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ZAZY - mon blogue de lecture

Emmanuelle Cart-Tanneur - L'effervescence du pianiste

29 Mars 2015, 15:33pm

Publié par zazy

 

L’effervescence du pianiste

Emmanuelle Cart-Tanneur

Editions Jacques Flament

Décembre 2014

164 pages

ISBN : 978-2-36336-153-0

 

 

4ème de couverture :

Je vous parle d’un autre monde.
Dans ce monde que j’ai inventé, les vieux papiers discutent, les saisons prennent le large, les vents fleurent bon le passé et les arbres s’évadent de prison…
Dans ces drôles de vies-là, que l’on soit enfant ou vieillard, riche ou pauvre, de chair et de sang ou bien inanimé, on n’aspire qu’à une chose : le bonheur.
Et si ce bonheur tend à se cacher parfois, tous finissent par le toucher du doigt, du bout du cœur, du pinceau ou même, pourquoi pas, de l’oreille, car il suffit de rester à l’écoute pour ne pas le rater. Alors, éclateront les couleurs, s’envoleront les carcans et résonneront les hymnes à la joie de revivre.
Des contes de fées pour adultes consentants – parce que les happy ends existent, si l’on veut bien y croire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Emmanuelle Cart-Tanneur est biologiste médicale à Lyon mais a laissé, depuis quelques années, sa passion pour l’écriture prendre son envol.
Ses nouvelles, tantôt noires, tantôt folles, flirtent parfois avec le surnaturel sans jamais s’éloigner pourtant du domaine des possibles.

 

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En fin d’année 2014, je recevais un courrier électronique d’Emmanuelle Cart-Tanneur m’annonçant la sortie de son nouveau recueil de nouvelles. Impressionnée par le précédent « Et dans ses veines coulent la sève », je me suis empressée de le commander.

Je l’ai lu à son arrivée et, tellement persuadée que je l’avais chroniqué, je l’avais rangé. Or, il n’en était rien ! Je me suis fait un plaisir d’une relecture et suis retombée sous le charme.

Ici, il faut laisser son côté cartésien au placard et se laisser bercer par les mots.

Une marchande de quatre saisons décide de vendre son étal aux enchères et, les quatre saisons, mécontentes d’être séparées, s’envolent à la recherche de la marchande. Cette nouvelle, je l’avais lue et approuvée lors d’un concours de nouvelles.

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais les factures ont une âme, si, si, je vous le promets. Les voyages en mer peuvent révéler des failles lorsque l’on est un marin rêveur. Les fleurs, les notes de musique volent au secours d’un immense chagrin. La nuance et le ton se donnent la main pour sortir le monde de l’uniformité et réveillent le flou. Dans ce recueil vous trouverez des retours à l’enfance tentateurs et des petites filles tentatrices... Même la Vénus de Milo connaîtra le prix de la liberté.

J’aime le monde d’Emmanuelle Cart-Tanneur où les objets inanimés ont une âme, nous l’offrent avec, en prime, beaucoup de poésie. Dans ce recueil, la musique joue un grand rôle, que ce soit avec les notes ou avec les mots. J’aime beaucoup la photo de la couverture (photo de Michaël Tirat) bien qu’elle ne reflète pas la poésie, le côté positif et parfois mutin de ces nouvelles.

Merci Emmanuelle Cart-Tanneur pour ces très moments de folie douce et d’espoir. Je comprends que vous aimiez les nouvelles de Bernard Quiriny que j’ai moi-même beaucoup apprécié dans « L’angoisse de la page blanche ». Merci pour votre gentille dédicace. J’ai aimé vos bulles de légèreté.

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Ambai - De haute lutte

27 Mars 2015, 20:31pm

Publié par zazy

De haute lutte

Ambai

Editions Zulma

Février 2015

224 pages

ISBN 9782843047022

 

4ème de couverture :

« Ce n’était pas à une forêt ordinaire que Chentiru pensait, mais plutôt à la forêt des poèmes classiques tamouls, au cœur de laquelle une eau pure comme le lait se jette en cascade entre des parois rocheuses où s’accrochent des ruches sauvages. Elle voulait séjourner dans une forêt. Une forêt pour laisser derrière elle les bruits de voitures, de conversations, de pas, d’appareils ménagers. »

C’est ainsi qu’on entre, par la puissance du verbe et de l’image, dans l’univers si singulier d’Ambai. Qui nous mêle sans crier gare à la destinée de femmes on ne peut plus habitées – écrivain, musicienne, éditrice, ou femme au foyer par accident –, bousculant soudain, à la faveur d’un geste, d’un départ, d’un renoncement, leur monde tel qu’il est.

Avec son écriture limpide soudain balayée par un trait percutant, Ambai donne au short cut toute l’ampleur du temps romanesque.

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Née au Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, Ambai vit à Bombay. Écrivain, traductrice, universitaire reconnue, elle compose patiemment une œuvre de fiction, qu’elle a choisi d’écrire en tamoul.

À travers les quatre longues nouvelles qui composent De haute lutte, Ambai explore avec une finesse infinie – et une étonnante liberté de ton – toute la complexité du statut des femmes dans l’Inde d’aujourd’hui.

Inédite en français, l’œuvre d’Ambai est une immense découverte.

 

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4 nouvelles qui me font entrapercevoir la vie de 4 femmes Tamoules. Chentaramai, Châyâ, Cempakam et Chentiru ont pour elles une certaine culture ou une culture certaine et de se trouver mariées à des hommes qui, en toute logique indienne, les étouffent. Une fois mariée, elles n’existent plus, perdent toute importance, deviennent quasi invisibles.

Que la femme indienne tamoule soit jeune ou dans la force de l’âge, elle doit lutter contre la tradition, contre l’enfermement moral Quelle qu’elle ait été avant son mariage, une fois unie au destin d’un homme, elle n’est plus rien que son ombre.

 

Chentaramai découvre, ce qu’était, dans la vraie vie, son père, poète reconnu et renommé, ses agissements envers sa femme et la maison d’éditions que son père lui avait léguée.

Châyâ élabore des lois dans sa tête à l’encontre des maris comme le sien. C’est le moyen qu’elle a trouvé pour supporter le quotidien avec un homme méprisant à son encontre, grippe-sou. La pensée, le rêve, d’un possible divorce lui a traversé l’esprit.

 

« Dites-moi ce qu’il y a de révolutionnaire à dire qu’une veuve ne peut espérer retrouver l’accès à une vie digne de ce nom qu’en se remariant ? Nous devrions plutôt l’aider à étudier et à trouver un travail. »

« Quand vous affirmez qu’il est nécessaire de lui associer un homme pour lui offrir un nouvelle vie, c’est comme si vous disiez qu’elle doit toujours rester sous le contrôle d’un représentant du genre masculin, qu’elle doit se glisser dans son ombre, qu’il est son seul refuge possible. » Ces tirades de Râmasâmi, mère de Chentaramai me paraissent être un très bon raccourci aux quatre nouvelles d’Ambai.

Cempakam, chanteuse et musicienne hors pair, reconnue, élue par son maître Ayya ne chantera plus en public une fois mariée au fils de celui-ci et contre son avis. Mais…

 

Chentiru, elle, est soutenue par son mari mais préfère, les enfants élevés, s’enfoncer dans la forêt pour ne vivre que de poésie et de nature. Dans cette nouvelle s’entremêle la vie de Chentiru, ce qu’elle écrit et la légende.

 

Ces portraits de femme sont très intéressants et montrent qu’il est très difficile, malgré quelques avancées, d’être femme en Inde, de vouloir vivre sa propre vie. Certaines osent se révolter, certaines trouvent des palliatifs pour supporter leurs vies. Comment faire pour respecter la tradition alors que vous voudriez crier à l’injustice ? Comment ne pas se révolter alors que vous avez un don, beaucoup d’instruction et que l’Autre, le mari, veut et doit briller à votre place ? Comment ne pas se révolter alors que vous êtes chef d’entreprise et que les hommes ne veulent pas avoir à faire à vous et vous ignorent ? Comment ne pas réagir face à ces maris, sont toujours en train de récriminer contre leurs femmes, trop chaud, trop de ceci, pas assez de cela, trop cher, tu es la femme de qui… ? Pourquoi cette si grande distance entre les agissements des pères et des maris ? Ces 4 femmes sont très attachantes et montrent, une fois de plus, le poids écrasant de la tradition et la complexité très grande de la femme dans ce pays. Comme souvent, la vie maritale est faite de petites victoires et de grands désenchantements.

L’écriture d’Ambai est belle, poétique, fine, fluide, subtile avec juste ce qu’il faut d’ironie pour ne pas plomber le livre. Aucune pleurnicherie ne vient altérer les descriptions. J’ai aimé sa façon de parler de la musique et de la littérature tamoules, de sa richesse, de son importance. J’ai aimé les traductions de quelques rimes des chants traditionnels. Mon seul regret ? Le glossaire des noms tamouls en fin de livre que je n’ai découvert qu’à la fin de ma lecture.

Les Editions Zulma, grâce à leur volonté éditoriale,  m'ont souvent permis de très belles découvertes

Une belle découverte. Merci Yves

Jostein a aimé

Une fille devrait au moins être capable de cuisiner ! Elle ne sait même pas faire cuire du riz !
Ses études d’abord. Cuisiner, c’est secondaire. Quand elle aura faim, elle apprendra d’elle-même.

Tout homme coupable d’avoir contraint une épouse à céder à ses avances sera assigné à perpétuité dans les quartiers de prostituées !

Il faudrait promulguer une loi qui expose les réalisateurs de films tamouls à des poursuites judiciaires lorsqu’ils représentent la femme en martyre

Comme un élastique étiré jusqu’à la limite de sa résistance, son endurance se brisa net et elle se sentit plus légère.

On l’avait offerte à Bhâskaran, un homme plus âgé qu’elle et plus fort physiquement. Elle était sa propriété au même titre que le sofa et ses coussins. Si son mari mourait, on tirerait un trait sur elle. Rideau. « FIN ». Dans ces conditions que pouvait lui apporter d’avoir lu Freud ?

Alors comme ça, tu as commencé à te faire enseigner par une femme ? Au point où tu en es, pourquoi ne portes-tu pas des bracelets comme elle ?

Il ne connait pas les us et coutumes de notre milieu… Il a engagé des femmes au violon comme au ghâta. Qu’allons-nous faire ?

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Yolaine Von Barczy - Une larme de rhum dans le thé

23 Mars 2015, 09:06am

Publié par zazy

 

Une larme de rhum dans le thé

Yolaine Von Barczy

Editions Baudelaire

Octobre 2014

62 pages

ISBN : 9791020305084

4ème de couverture :

S’éteint-on forcément avec l’âge ? Rien n’est moins sûr. À condition de savoir parfois faire resurgir le croustillant du passé.

Les vieilles dames de ces nouvelles ont toutes délicieusement flirté avec les limites. C’est ce qui les rend si lumineuses. Tour à tour malicieuses, courageuses ou amoureuses, elles nous offrent ce qu’elles ont de plus secret et de plus humain : un soupçon d’indignité.

L’auteur :

Yolaine Von Barczy, 45 ans, est directrice des ressources humaines et passionnée par les rapports humains. Elle a participé à beaucoup de concours de nouvelles dont certaines ont été primées.

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Ah que j’aime les vieilles dames indignes ! Yolaine Von Barczy en 12 nouvelles courtes nous offre un panel de choix !

Quelles soient châtelaine, mère de famille, bourgeoise… ces femmes ont un dénominateur commun : la force de caractère.

La première nouvelle « star system » donne le ton. Surtout ne pas se fier à leur air de personne bien sous tous rapports. Elles ont des petits arrangements avec la vie, que ce soit pour monnayer leur savoir ou « s’amuser » avec des pincées, à dose homéopathique, d’arsenic. Que n’ai-je eu l’inventivité de Yolaine Von Barczy dans la nouvelle « Motivations » superbe qui aurait fait du bien à certains employeurs potentiels qui jugeaient mon âge « avancé ». Jubilatoire. Le petit tablier blanc peut avoir plusieurs significations

Toutes ces dames devant la fadeur de leurs vies y ont mis un soupçon d’indignité, même sur la voie publique. J’ai souri en lisant la fin de cette nouvelle.

Un petit livre qui se lit vite, qui m’a fait sourire,  m’a émue. Un vrai bon moment de lecture.

Merci Jostein.

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Nicolas Cavaillès - Pourquoi le saut des baleines

22 Mars 2015, 16:40pm

Publié par zazy

Pourquoi le saut des baleines

Nicolas Cavaillès

Editions du sonneur

Mars 2015

72 pages

ISBN : 9782916136844

 

4ème de couverture :

Ce court ouvrage, qui tient autant de l’essai cétologique que de la fantaisie littéraire, s’attaque à l’un des mystères les plus coriaces et les plus fascinants du règne animal : les bonds prodigieux qu’effectuent parfois les grands cétacés hors de l’eau. Beaucoup d’hypothèses ont été formulées à ce sujet par les biologistes du comportement, aucune n’a convaincu. L’auteur explore une piste personnelle et théorise sur ce que les baleines se tordant au-dessus de l’océan doivent à l’ennui et à l’absurde ; il invite à considé­rer leur saut comme une victoire sur l’insupportable et comme une manifestation exemplaire de la plus haute des libertés.
« Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n’a pas été tranchée. On dit qu’elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d’un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l’espadon ou le requin, s’étirer, s’amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c’est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l’étroitesse du cerveau et de l’imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? […] Ivresse, libération, secousse non moins absurdes, en dernier lieu, futiles, qui n’apaisent qu’un moment, qu’il faut toujours recommencer, et dont la baleine doit savoir en son for intérieur, dans ce magma d’instincts, de mémoire et d’analyse, la grande vanité. Mais en un monde qui n’est que poussière d’étoile remuée dans un trou noir, la créature, même bardée de ses instincts, gènes et neurones, même flattée par l’héritage multimillénaire de la sélection naturelle, peut goûter un acte aussi gratuit que la totalité dans laquelle elle baigne. Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c’est absurde ? »

 

L’auteur (source de l’éditeur)

Né en 1981, Nicolas Cavaillès est l’éditeur de Cioran dans la Pléiade (Gallimard, 2011) et l’auteur de Vie de monsieur Leguat, paru aux Éditions du Sonneur et qui a remporté le prix Goncourt de la Nouvelle 2014.

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72 pages que je n'ai pas voulu lire d’une traite ou, plutôt, d’une nageoire. Pour essayer de percer le mystère du saut des baleines, Nicolas Cavaillès ne convoque pas moins que Nietzche, Glen Gould, Dostoïevski ! J’ai appris, de façon très ludique et drôle,beaucoup de choses sur les cétacés… mes connaissances en ce domaine sont voisines de zéro. Dans tous les cas, notons-le bien, "les bonds s’offrent comme l’image d’une quête angoissée de liberté" ; j’aime la théorie de la liberté. Quelques questions « métaphysiques » comme celle des limites des océans « Réclusion d’autant plus redoutable qu’elle est abstraite, ne se heurte-t-on pas constamment à l’impossibilité de se cogner contre quoi que ce soit ? » De temps à autre, j’ai côtoyé l’absurde comme l’explication de « la poussée d’Archimède exaspérée ». Un grand moment au pays de l’Absurdie.

Alors, pourquoi le saut des baleines ? Pour un grand moment de liberté, pour déglutir, pour séduire, chasser, s’amuser…. ? Toutes les théories se défendent. Mais chut, pourquoi tout analyser, rationaliser, expliquer. Laissons les baleines sauter pour leur plus grand plaisir et celui des privilégiés qui assistent à ces spectacles.

Nicolas Cavaillès qui dédie ce livre à Gennadi Gor, poète russe, utilise le nous et une écriture un brin surannée, quelque fois savante, toujours maîtrisée qui donne à cet essai un second degré très agréable, oui j'y ai vu de second degré.

Un livre surprenant, une lecture sautillante (c’est la moindre des choses puisqu’il y est question de sauts), brillante. Un très bon moment de lecture que je dois à Libfly et aux éditions du Sonneur que je remercie.

Déjà lu des éditions du Sonneur, dont j’aime la couverture sobre : « Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire» et « Mousseline et ses doubles » de très bons moments de lecture.

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Tiziano Terzani - Un devin m'a dit "Voyages en Asie"

19 Mars 2015, 22:48pm

Publié par zazy

 

Un devin m’a dit

Voyages en Asie

Tiziano Terzani

Editions Intervalles

Mars 2015

Traduction Isabel Violante, avec le concours de Ioana Herman.

464 pages

ISBN : 9782369560142

 

 

4ème de couverture

En 1976, à Hong Kong, Tiziano Terzani rencontre un devin qui le met en garde : « Ne prends surtout pas l’avion en 1993 ! » Seize années plus tard, le 31 décembre 1992, il décide de respecter la prophétie.

 

Pendant un an, il voyage en train, en bateau, en bus ou à dos d’éléphant, et redécouvre une Asie que le voyageur pressé ne connaît plus. Cette année sans prendre les airs est le prétexte pour brosser l’un des tableaux les plus riches et les plus vivants jamais peints de l’Asie, de sa culture propre, de sa spiritualité et de ses peuples.

 

Avec lui, on suit la chasse aux esprits dans les ruelles de Bangkok, l’hystérie géomancienne des généraux birmans, les pelotons d’exécution des khmers rouges au Cambodge, et l’on découvre un continent aux prises avec ses propres démons, écartelé entre une modernisation à travers laquelle se dessinent les prémices de la mondialisation et des cultures ancestrales souvent garantes du lien social.

 

Dans chaque pays visité, Terzani va aussi à la rencontre de nouveaux devins, comme pour jouer avec le prétexte même de son périple et confronter la prédiction initiale aux dires de nouveaux prophètes, pas toujours très inspirés. Mais c’est surtout une façon d’approcher comme personne avant lui la spiritualité propre à ce continent si fascinant. Souvent comparé à Kapuscinski, à Bruce Chatwin ou à Nicolas Bouvier, Terzani signe ici, et de loin, son plus grand livre.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à Florence en 1938 Tiziano Terzani est une légende du grand reportage. Correspondant en Asie de plusieurs journaux européens, il a vécu à Singapour, Hong Kong, Beijing, Tokyo, Bangkok, Dehli et depuis sa mort, en 2004, son œuvre connaît un succès fulgurant dans de nombreux pays.

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« Dans la vie, il se présente toujours une bonne occasion. Le problème, c'est de savoir la reconnaître et parfois ce n'est pas facile. La mienne, par exemple, avait tout l'air d'une malédiction. Un devin m'avait dit : "Attention! En 1993, vous courrez un grand risque, celui de mourir. Cette année-là, ne volez pas, ne prenez jamais l'avion." Cela s'était passé à Hong Kong. J'avais rencontré ce vieux Chinois par hasard. Sur le moment, ces mots m'avaient frappé, évidemment, mais cela ne m'avait pas tracassé. Nous étions au printemps de 1976, et 1993 me semblait encore très loin. Toutefois, je n'avais pas oublié cette échéance. Elle était restée dans mon esprit, un peu comme la date d'un rendez-vous auquel on n'a pas encore décidé si on ira ou non. »

Terziano Terzani décide de suivre les prédictions l’oracle et ne prendra pas l’avion pendant une année. Bon prétexte pour renouer avec l’Asie qu’il a connue quelques années plus tôt, qu’il aime.  Il en voit le changement, la « modernisation », autrement dit l’occidentalisation.

Une année, non pas entre parenthèse, mais une année de flânerie, de méditation, de réflexion, de poésie, de rencontres, de retrouvailles… bref, une année très riche. Le Journaliste, correspondant en Asie de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel redécouvre le plaisir des voyages lents, la vie quotidienne « Tous les endroits se ressemblent quand on les atteint par l’avion, sans un effort minimum : de simples destinations séparées entre elles par quelques heures de vol. »

Dans chaque ville, chaque village, chaque pays où il séjournera il demandera l’adresse d’un voyant. Les résultats ne sont pas toujours à la hauteur, mais… il y a toujours un petit quelque chose. Est-ce l’art divinatoire, est-ce l’habitude d’observer leur « client », est-ce de la psychologie, est-ce son besoin d’y trouver quelque vérité.  En occident, officiellement, on se gausse des personnes qui consultent, « En Asie, en revanche, la sphère occulte sert encore aujourd’hui pour expliquer les faits divers, au moins autant que l’économie et, jusqu’à une époque récente, l’idéologie. ».

Avec ce voyage tout en lenteur il redécouvre la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam… Ce qu’il y voit ne lui plait pas trop. En effet, une occidentalisation (une américanisation) à marche forcée fait disparaître toutes les vieilles habitations, les vieux quartiers et, même, la spiritualité asiatique. Les villes ne respirent plus, aucun courant d’air frais ne vient rafraîchir les habitants, étouffés par les tours, autoroutes construites sans schéma (cela me fait penser à ses autoroutes françaises construites dans des couloirs d’orages, de neige, avec tous les désagréments)

Terziano Terzani nous fait découvrir l’autre face du « progrès », de la modernisation de l’Asie. Ce livre, biographie, carnet de voyage, grand reportage ; un peu roman d’aventure, philosophique, spirituel ne se lit pas d’une traite. Comme l’auteur décide de prendre son temps pour voyager, j’ai fait des escales qui m’ont permis de réfléchir à ce qui est écrit. Oh ! Je vous vois venir ! Non, ce n’est pas barbant du tout, au contraire.

L’écriture, classique, est belle. Je pense que la traduction lui a gardé cette beauté. J’ai aimé ce voyage dans le monde asiatique des sciences occultes. Ce que l’auteur dit sur la destruction de la spiritualité asiatique est plus inquiétant car il me semblait que c’était la base de leur civilisation.

Une pépite qui se déguste sur la longueur. La 4ème de couverture est un très bon résumé. Je ne suis pas certaine d'en avoir bien parlé, mais j'aimerais vous avoir donné l'envie de le lire.

Livre lu dans le cadre de la voie des Indés organisée par Libfly que je remercie pour cette pépite.

 

 

Les navires accostent en entrant avec une lente pudeur dans les embouchures des fleuves, les ports lointains redeviennent des destinations désirées.

Les gares, en revanche, sont vraies, elles sont les miroirs des villes au cœur desquelles elles sont érigées. Les gares sont proches des cathédrales, des mosquées, des pagodes, des mausolées. Lorsqu’on y arrive, on touche vraiment au but du voyage.

Je pense que la grande bataille de notre avenir sera la bataille contre l’économie qui domine nos vies. Changeons nos critères et nos valeurs. Tant que des valeurs telles que la curiosité, le goût de l’autre, de sa différence, le courage, l’honnêteté, l’amitié, auront un impact dans le cœur de l’homme, elles seront le garde-fou de la civilisation

Pense à l’histoire de l’humanité et aux progrès matériels que l’homme a accomplis. Il a allongé sa durée de vie, il est allé sur la Lune. Mais en vérité, il n’a fait aucun progrès sur la voie spirituelle... Il a peur de tout, il se sent en insécurité, il ne sait pas qui il est

Le sort est négociable : on peut toujours s’entendre avec le Ciel.

C’est étrange de se trouver en présence d’une telle infamie, d’en prendre note mentalement, de photographier sans trop se faire remarquer, de chercher à ne pas se mettre en danger, à ne pas causer des ennuis supplémentaires à ces malheureux, pour s’apercevoir ensuite qu’on n’a même pas eu le temps d’être ému, d’échanger quelques mots de simple humanité. On est soudain face à un gouffre de souffrances, on tente d’en imaginer le fond, et tous ce qu’on sait faire, c’est demander : « Et ça » en indiquant les chaînes.

On trouve ce genre de camps partout nous dit Andrew. Les entreprises privées prennent en adjudication la construction des routes et vont prélever le personnel nécessaire dans les prisons. Si des hommes meurent, elles retournent en prendre d’autres.

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Salim Bachi - Le Consul

16 Mars 2015, 21:43pm

Publié par zazy

Le consul

Salim Bachi

Editions Gallimard

Janvier 2015

192 pages

ISBN : 9782070147885

 

4ème de couverture :

En juin 1940, en pleine débâcle, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux, sauva la vie de milliers de personnes en désobéissant à son gouvernement. Entre trente mille et cinquante mille réfugiés de toutes nationalités et religions bénéficièrent d’un visa signé de sa main qui leur permit de fuir la menace nazie. Plus de dix mille juifs échappèrent à une mort certaine dans les camps.
Relevé de ses fonctions, exilé dans son propre pays, oublié de tous, Aristides de Sousa Mendes paya jusqu’à la fin de sa vie le prix fort pour ses actes de courage.
Salim Bachi retrace, dans ce roman en forme de confession, le destin exceptionnel d’un homme mystérieux et tourmenté, croyant épris de liberté et père de quatorze enfants que l’amour d’une femme et de l’humanité vont transfigurer.

L’auteur :

Né en 1971 à Annaba, dans l’Est algérien, il vit et travaille désormais à Paris. Il a publié quatre romans aux éditions Gallimard dans la collection blanche, Le Chien d’Ulysse, La Kahéna, Tuez-les tous et Le silence de Mahomet qui ont été salués par la critique et ont obtenu plusieurs prix littéraires
Il dit s'inspirer d'auteurs laïcs contemporains tels les algériens Kateb Yacine et Rachid Mimouni mais surtout influencé par les écrits du marocain Driss Chraïbi ainsi que les tunisiens Youssef Seddik et Hichem Djaït.
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« J’ai désobéi devant Dieu et les hommes et je ne sais lequel de ces péchés a été le plus lourd à porter, pourtant tous deux ont été commis par amour. » Ainsi commence le livre de Salmi Bachi.

Aristides de Sousa Mendes, ancien consul du Portugal à Bordeaux pendant la débâcle est sur son lit de souffrance et de mort. Andrée, sa seconde femme, son péché envers les hommes, est à son chevet. Il se souvient.

Noble portugais, ayant toujours refusé la chute de la monarchie, c’est un homme de son temps, catholique, croyant, pratiquant, avec femme et 14 enfants, la pilule n’existait pas et nous sommes dans un pays catholique de chez catholique. Il suit la carrière diplomatique pour faire comme son frère jumeau, mais sans son aura.

Que se passa t-il à Bordeaux pendant ces 3 jours de juin, du 14 au 17, où le Consul s’enferme dans sa chambre dans le noir absolu, l’isolement le plus complet ? « Je dormis trois longues journées et trois longues nuits dans mon appartement bordelais pendant que les armées du Démon enfonçaient les lignes françaises, transperçaient t le pays de part en part, violaient Paris. » Quelles furent ses réflexions, ses peurs, ses hurlements, ses croyances, ses pensées ? Est-ce le remord de voir sa maîtresse enceinte de ses œuvres ? Est-ce sa haine de Salazar ? Est-ce sa foi chrétienne ? Je ne sais, mais un matin, il se leva et « Je n’étais plus le même homme. J’étais mort pendant cette nuit ». Cet homme dans la plénitude de l’âge, un peu médiocre, il faut bien le reconnaître, a décidé d’obéir à la loi de dieu plutôt qu’à celle des hommes.

« Je ne laisserais pas mourir ces femmes et ces hommes qui étaient venus à moi à travers les épreuves et la mort, ces enfants qui avaient traversé l’enfer pour me trouver, je ne devais pas les abandonner, et puisqu’il était en mon pouvoir de consul général du Portugal de les aider, je devais le faire en mon âme et conscience de chrétien qui se devait de porter secours à d’autres êtres humains dans l’affliction et la peine… ». Refusant d’appliquer la circulaire du 14 janvier qui interdit de délivrer des visas aux juifs et autres errants, il signe à tour de bras, tamponne visas, cartes d’identité, voire feuilles volantes lorsque les pauvres hères ont tout perdu.

Consul sous Salazar qu’il exècre, le Portugal, neutre, n’a de cesse de faire des courbettes devant l’Espagne et l’Allemagne pour ne pas que soit brisé leur accord de neutralité. Pourtant, après la victoire des alliés, ce même Salazar, s’attribue les mérites de la désobéissance du Consul et l’arrivée en masse de réfugiés dans son pays avant leurs départs pour un ailleurs meilleur. Aristides de Sousa Mendes ne tire, quant à lui, que brimades, souffrances de cet acte plus que courageux. Salazar ne reviendra jamais sur sa décision de destituer le consul de toutes ses fonctions. Sans argent, il va même manger à la soupe populaire !

Bien que fervent admirateur de saint François d’Assise, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux n’en a pas suivi un des préceptes écrit en préface de ce livre : « L’homme obéissant doit être comme un cadavre qui se laisse mettre n’importe où, sans protester ». Heureusement pour les dizaines de milliers de personnes qu’il a sauvées des camps de la mort ou d’une exécution pendant la seconde guerre mondiale. Cet homme finit pauvre, miséreux, oublié de tous dans un monastère, vêtu de bure comme son modèle.

Le livre de Salim Bachi rend un fervent hommage à Aristides de Sousa Mendes. Merci à lui de me faire découvrir cet homme qui « perméable à toute la souffrance du monde » a agi, peut-être en bon catholique qu’il était mais, surtout en Juste (bien que le mot n’existât pas encore pour désigner ces actes de résistance). Un Juste parmi les Justes.

Un livre que j’ai lu d’une seule traite. L’écriture nerveuse de Salim Bachi , amplifiée par l’utilisation du je au lieu d’une narration simple, rend palpable la frénésie de l’urgence.

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Béatrice Castaner - Aÿmati

14 Mars 2015, 11:22am

Publié par zazy

 

Aÿmati

Béatrice Castaner

Serge Safran Editeur

Septembre 2014

192 pages
ISBN : 9791090175228

 

4ème de couverture :

Aÿmati, jeune femme de trente mille ans, vit sur le continent européen. Mära, elle, va naître en Amérique du Nord. Elles sont les dernières représentantes de leur espèce, néandertalienne pour l’une, sapiens pour l’autre. Aucun lien entre elles, à l’exception d’une statuette en ivoire, mais Aÿmati va transmettre à Mära une part de sa compréhension du monde, pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure, près d’un fleuve.
De nos jours, Gabrielle, archéologue française, au cœur du récit, constitue l’articulation entre les deux époques si distantes des deux femmes. Elle travaille en équipe avec Myn, archéologue chinois de renommée internationale, créateur de Salongapan, camp africain de recherches en primatologie. C’est par lui que Mära et Aÿmati seront reliées.
À travers différents récits qui s’entrecroisent et s’interpénètrent en miroirs, Béatrice Castaner aborde ici, avec une originalité de construction et une virtuosité d’écriture étonnantes, les questions essentielles de la transmission, notamment à travers l’art. Et pose la question de ce qui restera de nous, derniers représentants du genre humain, lorsque notre espèce aura disparu.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Béatrice Castaner est née en 1961 à Limoges où elle vit et travaille aujourd’hui. Elle a fait des fouilles archéologiques et du théâtre. Elle est secrétaire générale du festival des francophonies en Limousin. Aÿmati est son premier roman.

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Avec ce livre j’ai connu plusieurs strates de lecture.

J’ai d’abord été happée par la forme. Béatrice Castaner est une virtuose de la phrase, du mot. Par moment récit, à d’autre poème, originalité de la ponctuation, de la mise en page. A chaud, cette virtuosité a étouffé les histoires. Je me suis un peu perdue dans ses figures de style.

Qu’à cela ne tienne, j’ai laissé se décanter mes premières impressions et le fond à fait surface.

Aÿmati et Mära vivent, à des milliers d’années de distance la même chose, comme une histoire en miroir, l’extinction de leur race. Ce sont les dernières voire ultimes représentantes des néandertaliens ou des sapiens. Les deux époques, une passée et une future s’éteignent par des écoulements « le sang quittait nos corps humains par flots jaunâtres » pour Mära.

Gabrielle, archéologue, découvre par un grand hasard, une statuette, celle-là même qu’Aÿmati a sculptée juste avant de mourir devant la grotte. L’auteur raconte le voyage de cette petite statuette, de la préhistoire à un futur proche en passant par l’actuel.

Aÿmati fait l’apprentissage du geste artistique sur les parois. Ce geste qui sera transmis de génération en génération, à chaque fois renouvelé, à chaque fois amélioré modifié. La joie transparait lorsqu’elle apprend à dessiner sur les parois et lorsque qu’elle transmet ce savoir.

L’époque, futur proche, de Mära ne m’a pas touchée. Trop catastrophique. Je sais bien que l’homme est un loup pour l’homme et les autres espèces, mais je n’ai pu adhérer. Mära est donc l’ultime détentrice de la statuette en ivoire trouvée dans a sacoche transmise par Myn.

J’ai aimé que les portraits des deux femmes se répondent, j’ai aimé ce lien entre elles avec Gabrielle et Myn pour passeurs. J’ai aimé la beauté intérieure de ces personnages. J’ai aimé la réflexion que ce petit bouquin suscite.

Aÿmati est un livre sur la transmission, la pérennité de l’art, sur la disparition et la survie à travers l’art. Oui, ce livre est un OLNI où il faut se laisser aller et écouter la conteuse qu’est Béatrice Castaner. Une belle écriture, un livre à découvrir.

Merci Hebelin pour cette lecture

 

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Léonor de Recondo - Amours

9 Mars 2015, 19:36pm

Publié par zazy

Amours

Léonor de Recondo

Editions Sabine Wespieser

Janvier 2015

280 pages

ISBN : 9782848051734

4ème de couverture :

Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

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Hou, là, là…. Une plongée dans une famille bourgeoise du Cher, début 20ème siècle. Tous les clichés sont présents. La jeune bonne est violée par son patron, ce n’était que chose normale à cette époque ! Que faites-vous du droit de cuissage ! et, bien sûr, un fruit mûri dans le ventre de Céleste. Le couple, lui, Anselme de Boisvaillant, notaire et notable bien ancré dans sa vie, paillard, mais juste ce qu’il faut ! Elle, Victoire, jeune femme évanescente qui connaitra une défloraison à la hussarde. Pas facile de découvrir ce côté-là de la vie de couple lorsque la mère, soucieuse de la marier s’était empressée d’en gommer l’aspect charnel.

Clin d’œil de Léonor de Recondo au roman de Flaubert, Madame Bovary qu’elle met entre les mains de Victoire. Mais là s’arrête toute ressemblance.

Victoire a eu le cran et l’audace  de clamer à son cher mari, la vérité sur Céleste. Elle résiste et ne veut pas la chasser et élèvera l’enfant comme le sien. Ce sera SON fils puisqu’elle ne connaîtra jamais les douleurs de l’enfantement. Petit à petit, une autre relation se noue entre les deux femmes.

Dans ce livre, Léonor de Recondo se joue des clichés chers aux livres « édifiants » de cette fin 19ème, début 20ème. Le bourgeois qui use de son droit de cuissage envers une bonne, l’enfant du pêché, le retour à la foi  et la fin édifiante (j’ose le mot) de la pécheresse. Car oui, bien sûr, la bonne est pécheresse. Mais entremis, l’auteur joue une autre partition avec toujours le même talent, la même minutie, la même écriture ciselée. A chaque page, l’auteur m’a captivée, aucun personnage n’est lisse, la tension va crescendo jusqu’à la limite de la folie. La plus forte n’est pas celle que l’on croit.

Un livre où l’auteur parle d’amours charnel et maternel, pas seulement des amoures du mari. Elle nous raconte de façon intelligente les mœurs de l’époque sans jamais donner dans le voyeurisme. Un très bon livre. Décidement, Léonor de Recondo est un auteur que j’apprécie vraiment beaucoup. Pietra Viva, Rêves oubliés m'avaient déjà envoûtée.

Une lecture commune avec Philisine. Suite à un concours organisé par Biblioblog, elle m'a beaucoup aidée et grâce à elle, j'ai gagné le prix de 50€. Il m'a paru tout à fait normal de lui faire ce petit cadeau.J'ai pu lire le livre avant de le lui offrir. C'est pas beau ça !!

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David Guinard - L.A. pour les intimes

8 Mars 2015, 21:46pm

Publié par zazy

 

L.A. pour les intimes

David Guinard

Editions Librinova

Décembre 2014

 

 

4ème de couverture :

Dix ans déjà que David Marquan a fui son passé et la France pour s’exiler à Los Angeles. Devenu un « privé » spécialisé dans les relations extraconjugales, il est aussi écrivain le dimanche, et se prend à rêver, parfois, d’une vie mouvementée, digne de son héros de papier. Et puis un jour, une femme vient le trouver pour une enquête banale : un mari volage qu’il s’agit de pister. Oui mais voilà : l’homme disparaît, et ne réapparaît qu’une fois suicidé dans d’étranges circonstances, celles d’une affaire vieille d’un an !
Marquan prend sur lui de résoudre l’affaire. Il n’a aucun indice tangible, aucune piste sérieuse, seulement cette intuition : chercher la femme… Cette femme, serait-ce Deborah McClure, épouse du sénateur et amante du mari suicidé ? L’hypothèse est… séduisante.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né en 1980, David Guinard se passionne dès l'enfance pour la littérature, et ponctue ses lectures d'écrits par lesquels il espère rendre hommage à ses auteurs fétiches. Il démarre son premier roman à 14 ans, qu'il laisse inachevé, et s'essaie successivement au théâtre, au roman d'aventure et au roman historique. L.A. pour les intimes, un roman noir, est le premier qu'il essaie de faire publier, afin de partager sa passion pour l'écriture avec d'autres lecteurs que ses amis proches.

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Cher David,

Permettez qu’entre pays j’opte pour votre seul prénom. Vous m’avez contacté pour que je lise ce livre. A un chti gars de Moulins, je n’allais pas dire non. De plus, comme je n’ai pas de liseuse, vous avez eu la délicatesse de m’envoyer un exemplaire papier. Je vous en remercie d’autant plus que ce livre est autoédité. Lorsque j’ai vu l’épaisseur du livre, je fus un brin épouvantée !

Le début du livre donna raison à mon épouvante. Des longueurs, des digressions… Une grosse envie de fermer le livre ou de lui demander d’accélérer le pas. « C’est pas tout ça mon gars, mais t’as une enquête à mener, un ou plusieurs coupables à trouver. Alors, arrête de parler pour ne rien dire et fonce ». Il a dû m’écouter râler car, l’enquête démarre et je me sens mieux. Je n’ai plus lâché le livre jusqu’à la fin.

Cher David, vous maitrisez très bien l’imparfait du subjonctif, mais un détective dans la trentaine a-t-il ce langage fort bien troussé mais un peu lourd ? J’ai apprécié la tournure au début, mais le trop a tué le bien.

Assez de jérémiades de ma part. J’ai aimé vos clins d’œil appuyés aux vieux polars américains, la jolie secrétaire blonde secrètement amoureuse de son détective de patron, les litres de whisky, les tonnes de cigarettes, les filatures dans la vieille voiture...

Vous m’avez donné l’impression de fort bien connaître le mode de vie américain et la vie politique. Le « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais » est très prisé là-bas. Je vois qu’ils prennent également les électeurs pour des enfants, des imbéciles (pour rester polie).

Malgré un début poussif, votre intrigue est bien troussée, bien ficelée. Bon public, j’en ai apprécié les rebondissements. J’ai aimé votre amour de la langue française et votre recherche du mot juste. Cela m’a fait plaisir de lire un jeune auteur qui ne bâcle pas, qui fait l’effort d’un bon vocabulaire.

Pour le prochain, car je ne doute pas qu’il y en ait un, lâchez-vous un peu plus pour confirmer la promesse de ce premier polar.

Zazy

PS : je ne regrette pas du tout d’avoir accepter cette lecture et je vous renouvelle mes remerciements.

Je n'ai pas parlé de l'intrigue ? C'est normal puisque c'est un polar... Allez sur le site de l’édition Librinova pour découvrir le livre version numérique. Son prix très léger (2,99€) ne peut que vous inciter à découvrir ce nouvel auteur et, ainsi, vous connaîtrez le fin mot de l'histoire.

La chronique d’Yv - de Cassiopée

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Marie-Hélène Lafon - Joseph

3 Mars 2015, 22:39pm

Publié par zazy

 

Joseph

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

Août 2014

144 pages

ISBN : 9782283026441

 

4ème de couverture :

Joseph est un doux. Joseph n’est pas triste, du tout. Joseph existe par son corps, par ses gestes, par son regard ; il est témoin, il est un regardeur, et peut-être un voyeur de la vie des autres, surtout après la boisson, après les cures. Il reste au bord, il s’abstient, il pense des choses à l’abri de sa peau tranquille, on ne le débusquera pas.

Joseph est ouvrier agricole, dans une ferme du Cantal. C’est aussi le nouveau roman de Marie-Hélène Lagon, après l’Annonce (2009) et Les Pays (2012)

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Le Joseph est un gars simple. Attention, ce n’est pas le simplet du village, non, loin de là, il parle un français châtié. Cet homme est la correction même. Joseph est ouvrier agricole. Son frère jumeau, Michel, comme l’a dit le père, a tout pris. Michel travaillait bien à l’école alors que Joseph ne savait que compter. Joseph a eu une vie difficile et son jumeau Michel s’est rallié aux autres pour l’abaisser. D’ailleurs Michel, parti loin de chez eux a même emmené la mère suite au décès du père. Il ne reste rien à Joseph. Il est seul.

Joseph, un ouvrier agricole comme j’en ai connu. Un gars qui vit avec ses patrons tout en restant à sa place. Un gars d’un autre monde, d’une autre époque. N’ayant pas de chez lui, dès la retraite, il ira dans une maison de retraite à Riom rejoindre la cohorte des comme lui. D’ailleurs le patron, en riant, lui disait qu’il gagnerait plus qu’eux, les patrons, à la retraite. Le fils va prendre la succession du père et veut travailler seul, pas besoin d’ouvriers, trop cher, pas rentable. Le machinisme, c’est l’avenir.

Joseph est un taiseux. Il regarde, il observe, il enregistre, mais ne dit rien, sauf à nous les lecteurs. Il est à son aise à la ferme. Pas besoin de lui donner des ordres, il sait ce qu’il doit faire et le fait bien. Comme une plante fragile, il s’étiole hors les murs. Il soliloque beaucoup en travaillant, cela lui permet de ne pas laisser certaines pensées revenir et puis, il aime à se souvenir. D’ailleurs la patronne, Joseph l’aime bien. Il ne dit rien mais l’observe et sait lorsqu’elle est contrariée. Grâce à elle, il a remonté le fil de sa vie, ne boit plus, se tient propre. Il aime les préparer les arrosoirs avec lesquels elle arrosera ses fleurs. Oui, c’est une bonne patronne pour lui.

Joseph, un livre où le ton est juste. Je ne peux m’empêcher de penser à Raymond Depardon. Marie-Hélène Lafon parle d’un monde paysan qui disparait. Maintenant, ce sont des agriculteurs et ils doivent augmenter, augmenter, terre et cheptel pour espérer s’en sortir. Ce nouveau monde nous « offre » la ferme des 1000 vaches, ou l’industrialisation de la ferme.

« Joseph ne laisse pas de traces et ne fait pas de bruit ». Cette phrase définit très bien ce taiseux greffé dans la vie des autres.

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