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ZAZY - mon blogue de lecture

Jean-Philippe Blondel - 06 H 41

31 Octobre 2013, 21:42pm

Publié par zazy

06H41

Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet Chastel

03/01/2013

240 pages

ISBN : 9782283026052

 

4ème de couverture :

Le train de 06h41, départ Troyes, arrivée Paris. Bondé, comme tous les lundis matins. Cécile Duffaut, 47 ans, revient d’un week-end épuisant chez ses parents. Elle a hâte de retrouver son mari, sa fille et sa situation de chef d’entreprise. La place à côté d’elle est libre. S’y installe, après une légère hésitation, Philippe Leduc. Cécile et lui ont été amants vingt-sept ans auparavant, pendant quelques mois. Cela s’est très mal passé. A leur insu, cette histoire avortée et désagréable a profondément modifié leurs chemins respectifs. Tandis que le train roule vers Paris et que le silence s’installe, les images remontent. Ils ont une heure et demie pour décider de ce qui les attend.

 

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06 H 41, attention au départ, le train pour Paris va partir dans quelques secondes…. C’est ce train que Cécile Duffaut prend après avoir passé un week-end ennuyeux chez ses parents vieillissants. Mais pourquoi n’a t'elle pas pris le train du dimanche soir comme les autres fois. Pourquoi a-t-elle proposé à ses parents de rester, vu l’accueil plus que tiède de sa proposition ? Enfin, c’est fait et la voici sur le quai de la gare de Troyes à attendre ce fameux train.

Un autre passager, parmi tous les travailleurs, attend qui n’est autre que Philippe Leduc un ex de Cécile qui, par un de ces pieds-de-nez du hasard s’installe à côté d’elle pour le trajet.

 

Jean-Philippe Blondel alterne les chapitres où Cécile et Philippe racontent, chacun à sa façon, leur aventure qui s’est terminée en eau de boudin. Côté présent, c’est une non-retrouvaille, un refus de se parler, refus de parler du passé, mais….

 

Que faire avec une histoire d’amour qui s’est terminée de façon désastreuse ? Que faire quand l’autre a radicalement changé ? Faut-il renouer, faire comme si on ne se connaissait pas, fuir, se réconcilier… ils ont jusqu’à 8H15, heure d’arrivée en gare de l’Est pour agir…. ou pas.

 

Les destinées ne sont pas celles que l’on envisageait. Parabole de la phrase « les premiers seront les derniers » ? Le destin est ce que l’on en fait, Cécile Duffaut en est la preuve.

 

Un livre agréable qui se lit très vite, avec des retours sur soi car, qui n’a pas connu ces ruptures épouvantables qui laissent un goût amer ou d’inachevé. Un livre à lire dans le train, sans que ce soit, pour autant, un roman de gare.

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Hélé Béji - L'oeil du jour

30 Octobre 2013, 22:46pm

Publié par zazy

 

L’œil du jour

Hélé Béji

Editions Elyzad poche

04/07/2013
256 pages
ISBN : 978-9973-58-036-8

4ème de couverture :

La maison d'enfance à Tunis, avec son patio et sa vasque bruissante, ses appartements aux meubles polis par les ans, sa terrasse. Royaume enchanté que gouverne une grand-mère par la grâce de qui perdure une tradition de vie méditerranéenne et musulmane. La narratrice, qui vit habituellement à Paris, retrouve là-bas, au cours de séjours épisodiques, ses racines. Elle ne peut s'empêcher toutefois de remarquer combien cet îlot préservé est battu par le flot de la vulgarité moderne : dans les constructions nouvelles, chez les nouveaux notables et leurs épouses, parmi les couches sociales qui, de la vie occidentale, ont assimilé les plus mauvais aspects. Elle-même, qui a perdu la foi et adopté un genre de vie européen, n'est rattachée au passé que par des liens que la mort va trancher. Elle regrette ce monde si présent encore et qui se transforme sous ses yeux. Pour le mieux ou pour le pire ?

L’auteur :

Hélé Béji est née en 1948 à Tunis. Agrégée de lettres modernes, elle a enseigné à l’université de Tunis puis a fondé, en 1998, le Collège International de Tunis. Auteurs de plusieurs essais, son roman d’œil de jour a été édité, la première fois, par les Editions Maurice Nadeau.

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Dans ce livre, Hélé Béji raconte sa maison d’enfance à Tunis et, comme tous souvenirs d’enfance, ils sont faits de bruits, d’odeurs, de sensations, de couleurs.

La maison est le royaume de sa grand-mère, là où elle a ses racines. Maintenant, elle vit à Paris et ne vient que pendant les vacances à la Médina de Tunis. Elle, qui vit à l’occidentale, et perdu la foi, voit d’un œil neuf, à chaque arrivée, la modernité gagner du terrain dans ce qu’elle a de moins beau : tours en béton, publicité agressive, vulgarité…

Sa grand-mère vieillit et pour engranger les souvenirs, elle nous raconte la vie quotidienne de sa maison ; le patio avec la vasque qui bruisse, le lit que l’on y installe l’été, les coussins, les conversations entre amis et voisins ; décrit la vie que mène sa grand-mère avec sa négresse et ses voisins. Comme elle l’écrit, elle fait provision de souvenirs et revient à Paris « l’âme aussi chargée qu’un couffin de marché ».

Son écriture se fait poétique, riche de mille détails, pleine d’amour, pour décrire le quotidien, sa grand-mère. Les phrases sont ciselées comme les moucharabiés, fines comme de la marqueterie. La mélancolie y est très présente contrebalancée par quelques traits satiriques.

C’est un livre d’Amour, un livre sur l’amour que Hélé porte à sa grand-mère, une déclaration  d’amour à la maison. C’est aussi un album de photos ; clichés de la maison qu’elle nous décrit avec beaucoup de détails et minutie.

Il faut être très présent pour en apprécier toute la quintessence, pour en extraire tout le suc. Ses descriptions longues ont besoin d’une lecture lente et minutieuse que je n’ai pu faire avec mes 3 petits lutins en vacances, alors, je le relirai un jour ou l’autre.


Livre lu dans le cadre organisé par et les éditeurs indépendants dont les éditions Elyzad. Je les remercie infiniment pour la qualité des livres parus  ainsi que  pour ce beau moment de lecture.

 

 

Quelques extraits :

La joue écrasée contre le coussin, je devine la frontière du matin que je ne vois pas encore, je sens l’épaisseur du matelas sous ma poitrine, je suis sur le point d’ouvrir les yeux, et pourtant j’ai la sensation d’une masse appuyée sur moi qui m’empêche de remuer. « C’est Boutellis, m’écrié-je soudain dans mon demi-sommeil, Boutellis me tient, vite je dois me réveiller ».

De cette terrible épreuve, c’est le frottement des mules de ma grand-mère qui tôt le matin me réveille. Je l’entends fureter dans la pièce à côté comme une fée aux geste illuminés dans l’ignorance totale de ses pouvoirs et Boutellis s’évanouit alors comme un fantôme inoffensif, renvoyé à son grotesque néant, pas plus effrayant que ces antipathique visiteurs, désagréables et niais, qui s’incrustent lourdement et s’éternisent ».

De ma chambre à coucher, ce matin, je l’entends trottiner, paisible, ignorante, compter ses prières, les recompter, marcher doucement le temps avec elle, revenir, fouiller un bric-à-brac, le cœur attendri, sans angoisse, ni savoir, dépouillée. Je l’entends vivre de la vie domestique, où le monde comme un lit défait retrouve un ordre matinal sous le lustre qui étincelle lentement, et je respire l’odeur de sa vie dépoussiérée et intacte, j’entends sur ses pas la vie ininterrompue de la maison se perdre en elle, son passé. Mystère de ma grand-mère, et de sa vieillesse éternelle, porteuse d’un temps sans faille, petite et dandinante, silhouette penchée des jours qui passent, contemplative, effacée, modeste grand-mère, s’ignorant elle-même, un peu désorientée quelquefois, me questionnant. Etre très vieille comme elle, analphabète, ne pas savoir.

Sur un fond de jardin cligne, dans un éblouissement, une paroi entrouverte, puis sous le plafond coulissant d’un ciel encore pâle, montent les parties du décor, l’arbre fruitier comme pivot, la fontaine dans le mur telle la niche d’une fausse fenêtre, la vasque du centre où coule l’impression d’une eau douce, des feuillages larges comme des rideaux, où pendent des bananes immangeables, un banc de pierre où l’on ne s’assoit jamais, une brise légère et ramassée comme pour une péripétie ou un coupe de théâtre, des coins de mur dont semble sortie une seconde vie du jardin

Lorsque meurt la vie morale de la maison, on voit de son raffinement le plus retiré sortir un masque de vulgarité

Ma grand-mère range, furète, ferme la porte de l’armoire, passe un chiffon humide sur le marbre de la cheminée, et à chaque, fois, c’est pour moi comme si le faisait pour le bien du monde. Chaque rangement déplace une panoplie qui s’éparpille comme la vie, mais s’ordonne en fin de compte mieux que la vie, et y trouve le chemin de sa place, de sa prosaïque utilité.

L’après-midi a baigné le jardin d’une lumière déchargée de la pesanteur de midi, moins chaude, les formes ne vibrent plus, la lumière coule dans le marbre sans l’écraser, après s’être éternisée comme une femme au balcon

Montres anachroniques, mouchoirs de vieillesse, visages doux et fripés ! Mille voix curieuses s'échappent de vous, et dans votre finesse le fil de pensées ordonnées et sages, repassées dans la vapeur de l'après-midi d'une paix qui atteint jusqu'aux fibres du temps qui coule, et se dépose en vos petits carrés d'étoffe comme fait l'eau sur les dalles du patio arrosé. Vous avez ce caractère impeccable de la percale blanche qui recouvre les banquettes du séjour, et que ma grand-mère, chaque fois qu'elle se lève, tire vers les bords du matelas en passant la main sur les plis qu'y ont laissés les visiteurs

 

 

 

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William G. Tapply - Dérive sanglante

27 Octobre 2013, 22:16pm

Publié par zazy

 

Dérive sanglante

William G. Tapply

Traduction Catherine Fort-Cantoni

Editions Gallmeister

270 pages

Avril 2007

ISBN : 9782351780114

 

 

4ème de couverture :

Suite à un improbable accident de montagne qui lui a fait perdre la mémoire, Stoney Calhoun est un homme sans passé. Cinq ans après avoir quitté l’hôpital, une confortable somme d’argent en poche, il a refait sa vie dans le Maine et coule des jours paisibles entre la boutique de pêche où il travaille et sa cabane enfouie au cœur des bois. Jusqu’à ce que son meilleur ami disparaisse. Calhoun se lance alors sur sa piste et accumule les découvertes macabres. Au fur et à mesure, il se découvre d’inattendus talents d’enquêteur qui vont le confronter aux fantômes de son passé.

Première aventure de Stoney Calhoun, Dérive sanglante nous promène à travers les paysages idylliques et chargés d’histoire du Maine, jusqu’à un final aussi violent qu’étonnant.

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Je suis remontée à la source de Stoney Calhoun. Le premier sera le dernier puisque William Tapply est parti au paradis des pêcheurs.

Ce premier livre ne dépare pas des deux autres. J’y ai retrouvé sa belle écriture, de la poésie, des descriptions somptueuses.

Ne vous pressez pas, nous ne sommes pas dans la cohue de la Pomme, mais dans le Maine, pays de la pêche, de la nature grandiose, mais pas genre Grand Canyon, non, mais grandiose tout de même. Cette Amérique-là me plait. « Les routes poussiéreuses, flanquées de murets, le sol sablonneux, les champs brûlés avant les semis, les ruines d’anciennes fermes au bout de chemins à présent envahis par un fouillis de genièvre et de peupliers et de vieux pommiers noueux, le bruissement d’une perdrix qui s’envole, la queue blanche, soudain entr’aperçue, d’un cerf, les érables aux troncs desquels on fiche un robinet pour en extraire la sève, le toit en aluminium d’une grange, lesté de vieux pneus de tracteurs en cas de tornade, les vaches Holstein et Jersey broutant dans les pâturages rocailleux, les grosses caravanes auxquelles il pousse des antennes de vingt pieds de haut, les verges d’or qui fleurissent entre les carcasses rouillées d’automobiles mortes, les poules qui picorent le gravier devant les portes, les blizzards et les orages… »

L’intrigue policière, et oui tout de même, il s’agit bel et bien d’un polar, avance lentement mais sûrement genre notre Maigret national et j’aime ça.

Si, en plus, vous lisez ce bouquin au coin du feu avec une petite musique de fond, vous touchez au bonheur.

Stoney Calhoun a suivi son créateur et parions qu’il y a de la pêche dans l’air.

 

 

 

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Eric Sanvoisin - Le petit buveur d'encre rouge

25 Octobre 2013, 21:49pm

Publié par zazy

 

Le petit buveur d’encre rouge

Texte : Eric Sanvoisin

Dessin : Martin Matje

Editions Nathan jeunesse

Collection demi-lune

ISBN : 9782092750926

 

4ème de couverture :

Grâce à leur paille-tandem, Odilon et Carmilla boivent l’encre des livres. Ils vivent ainsi, pour de vrai, les aventures de leurs héros préférés ! Un drôle de jour, c’est le livre qui les aspire…

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Un petit moment de tendresse dans un monde de brutes qu’est-ce que cela peut faire du bien !

Cet instant, je l’ai passé avec Odilon et Carmilla qui furent les victimes du petit chaperon rouge et du méchant loup. Bon, méchant, j’veux bien, mais le petit chaperon a un drôle de caractère !

Enfin, revenons à nos moutons, plutôt à notre paille. C’est bien beau de gober tous les mots, toutes les histoires, mais il faut se méfier de la révolte des personnages des contes. Faut les comprendre aussi, depuis le temps qu’ils sont enfermés entre les pages des livres, ils ont besoin de remuer leur petites gambettes, de s’aérer…

Cette fois-ci, ce sont Odilon et Carmilla qui en furent les victimes et cela aurait pu faire du grabuge, même avec son amoureuse. Quand on a faim, on a faim, foi de loup.

Comme je suis très très gentille, je vous en dis un peu plus sur les buveurs d’encre. Il y a un vampire dans ce livre ; Draculivre, sa nièce Camillia et Odilon l’amoureux de celle-ci. Avant, Odilon était un petit garçon comme les autres qui aimait lire. Une nuit, Draculivre, vieux vampire allergique au sang (faut le faire pour un vampire) l’a mordu. Depuis, ils se nourrissent des histoires écrites dans les livres. Mais Eric Sanvoisin a-t-il pensé à nous lecteurs ? Comment va-t-on faire si les livres n’ont plus de textes ? Hein, Monsieur Sanvoisin quelle est votre réponse ?

Un livre pour les 7-9 ans qui ne prend pas les enfants pour des demeurés. Il s’agit de la série phare d’Eric Sanvoisin, traduite en plusieurs langues, dont le turc. Mon petit-fils de 7 ans l’a commencé ce soir et nous continuerons ensemble demain. J’ai retenu d’autres titres à la bibliothèque.

Eric Sanvoisin est un auteur qui se démène en rencontrant les enfants dans les écoles. Plusieurs de ses livres ont reçu des prix. Vous voulez en savoir plus, allez sur son blogue.

Avec ma petite-fille, nous suivons la série « l’enfant dragon ».

Les dessins de Martin Matje ont ce petit charme suranné que j’aime bien. Draculivre, surtout celui de la page 4avec son grand manteau, son écharpe rouge, me fait vraiment penser à quelqu’un (vous voyez qui), manque le chapeau.

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Le roman du parfum - prix spécial du jury Al Bayane 2013

24 Octobre 2013, 13:01pm

Publié par zazy

De temps à autre, nous recevons des messages d'auteurs peu ou pas connus qui nous proposent un de leurs ouvrages. Il y a quelques temps, j'ai lu  le roman du parfum de Pascal Marmet. Un roman que j'avais dévoré, genre lecture qui fait du bien sur  fond parfumé qui révélait, outre une plume, quelqu'un qui savait de quoi il parlait.

Ce livre vient de recevoir le prix spécial du jury du prix Al Bayane, bravo à lui.

Le Prix Spécial du Jury Al Bayane 2013 lui a été décerné pour ce roman édité aux Éditions du Rocher. Le jury du Prix Al Bayane "a choisi d’honorer Pascal Marmet pour la qualité générale de son roman qui invite le lecteur à un merveilleux voyage autour du monde à la rencontre des senteurs et des fragrances". ici Bel hommage au livre et à son auteur

 

Au fait quel est ce prix ?

Omri Ezrati, chroniqueur littéraire, s'est vu confier par son journal Al Bayane, la création et l'organisation de ce prix de la littérature francophone. Gille Paris (Au pays des kangourous)  est le parrain de cette première édition qui s'est déroulée à Paris. L'an prochain, Casablanca en sera le cadre.

Le quotidien marocain francophone veut défendre la littérature francophone par delà les frontières et des différences, ce dont je ne peux que me féliciter.

D'autres auteurs ont été récompensés :

Le Prix Al Bayane du Roman 2013 a été décerné à Janine Boissard, auteure du roman Chuuut ! paru aux Éditions Robert Laffont. Le Jury a attribué ce prix à l’une des plus grandes romancières de notre temps. Nous avons retenu ce livre pour la justesse absolue du texte, pour le sujet (le secret de famille) qui n’a pas de frontière et qui a été amenée dans ce livre avec une impeccable vérité et une extraordinaire humanité.

 

Le Prix Al Bayane 2013 du Premier roman a été décerné à Jean Fabien, auteur du Journal d’un écrivain sans succès, paru aux Éditions Paul & Mike ; Le jury récompense cet auteur pour la pertinence de l’histoire et la qualité de son écriture. Un livre que j'ai noté pour une future lecture

 

Le Prix Al Bayane 2013 de la Poésie a été décerné à Maram Al Masri, auteure du recueil Elle va nue, la liberté parue chez Bruno Doucey. Notre jury honore ainsi le talent de cette poétesse syrienne qui vit en France. Ce recueil est présent dans l'opération lancée, cette année encore, par Libfly qui met à l'honneur  les petits éditeurs indépendants. Livre que j'ai noté dans mes désirs de lecture.

 

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Tabish Khair - Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire

23 Octobre 2013, 19:52pm

Publié par zazy

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire
Tabish Khair

Traduit par Antonia Breteuil

Editions du sonneur

22 octobre 2013
296 pages

ISBN : 978-2-916136-68-4

 

4ème de couverture :

Aarhus, au Danemark. Le narrateur, un Pakistanais athée et pragmatique, vit en colocation avec Ravi, un Indien flamboyant et sceptique, et Karim, Indien lui aussi, qui partage son temps entre son travail de chauffeur de taxi et sa pratique austère de l’islam. Alors que le narrateur tente de se remettre de son récent divorce et que Ravi tombe éperdument amoureux d’une Danoise, les trois hommes se retrouvent brusquement mêlés à une affaire où règnent soupçons, méfiance et peur. Karim est-il le dangereux terroriste que le narrateur voit en lui ? Pourquoi disparaît-il si régulièrement ? Dans ce roman audacieux, Tabish Khair met en lumière, avec humour et vivacité, la mince frontière entre foi et fanatisme, jugement et préjugé, destin individuel et histoire collective.

 

L’auteur (source éditions du sonneur) :

Poète, romancier, journaliste, critique littéraire, Tabish Khair est professeur de littérature à l’université d’Aarhus, au Danemark. Né à Gaya, dans le Bihar, en 1966, il a publié son premier recueil de poèmes, Where Parallel Lines Meet, en 2000 chez Penguin. Son premier roman, Apaiser la poussière, publié aux Éditions du Sonneur en 2010, fut sélectionné pour le Encore Award, prix décerné par la Société britannique des Auteurs. Il collabore régulièrement à divers journaux et magazines britanniques, américains, indiens, danois… tels The Guardian, Outlook India, Times of India, The Independent, The Wall Street Journal, etc.

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Tout commence par un bocal, une branlette dans une voiture pour la bonne cause de la survie de l’espèce humaine, un bocal en plastique surdimensionné et une voiture de police. Alors, où est le terroriste ? Non, ce n’est pas celui auquel vous pensez. Un début sur les chapeaux de roue !

Dans un style narratif, le bien-nommé narrateur Pakistanais d’origine musulmane, mais athée, pragmatique et professeur de littérature anglaise raconte sa cohabitation avec Ravi, un indien fortuné de la caste des brahmanes, thésard à ses heures. Karim, indien également, mais de confession musulmane, vivant son Coran à la lettre, propriétaire de l’appartement est le troisième larron. « Karim était notre aîné de plus d’une décennie. Comme Ravi il était indien ; comme moi, il était musulman. Contrairement à moi, il croyait en Dieu et ses prophètes, surtout le dernier d’entre eux ; contrairement à Ravi, il ne se mettait pas dans tous ses états à propos de ce que l’Occident avait fait subir au reste du monde, ainsi que Ravi aimait à le dire. » Dans cet immeuble habite également, à l’étage au-dessus, le Grand Claus, sa femme Pernille et leurs deux filles. Leur ami le Petit Claus fait également partie du groupe, ils ont leur importance.

Tout ce petit monde se côtoie, s’invite, s’évite, enfin bref, cohabitent tant bien que mal, dans la petite ville d’Aarhus, au Danemark, jusqu’à ce que la machine s’emballe. Chacun a ses idées bien arrêtées, ne cherchant pas trop à s’ouvrir ou ouvrir les yeux sur l’autre malgré l’exigüité des lieux.

Ravi et le narrateur vivent une vie normale pour nous. Ils sortent, vont dans les cafés, cherchent l’âme sœur pour un instant seulement. Karim quant à lui, vit sa vie, fidèle aux préceptes du Coran. Chaque vendredi il organise, dans son salon-chambre, des réunions, sorte d’école coranique.

Le narrateur se pose des questions ; et si Karim était un terroriste ou affilié à une section islamiste agissante ? C’est vrai, quoi, plusieurs fois par mois il disparait plusieurs jours, a toujours besoin d’argent…. Plutôt louche en ces temps discutables et discutés. Est-ce son esprit « verre à moitié plein, à moitié vide » comme son ami le décrit qui fait que cette suspicion est présente. Ravi, son prénom lui va si bien, ne connait pas ces hésitations, il fait partie de la catégorie « verre plein à déborder » et accepte Karim comme il est.

Un jour, suite à la sortie des caricatures de Mahomet dans un journal, le journaliste est agressé par un Somalien. Les choses deviennent sérieuses lorsqu’ils découvrent qu’il s’agit d’Ibrahim, un habitué des vendredis de Karim.

Le narrateur décide d’aller à la police, non pour dénoncer « leur ami », mais raconter leur quotidien chez Karim, puisque, bien sûr, il ne pouvait, selon les journaux, rumeurs… n’être qu’un dangereux islamiste dévoué à Al-Qaïda.

Et bien non, Karim n’est pas celui que l’on pense. Oui, il est très dévot, oui, il suit à la lettre les préceptes du Coran. S’ils s’absentent inopinément, s’il a un réel besoin d’argent, c’est pour s’occuper de quelqu’un qui lui est très cher ; son épouse qui vit maintenant dans son monde à elle et qui l’appelle lorsque la raison lui revient pour quelques heures ou quelques jours.

J’oubliais les Claus petit et grand. Là également, il y a mauvaise interprétation. Ce n’est pas pour une femme que Grand Claus décide de divorcer, mais pour vivre avec Petit Claus, son amour depuis si longtemps. Alors que la famille se liguait contre lui pensant à une autre femme, épouse et filles acceptent avec joie ce coming-out cette révélation. Nos amis ont faux sur toute la ligne.

Le Danemark n’est pas en reste, nos deux acolytes critiquent joyeusement les habitants de ce pays nordique avec leur foi calviniste,

La frontière entre la foi pure et dure et le fanatisme religieux est plus mince qu’une feuille de cigarette. Le narrateur n’aurait certainement pas soumis Karim aux questions des policiers s’il y avait eu une ouverture entre eux, une envie de se comprendre ou simplement de se connaître. Ils sont restés dans le superficiel, vivant chacun pour soi alors qu’ils vivaient en communauté. « Ce que j’éprouvais, c’était l’impossibilité de toute conversation, comme s’il m’avait fallu hurler par-dessus un vacarme niagaresque pour me faire entendre de Karim Bhai : ce qui nous serait parvenu aux oreilles n’aurait pas été les mots que je voulais, ni les mots qu’il aurait prononcé, mais une sorte de grossière pantomime. Non que nous refusions de parler, mais toute conversation était rendue impossible par le Niagara de soupçons, de préjugés et d’effronterie qui cascadait autour de nous. ».

Tabish Khair dénonce, non sans humour, l’individualisme, les jugements hâtifs, les préjugés qui ont la vie dure, quel que soit le pays où l’on vit. Les idées reçues, les informations envahissantes, les on-dit, les à-peu-près font souvent du mal et ce livre en est la preuve.

Le style narratif, sans aspérité de ton, est habilement corrigé par les nombreuses saillies des deux amis, le narrateur et Ravi. C’est un livre agréable et très facile à lire, puis à méditer. Les préjugés et jugements hâtifs font partie de l’âme humaine ; « chassez le naturel, il revient au galop » dit un de nos proverbes.

Quant à la position du missionnaire est-ce celle de Karim Bhai avec ses réunions du vendredi ? Est-ce la position du narrateur ? Est-ce la passivité, le dilettantisme de Ravi ?

Livre lu dans le cadre de l’opération organisée par et les éditeurs  indépendants . Je remercie pour ce livre très intéressant. Un plus pour l'élégance de la couverture.

 

Quelques extraits :

Mais le Danemark était différent, affirmait-il. C’était le seul pays de l’hémisphère ouest où quatre-vingts pour cent des femmes craignaient encore de sortir avec un homme de couleur, et où toutes les autres, à l’exception d’un pour cent, ne cherchaient à sortir, si possible, qu’avec des hommes de couleur.

Tu sais, espèce de foutu poundé, tu prends le chemin de tous ces foutus négros. A une époque, ils sont arrivés en Europe, ont exhibé les chaînes invisibles de l’esclavage sous les yeux des femmes blanches, ont fait du battage autour du rythme inné et de la nature animale de l’homme, et ils les ont toutes joyeusement embrochées avant que les Blancs aient même le temps de se racler la gorge pour protester.

L’Unibar est la tentative timide que l’université d’Aarhus a mise en place pour exorciser le fantôme du passé calviniste du Danemark qui rôde parfois dans ce pays, même encore aujourd’hui. Les cafétérias de l’université ferment à seize heures et il n’y a ni bar ni pubs décent dans les environs, chose que Ravi trouvait impossible à concilier avec l’idée qu’il se faisait de la vie sur un campus.

Je me montre généreux avec elles, ô homme stupide, a-t-il répliqué. Si je sors avec une seule femme, elle risque de s’investir davantage dans notre relation amoureuse, et quiconque s’investit dans une relation amoureuse va droit à la faillite.

Karim s’est absenté plus longtemps qu’à l’accoutumée. Il n’a pas réapparu avant le surlendemain. A son retour, il avait l’air visiblement épuisé. Son visage était plus pâle et, chose inhabituelle, ses cheveux courts et clairsemés, et sa barbe fournie, grisonnante, étaient ébouriffés. Mais, comme à l’ordinaire, il n’a rien voulu révéler de ce qu’il avait fait ne de l’endroit où il s’était rendu.

Loin de moi l’idée de donner l’impression que ces détails étaient aussi suspects qu’ils en ont l’air au moment où je rédige ceci. Il est important de préciser ce point, même si je suis sûr que ma petite amie titulaire d’une maîtrise de création littéraire aurait sévèrement critiqué pareilles explications.

Mais l’intérêt de Karim Bhai pour ces évènements – que je préférais appeler la Révolution du jasmin, et que Ravi, beaucoup plus sceptique, qualifiait de Tornade Twitter – était fort différent du nôtre.

Dès l’instant où tu mets les pieds dans ce pays, ils te racontent qu’ils ont réussi à faire sortir clandestinement tous les juifs du Danemark quand les nazis ont voulu les rassembler. Ils oublient de mentionner que c’est un officier allemand qui a divulgué les projets nazis à la résistance danoise, un mouvement en majorité communiste, interdit par le gouvernement danois. Ils oublient de dire que les seuls, à l’exception de ces pauvres cons d’Allemands, à avoir formé un régiment SS au complet étaient ces bons Danois aux yeux bleus !

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M.L. Stedman _ Une vie entre deux océans

18 Octobre 2013, 13:21pm

Publié par zazy

 

Une vie entre deux océans

M.L. Stedman

Traduction Anne Wicke

Editions Stock

Collection : Hors collection littérature étrangère

09 octobre 2013

456 pages

ISBN : 9782234071988

 

 

4ème de couverture :

Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…
Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du coeur et du sang.

 

L’auteur  (source Stock) :

M. L. Stedman est née en Australie et vit désormais à Londres. Une vie entre deux océans est son premier roman, plébiscité dans le monde entier.

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Stock a « déchiré » sa traditionnelle couverture bleue pour faire apparaître un phare battu par les brisants des vagues.

Couverture déchirée par le vent, déchirée par de petites mains innocentes, déchirées pour ne pas dire, fin d'un monde brisé par la grande guerre…. Beaucoup d’options correspondent à ce livre.

Pourtant, je reste mitigée. Oui ce livre prend aux tripes et j’y ai mouillé deux mouchoirs. Oui, c’était un bon moment pour le lire, après plusieurs autres livres beaucoup plus consistants. J’y ai fait ma petite pause midinette, mais la débauche de bons sentiments me gêne.

L’histoire est cousue de fil blanc dès le début. Tom après la tuerie 14-18 se sent coupable de vivre alors que ses hommes sont souvent morts au combat. L’amour lui arrive sous les traits d’une jolie Isabel. Ils vivront leur amour sur l’île de Janus en Australie dont il est le gardien. De grosses peines seront séchées par un grand cadeau. Mais ce cadeau est empoisonné par le mensonge par omission…. Je ne vous en dirai pas plus car beaucoup en ont parlé.

C’est un classique des classiques le secret qui étouffe. L’épée de Damoclès est au-dessus de leurs têtes et lorsque le glaive tombe, tout le monde est éclaboussé, tronqué, coupé avec des cicatrisations impossibles.

Je n’ai pas boudé mon plaisir puisque je n’ai pu le lâcher avant le mot fin, c’est un bon livre sentimental, mais cela n’a pas suffit. Je pense que la vie sur cette petite île n’avait rien de paradisiaque malgré ce que laisse à penser M.L. Stedman. Certaines choses ne sont pas évoquées, j’ai l’impression que l’auteur a gommé la rudesse, les à-côtés de la vie comme l’on gomme les rides ou certains bourrelets disgracieux avec Photoshop.

Un jeu de mot involontaire : « Vous savez Point Partageuse est un endroit convivial »… Si vous n'êtes point partageuse, vous n’êtes point conviviale ! C'est tout.

Merci Hebelin d'avoir fait voyager ce livre vers moi

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Jean-Luc Coatalem - Nouilles froides à Pyongyang

15 Octobre 2013, 20:44pm

Publié par zazy

 

Nouilles froides à Pyongyang

Jean-Luc Coatalem

Editions Bernard Grasset

16/01/2013

ISBN : 9782246801283

 

4ème de couverture :

Nul n'entre ni ne sort de Corée du Nord, le pays le plus secret de la planète. Et pourtant, flanqué de son ami Clorinde, qui affectionne davantage Valéry Larbaud que les voyages modernes, et déguisé en vrai-faux représentant d'une agence de tourisme, notre écrivain nous emmène cette fois sur un ton décalé au pays des Kim. Au programme : défilés et cérémonies, propagande tous azimuts, bains de boue et fermes modèles, mais aussi errances campagnardes et crises de mélancolie sur les fleuves et sur les lacs, bref l'endroit autant que l'envers de ce pays clos mais fissuré. Un journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe, dans ce royaume énigmatique dont un diplomate américain affirmait récemment que l'on en savait moins sur lui que sur... nos galaxies lointaines.

L’auteur :

Jean-Luc Coatalem, rédacteur en chef adjoint à Géo est l'auteur chez Grasset de Mission au Paraguay (1996), Le Fils du fakir(1998), Je suis dans les mers du Sud (prix des Deux-Magots, 2002), La consolation des voyages (2004) et, récemment, Le dernier roi d'Angkor (2010). Il a reçu le Prix Roger-Nimier en 2012 pour Le Gouverneur d'Antipodia (Le Dilettante, 2012 & J'ai Lu).

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Jean-Luc Coatalem, rédacteur en chef adjoint à Géo a-t’il eu envie de jouer les G.O. en Corée du Nord ? Jeu de mots très facile, j’en conviens, mais vous me connaissez, je ne sais résister.

C’est sous le projet fallacieux d’un potentiel touristique formidable en Corée du Nord que l’auteur obtient le fameux sésame pour pénétrer le pays le plus fermé au monde. Son ami Clorinde se joindra à lui. Voyage ubuesque, qu’il détaillera sur un petit carnet caché dans la doublure de sa valise fermée par un code et écrit dans les toilettes. Il va découvrir une prison à ciel ouvert, un pays plus qu’exsangue ou la malnutrition fait des ravages, mais… on ne le lui montrera pas.

Il visitera, entre autre joyeuseté, un studio de cinéma avec des rues grandeur nature. J’ai eu l’impression tout au long de ce livre que c’était cela ce pays, un studio de cinéma où le scénario est écrit, où les acteurs guides récitent leur texte appris par cœur, où la voiture ne peut dévier d’un iota, où Jean-Luc Coatalem et son ami sont prisonniers dans leur hôtel dès la fin du dîner. Surtout ne pas changer de ce qui est prévu et les Kim, c’est ainsi qu’il a nommé leurs guide, chauffeur et surveillant des deux autres (mais se surveillent mutuellement).

Ils auront, durant leur séjour, leur comptant de doctrines, de bourrage de crâne, de courbettes devant les portraits des Kim-Il-sung, Kim Jong-Il, Kim-Jong-Un (cités dans l’ordre de l’apparition dans la vie, à savoir, le grand-père mort et déifié, le fils mort depuis ce voyage et certainement tout autant déifié et le petit-fils qui règne sur son « bon peuple ».

Je doute que le petit dernier, bien qu’élevé dans des écoles privées suisses, fasse entrer un brin de liberté de peur de faire s’écrouler le colosse aux pieds d’argile.

Jean-Luc Coatalem savait très bien, en allant en RPCN que liberté est un mot et une façon de vivre interdits, mais la réalité dépasse la fiction. Quelques avantages :il n’y a pas de bouchons sur les routes. Vous aurez l’impression de revenir de la planète Mars pour beaucoup moins cher et en moins de temps ou d’une remontée dans le temps. Mince, il faut positiver !

Question gastronomie, entre les nouilles froides même pas bonnes, la soupe à la grimace et les couleuvres qu’on leur fait avaler, sans compter les brouets qu’on leur fait manger aux repas, il y a mieux, beaucoup mieux.

Heureusement, les livres qu’ils ont apportés avec eux leur permettre de supporter le néant. A ce sujet, j’ai beaucoup aimé le passage du livre laissé dans la poubelle de sa chambre. J’ai souri à l’écriture quelque fois caustique, mais je souriais jaune (non, pas de jeux de mots, je serai stoïque malgré l’envie) en pensant à ces millions de coréens, dont le lavage de cerveau permanent commence dès le plus jeune âge, qui supportent au quotidien les folies kimiesques.

Jean-Luc Coatalem est un très bon guide puisqu’il réussit à nous intéresser à ce pays fantomatique et non fantasmagorique. Il termine son livre par « Faut-il rire ou bien pleurer ? » Rire jaune sûrement.

Cela me rappelle un voyage en URSS à Leningrad, c’était les noms à l’époque. Le soir, nous étions en juin, nous sommes allés nous promener. Une ambulance nous suivait partout. Pratique si vous vous cassez la figure ou vous vous perdez !!!

 

Quelques extraits :

Surtout « ne rien à avouer, même à une occidentale de passage »

La Corée du Nord s’est arc-boutée sur ses principes et n’a pas changé envers ceux qu’elle appelle « les salauds ». Caché derrière ses murailles et sa doctrine, le pays s’est autoverrouillé, assujettissant le peuple à un délire et à un cule de la personnalité exponentiels. Chaque citoyen serait réparti dans l’une des trois classes (les « durs », les « hésitants », les « hostiles »)

Face à ce néant, ce périple qui sent trop la mise en scène, nous résistons comme nous pouvons, Clorinde et moi.

Kim Jong-il a quelque chose d’Elton John. Des cheveux bouclés et brossés vers le haut. Des lunettes surdimensionnées Courrèges 1980 qui lui mangent le visage. Même si on le prétend dépensier et jouisseur, il ne parvient pas à dissimuler son vrai fond : un côté ermite, falot peut-être autiste.

Il n’y a pas d’ailleurs pour ce peuple de matons et de taulards, c’est un « ici et maintenant » à perpette, une prison sans barreaux. Mais nous, on ne va pas rester toute l’après-midi dans les couloirs de ce bloc de béton ou dans l’estafette à suffoquer dans des mouchoirs, non ? Merde à la centrale nucléaire !

Il faut perdre ses réflexes visuels et ses habitudes citadines. Impossible de trouver un café, un restaurant, des boutiques, un panneau de publicité, des enseignes de magasins, des terrasses de café, des kiosques à journaux, il n'y en a pas — les rues sont râpées et nues

Rares sont les touristes qui manqueraient Panmunjom, à la lisière du 38è parallèle. Le cérémonial et le décorum plaisent beaucoup. Drapeaux au vent. Patrouilles martiales. Haut-parleurs crachant leurs harangues. Fresques nationalistes. Check-points. Herses antichars. La tension est palpable. De part et d’autre de ce couloir de deux cent cinquante kilomètres de long et quatre de large –appelée sans ironie la DMZ, zone démilitarisée -, sept cent mille Nordistes font face à quatre cent mille Sudistes, appuyés par des GI’s américains. Au milieu, entre les barbelés, des milliers d’animaux ont fini par proliférer en toute tranquillité, léopards de l’Amour et tigres de Mandchourie. A terme, on estime que cet espace, préservé depuis tant d’années, pourrait entre sur la liste des réserves de biosphère. Un comble !

 

 

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Lucas Menget - Lettres de Bagdad

14 Octobre 2013, 13:34pm

Publié par zazy

 

Lettres de Bagdad

Carnet de route

Lucas Menget

Editions Thierry Marchaise

23 août 2013

ISBN : 978-2-36280-039-9

 

4ème de couverture :

Nous attaquons une deuxième nuit de montage, pour tenter, avec quelques reportages, de montrer à quoi ressemble l’Irak. La tâche est impossible.

Il faudrait dire à la fois la complexité et l’attachement. Le drame et les rires. Les chiites, les sunnites, les chrétiens, les fous et les moins fous. Les suicidaires et les visionnaires. Les réalistes et les perdus. Le sable et le pétrole. La bêtise de quelques illuminés de Washington, et la naïveté de leurs successeurs. Les rêves des Irakiens, quand la parole fut libre pour quelques mois. Les désillusions, maintenant que les mots sont de nouveau chuchotés.

Mes reportages ne peuvent pas montrer cela. Ils ne peuvent guère non plus montrer l’absurde et l’horreur. Encore moins le mélange des deux. Mais ces lettres peut-être ?

Ces confidences pudiques d’un correspondant de guerre racontent l’envers des images et des informations qui scandent nos journaux télévisés. À petites touches, au jour le jour, l’auteur nous fait partager sa connaissance intime de la situation irakienne et cette forme de vie très particulière qui est la sienne, au cœur du réacteur de l’histoire.

 

L’auteur (source Editions Thierry Marchaise)

Lucas Menget, né en 1974, ancien journaliste à RFI, grand reporter à Complément d’enquête et Envoyé spécial sur France 2, puis à France 24, est depuis 2012 rédacteur en chef à la chaîne d'information i>Télé.

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Livre lu dans le cadre  organisé par . Je remercie les pour ce superbe livre dont j’ai apprécié la couverture.

 

Lucas Menget écrit le quotidien des correspondants de guerre, le quotidien de la guerre.

Les directs sont parfois précédés d’attentats « On parle de politique, avant le premier direct. BAOUM ! Une bombe pas loin. Bilan, cinq morts et dix-sept blessés. Une voiture piégée. Et Muthanna : « Oui, mais il y en a vraiment de moins en moins, ça ne réveille plus la nuit. »

Le balai des puissants 4x4 lancés à grande vitesse pour éviter les snippers, les barrages de police surveillés par de vrais ou faux policiers, les rendez-vous annulés, ou reportés…. Lucas Menget essaie de nous faire comprendre la guerre de l’intérieur en décrivant les atrocités quotidiennes. Les factions, hier ennemies des américains, font allégeances mais peuvent changer de camp sans remords du jour au lendemain après avoir empoché armes, uniformes et dollars. Le seul mot d’ordre commun : les américains doivent partir.

Les détails cocasses, la dérision allègent tout en soulignant le côté ubuesque ; comme ce plongeon dans la piscine de l’hôtel ou les fautes de vocabulaire de Lucas « Louca, tu n’arrêtes pas de te tromper. Même avec le ministre. Tu confonds Al-Sahwa et Al-Shawa. Al-Sahwa, c’est le réveil ; mais tu dis Al-Shawa, et ça c’est l’orgasme d’une femme ».

Les GI’s vont partir mais le conflit n’est pas réglé. Les sunnites et les chiites se déchirent encore et toujours ; les « amis » saoudiens ou iraniens tirent les ficelles, comme dans d’autres pays moyen-orientaux.

Le style journalistique souligne l’atrocité de cette guerre. Il souligne également cette d’addiction qui semble prendre certains journalistes ou belligérants.

Lucas Menget écrit : « J’espère néanmoins que ces lettres réussiront à faire toucher du doigt cette folie collective, voire à en transmettre, ici ou là, quelque chose d’essentiel. J’espère aussi, qu’elles laissent transparaître à que point j’étais, et reste, attaché à ce pays et à ses habitants ». Oui, vous m’avez permis de ne pas en rester aux images des journaux télévisés, oui j’ai ressenti votre amour pour ce pays dévasté et ses habitants.

Un livre à lire et à faire lire à beaucoup. Ce très bon livre va voyager vers mes amis.

 

Quelques extraits :

En 2006, Muthanna Ibrahim Ahmed est devenu fixer. Et il l'est resté. Autodidacte, sûr de lui, parfois têtu, mais d'un courage exemplaire et d'une patience infinie

Ils sont journalistes et irakiens. Ils travaillent pour la chaîne Al-Sumaria. Ils ont été kidnappés à la sortie d'une interview en février 2006. En dix-neuf mois, il n'y a eu aucune demande de rançon, aucune revendication

Journaliste et irakien, c’est l’un des pires métiers du monde

Dans tous les e-mails que je reçois, on me demande s’il y a une vie « normale » à Bagdad. La réponse est non, sauf si on place la normalité à deux voitures piégées par jour, et vingt personnes à la morgue le soir. Et si on considère qu’une ville striée de murs en béton est normale. Des murs ethniques, qui cloisonnent, séparent, trahissent. Qui veulent empêcher les attentats mais qui attisent la haine.

Hussein a douze ans. Je suis allé faire un reportage sur lui. Son père a été tué il y a deux ans et demi, en sortant d’une mosquée. Avec sa mère, il est réfugié à l’autre bout de Bagdad, chez un oncle. Sa vie est normale, il va à l’école tous les matins. Il raconte : « Sur le chemin de l’école, je mets ma main sur mon coeur pour me protéger. Au retour, je remets ma main sur mon cœur ». Toute la journée, sa mère se demande s’il va rentrer. Normal.

Bagdad est éventrée. Les canalisations sont rompues. Les rats courent sur les trottoirs. Les ordures débordent. Mais qui s’en soucie ? Pas le temps. La guerre prend tout : le courage, les hommes, l’initiative, l’envie. Dès qu’ils le peuvent, les gens dorment » dit Muthanna. Pour oublier, se réfugier, rêver.

« Dégager, interdit de filmer ». Il ne faut pas que l’on sache que Bagdad vit dans les murs

Peut-être… peut-être que certains pilotes, certains miliciens, à force de se tuer, en ont oublié que l’écriture a été inventée ici. Sur les rives du Tigre et de l’Euphrate. A Ur, Ninive, Babylone, des hommes, les premiers, se sont dit qu’il fallait laisser une trace des conversations, du commerce, des comptes. Ici, l’on se faisait la guerre en s’écrivant des lettres. Sur des tablettes en argile, avec un poinçon. C’était le cunéiforme. Et c’était la civilisation.

Ce matin. Dix heures. Une femme kamikase fait exploser sa veste à Khan Bani Saad, un village chiite dans une zone sunnite, près de Baqouba, au nord-est de Bagdad. Huit morts. Une dizaine de blessés. C’est précisément dans ce coin qu’Américains et Irakiens ont lancé l’opération Phantom Phoenix. Dans l’espoir de déloger les miliciens d’Al-Qaïda qui s’y sont retranchés depuis plusieurs mois.

Pour beaucoup, il s’agissait juste de changer de camp : mathématiquement, les rangs d’Al-Qaïda se sont dégarnis au profit d’Al-Sahwa. Sauf que tout peut basculer de nouveau. Et personne ne s’en cache. Il suffit de rechanger de camp… avec cette fois des armes neuves et des dollars plein les poches.

Demain, ce carnet de route s’arrête. Parce que nous partons (si la tempête le permet). Mais aussi parce que les mots sont plus absurdes encore que la situation qu’ils tentent de décrire.

 

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Adam Langer - Les voleurs de Manhattan

9 Octobre 2013, 15:44pm

Publié par zazy

 

Les voleurs de Manhattan

Adam Langer

Traduction Laura Derajinski

Editions Gallmeister

264 pages

Parution : 02/02/2012

ISBN 9782351780503

 

 

4ème de couverture :

Jusqu'où un jeune auteur ira-t-il pour être publié ? Fatigué d'être le laissé pour compte des soirées littéraires new-yorkaises, rêvant de la rencontre qui lancerait enfin sa carrière, Ian Minot est prêt à renoncer à tous ses principes. "Pour publier, il faut d’abord être connu" lui annonce Roth, ex-éditeur désabusé qui l'entraîne dans une arnaque littéraire de haute volée. À quatre mains, ils deviennent les auteurs d’une pseudo autobiographie où il est question de bibliothèque incendiée, de voleurs de manuscrits rares et de l’unique exemplaire du Dit-du Genji. Mais jamais Ian n'aurait pu imaginer que s'approprier ce récit l'entraînerait dans un monde où faux-semblants et vrais voyous feraient de lui un héros de série noire.

Les Voleurs de Manhattan est un véritable page-turner où fiction et réalité s'entremêlent. Adam Langer nous livre le portrait plein d’esprit d’une société superficielle et d'un monde décadent d'éditeurs qui ne savent plus à quel auteur se vouer.

 

L’auteur :

ADAM LANGER est né en 1967 à Chicago. Ancien journaliste et directeur de théatre, il est l'auteur de plusieurs pièces et de cinq livres. Publié en 2010 aux États-Unis, Les Voleurs de Manhattan, est son quatrième roman. Il vit aujourd’hui à New-York.

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Ingrédients :

Un jeune auteur inconnu

Un éditeur-auteur

Une jeune femme slave écrivant un livre de souvenirs

Un rappeur-écrivain

Une collègue

Un patron de bar

Un livre refusé

Un mauvais livre encensé

Une histoire dans l’histoire

Recette :

Vous faites se rencontrer les deux premiers à cause ou grâce à l’ingrédient numéro 8, vous faites mariner… pardon vous faites réécrire le livre refusé par Ian Minot, le jeune auteur inconnu. Suite de la recette dans le livre.

La 4ème de couverture annonce un véritable page-turner. Il a fallu quand même attendre pas mal pour que les fourmis de mes doigts me poussent à tourner ces fameuses pages. Combien de fois ai-je eu envie de refermer le livre. Trop de bavardages au début, trop lent à se mettre en route. OK, on dira que c’est un diesel ! Oh, je sens que je vais me faire lyncher. On se calme car, après, je n’ai pas résisté, entraînée par l’histoire, je n’ai pu fermer ce bouquin qu’à la dernière page.

Jusqu’où un écrivain peut-il aller pour être publié. Vaste et rude question. Ian Minot cela pose t-il en servant des cafés au Morningside Coffee ? La frustration engendre-t-elle la vengeance ? La rencontre de Ian Minot, auteur en mal de reconnaissance et Jed Roth (tiens, comme Philippe), ex-éditeur désabusé nous en fera une belle démonstration.

A un moment j’ai pensé à Méphisto, mais non, Ian ne vendra pas son âme au diable pour être publié, c’est autre chose basé sur la connaissance du petit monde de l’édition New-yorkais. ce livre m’a fait penser à un autre: à L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon. Ce fut fugace. Non, ce lire se ressemble et, même si les débuts de notre relation fut un peu ennuyeuse, je l’ai aimé

Ce bouquin, outre son côté thriller, est une satire du monde de l’édition américaine. Ian Minot, dans le rôle de l’écrivain incompris aux prises avec des éditeurs-requins est parfait.

Jed Roth en sa qualité de manipulateur est excellent. Les éditeurs faisant du fric avec des « auteurs » genre Blade Markham, rappeur, avec sa biographie Remaaarquable alors qu’il est incapable d’aligner deux phrases correctes. On connait également. Les biographies de nos stars de la téléréalité ne sont pas mieux.

Tout ce petit monde, se côtoie, se fourvoie, s’étreint, se déchire, s’encense…. ce que veut tourner en ridicule (mais ne le sont-ils pas déjà) au vu et au sus de tout le monde Jed Roth. Pour cela, il utilise Ian Minot, se sert de sa naïveté, de son désir de prouver qu’il est un bon romancier ou nouvelliste. Très, trop, simple. Adam Langer ajoute un petit piment dans ce livre. Au fil de la lecture, j’ouvre une à une les poupées matriochkas, jusqu’à avoir déballé la dernière.

Le côté, les maisons d’édition et leurs éditeurs sont tous pourris alors que je suis un écrivain authentique, un écrivain qui n’en rajoute pas ; La poupée roumaine amoureuse de Ian est trop caricaturale (après, j’ai compris pourquoi) m’ont un peu énervée. Par contre, ce Blade Markham, rappeur de son état, est très convaincant.

J’ai pensé à Romain Gary en lisant les aventures d’Anya et de son recueil « Jamais nous n’avons parlé de Ceausescu ».

Je m’aperçois en me relisant que les voleurs de Manhattan m’ont ramenés à plusieurs autres ouvrages.

Au final une lecture agréable avec, dans le texte, des néologismes comme franzens (lunettes de soleil) salinger (vivre en solitaire volontaire), steinbeck (moustache soigneusement taillée)… Les titres des chapitres ne sont pas en reste et ont également un rapport avec la littérature américaine. Ma culture littéraire américaine étant des plus pauvres, je me suis rendue en fin de livre où se trouvent les glossaires.

Merci Francoaz pour le prêt du livre et mille excuses pour l’avoir gardé si longtemps.

Ils l'ont lu, voici ce qu'ils en pensent : Lilliba - Francoaz - une comète - Kathel -

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