écriture de Guillaume Siaudeau est charmante, délicate, teintée d’humour, d’ironie. Une jolie découverte lue en une soirée.

Il ne me reste qu’à m’attaquer aux ronces qui commencent à emprisonner le sapin. J’avais apprécié, toujours du même éditeur « La fractale des raviolis » de Pierre Raufast.

Merci Aifelle pour cette très agréable lecture.

 

"Bonjour Monsieur, vous avez pensé à mettre du sable dans vos chaussures.
J’ai hésité à m’enfuir.
- Du sable dans mes chaussures ?
- Oui, du sable dans vos chaussures.
Il a enlevé une de ses chaussures dont le fond était tapissé d’une couche de sable de quelques centimètres.
Vous voyez, monsieur, comme ça on ne va plus nulle part à reculons. Maintenant quand je vais à l’école, j’ai l’impression d’aller à la plage. Vous deviez essayer, monsieur."

Tous les livres que nous prêtons sont des livres qui se terminent très mal ou qui ont de fortes chances de vous inciter à pleurer. Si bien que nous offrons le mouchoir en papier avec chaque emprunt.

Une journée de petites souffrances et de modiques réparations. A combler la terre et à se remettre les idées en place. A prendre conscience que la fatigue n’était finalement qu’une récompense du courage. La sueur de l’essence de rêve.

J’ai ôté mes chaussures et en ai tapissé le fond de sable. J’en ai mis une bonne couche puis j’ai plongé les pieds dedans et les ai lacées. Je me suis levé et les premiers pas ont dit la vérité. C’était divin, incroyable

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Elisabeth Alexandrova-Zorina - Un homme de peu

4 Avril 2015, 20:24pm

Publié par zazy

 

Un homme de peu

Elisabeth Alexandrova-Zorina

Traduction de Christine Mestre

Editions de l’Aube

Février 2015

352 pages

ISBN : 9782815909808

 

4ème de couverture :

« L’important, c’est de ne pas oublier que la vie n’a aucun sens et que c’est précisément son sens principal. »

Au-delà du Cercle polaire, une petite ville russe est aux mains de la plus terrible des mafias, de mèche avec les autorités locales corrompues jusqu’à la moelle. Ces hiérarchies sont parfaitement respectées jusqu’au jour où, sans l’avoir vraiment décidé, Savel Férosse le mal nommé, l’homme de peu, intervient pour arracher sa fille aux pattes des voyous. Et c’est bien malgré lui qu’il devient dès lors une sorte de justicier lancé dans une longue cavale, riche en rencontres et en péripéties. L’auteure mène avec une grande maîtrise un roman aux accents de polar qui pose la question de l’attitude individuelle face à la violence sociale, flirte avec le fantastique et met en scène des personnages emblématiques, admirablement campés.

 

« Voilà un roman social original et brillant sur la ­Russie actuelle, écrit dans une prose puissante par une jeune femme pleine de talent. » Zakhar Prilepine

 

« Elisabeth est une écrivaine fabuleuse, avec un univers d’une originalité typiquement russe. » Bernard Werber

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Elisabeth Alexandrova-Zorina est née à Leningrad en 1984. Elle a grandi sur la péninsule de Kola, au-delà du Cercle polaire. Elle travaille dans l’édition à Moscou et prend une part active dans la vie politique russe. Un homme de peu est son premier roman, ­sélectionné pour les prix Debut et NOS, déjà traduit en anglais.

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Vous entrez dans le Fareast, ici, laissez toutes vos illusions, tous vos espoirs.

Savel Férosse, un nom qui sonne viril, mâle, violent, enfin, vous m’avez compris. Savel est timide, effacé, bègue, inexistant, rampant. Donc tout le contraire. Savel Férosse n’est pas féroce mais là où il habite la férocité est comme art de survie.

Ce petit employé de la grande usine minière de la ville où il habite est marié à une femme qui l’écrase, le trompe… et père d’une adolescente rebelle qui changera le cours de sa vie. « Partout et avec tous, Férosse était comme la cinquième roue du carrosse : de trop. »

Tout ceci se passe au-delà du cercle polaire dans une petite ville russe, plus proche de la frontière finlandaise que de Moscou. La pègre est aux ordres d’oligarques moscovites. Composée de brutes épaisses prises très jeunes dans l’orphelinat où le chef va faire ses « emplettes » fait la loi, elle fait peur aux habitants. La Tombe, puis Sam dictent aux juges, maires, policiers la conduite à tenir et les lignes à ne pas franchir. Tout le monde s’accommode plus ou moins bien de ces « arrangements entre amis », jusqu’au jour où Férosse…

Ce livre est un roman noir au pays des tous pourris, même la justice et la police. Cette région est oubliée. Poubelle radioactive, les habitants sont laissés à eux-mêmes et comme la nature a horreur du vide et les humains, besoin d’un certain ordre, la mafia s’en donne à cœur joie et en plein jour. En arrivant dans cette ville, vous laissez toutes vos espérances, vous entrez dans le pays de la désespérance, de la noirceur, aucun espoir n’est permis. Pourtant, une petite lueur dans toute cette noirceur baignée de mauvaise vodka  ; La forêt qui a accueilli et caché Férosse. Il y a mené un dur combat pour ne pas mourir, mais combat je dirais presqu’équitable et humain. Dans la taïga il fera une rencontre très importante, les Samis qui lui sauveront la vie et lui donneront le désir de continuer. Ce peuple a décidé de fuir l’occidentalisation, le progrès et vivent comme leurs ancêtres. Quelle différence entre ceux deux « peuplades ». Les Samis vivent au plus près de la nature, son simples et bienveillants, ne connaissant, apparemment, pas l’envie, le vol… et vivent en communauté. Les russes, âpres au gain, tueraient pour rien, où écraseraient le plus faible, le plus démuni. Dans ce livre, Elisabeth Alexandrova-Zorina par métaphores interposées nous raconte et critique la Russie actuelle livrée aux gangs, où il ne fait pas bon vivre lorsque l’on est intègre ou honnête et humain.

Chers amis, ne prenez pas peur. Bien que dur, ce livre se lit comme un polar, ce qu’il est un peu par l’intrigue (lire la 4ème de couverture). Elisabeth Alexandrova-Zorina a un humour décapant, ironique, âpre qui donne un je-ne-sais-quoi qui fait que je n’ai pu lâcher le livre. Un premier roman brillant, maîtrisé de bout en bout.

J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre qui m’a fasciné.

Yv a aimé

C’est m, c’est ma, c’est ma fi, c’est ma fille !
- On te la prend pour la nuit ! Ricana La Tombe en frottant ses yeux bouffis. On te la rendra demain matin. »

Dans la vie, certains sont nés pour jouer les tire-bouchons et d’autres les bouteilles.

« Il n’y a que dans les séries policières que le bien triomphe du mal » lui disait le vieux juge d’instruction en rigolant et en lui donnant une petite tape sur la tempe. Lui avait gravi deux par deux les échelons de sa carrière.
« Et dans la vie ? C’est le mal qui triomphe du bien ? » Pitchouguine le défit du regard.
« Dans la vie, ils sont de mèche ! » L’autre lui riait au nez.

La ville était si petite que la pègre pouvait la tenir dans son poing. Pour ceux qui n’étaient pas d’accord avec elle, il restait la forêt ; dès lors, c’était le chasseur borgne qui partait à leur recherche. Il lâchait son chien sur les gens comme d’autres sur les animaux, préférant aux peaux de renard les billets poisseux et gras qu’il rangeait, aussitôt les voyous partis, dans la cachette qu’il avait lui-même aménagée sous le plancher.

Si tout le monde affirmait que j’étais le pape, si c’était écrit dans les journaux, si c’était annoncé à la télé, est-ce que vous ne le croiriez pas, capitaine ? Il accompagna sa question d’un clin d’œil.

« Les gens sont malheureux, c’est pour ça qu’ils sont méchants, dit Sevriouga en lui prenant la photo des mains.
- Les gens sont méchants et c’est pour ça qu’ils sont malheureux » répondit Férosse en hochant la tête.

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Antônio Xerxenesky - Avaler du sable

2 Avril 2015, 15:31pm

Publié par zazy

Avaler du sable

Antônio Xerxenesky

Editions Asphalte

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro.

Février 2015

ISBN : 9782918767459

 

4ème de couverture :

Mavrak est une petite ville du Far-West peuplée de pistoleros et de filles de joie, située au milieu d'un désert de sable brûlant. Ici, la sobriété est déraison. Depuis toujours, deux familles, les Marlowe et les Ramirez, s'opposent en une rivalité assassine. Celle-ci se voit bientôt ranimée par le meurtre lâche d'un des fils Ramirez. D'autant qu'un shérif est envoyé à Mavrak pour faire régner la justice dans cette zone de non-droit.

Les haines ancestrales vont se déchaîner, jusqu'à provoquer la résurrection des morts dans une atmosphère de fin du monde pleine de sable et de sang.

L’auteur (site de l'éditeur) :

Antônio Xerxenesky est né à Porto Alegre en 1984. Avaler du sable est son premier roman. Il a collaboré à des journaux, magazines et sites lusophones et anglophones tels que Jornal do Brasil, The New York Times, Newsweek. En 2012, il a été désigné par la revue britannique Granta comme l'un des meilleurs jeunes écrivains brésiliens.

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Mavrak, ville en vrac en plein Far West avec tout ce qu’il faut de clichés comme dans les westerns spaghettis (les seuls que je connaisse !). Deux familles se haïssent, les Marlowe et les Ramirez. Pour le bonheur du livre et le malheur de Mavrak, Un fils Ramirez est tué. Vous vous doutez bien par qui…. Un Marlow bien sûr !! Enfin c’est ce dont le père Ramirez est persuadé. Cette ville possède son saloon à portes battantes, avec le patron Mac Coy et sa très charmante et avenante épouse Mari, maquerelle à (toutes) ses heures. Cette ville (un bien grand mot) n’avait même pas de shérif. Heureusement Thronton débarque, plutôt arrive sur « un chariot tiré par deux chevaux musclés et déterminés » (hé, hé, Zorro est arrivé-é-é…), pour réparer cet oubli et mettre un peu d’ordre dans la cité, mais « invité » par qui ?

Pour en revenir à nos classiques, Antônio Xerxenesky, enfin l’auteur (ce n’est peut-être pas le même) décide que Vienna Marlow et Juan Ramirez s’aime. Une grande pensée pour Roméo et Juliette ou, plus récent, Tony et Maria (West side story).

La haine entre les deux familles est si intense que l’auteur très imbibé de tequila (attention, de la bonne !) convoque le chaman dans son livre. Là, le feu d’artifice de l’enfer débarque. Les morts-vivants se saoulent du sang des vivants-morts, qu’ils tuent dans un joyeux délire, pour en faire des morts-vivants qui…. « Et les morts reviendront à la vie » dixit le chaman. A cet instant du bouquin, je pensais à «La piste des sortilèges » de Gary Victor.

Enfin bref, à la fin de l’histoire, il ne reste que le shérif, la belle Maria et Sergio un petit Ramirez qui se trouve être l’aïeul de l’auteur. Attention je n’ai pas dit d’Antônio Xerxenesky !

Un bouquin à ne pas lâcher. J’ai bouffé du sable, vous savez celui qui crisse sous les dents (ce qui n’a rien d’agréable) à m’en faire sauter l’émail des molaires et j’ai aimé. Ce livre pour déjanté qu’il soit, et il l’est, je vous rassure, est très bien écrit. Cerise sur le gâteau ou plutôt chevrotine dans la carabine, l’écriture, très visuelle plante le décor western dès le début. Même l’arrivée des morts-vivants, pour aussi incroyable qu’elle puisse être, est menée de main de maître-diable.

Les éditions Asphalte m’avaient déjà régalée avec « La vie est un tango » de Lorenzo Lunar. Avec eux, je voyage en classe « tourisme » et j’en redemande!

Merci Pierre

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