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ZAZY - mon blogue de lecture

Frédérique Dolphijn et Annabelle Guetatra - Comme un air de tendresse au bout des doigts

30 Mai 2014, 22:25pm

Publié par zazy

Comme un air de tendresse au bout des doigts

Frédérique Dolphijn

Images Annabelle Guetatra

Esperluète Editions

118 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782359840469

 

 

4ème de couverture :

Cent pas ou mille? à cette question, Cheyenne et Abeille opposent la même réponse, quelle importance.

Elles sont sœurs. Au gré des moments de la vie, elles s’éloignent, elles se retrouvent.

Elles sont femmes. Leurs chemins se construisent en parallèle. Leur vie se nourrit au terreau de l’enfance… chacune à sa manière…

 

Avec beaucoup de douceur et un brin de mélancolie, Frédérique Dolphijn esquisse des personnages entiers et passionnés, dont le corps et la sensualité affleurent.

Les peintures d’Annabelle Guetatra, légères et poétiques, traduisent cette sensualité des corps et la sensibilité qui les anime.

==========

Les éditeurs associés se sont joints à Libfly pour le bookcrossing du Festival Raccord(s). J’ai pu attraper au passage ce livre au titre à faire rêver.

Cheyenne et Abeille, quels drôles de prénoms pour ces deux sœurs (jumelles ?) ! D’ailleurs Granny s’est posée la question.

Abeille, professeur de braille, légère, virevoltante, éthérée, bénéficie d’une écriture plus primesautière. Cheyenne, infirmière, ancrée dans la réalité, est écrite en des termes plus solides. Et si tout ceci n’était qu’apparence, illusion ? Et si c’était l’inverse ?

Derrière tous ces mots, toutes ces phrases, il y a une grande tristesse, beaucoup de fragilité. La cassure ? Le décès de leur mère et d’autres fêlures.

Dans ce livre, pas de chronologie, mais des billets comme ceux que les deux sœurs pourraient s’écrire. Beaucoup de retours en arrière, non pas vers leur mère, mais auprès de Granny la Grand-mère. Cheyenne et Abeille sont des femmes entières, emplies de leur monde fait de tendresse, de sensualité, de sexualité.

Au début de ma lecture, j’ai essayé de résister et je ne comprenais plus ce que je lisais. Alors, j’ai décidé de lâcher prise, de voguer au rythme des mots, des phrases et là, je suis entrée dans l’univers de Frédérique Dolphijn. Les dessins d’Annabelle Guetatra, nus aussi impudiques que simples, naïfs, soulignent les paragraphes.

Un livre inclassable, plein de poésie, de mots doux, au rythme langoureux. Les madeleines du passé construisent le chemin qui les mène vers l’amour. Un livre, Objet Poétique, hors des sentiers battus.

"Les éditions Esperluète publient des textes et des images, réunissent des écrivains et des plasticiens, produisent des livres et les diffusent..."  Le monde des éditions Esperluète est très bien défini par cette phrase, trouvée sur la page de présentation de leur site. Une maison d’édition, très attrayante, que je ne connaissais pas.

Encore une jolie trouvaille due à Libfly, pourvoyeur de belles découvertes littéraires.

Maintenant ce livre va poursuivre son chemin vers d’autres lecteurs. Je l’aurais bien gardé pour pouvoir le relire, le re-feuilleter, le caresser.

Quelques extraits :

 

Depuis le jour du non cri, sa peau nue est un étouffement, une prison dénuée d’infinis.

Avec le temps, pense-telle, les choses devraient se tapir, peut-être s’oublier. C’est ce qu’elle espère, mettre le chagrin au fond d’une poche, en coudre les bords et enfermer le vêtement dans un placard aux lourdes portes.

Sa nuit recèle un secret.

Laisser le temps effacer de son disque dur la férocité. Laisser le temps effacer le souffle laid qui courts dans ses os. Ce morceau d’histoire bien réel qui ne s’évapore pas. Qui résiste à ses nouvelles mémoires.

La douleur ne veut pas de l’amitié de la nuit.

Qui se soucie de ceux qui y souffrent.

Cheyenne est habillée de blanc. Ses sous-vêtements aussi son blanc s. Elle aime ce blanc plein de promesse, le vide qui accueille le plein.

Où sont les mots ? Où restent es mots ? Où sont les mots ?
Non pas de cris, tu ne cries pas tu ne cries pas.
Que reste-t-il de la nuit ? Quelques heures.
Des mots non dits. Son histoire cachée.
Elle rentre telle une péniche qui atterrit dans l’univers de l’ombre.

Comment vais-je me réconcilier ? demande Abeille. Je suis devenue une femme cabossée. Je m’en veux de ne pas avoir crié, de ne pas avoir été au bureau de police.

Souillure.

Viol.

Cheyenne prend Abeille dans ses bras.

- Je m’en veux de me sentir sale. Je me sens coupable de ne plus m’aimer

Pas de pleurs presque pas de larmes. Un soupçon de pluie sur le carreau. Du chagrin à l’intérieur bien rangé.

Une promenade silencieuse de mots commence à naître.

Lorsqu’elle sort de l’immeuble, la pluie aboie sa soif de la rajeunir de quelques milliers d’années. Ses crépitements tigrent la danse de ses hanches, et l’odeur du ciel fanfaronne comme un essaim d’abeilles.

- Le petit chapeau du mot brûler, c’est comme un toit pour me protéger !

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Vladimir Lortchenkov - Des mille et une façons de quitter la Moldavie

29 Mai 2014, 17:49pm

Publié par zazy

Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Vladimir Lortchenkov

Traduction : Raphaëlle Pache

Editions Mirobole

Avril 2014

250 pages

ISBN : 9791092145206

 

4ème de couverture :

Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.

Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.

Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

Biographie (Mirobole éditions) :

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chisinau. Fils d’un officier de l’armée soviétique, il a sillonné durant son enfance l’URSS et ses pays satellites. Également journaliste, il a remporté plusieurs prix littéraires russes. Il vit avec sa femme et leurs deux enfants à Chisinau.

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Séraphim Botezatu rêve d’Italie, veut ABSOLUMENT partir en Italie. Mais, ce pays, cet Eldorado existe-t-il vraiment ? Beaucoup en doute à Larga. Tous ceux qui sont partis ne reviennent jamais, n’envoient plus nouvelles ni argent. Bref, l’Italie pour quelques largais ( ?) largués (et oui, je n’allais pas le manquer !) n’existe pas du tout.

La Moldavie n’a aucune frontière commune avec l’Italie ? Pas grave. Ils se sont fait rouler dans la farine par des passeurs aigrefins ? Ils trouveront d’autres façons de partir.

Le premier échec ouvre le bal des tentatives aussi farfelues les unes que les autres. L’énergie du désespoir est, ici, teintée d’un humour décalé, corrosif, d’une méchanceté jubilatoire pleine d’amour pour ces laissés pour compte.

Apprenez à jouer au curling, ça peut servir. Si vous voyez un tracteur voler, c’est normal, vous êtes en Moldavie, ce même tracteur peut se transformer en sous-marin avec les pédales du vieux vélo du voisin ! Le tracteur a une importance prépondérante dans ce village. Il a même couté la vie à Maria.

Moldavie, un des rares pays où le président de la république n’est pas invité à l’étranger par crainte qu’il demande l’asile !

Imaginez-vous notre cher Président de la République monter toute une comédie pour quitter son pays et s’installer… en Italie, bien sûr, comme pizzaïolo ? Et bien, Voronin l’a fait en simulant le crash de son avion sur une montagne, lui sautant en parachute. Il y eût bien des dommages collatéraux, mais, bon on n’a rien sans rien !

Toujours dans le même but de rejoindre l’Eldorado, Le pope s’en mêle lance une « croisade », puis une seconde. D’abord religieuses, elles vont se transformer en une horde de soudards, de soiffards, de violeurs, d’éventreurs… bref pire que des brigands ! avec en prime une petite leçon à méditer. Au début, ce pope me faisait penser au joueur de flûtes de Grimm, mais la suite est salement humaine.

Seul Tudor essaie de raisonner les citoyens « Quand ce pope vous a lancés dans une croisade en direction de l’Italie, il vous a trompés ! Le paradis n’existe pas ! Pas plus que la terre promise avec ses robinets censés déverser du miel au lieu de l’eau, ses baignoires pleines de carpes bien grasses et ses femmes de ménage gagnant mille euros par moi ! Rien de tout ça n’existe »

« Comprenez malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes. Nous pouvons tailler nos arbustes et cultiver nos champs. Nous pouvons cesser de médire, de nous saouler, de fainéantes. Nous pouvons devenir meilleurs,…Commencer à vivre honnêtement ! L’Italie, la véritable Italie se trouve en nous-mêmes ! » Le vieux Tudor dit des vérités et on fusille la vérité. Lui sera brûlé car il tue le rêve et eux refusent la vérité et préfèrent penser que l’inaccessible existe. Il proposait quelque chose qu’ils ne pouvaient accepter : chasser le rêve et prendre la réalité à bras le corps, changer leurs façons de vivre, oser retrousser leurs manches et tout recommencer autrement. »

Le chapitre sur l’eau que boit le Président du Parlement de Moldavie est un petit bijou d’ironie, ainsi que celui sur le concours de recettes faisant suite à « l’essai de greffes de reins » sur Ion. Sur fond décalé, Vladimir Lortchenkov raconte les trafics d’organes.

Des apprentis ethnologue viennent à Larga noter tout ce que les autochtones racontent, un peu comme ils font ou que l’on voit dans les films pour les régions reculées où la culture n’est qu’orale.

Pour mon plus grand plaisir, rien ne nous sera épargné. Esprits cartésiens, rationnels, pratiques, passez votre chemin ! Ce livre a l’humour décalé, corrosif, méchamment drôle, mais pas que. En pointillés, la réalité est méchamment triste et misérable, dans ce pays qui n’a plus rien. Un roman jubilatoire, un petit bijou d’absurdité.

Je suis allée sur Internet à la découverte de ce pays inconnu. Je pensais qu’il s’agissait d’une région russe. La Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe où le trafic est roi, mais la Moldavie n’en est pas reine pour autant. Il est juste à côté de l’Ukraine dont, malheureusement, nous entendons souvent parler en ce moment. Et, si après, cela prenait la Moldavie abreuvée par la télévision russophone ?

J’ai aimé la couverture de ce livre, ainsi que la tranche, très original. Tous les autres publiés par Mirobole Editions ont le même style de couverture décalé en rapport avec le contenu.

La chronique d'Yv qui m'a gentiment prêté ce livre et d'autres toutes aussi enthousiastes : Lilliba - cafards at home - Keisha -

Quelques extraits :

« Connaissant le cœur charitable de son époux, Maria se dirigea vers l’arbre en question, y fixa une corde et grimpa sur le tabouret qu’elle avait placé sous le nœud coulant. Elle ne distingua toutefois aucun regard en provenance de la maison. « Il s’est planqué derrière la porte », se dit-elle avant de remarquer que des gens l’observaient depuis les fermes voisines. Il y aurait donc quelqu’un pour la décrocher… Rassérénée par cette pensée, elle sauta. Son corps se balança, d’abord poussé par son élan. Puis par le vent.

Maria continua de tanguer dans l’acacia pendant toute la semaine suivante. »

On vivait pas bien non plus sous l’URSS, objecta le vieux tout en pédalant les yeux fermés. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici.

- La nuit, je fais sécher des colliers d’ail sur elle, confessa-t-il d’un doigt dressé.

- Mais pourquoi tu fais pas ça dans la cave ? demanda bêtement Tudor.

- Parce que là-dedans, l’air circule pas, alors que dehors il y a un petit vent, expliqua Vassili. Quand le corps tourne, ça aère l’ail, et c’est justement ce qu’il lui faut pour sécher…

Le plus répugnant dans cette affaire, c’est que, sans les Moldaves, nous sommes perdus, parce que, comme me l’a lancé une fois un prolétaire particulièrement insolent, sans eux nous n’aurons personne pour ramasser notre merde ! (p.80)

Pourquoi émigrent-ils, dans ce cas ?

Parce que dans leur patrie, les choses vont si mal qu’ils préfèrent s’enfuir, répondit Buonarroti en haussant les épaules, quand bien même leur destination serait un trou noir du cosmos, un camp de concentration ou une mer des Sargasses grouillant de criminels internationaux sans scrupule.

Tu as vu sur quoi on traverse le Dniestr ? Un échafaudage sale et brinquebalant qui est pas un pont, même si on l’appelle comme ça. Alors qu’à Venise, tu sais quoi ? Toute la ville est sur pilotis vu qu’elle est construite sur la mer. Et des ponts, il y en a partout, des ponts, des ponts, des ponts… Tout est propre, soigné, d’une beauté incroyable. Et les salaires faramineux qu’on te verse là-bas ? Dis-moi, tu te verrais pas gondolier ?

« Que Lupu, le président du Parlement, gouverne notre partie. Il est jeune, il se débrouillera, raisonnait toujours Voronine. De toute façon, aucun dirigeant de la Moldavie n’arrivera jamais à améliorer la vie de nos concitoyens. Ce pays est ensorcelé, voilà tout ! Qu’il aille au diable ! »

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Anthony Tixier - Brenne, rencontres au naturel

27 Mai 2014, 16:41pm

Publié par zazy

Brenne

Rencontres au naturel

Photos de Nicolas Chartier et Anthony Tixier

Textes de Léandre Boizeau

Editions de la Bouinotte

Parution septembre 2012

142 pages

ISBN : 9782915729542

 

4ème de couverture :

Avec la Brenne, on a misé très longtemps sur une image folklorique : c'était le « Pays des Mille étangs », celui des « ventres jaunes », ou bien encore celui des moines, des fièvres et des sorciers... jusqu'à l'époque finalement assez récente où des naturalistes ont fini par nous faire reconnaître et admettre que cette région était tout simplement une des plus belles zones humides d'Europe.

Dès lors, le regard que portaient sur elle les « Brennous » d'origine, a changé. Et si on l'observait d'un peu plus près ? Et si on cherchait à comprendre le mystère du foisonnement de vie qui nous entoure ?

La démarche est particulière, empreinte de respect, de tendresse aussi car l'intime se mérite. Nicolas Chartier et Anthony Tixier ont su avec talent cultiver le secret de l'instant pour mieux saisir l'identité de ce pays sauvage et méconnu.
Et pour en souligner le charme d'un trait de poésie, quoi de plus naturel que de faire appel à Léandre Boizeau, l'homme qui a guidé des milliers de visiteurs en Brenne.

Avec « Rencontres au naturel » ce tandem signe un premier ouvrage très prometteur.

Nicolas CHARTIER
Né en 1986, ce garçon est issu de la « Génération Nature ».
Contemplatif amoureux du silence
et des grands espaces, il sait aussi être un homme d'action au service de sa passion : la photo animalière.
Anthony TIXIER
Né en 1972 à Châteauroux, ce Berrichon pur jus n'a de cesse de faire aimer le pays
qui l'a vu naître. Ses armes : un appareil photo et une bonne dose de patience.
Ses objectifs favoris : les oiseaux.

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En mars dernier, nous sommes allés faire de la photo en Brenne, pas si chaud que ça !! Nous croisons un jeune homme en bermuda avec tout un attirail de pro.

Ce qui est bien dans ces petits chemins menant aux abris aménagés pour les amateurs d’oiseaux, c’est que l’on se dit bonjour et que l’on discute photo ou nature. C’est ainsi que nous avons fait la connaissance d’Anthony Tixier. Tout de suite nous avons compris son attachement à cette magnifique région des étangs ainsi que son amour de la nature et des oiseaux. Pensez, il est capable de rester 4 heures dans la boue pour une photo !!

Anthony Tixier nous a parlé de son livre et je l’ai acheté. Un régal à feuilleter.

Je reconnais les lieux ; que de temps passé à attendre LE moment. Quelle beauté ! Les textes de Léandre Boizeau ne font pas que souligner les photos, ils les accompagnent parfaitement. Quelle poésie dans les photos !!

Je comprends son amour pour ces étangs. Lorsque nous y allons, il m’arrive de ne plus avoir le réflexe de prendre des photos, juste le plaisir de regarder, de se vider la tête, d’attendre, d’admirer.

L’éditeur, la Bouinotte, est une maison d’éditions indépendante locale. Comme la plupart, la qualité est présente. Le format à l’italienne assure une jolie présentation des photos. La bouinotte, c’est ce petit fenestron au-dessus de la pierre d’évier. Chez nous, on l’appelle bouinaude.

J’aime les gens passionnés et Anthony Tixier fait partie de cette « engeance heureuse ». D’autres livres sont en cours d’écriture ou de parution.

Merci Anthony pour vos conseils, pour votre passion. A bientôt lorsque nous retournerons en Brenne. Allez sur son site, vous verrez ses photos.

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Le passager clandestin

25 Mai 2014, 21:37pm

Publié par zazy

Les petites maisons d'édition proposent, très souvent, de bons et beaux livres.

L'une d'entre elles, le Passager clandestin, éditeurs de sciences humaines, connaît de graves difficultés.

Libfly, LE forum qui permet une visibilité à ces maisons d'éditions indépendantes, relaie le message du Passager clandestin.

Le catalogue est important et diversifié. Vous pouvez commander les livres chez votre libraire ou directement sur le site.

 

Comme beaucoup d’éditeurs de sciences humaines, le passager clandestin traverse une période extrêmement difficile. Aujourd’hui, notre activité est menacée.Plus de 100 titres sont disponibles, dont 8 nouveautés parues en 2014 et 8 paniers thématiques.
Toutes les contributions seront les bienvenues !

http://www.libfly.com/le-passager-clandestin-a-besoin-de-vous-billet-3470-971.html

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Jo Baker - Une saison à Longbourn

25 Mai 2014, 21:09pm

Publié par zazy

 

Une saison à Longbourn

Jo Baker

Traduction : Sophie Hanna

Editions Stock

Collection : La Cosmopolite

396 pages

ISBN : 9782234075597

 

 

4ème de couverture :

Sur le domaine de Longbourn, vivent Mr et Mrs Bennet et leurs vénérables filles, en âge de se marier.
À l’étage inférieur veillent les domestiques. Personnages fantomatiques dans le célèbre roman de Jane Austen, Orgueil et préjugés, ils deviennent ici des êtres de chair et de sang qui, du matin au soir, astiquent, frottent, pétrissent et vivent au rythme des exigences et des aventures de leurs bien-aimés patrons. Mais ce que les domestiques font dans la cuisine, sans être observés, pendant qu’Elizabeth et Darcy tombent amoureux à l’étage, relève d’eux seuls… Une histoire d’amour peut en cacher une autre, et qui sait quel secret enfoui risque de ressurgir.

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Longbourn, cela ne vous rappelle pas quelque chose ?? Le beau Darcy ??? La famille Bennett et ses filles ?? Ça y est : Orgueil et préjugés de Jane Austen. Que vous l’ayez lu ou vu au cinéma, les souvenirs sont là.

Jo Baker nous emmène dans les coulisses de cette maison bruyante. Là où vivent les domestiques, dans la cuisine, les soupentes, l’étable, la porcherie… afin, là où tout se passe pour que ces Messieurs et Dames vivent sans se soucier de rien d‘autre que de leurs tenues de bal,  arranger des mariages,  s’amuser… bref, de vivre comme des gens de la bonne société anglaise fin XVIIIe, début XIXe.

N’ayez crainte, ce n’est pas du sous-Zola. Jo Baker ne donne pas dans le misérabilisme. La dureté du travail y est romancée !! Je suis un peu dure en écrivant cela, mais…. On découvre, si on ne le savait déjà, qu’il y a un fossé entre maîtres et servants, que même si il y a quelques familiarités, ce ne sont que des ombres dont ils attendent un dévouement sans faille et dont ils ne savent rien et ne veulent rien savoir, l’adage « on ne mélange pas les torchons et les serviettes » se vérifie encore.

Mrs et Mr Hill, Sarah, Polly, puis James, dont l’arrivée boulverse tout, mènent une vie de dur labeur de l’aube à la nuit. L’amour que porte le couple à ses deux « filles » ressemble à s’y méprendre à un amour maternel qui ne dit pas son nom. C’est une cellule familiale dans la grande ruche.

Je me pose quelques questions lorsqu’USA Today écrit : « C’est un roman audacieux, subversif là où l’on ne s’y attend pas, et brillant à chaque ligne. Un détournement magistral d’un classique. » Rien que ça !! Je n’ai pas trouvé le subversif ni l’audace, si ce n’est que d’avoir pris la trame d’Orgueil et préjugés pour écrire son livre. D’ailleurs, j’ai nettement préféré la partie où elle se détache de cette trame pour nous parler du passé de Mrs Hill, de la guerre en Espagne où a combattu James.

Un livre que j’ouvrais avec plaisir, une lecture agréable qui a certainement pâtie de 2 précédentes lectures : Chems Palace et des mille et une façons de quitter la Moldavie. L’écriture de Jo Baker est charmante et légère, peut-être trop légère. J’aurais aimé beaucoup plus de profondeurs, plus de corps. Vous me direz que le livre de Jane Austen est, lui aussi, léger.

Je remercie Libfly, qui, dans le cadre de son « désherbage de printemps » m’a permis cette lecture. J'ai aimé la couverture de ce livre, la tasse et la théière étaient des invites plaisantes

D’autres avis : Clara - Jostein - Carnet de lecture - sur Libfly

 

 

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Ali Bécheur - Chems Palace

22 Mai 2014, 22:08pm

Publié par zazy

Chems Palace

Ali Bécheur

Editions Elyzad

262 pages

Sortie : mars 2014

ISBN : 9789973580658

 

4ème de couverture :

L'oasis, enclavée entre le roc, le désert et les marais salants, jaillit au cœur de la steppe brasillant sous un soleil féroce. Îlot de luxuriance où le narrateur, un instituteur à la retraite, se propose de vivre le temps qu'il lui reste. Avec les « fils » de l'oasis, il partage le miel des dattes, le thé âcre et sirupeux, les rites et les pèlerinages... Monde minuscule, ancré dans ses traditions immémoriales. Pourquoi est-il amené à raconter l'histoire de Nadir, magnat de l'hôtellerie, parti les mains vides et revenu cousu d'or ? Et qui est cette Sandra, qui transforme un va-nu-pieds en pacha ? Un roman foisonnant et sensuel où l'on apprend que celui qui s'évade de l'oasis est condamné à y revenir, à l'issue d'un voyage initiatique à travers le périple de l'existence.

Ali Bécheur : (source Editions Elyzad)

Romancier, essayiste et nouvelliste, Ali Bécheur est l'auteur de plusieurs ouvrages dont un essai sur la mémoire et l'identité, La porte ouverte (La Nef - Tunis, 2000), des romans Jours d'adieu (Cérès - Tunis, Joëlle Losfeld - Paris, 1996), Tunis Blues (Clairefontaine - Tunis, Maisonneuve et Larose - Paris, 2002). Aux éditions Elyzad, sont parus "Une saison violente", in Dernières nouvelles de l’été (2005) et Le Paradis des Femmes (2006).

Ecrivain-phare de la littérature tunisienne de langue française, Ali Bécheur a reçu plusieurs prix littéraires parmi lesquels le prix de l’Association Tunisie-France pour l’ensemble de son œuvre.

Le Paradis des Femmes a été finaliste du Prix des cinq continents de la Francophonie et Comar d'Or 2006 en Tunisie.

Ecrire, pour Ali Bécheur, « c’est imprimer une trace sur le chemin, semer des petits cailloux de toutes les couleurs, lutter pied à pied, mot à mot, contre le silence des cimetières. C’est hurler qu’on est vivant, malgré tout. »

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« C’est l’aube d’un jour parmi les jours qui point sur le grand erg oriental. Une lueur d’incendie dévore le fil de l’horizon émergeant de la nuit, étoffe exténuée de lessives, qui s’embrase. Un ressac de feu engloutit les derniers lambeaux d’ombre.

Je prends mon essor dans une mer de nacre et d’or.

Lève les yeux. Tu me vois ? C’est moi, là-haut, l’épervier. Planant – armaturé d’acier, pennes et rémiges frottés à la fournaise, pailletées d’éclats de vif-argent -, dérivant à travers l’océan d’incandescence.

Je suis celui qui voit. »

Ainsi débute le livre d’Ali Bécheur. Vous comprenez pourquoi ce livre m’a envoutée !

Comment résumer un livre où j’ai noté presque chaque page, où la poésie est présente, où les mots, choisis sont une invitation ? Comment faire alors que Hebelin et Pasdel ont écrit des commentaires superbes ?

Un vieil instituteur décide de retourner dans l’oasis qui a vu débuter sa carrière. La vie y est douce, le temps s’y écoule lentement ; il est dans la contemplation et la réflexion. Puis, il y a Nadir, Si Nadir, depuis qu’il a fait fortune dans l’hôtellerie. De son importance, il veut garder trace et désire que le Moâllem écrive sa biographie. Nous saurons de son existence ce qu’il a raconté sur les cassettes qu’il envoie à son Maître, le vieil instituteur. « Moâllemi, s’écria-t-il, c’est une baraka de Dieu de vous revoir après tant d’années, enchaînant sur sa lancée qu’il ne m’avait jamais oublié, comment oublier son maître ? »

« J’éprouvais le sentiment d’une liberté inconnue, sans plus de limite qu’un vertige vacillant dans les profondeurs du corps, me disant que oui, puisqu’il le voulait, j’écrirais son histoire et que l’écrivant c’est on histoire que j’écrirais, celle de la source, de l’oasis et des palmiers et de ceux qui y vivaient et en vivaient, eux qui n’avaient pas voix au chapitre, que je leur donnerais la mienne à eux qui m’avaient tout donné sas que je ne leur eusse rien demandé »

C’est ainsi que, comme l’écrit Ali Bécheur, le vieil homme a fait sien « les mots du père Hugo en les inversant. Quand je vous parle de moi, je parle de vous. »

Le Moâllem raconte son oasis luxuriante et fragile sujette aux intérêts financiers et hôteliers. Il se sert du désir de Nadir pour raconter la vie quotidienne. Le temps n’est plus le même, n’a plus la même valeur. Vous vous posez au pied du caroubier et vous lisez en mobilisant tous vos sens. Vous écoutez Al Môallem raconter la vie qui s’écoule dans son oasis. Tout est calme et sensualité. Pourtant, la vie n’est pas rose dans l’oasis, les jeunes, les uns après les autres partent. « Mais rien ne survivra à l’adolescence, à l’appel des sirènes de l’ailleurs ».

Les gadous rythment la vie agricole. Les femmes préparent la oûla et le Moâllem se trouve face à un tableau de Delacroix se terminant en danse païenne et érotique. La « Banque Populaire » derrière son étal donne les dernnières nouvelles. Les joueurs de dames lancent le débat entre les modernes et les anciens, entre les tenants du culte et les tenants de la culture.

Ali Bécheur magnifie la vie calme de l’oasis. Il nous oppose l’histoire de Nadir, parti sans le sou, devenant gigolo pour survivre et partir suivre sa belle à Paris. Devenu riche, il revient dans son pays pour créer des hôtels pour touristes riches. Dans sa mégalomanie, il entreprend la construction d’un palace, le Chems palace dans l’oasis qui l’a vu naître. Plus, toujours plus, vite, toujours plus vite. Partir pour mieux revenir et imprimer sa marque sur le sable de l’oasis… et le sable ne retient pas les traces.

Ce livre est un oasis entouré d’un désert. Il est tout aussi luxuriant, fragile et vivant. Les mots, les phrases d’Ali Bécheur ont coulé en moi comme le jus des figues trop mûres, comme le miel. Elles étaient la vapeur s’échappant des théières, le feu sous le kanoun. Comme le Moâllem, je me suis étourdie à regarder danser Taous, comme l’épervier, j’ai survolé l’erg, vu le soleil s’embraser, le vent s’engouffrer. J’ai vu le sacré de cet oasis.

Les palmiers nous invitent à entrer dans l’oasis et à suivre les mots d’Ali Bécheur. Ne regimbez pas, laissez-vous guider par les mots, par les phrases, par les bruits, par les odeurs, par les couleurs, par la sensualité, par l’amour, par les raisonnements, par la fatalité, caressez le sable, cueillez les dattes…. Enfin tout ce qui fait ce beau livre. Quelle écriture ! Tous ce vocabulaire arabe qui, tels des petits cailloux, ponctue les phrases et ajoute à la poésie.

Laissez-vous bercer par les phrases ondulantes d’Ali Bécheur et je vous promets un grand moment de lecture.

Les Editions Elyzad, fidèles à leur ligne éditoriale, nous offrent un roman d’une très grande qualité aussi bien littéraire qu’esthétique.

Pasdel, je te remercie vraiment de m’avoir permis de lire ce superbe livre. Maintenant, je vais devoir te le rendre et, c’est un grand déchirement.

D'autres avis donc celui d'Hebelin, sur Libfly

Quelques extraits :

 

Les yeux embrumés de nuit, je franchis le seuil du logis encore emmitouflé dans le creux des songes, traverse le patio où le figuier se tord, dénudé.
Je l’aperçois.
L’épervier, pharaon céleste dont les cercles amples esquissent la coupole du ciel. Comme chaque matin en tournée d’inspection. Calligraphiant sa sombre signature sur l’aveuglante blancheur de l’aurore.

Survivant, toujours ressuscitée, s’extirpant vaille que vaille des profondeurs arides, telle la pierre gravée des sarcophages enfouis en de secrètes cryptes. Talisman pour traverser les ténèbres, pèlerin de l’envers de l’existence. Poignante, telle la palpitation d’une étincelle de vie prise au piège des assoiffées de la mort.
L’oasis.

L’oasis n’est pas un lieu, c’est un Te Deum. Les palmiers mugissent à voix rauque, les arbres fruitiers couronnés de flocons fuchsia, les jonchées de coquelicots, de campanules, de bourrache velue à fleurs bleues scintillent parmi les mauves, les orties, les trèfles et les chardons hérissés d’épines.

Une pluie d’or tombe à travers la brume enflammée des grenadiers

Et là, sous mes yeux ébahis, surgissait une bacchante, drapée dans son péplum pourpre sous lequel son corps répondait à chaque battement par une brusque tension de muscles bandés puis relâchés dans le même mouvement, comme si le son la traversait de part en part.

Je pus distinguer, tatoué sur la pulpe de sa chair intime, le glyphe du palmier, symbole de fécondité, entraperçu lors de la bacchanale, quand, relevant sa mélia, elle avait exhibé son intimité qui en portait, indélébile, l’emblème.

Quitter l’oasis n’est pas voyager dans l’espace. Pas seulement, pensais-je, mais traverser le temps. Y ouvrir un autre registre.

Instruit désormais que le plaisir est affaire d’archéologue, le voilà parti à la recherche de trésors enfouis, errant à travers un continent de monts et de merveilles, de découverte en découverte, émerveillé que nous la peau frémissante qu’il explore béent des abysses de l’être, où le désir, cette méduse, noue son écheveau de filaments brûlants, entrelaçant les pulsions, les manques et les rêves.
Ce corps qu’il explore, c’est l’oasis

Notre temps est justice, enchaîna Tijani. Le gadous donne a chacun son dû avec exactitude, à telle enseigne qu’en des temps très anciens, le sultan, soucieux d’établir la concorde au sein de son peuple qu’il savait ennemi de l’iniquité et prompt à brandir l’étendard de la révolte afin qu’on ne pût en modifier le débit, fit enchâsser une pièce d’or à son effigie au fond de la jarre, percée d’un trou calibré de telle façon qu’elle mis à se vider le temps pour un orant de psalmodier la fatiha, sourate qui ouvre le Coran.

Ecrivant la biographie du satrape – j’en étais à l’orée de sa troisième vie -, j’avais découvert chemin faisant le vertige de la plume glissant sur le papier, patinage que l’on peut dire à bon droit artistique

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Lola LAFON - La petite communiste qui ne souriait jamais

14 Mai 2014, 22:53pm

Publié par zazy

 

La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon

Editions Actes Sud

Janvier, 2014

320 pages

ISBN 978-2-330-02728-5

 

 

4ème de couverture :

 

Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

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Encore une fois, une suite logique entre deux livres lus : Ce titre, « La petite communiste qui ne souriait jamais » et « le garçon incassable » de Florence Seyvos où il est question de Buster Keaton, l’homme qui ne rit jamais. Par contre, Nadia a fait de ces saltos arrières un art jamais égalé.

Nadia Comencini est une gymnase hors pair. À la lecture de ce livre, je découvre le traitement que nos athlètes qualifieraient d’inhumain mais qu’elle a accepté car c’était dans son contrat. Bela, son entraîneur les surveillait nuit et jour, pesait leur nourriture, les sous-alimentait. « Ce qu’elle porte à la bouche est recalculé. Cent grammes de viande à midi et cinquante grammes le soir apportent environ quatre cents calories, des légumes aux repas, deux cent gramme chaque fois : cent vingt calories. Trois yaourts par jour : cent quatre vingts. Et des fruits, peut-être trois : cent cinquante. Ni pain, ni féculents, ni sucre évidemment. Pensez à tracer un trait sur la bouteille d’huile qu’utilise Silvana, la cuisinière ; si elle dépasse les cinquante millilitres prévus par jour, tous les calculs seront faussés. »

Nadia Comencini a été idolâtrée tant qu’elle était une sorte d’éphèbe sans forme féminine, une petite poupée de porcelaine. Plus tard, lorsqu’elle est devenue comme les autres, une jeune fille avec des seins et un cul, les hommes ont crié à la tromperie. « Tout ça, seins, hanches, explique un spécialiste lors d'une retransmission, ça ralentit les tours, ça plombe les sauts, c'est moins propre comme ligne. »

Nadia Comencini a été un corps, uniquement un corps que son entraîneur modelait, un corps que les arbitres notaient, un corps que les commentateurs ont adoré, un corps que les fillettes ont envié, un corps qu’ils ont détesté, criant au scandale, à la tromperie lorsqu’elle en a eu terminé avec le petit éphèbe ; un corps dont a usé le roitelet. Un corps qui ne parlait pas

Nadia Comencini est entrée en gymnastique comme l’on entre dans les ordres, avec abnégation, pour servir ce sport. C’est également comme guerrière qu’elle s’entraîne pour assouplir son corps, pour arriver là où elle veut, faire sauter les barrières, voler, se jouer de l’apesanteur et gagner. Oui, ses succès ont servi la Roumanie, mais, à 14 ans, pouvait-elle le comprendre ?

Derrière la gymnase, Lola Lafon nous parle de la Roumanie qu’elle connait pour y avoir vécu.

Oui, il y avait les délations ; oui, les gens ne pouvaient voyager comme ils voulaient ; oui, Ils étaient filés, écoutés, surveillés. Oui, il y avait des files d’attente…. Certaines de ses phrases me ramenaient à notre guide lorsque nous visitions l’URSS.

Notre Occident avec les portables, les GPS qui nous suivent à la trace. Facebook, l’oiseau gazouilleur, ne nous suivent-ils pas à la trace, n’épient-ils pas tous ce que nous écrivons et, cerise sur le gâteau, le décortiquent minutieusement pour tout connaître de nous. Nos mannequins anorexiques (tiens, actuellement, elles viennent souvent de l’Est !), nos concours de mini-miss, notre monde mercantile est-il plus brillant que l’ancien bloc de l’Est ? C’est cette ambivalence dont nous parle Lola Lafon, sans pour autant trancher.

Lola Lafon amène la comparaison entre Nadia Comencini, sorte de « Jeanne d’Arc » et Brooke Shields ou Jodie Foster, outrageusement sexploitées dans leurs films respectifs. On a gaussé de la manipulation par les dirigeants des exploits de la jeune fille, mais il me semble que les U.S.A. n’ont pas été en reste lorsque Nadia a fui la Roumanie pour ce pays.

L’auteur n’évite pas la montée de la folie du couple Ceausescu avec cette fouille à corps de toutes les femmes en âge d’être enceinte « C’étaient des hommes, ces docteurs qu’on payait pour surveiller l’utérus des femmes. Des hommes, ces contremaîtres qu’on récompensait si un nombre important de leurs ouvrières étaient enceintes. Des miliciens, dans les hôpitaux, avaient l’ordre de lire les dossiers des femmes, afin de repérer celles qui étaient enceintes de quelques semaines, pour les empêcher d’avorter » Nadia était au milieu de tout ça et elle prenait des coups des deux côtés, surtout lors de son « idylle » avec le fils de…

Un livre rythmé, maîtrisé, avec des chapitres courts avec des titres, « biomécanique d’une fée communiste », « Les managers de l’ouest », « marketabilité »… très explicites. La fausse correspondance avec Nadia nous permet une plongée dans la vie de l’athlète. Les recherches que Lola Lafon a menées en amont permettent une fiction qui ne doit pâs être loin de la vérité.

Lola Lafon a reçu le prix de la Closerie des Lilas et fait partie des livres sélectionnés pour le prix du Livre Inter.

Merci Francoaz de l'avoir fait voyager. Maintenant Nadia va rejoindre Florence

Ils en parlent également : Alex - Clara - SentinelleTraversay - Aifelle -

Quelques extraits :

Nadia plonge, sa jambe en arabesque derrière elle, un long soupir tracé au pinceau. Puis, son pied droit pointé devant, elle se détourne des mortes, des battues, tous ces sanglots de filles fracturées, et posément aligne - flic flac - les cartes de mauvais sort retournées, vaincues, une fois de plus, elle les salue, ils sont debout, follement aimants, bouleversés d'avoir goûté à l'odeur terrible d'un mauvais sort repoussé.

Ce qu’elle accomplit, ce jour-là, personne ne sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu’on connaît pour décrire ce qu’ on n’a jamais imaginé.

Le lendemain, lorsque je lui demande comment elle explique l’obéissance absolue des gymnase, elle parait gênée par ce mot, obéissance : « C’est un contrat qu’on passe avec soi-même, par une soumission à un entraîneur. Moi, c’étaient les autres filles, celle qui n’étaient pas gymnases que je trouvais obéissantes. Elles devenaient comme leur mère, comme toutes les autres. Pas nous.

On lui bande les chevilles. Son tendon d’Achille est gonflé et forme une excroissance protégée d’une mousse retenue d’un scotch, stigmate des nombreuses fois où elle a heurté la barre la plus basse du pied. Ses genoux s’infiltrent de liquide, une réaction aux chocs répétés, ses rotules se couvrent de corne. Il faut veiller à ce que les ampoules ouvertes de ses paumes ne s’infectent avec la poussière du sol et la magnésie.

Ça va vous choque, je connais les certitudes de vos supposées démocraties libérales à ce sujet… mais il y avait une sorte de… joie dans les années 1970, ce qui ne change rien au reste, évidemment. Je déteste ces films et les romans qui parlent de l’Europe de l’Est, tous ces clichés. Les rues grises. Les gens gris. Le froid.

Essayons de ne pas faire de ma vie ou de ces années-là un mauvais film simpliste.

Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer.

Vous savez ce que je ne pardonne pas à vous autres, Occidentaux ? En 1974, l’ONU à propos à la Roumanie de présider la conférence mondiale sur la population au prétexte que nous avions su « résoudre la crise démographique » ! Alors Nadia, vous comprenez, même si elle n’y était pour rien, elle faisait partie de ça, cette publicité incessante pour l’Enfant modèle. Et l’ironie c’est que, dès qu’elle a grandi, Nadia n’y a pas échappé, elle a été « inspectée » comme nous toutes par la « police des menstruations », ces médecins qui nous auscultaient chaque mois sur notre lieu de travail et nous pressaient de faire des enfants, encore.

"Chère Nadia. Tu étais mmmmm quand tu faisais ce geste de la main à la fin de ton exercice au sol. Mon chaton mécanique. Aujourd'hui, la Nadia, elle a dix-huit ans, elle porte un soutien-gorge et doit se raser les aisselles", conclut l'éditorialiste du Guardian, dans son article daté de juillet 1980.

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On vous lit tout !

14 Mai 2014, 20:28pm

Publié par zazy

Pour la cinquième année consécutive Libfly.com et le Furet du Nord s’unissent pour vous faire découvrir en avant-première les livres de la rentrée littéraire 2014 avec l’opération On vous lit tout !
Nous proposons à nos meilleurs contributeurs, lecteurs, blogueurs et bibliothécaires d’y participer.

Vous êtes intéressés ? rejoignez-nous sur LIBFLY. Une plateforme où on parle de livres avec passion.

Cliquez sur le logo pour en savoir plus.

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Gérard Moncomble - 7 histoires du soir racontées par la famille Pluche

9 Mai 2014, 22:04pm

Publié par zazy

7 histoires du soir

Il était un petit tome rouge

Gérard Moncomble (Texte)

Editions Hatier Jeunesse

5 février 2014

75 pages

ISBN / 9782218971839

 

 

4ème de couverture :

7 histoires racontées par 7 personnes différentes pour 7 soirs !
Ce recueil réunit les histoires de toute la famille Pluche. Racontées tour à tour par les enfants, les parents et les grands-parents, courtes ou longues, classiques ou originales, elles rendent les moments de lecture magiques et chaque soir différent.
Savourez-les avec les enfants, pour un plaisir partagé !

L’auteur : (source Babelio)

Gérard Moncomble "collectionne", comme il le dit, les enfants : il en a quatre. Après des études universitaires de psychologie, de philosophie et de sociologie, il est tour à tour intervenant en sociologie, directeur de centres de vacances, artisan tanneur-fourreur, marionnettiste et sculpteur sur bois. Depuis 1985, il se consacre presque exclusivement à l'écriture et à l'illustration, et travaille à la fois pour la presse et l'édition.

Il navigue entre différents genres : romans, récits, contes, poèmes, comptines, essais, théâtre...

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Pendant ces vacances de printemps, un petit cobaye est arrivé à la maison ; vous savez, ces « Chicoufs », ces chers petits-enfants que l’on adore recevoir, mais content de rendre à leurs parents !!!

Tous les soirs, sa sœur, plus grande, lui racontait une histoire. J’aimais les regarder sans qu’ils me voient. Un moment de communication et de tendresse entre eux qui se chamaillent si souvent. 2 plaisirs ; celui de la lectrice, et celui du spectateur attentif. Ils ont aimé ; Emilie, car ce n’était pas un livre abêtissant et Aurélien parce que c’était nouveau.

 

Le prologue nous met dans le ton et le rythme. Chacun des 7 membres de cette famille Pluche va raconter qui une histoire, qui une comptine, qui un souvenir, qui un conte revisité….

Chaque histoire à son dessinateur. J’ai ainsi, eu le plaisir de retrouver le style de Fabienne Pierron qui illustre l’histoire de Nina. Leïla Brient donne dans le Rétro pour l’histoire d’Oma. Hervé Le Goff souligne les mots de  la comptine de Jules. Stéphane Girel  a des dessins épurés pour souligner le conte chinois de Mamielle …. Tous ont eu l’intelligence de créer des dessins collant parfaitement au texte.

A travers ces histoires, l’auteur parle, du respect, de l’entraide, du courage, des légendes…. De façon intelligente, simple. Gérard Moncomble sait séduire et intéresser.

Le sommaire, en début de livre, donne le temps de lecture par histoire et un bref résumé. Pas besoin de suivre l’ordre. Picorez selon votre humeur et celle de l’enfant.

Comble de chance, les cloches avaient apporté à Aurélien le petit tome bleu

Accueillez la famille Pluche chez vous, vous verrez, ce sont des hôtes charmants qui feront passer de bons moments « d’avant-dormir » à vos petites têtes blondes, brunes, rousses….

J’ai découvert ce livre grâce à l’opération Masse Critique de que je remercie. Je n’oublie pas les Jeunesse qui proposent des albums de qualité.

 

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