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ZAZY - mon blogue de lecture

La voix des indés

30 Septembre 2014, 15:22pm

Publié par zazy

Je vous parle souvent de Libfly, le réseau social du livre qui met en avant les éditeurs indépendants tout au long de l'année et plus particulièrement lors de l'opération la voix des indés. Deux passionnés du livre, Julie Eplée (Libfly) et  Julien Delorme (Forges du Vulcain) en sont à l'origine. L'information est relayée par le site Médiapart, excusez du peu !

C'est au tour de la revue Cassandre qui, dans son n° 99, met nos deux protagonistes à l'honneur ici.

La soirée d'ouverture se déroulera le 2 octobre prochain à Lille. En cliquant sur le lien vous avez le programme. Certaines manifestations auront lieu à Paris

Bientôt Yomu va nous quitter pour voguer vers une de ces maisons d'éditions indépendantes. Je lui souhaite de s'y épanouir et d'y trouver autant de joies qu'elle a pu nous en donner en nous faisant participer à toutes ces opérations.

Grâce à Libfly, j'ai découvert les Editions Elyzad et la littérature magrébine,  avec des auteurs de grandes qualités Leïla Sebbar, Ali Bécheur, Kamal Ben Hameda...

Les Editions du Tripode qui publie Goliarda Sapienza. "Moi, Jean Gabin" ; un délice de lecture

Il y en a encore beaucoup d'autres dont les Edtions du Sonneur, Les Forges du Vulcain...

Grâce à Libfly, je suis sortie des chemins balisés de la littérature moderne française

Grâce à Libfly, j'ai découvert des auteurs dont j'ignorais totalement l'existence et qui m'ont fait vibrer.

Grâce à Libfly j'ai découvert le plaisir de partager des lectures, de faire voyager les livres.

Ce n'est pas de la flagornerie, mais le plaisir de faire partie d'une communauté de gens qui aiment lire et partager.

Si vous voulez nous rejoindre....

 

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François Garde - Ce qu'il advint du sauvage blanc

22 Septembre 2014, 14:42pm

Publié par zazy

Ce qu’il advint du sauvage blanc

François Garde

Editions Gallimard

Collection Blanche

Janvier 2012

327 pages

ISBN : 978207136629

 

4ème de couverture :

Au milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d'Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l'a recueilli. Il a perdu l'usage de la langue française et oublié son nom.
Que s'est-il passé pendant ces dix-sept années? C'est l'énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l'homme providentiel qui recueille à Sydney celui qu'on surnomme désormais le «sauvage blanc».

 

Inspiré d’une histoire vraie, Ce qu’il advint du sauvage blanc est le premier roman de François Garde.

Ce qu’il advint du sauvage blanc a reçu le Prix Goncourt du Premier Roman 2012

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« Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrir qu’il était seul. La chaloupe n’était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoise. La goélette n’était plus au mouillage à l’entrée de la baie, aucune voile n’apparaissait même à l’horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n’y fit. Ils étaient partis. »

Ainsi commence le livre de François Garde. Ce petit paragraphe annonce le grand chamboulement de la vie de Narcisse Pelletier matelot sur la goélette Saint-Paul. Nous sommes au 19ème siècle. Imaginez-vous seul sur une plage, dans un continent inconnu et toutes les histoires qui circulent sur les sauvages.

17 ans plus tard, il sera rendu à la « civilisation ». Octave de Vallombrun, sociétaire de la Société de géographie, institution vénérable s’il en est, est chargé de ramener, celui que l’on appelle « le sauvage blanc », en France.

Octave de Vallombrun écrit à son mentor tout ce qui concerne la réacclimatation du matelot ainsi que les idées qui en découlent. Par la même occasion, nous remet en mémoire les connaissances de l’époque qui peuvent nous paraître presque indécentes (mais les mentalités ont-elle beaucoup changé ?). François Garde raconte, comme en voix off, l’adaptation obligée de Narcisse Pelletier. Le livre ira jusqu’au point d’orgue que seront la mort de Vallombrun, la disparition du matelot de France, après une dispute avec Vallombrun et son adoption pleine et entière par la tribu.

Au début le « sauvage blanc » n’était qu’un sujet d’étude pour ce jeune nobliau ayant soif de découvertes. Leurs relations vont évoluer au fur et à mesure de l’acclimatation de Narcisse. Pourtant, Narcisse garde toujours sa part de mystère et se refuse à parler. Pour lui « parler c’est mourir ». Après être déclaré mort par son armateur, je ne pense pas qu’il est envie de mourir une seconde fois en rendant publique sa vie sur l’île

Ce livre, écrit dans un français très agréable ne raconte pas seulement les péripéties des deux personnages. Il nous interroge sur la réacclimatation du matelot, sa réappropriation du français et de nos différentes cultures. Avec les « sauvages », Narcisse a appris une philosophie de la vie, de la survie, de l’entraide, le désintéressement, le geste gratuit… qui sont totalement inadaptés avec sa nouvelle vie.

J’ai tourné longtemps autour de ce livre, mais ce fut une lecture passionnante. La société dans laquelle nous vivons nous modèle. Changer d’identité comme a dû le faire Narcisse Pelletier rend son retour dans son ancien monde quasi impossible.

 

 

 

 

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Jérôme Fansten - L'amour viendra, Petite !

18 Septembre 2014, 22:35pm

Publié par zazy

L’amour viendra, Petite !

Jérôme Fansten

Flamand Noir éditions

Juin 2014

298 pages

ISBN : 9791093363059

 

 

4ème de couverture :

J. est détective privé au rabais... Il aime les femmes et enquête pour elles... Elles défilent dans sa vie, cannibales, schizophrènes, musicales... Pour elles, il se met en danger, tutoie l'absurde, et tout ça pour quel résultat ? De la pornographie éhontée, entre un kidnapping et une fusillade... Mais J. a besoin d'un boulot. Maintenant. N'importe lequel. Et pour cela, il est prêt à tout accepter... MOT DE L'ÉDITEUR: Ça pourrait commencer chez Boris Vian et se terminer chez Michel Audiard. Ou quelque chose comme Marguerite Duras sous amphet' qui s'essaie au pulp et au hard boiled... / Jérôme FANSTEN n'a pas peur des mots et les manipule avec un talent indécent. Connu pour sa plume noire, aiguisée et sans pudeur, il saupoudre ici son texte de notes de musiques, de poésie, avec ce qu'il faut de baroque pour bien parler du désir sexuel et de l'amour...

 

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Bon, voyons voir, comment parler de ce bouquin sans l’affadir, sans le prendre pour ce qu’il n’est pas et ne pas le laisser pour ce qu’il est ?

« Je fouille la poubelle et débusque une vieille bouteille de Jack Daniel's. Une bouteille vide. Enfin, vide... façon de parler... Une petite corolle d'or brun clapote encore au fond du culot. Je l'ai jetée trop tôt. » pourrait être le refrain de cette longue chanson écrite à l’encre noire et verte. Noire parce que, bien sûr, c’est un polar ; verte car le langage employé est égrillard et paillard, mais jamais obscène.


J. est un privé à l’ancienne sans le sous, sans beaucoup de travail qui se définit ainsi : « J, queutard émérite, porte-flingue décoratif et soyeux ; détective au rabais… Me voilà » et nous voici prévenus. Pour essayer de se renflouer, il doit accepter un peu n’importe quoi, comme sexe-toy chez une vieille frapadingue riche, lave-vaisselle chez l’usurier pourri très jaloux dont il doit surveiller la femme mais sauter, sur injonction paternelle, la fille nymphomane.

Vous aurez du kidnapping, des coups de feu, des têtes qui parlent, du vraisemblable et de l’invraisemblable. La langue verte et fleurie avec hommages aux grands du Polar comme Simenon ; des auteurs comme Vian auquel il dédit son interlude (Un moment pas piqué des vers), Roland Barthes, Rimbaud et beaucoup d’autres. Les femmes y ont pour nom Tristesse, Confiance (retrouvée en morceaux)…

J’ai aimé l’humour noir, acide, désespéré qui émane de ce livre. Il y a de l’Audiard, du Blondin, voire du Bikowski chez Jérôme Fansten. Je n’aurais garde d’oublier René Fallet lorsqu’il écrivait sous Bourgogne (le vin rouge bien sûr !). L’écriture est brillante, luxuriante (normal pour ce privé vivant dans la luxure). Le tout sur fond de jazz. L’impression d’un grand bordel, d’un grand foutoir organisé avec des phrases qui font mouche, qui tuent le moucheron à cent pas. J’aurais presque pu recopier tout le livre tant je me suis régalée. Vous connaissez mon amour des jeux de mots, je vous laisse imaginer la gourmandise avec laquelle j’ai dégusté ce bouquin presque d’une seule traite, faut pas être trop goulue et en laisser pour le lendemain.

Si vous voulez plus d’explications, voici ce que Jérôme Fansten écrit : « C’est quoi, les « enquêtes de J. » ? De l’auto-fiction ? Un hommage aux grands auteurs du Noir, Dashiel Hammett en tête ? Une manière de récupérer par la bande l’héritage surréaliste pour raconter des histoires d’amour ? Une parodie de polar ? Eh ben, c’est tout ça… C’est une autobiographie amoureuse, racontée avec le prétexte du hard boiled. A moins que ce soit un polar pur et dur, avec ce qu’il faut de baroque pour bien parler de l’amour et du désir sexuel. » .

Bon alors, si c’est une autobiographie amoureuse, j’aurais bien voulu être à la place de R.

 

Yv (lisez sa chronique, elle est drôlement bien tournée), je te remercie beaucoup et…. Si j’oubliais de te le rendre !!!

La première règle d’écriture d’Elmore Leonard est : Ne commencez jamais un livre en parlant de la météo.
La deuxième est : Eviter les prologues
Pour faire court, on va donc dire : il pleut des cordes et je suis fauché ! C’est clair, comme ça ? On a le tableau ?

L’amour est enfant de bohème, certes. Mais le désir… Le désir est un putain d’usurier.

Un bogoss immature et nombriliste, le genre à claquer la porte dès qu’une confrontation se profile –et comme il le fait avec fracas, ça donne l’impression qu’on touche les sommets de la tragédie quand on peine à simplement boucler le vaudeville.

Il fait chaud. La ville fermente dans ses odeurs.

Je m’approche de R. et ma main s’égare dans sa culotte. Beauté de l’errance. J’a peut-être un pied dans la tombe, mais mes doigts flirtent avec le paradis.

Son corps est doux, sucré, avec de petites vapeurs de musc et de houblon… Il est rouge sous la barbe et piqueté quand on lui souffle dans l’oreille. Le fond est tendre, mais corsé.

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Alper Canigüz - L'assassinat d'Hicabi Bey

13 Septembre 2014, 21:16pm

Publié par zazy

 

L’assassinat d’Hicabi Bey

Alpert Canigüz

Mirobole Editions

Traduit du turc par Célin Vuraler

22/05/2014

ISBN : 9791092145236

 

4ème de couverture :

Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

L’Assassinat d’Hicabi Bey n’est peut être pas une énigme métaphysique, mais ça y ressemble. Sauf qu’on rit beaucoup et que, à la fin, on a la réponse.

L’auteur :

Né à Istanbul en 1969, Alper Canigüz y a passé une enfance remplie de bagarres et de livres. Après des études de psychologie à l’université du Bosphore, il a fait paraître son premier roman, Doux rêves.

L’Assassinat d’Hicabi Bey, son deuxième roman, a remporté un large succès populaire.

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"A 5 ans, on est au cœur de l’âge mûr. Ensuite commence la chute". Ainsi parlait Zarathoustra, non Alpert Kamu (ça vous dit quelque chose et bien moi ça me dit que ce patronyme n’a pas été choisi par hasard). Dans ce livre, Zarathoustra hallucinait…

Revenons à nos moutons, plutôt, notre mouton noir. Alpert Kamu, bambin de 5 ans. Bambin vous avez dit ? Non, ce qualificatif ne lui convient pas du tout. Surdoué magistral, parfois tête à claques, cet admirateur de Chostakovitch, Nietzche, connait Wu Zhaoji (et vous ?), J.J. Rousseau comprend les paradoxes de Zénon… S’exprime beaucoup mieux que vous et moi (enfin moi !). Heureusement, il a des réactions d’un gamin de son âge question castagne et jeux de billes et, surtout, son pistolet en plastique Dallas Gold et les balles en même métal. Ce pas-si-gentil gamin va, accessoirement, résoudre une énigme meurtrière dont il est le témoin.

Ce n’est pas possible dites-vous et bien, lisez ce livre et vous saurez. Petite précaution avant d’en entamer la lecture : laissez toute logique au placard sans aucune crainte, le meurtrier ne s’y cache pas, mais l’AEN peut s’y trouver. En entrant dans cette histoire, méfiez-vous des mangemémoires et des champignons

Un livre déjanté. Plusieurs fois, un instant de lucidité me faisait dire : mais non, ce n’est pas possible, un gamin de 5 ans, même surdoué…. Mais si, mais si.

Nonobstant son côté déjanté, Alpert Canigüz a écrit un livre brillant, voire intelligent où il décortique les magouilles de l’administration turque et stambouliote. Ce livre nous offre quelques pensées philosophiques d’Alpert. J’y ai trouvé, avec plaisir, l'existence de cette liberté de culte qui a tendance à régresser.

Alpert Canigüz et les éditions Mirobole m’ont offert un beau voyage en absurdie. Pays que j’avais déjà visité avec « Des mille et une façons de quitter la Moldavie » de Vladimir Lortchenkov. Jamais deux sans trois dit-on…. Je vais continuer à découvrir ce royaume d’absurdie.

Merci à et à qui, dans le cadre m’ont accordé un bon moment de dilatation de rate intelligent.

 

Ils l'ont lu : Yv - Liliba - Encore du noir - D'autres avis sur le site de Libfly

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. A l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un deux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoutait, inexorable, et je vieillissais vite.

J’aime jouer au football. Ce jeu comble mon besoin d’affrontement physique. Rentrer à la maison en sang, couvert de bleus après une partie difficile est un plaisir unique.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs je ne me sens pas vraiment différent. Seulement j’ai la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée.

Pour s’amuser, on peut toujours aller au théâtre. De toute façon, on vient ici pour boire notre souffrance. Le meilleur remède à la souffrance, c’est la souffrance

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Lyonel Trouillot - Parabole du failli

12 Septembre 2014, 10:53am

Publié par zazy

Parabole du failli

Lyonel Trouillot

Actes Sud

Août 2013

192 pages

ISBN 978-2-330-02262-4

 

4ème de couverture :

Alors qu’il semble enfin devoir connaître le succès, Pedro, un jeune comédien haïtien en tournée à l’étranger, se jette du douzième étage d’un immeuble. Dans son pays natal, l’un des deux amis avec lesquels il partageait au hasard des nuits un modeste appartement aux allures de bateau-ivre tente alors, entre colère et amour, de comprendre les raisons de ce geste, au fil d’une virulente adresse au disparu, comme pour remplir de son propre cri le vide laissé par celui qui déclamait dans les rues de Port-au-Prince les vers de Baudelaire, Éluard ou Pessoa, faute de croire aux poèmes que lui-même écrivait en secret et qu’il avait rassemblés sous le titre : “Parabole du failli”.
Un homme est tombé, qui n’avait pas trouvé sa place dans le monde d’intense désamour qui peut être le nôtre : dans l’abîme que crée sa disparition s’inscrit l’échec du suicidé mais aussi de celui qui reste, avec sa douleur et ses discours impuissants. À travers ce portrait d’un homme que le terrifiant mélange du social et de l’intime a, de l’enfance au plongeon dans le vide, transformé en plaie ouverte au point de le contraindre, pour être lui-même, à devenir tous les autres sur la scène comme dans la vie, Lyonel Trouillot, dans cette nouvelle et bouleversante “chanson du mal-aimé”, rend hommage à l’humanité du désespoir, à l’échec des mots qui voudraient le dire mais qui, même dans la langue du Poète, ne parviennent jamais à combler la faille qui sépare la lettre de la réalité de la vie.

Lyonel TROUILLOT

Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Son œuvre est publiée chez Actes Sud.
Récemment : La Belle Amour humaine (Actes Sud, 2011, Grand Prix du roman métis 2011) et Parabole du failli (2013).

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« Une gueulante d’amour et de détestation qui se passe de ponctuation » voici ce que contient le livre de Lyonel Trouillot. Une longue lettre d’adieu, d’amour, de vie et de mort à leur ami Pedro qui, parti avec une troupe de théâtre à Paris, aura le mauvais goût de s’y défenestrer.

Ils étaient trois amis qui partageaient une même infortune. Pedro était le plus disert, racontant ses malheurs, sans jamais s’étonner du silence des deux autres. Pourtant, l’Estropié avait de la matière avec son père surnommé « le méchant ». Le narrateur aurait pu parler de ses parents morts lorsqu’un camion fou a dévalé la pente alors qu’ils revenaient du travail. Du jour au lendemain, il s’est retrouvé seul et encore gamin. Pedro, « Un simple porteur des mots des autres », parlait, parlait, allait vers les autres, leur jouait une comédie pour les faire rire, distribuait les pages d’un livre de poésie. Pedro, encore, Pedro, toujours Pedro parlant, gueulant, mais à tant parler, ne cachait-il pas, justement, son mal-être ? A tant parler, il n’y a plus de place pour les questions des autres.

Le narrateur, dans ce long monologue à Pedro, se raconte, raconte l’Estropié, la misère de leurs vies, la misère des haïtiens. « Toutes ces choses que nous ne t’avons pas dites » C’est un long cri d’impuissance, de rage, de détresse, d’amour et d’amitié. On écoute, on parle, mais écoutons-nous l’autre ? L’incommunicabilité est très présente dans ce livre malgré l’amitié très forte qui unit les 3 amis.

Lyonel Trouillot s’entoure de poètes, paroliers pour crier la mort inévitable, la vie, le manque, l’amitié, la douleur, la misère. Un cri pour essayer de comprendre pourquoi les mots ne peuvent pas sauver.

La langue somptueuse de Lyonel Trouillot donne corps à tous ces âmes habitant en bas de la colline, les sans grades, les miséreux dont on ne parle pas souvent, alors que leurs vies sont tout aussi importantes. La mise en scène de l’Estropié, lors de la cérémonie d’adieu à Pedro, est superbe.

Lyonel Trouillot m’a envoutée avec son livre. Les écrivains haïtiens, Jacques Roumain, Gary Victor ont une poésie dans l’écriture qui me transporte.

Merci Sandrine pour ce prêt. Là aussi, j'aimerais "oublier" de te le rendre. Tu n'es pas entrée dans cette lecture et pourtant, tu en parles si bien.

D'autres l'ont lu : sur Libfly - Jostein - Charybde -

Ici, nous t'aurions rattrapé avant que ton corps touche le sol. Ici, on a appris à amortir les chutes. Et puis, où t'aurais trouvé un immeuble de douze étages! Même les banques et ces saletés de compagnies qui détiennent des monopoles n'en construisent pas de si hauts. Ici, on est déjà par terre et personne ne tombe dans le vide. Nous t'aurions rattrapé. Et puis, toi qui parlais tout le temps, tu aurais pu nous dire. Nous t'aurions suivi. Nous aurions monté la garde autour de toi. Comme ce soir où tu es parti en titubant. Nous savions que ce soir-là nous ne devions pas te laisser seul. Ton père t'avait encore traité de honte de la famille. Mais ce n'est pas la honte que tu portais en toi quand tu courais dans les rues en criant : "Le désespoir est une forme supérieure de la critique."

Tellement perdu dans lui-même et éloigné de sont territoire qu’il ne pose pas de question et croit qu’il est le seul à vivre de tourments. Qu’importe. Vous pardonnez à sa douleur d’être bavarde comme l’égotisme

Choisir un ami, c’est choisir ses faiblesses, sa part d’ignorance

Mais c’était ça Pedro, tu allais vers les autres plus vite que les autres. Et quand on choisit un ami, on choisit aussi ses faiblesses. L’Estropié et moi nous sommes adaptés à ton rythme.

Le deux-pièces, c’était notre bateau. Tu es monté dans le bateau et, le troisième soir, avant de vider la bouteille nous tanguions déjà tous les trois. La mer, ça épuise.

Nous n’avons pas eu le temps de te dire que c’est toujours une faute de se prendre pour une exception.

Dans la vie, c’est ainsi, il est des lieux où les choses sont en trop et d’autres où elles n’existent jamais en quantité suffisante. Au pays de l’insuffisance, on est condamné à l’astuce, aux stratégies d’adaptation.

Je t’en veux de t'être trompé de désespoir. A chercher mal. A rater tes Josette à toi. Mais je ne t’en veux pas d’avoir désespéré. Rien n’est fade et vilain comme les gens qui ne désespèrent pas.

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Michela Marzano - Tout ce que je sais de l'amour

11 Septembre 2014, 20:08pm

Publié par zazy

Tout ce que je sais de l’amour

Michela Marzano

Editions Stock

Août 2014

210 pages

ISBN : 9782234077232

 

4ème de couverture :

Le titre de ce récit qui mêle autobiographie et réflexions philosophiques, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson : « That love is all there is, is all we know of love ». C’ »est dire la simplicité et la complexité de toute tentative de définir l’amour, à travers sa présente et son absence.

De la recherche du prince charmant à l’acceptation des limites humaines de l’amour, du désir d’enfant à l’analyse sans cesse recommencée de l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, de la maternité au narcissisme, Michela Marzano aboutit à un constat personnel, où se reflète notre propre expérience universelle : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

Un livre transgenre d’une lumineuse évidence, émouvant et féminin.

 

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Michela Marzano s’était déjà penchée sur son mal-être dans un précédent ouvrage où elle parlait de son anorexie. Ici, il est question d’amour, vase sujet pas si léger que cela.

Chaque intermède débute par la citation d’un auteur qui lui permet de dérouler son texte, de débattre, puis d’aller voir du côté de son nombril et de son cœur. Pourtant, cela n’a jamais été ennuyeux. Quelque fois, j’ai dû relire plusieurs fois les paragraphes pour essayer de comprendre (après une journée de chicoufs et des yeux qui se ferment, c’est autorisé par l’article 10 de mon code personnel). Elle convoque tour à tour Stendhal, Fromm, Lacan, Baumann, Pascal….

Michel Marzano dissèque, disserte, énonce, dénonce, pour en revenir au père, encore et toujours à son père. Cet homme trop autoritaire dont elle attend une reconnaissance qui ne viendra jamais. De vouloir répondre, vainement, à ses attentes, il y a de quoi vous démonter. « Ce que nous avons vécu nous accompagne tout au long de notre vie et souvent –trop souvent, toujours trop souvent malgré les efforts déployés pour briser le cercle vicieux de la répétition– nous détermine. » Nous vivons tous avec ce passé qui nous a formés, bon ou mauvais il faut essayer de l’accepter, gros travail.

En amour, il faut lâcher prise, accepter que l’autre ne soit pas le reflet exact de l’image idéale. C’est ce chemin qu’a parcouru Michela Marzano. Accepter de faire confiance « Mais comment cesser de vouloir tout contrôler ? Comment attendre que quelque chose se passe ? », accepter l’Autre. « L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ». Faire confiance, le grand problème de Michela Marzano« On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.» Cette peur qu’on la laisse tomber, qu’elle ne soit plus intéressante, aimable. « Mais s’il n’a ôté son masque que pour quelques instants seulement ? Si lui aussi me trompe, m’abandonne, me bannit de sa vie ? »

Et que dire de ce désir d’enfant avec cette phrase souvent répétée : « Si j’avais un enfant, je devrais me lever tôt le matin pour l’emmener à l’école, pas vrai ? ». De temps à autre, on a envie de lui dire, arrêtez de gratter les croûtes ! VIVEZ… et elle nous répond honnêtement «Que se passerait-il si je devais me lever à l’aube tous les jours pour aller à l’usine ou au bureau, avec un directeur des ressources humaines qi ne me lâcherait pas ? Que se passerait-i si je n’avais pas de travail, si je vivais dans la précarité depuis des années… » Oui, vous n’auriez plus le temps de gémir sur vos amours, sur vous, vous seriez obligatoirement dans le présent et dans le concret.

« Cette fois j’ai appris que je ne dois pas demander ce qu’il ne peut pas m’offrir, que je ne peux pas lui donner ce qu’il me demande.. » Est-ce le commencement de l’acceptation de soi et de l’autre ? Je suppose, comme pour nous tous, qu’il y aura des chutes et des rechutes, mais Michela Marzano commence à construire sur du roc et non sur le sable.

Ce livre-thérapie est fait de pensées, de discussions à partir d’une citation, de confessions. Les paragraphes courts fluidifient une lecture quelques fois ardue mais très cohérente et jamais ennuyeuse. J’ai pris plaisir à le lire car très bien écrit. De temps à autre, j’y trouvais mes propres casseroles.

Je remercie, en partenariat avec et les Editions Stock qui, grâce à l’opération " On vous lit tout" m’ont permis de découvrir un auteur très intéressant.

 

Aujourd’hui, je sais que la vie n’a rien à voir avec les contes de fées. Que la personne aimée ne peut pas nous apporter tout ce que nous n’avons pas eu. Qu’il ne suffit pas de se donner du mal et de faire son devoir.

On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses.

En amour, on ne choisit jamais l’autre sans raison. Il correspond toujours à ce que l’on cherche depuis l’enfance

L’autre n’est jamais exactement comme nous voudrions qu’il soit. Il est toujours différent des rêves que nous portons en nous. Des belles histoires qui nous plaisaient tant, enfant, et qui devaient nous consoler de tous ce que nous n’avions pas et dont nous continuons à déplorer le manque.

La vie se joue presque toujours pendant nos premières années. Lorsque nous ne savons encore rien du monde et de nous-mêmes et que nous nous en remettons aveuglément aux autres. Nous dépendons entièrement d’eaux. Notre confiance est totale.

Pourquoi lui ?
Parce qu’il m’écoute. Parce que avec lui je me sens importante. Parce qu’il me prend au sérieux. Et qu’il me regarde avec les yeux de quelqu’un qui découvre un monde inconnu quand je lui raconte quelque chose. Parce qu’il me dit que j’ai raison quand mes raisons ne servent pas à grand-chose.

L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ».

La confiance est toujours un pari. On fait confiance quand on croit en une personne, même s’il n’existe aucune preuve tangible qu’elle soit digne de confiance.
On fait confiance, et on s’abandonne. On fait confiance, et on espère. On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.
On fait confiance et c’est tout.

L’homme que j’aime m’apporte mon café chaque matin et chasse les cauchemars de la nuit en passant sa main sur mon visage.
L’homme que j’aime est toujours présent, même quand il est loin. L’amour n’est pas seulement fait de petits gestes, mais aussi du partage de se secret que l’on garde en soi.
L’homme que j’aime est la parole qui berce ma plainte, même quand il me demande de me taire. Car c’est parfois le silence qui nous aide à supporter.

Avec le temps, on finit par apprendre : la joie commence quand on accepte le fait que le passé ne passe jamais ; quand on commence à savoir vivre avec le désordre.

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Pub sur OB

8 Septembre 2014, 11:16am

Publié par zazy

Je voulais partir, j'ai recherché et je m'aperçois qu'il y a de la pub un peu près chez tous les hébergeurs, alors pourquoi changer déménager ?

Si vous voulez ne plus voir la pub sur mes blogues, voici la parade que j'ai trouvée

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Richard Gaitet - Découvrez Mykonos hors saison

7 Septembre 2014, 21:41pm

Publié par zazy

Découvrez Mykonos hors saison

Richard Gaitet

Editions Intervalles

Juin 2014

80 pages

ISBN : 9782369560029

 

 

4ème de couverture :

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

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Livre lu dans le cadre de l’opération organisé par Libfly et les maisons d’éditions indépendantes dont les que je remercie pour cette découverte.

 

Mykonos est très réputée pour ses fêtes arrosées, enfumées, homos… « Eden touristique généreux en plaisirs universels –sun is shining, danse, chaleur, fête, feta, cocktails, shakés, rencontres importantes ». Pour ça, il convient d’y séjourner l’été. Nos deux compères hétéros (je le souligne vu la réputation de cette île) ne l’ont sans doute pas compris pour débarquer en mars. L’île est déserte, les plages nues, les night-clubs fermés, sauf 1 ou 2 bars ouverts toute l’année. S’ensuivra, il faut bien respecter les traditions, une tournée des rads ouverts d’où ils sortiront fin saouls pour pisser sur le mur d’une église, qu’ils n’avaient d’ailleurs même pas vue. Ils vont passer leurs journées à picoler,  pisser, essayer de draguer. Bref, des vacances hautement joyeuses et animées !! Fiasco sur toute la ligne, ils tombent de Charybde en Scylla (faut bien respecter les lieux et la mythologie !), rien ne leur réussit, heureusement, la carte bancaire fonctionne. Cette partie de l’histoire m’a agacée, ennuyée ; les errances alcooliques de ces deux paumés, très peu pour moi. Pourtant, avec l’arrivée du touriste et sa prédiction, l’histoire prend une autre tournure. Mais, prédiction ou visions d’ivrogne (l’éléphant rose transformé en touriste fou) ?

J’ai peiné à entrer dans l’histoire, je me suis essoufflée à suivre nos deux ivrognes de bars en night-club paumés. Heureusement la seconde partie m’a plus emballée. Richard Gaitet s’est amusé à détourner quelques légendes grecques, des chansons plus actuelles. L’écriture est rapide, alerte. Quelques jeux de mots faciles et éculés comme « Nino rota », mais bon avec nos deux paumés alcoolisés, on ne peut s’attendre à autre chose.

Je suis un peu déçue par ce livre. Que voulez-vous, les errances nocturnes alcoolisées, ce n’est plus de mon âge ! Il s'en est fallu de presque rien, de quelques pages en moins au début pour....

Yves a beaucoup aimé, Pierre beaucoup moins. Leurs avis sur Libfly

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