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ZAZY - mon blogue de lecture

Metin Arditi - La confrérie des moines volants

31 Août 2013, 08:57am

Publié par zazy

 

 

La confrérie des moines volants

Metin Arditi

Editions Grasset

ISBN : 9782246804390

 

4ème de couverture :

1937. Le régime soviétique pille, vend et détruit les trésors de l’Eglise russe. Il ferme plus de mille monastères. Des centaines de milliers de prêtres et de moines sont exécutés. Les plus chanceux s’échappent, vivant cachés dans les forêts. Voici l’histoire de Nikodime Kirilenko, ermite au monastère de Saint-Eustache, qui, avec l’aide d’une poignée de moines vagabonds, tente de sauver les plus beaux trésors de l’art sacré orthodoxe. Où l’on rencontrera un ancien trapéziste, un novice de vingt ans et quelques autres fous de Dieu.

De 1937 à nos jours, de la Russie bolchévique à la Moscou des milliardaires et des galeries d’art, l’étourdissante histoire de quelques moines sans moyens mais courageux face à la violence de l’Histoire. Le péché, le pardon et l’Art comme ultime rédemption parcourent ce roman ample et bouleversant. Et puis, il y a Irina. Elle fuit, traverse l'Europe, arrive à Paris, change d'identité... Elle est au cœur de cette étonnante histoire de résistance et de rédemption.

 

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Un roman de Metin Arditi, ça ne se refuse pas !!!

 

1937. Chassés de leurs monastères par les bolchéviques, quelques moines échappent à la tuerie et s’enfuient, se cachent dans les forêts. Ainsi firent Nikodime et deux jeunes moinillons venus l’avertir. Errant, Nikodime ne sait quoi répondre aux deux frères. « Seigneur, Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné ? » « Non, ce n’était pas le Seigneur qui avait abandonné les hommes. C’était des gens comme lui, Nikodime, qui avaient laissé entrer Satan dans leur vie. Des gens qui avait souillé l’Eglise de leurs péchés et ne priaient Dieu que pour leur propre salut. » Ah ! voici un pan du secret révélé, mais guère plus que l’ombre d’un soupçon.

Nikodime se ressaisit et décide leur établissement dans des cabanes de chantier totalement à l’abandon et son bientôt rejoints pas d’autres transfuges. « La vérité se trouvait dans ce mot. Le travail. Nikodime l’avait compris. Si le Christ avait refusé les propositions de Satan, ce n’était pas sa confiance en l’homme qui l’avait décidé à le faire. C’était son sens des réalités. L’homme était un pêcheur. Mais à qui confier une tâche, sinon à un pêcheur ? Celui-là n’avait qu’une seule voie de salut, celle de se racheter… Le Christ n’avait-il pas confié la construction de son église à Pierre, sachant par avance que celui-ci allait le trahir ? » Cette longue réflexion jette les base d’une petite confrérie « la Petite Jérusalem ». Ils se sont fixés un but, sauver les icônes et autres objets d’art sacré en les volant dans les églises dévolues à des choses genre gymnase, maison du peuple… « Une belle icône, dit Pavel, c’est une occasion de se réjouir. Pas de se disputer. »

 

Nikodime est encore et toujours en proie à ces démons, à ces souvenirs. Malgré les punitions qu’il s’inflige, Satan rôde encore et toujours. Cette fois-ci sous les traits de la jeune Irina. « Le couple semblait terrorisé. Mais la fille dévisageait Nikodime sans retenue. C’était une adolescente de petite taille, très blonde. Elle avait une poitrine lourde qui lui donnait un air de femme-enfant. »

 

Mais bon, je ne vous en raconterai pas plus.

Une histoire prenante, qui raconte la grande histoire à travers ce moine… Mais au détour d’une page, nous voici de retour en 2000 où Arditi nous présente un photographe de grand renom : Mathias Marceau.

Dépaysement total. Bon, Marceau va redevenir reporter pour partir à la recherche de ce moine et des objets d’arts pour les photographier. Classique ! Que nenni mes amis, mais là encore, je n’ai pas du tout, mais alors là pas du tout envie de vous dévoiler la suite.

 

Metin Arditi nous emmène au fil des pages dans une épopée chronologique. Le secret, l’Histoire, les histoires, tout cela dans un style haletant. Ces hommes exaltés, fiers de leur croyance, jusqu’auboutistes nous amènent à une réflexion, comme dans Prince d’orchestre, sur la fragilité de l’homme, ses souffrances, ses secrets et toujours et encore l’Art et son côté sacré.

Souvent je note des concordances, même minimes, avec les livres lus précédemment. Il y est question, entre autre, du pays natal, de cet attachement hors toute logique (voir Le pays natal), de la quête du passé tu (voir La part du feu).

 

Cette fois encore, Metin Arditi m’a prise par la main. Je me suis laissée porter par sa plume. La première partie est assez forte ; voir ces hommes, ces rebelles, se cacher, s’entraider, puis se diviser jusqu’à des chutes inattendues. La seconde partie explicite les secrets. La comédie jouée par les Hautes Autorités pourrait être risible si elle n’était pas réaliste.

 

Il faut vraiment que je me plonge dans le Turqueto !

 

J'ai eu le plaisir de lire ce livre en avant-première grâce à l'opération organisée Libfly par et la librairie Furet du Nord . Ce livre voyage grâce à Nena et je l’en remercie

 

« Le plus troublé de tous était Nikodime. Cette icône parlait de Dieu, des astres et d’aventure. Mais surtout, elle annonçait la communion entre l’homme et Dieu… Elle portait la promesse du pardon divin, annonçait la rédemption. »

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Claude Arnaud - Proust contre Cocteau

29 Août 2013, 14:51pm

Publié par zazy

 

Proust contre Cocteau

Claude Arnaud

Editions Grasset

septembre 2013

210 pages

ISBN : 9782246805106

 

4ème de couverture :

Peu d'écrivains se sont autant aimés, enviés et jalousés que Proust et Cocteau. Très peu établirent une relation affective et sensible aussi riche, on l'ignore parfois. Tel un frère élevé une génération plus tôt, Proust montrait une admiration sans borne pour ce cadet qui le faisait rire aux larmes et manifestait à 20 ans le brio et la faculté qui lui manquaient encore, à près de 40 ans. Il l'aima d'un amour impossible et frustrant, comme tant d'autres avant lui...
Comment la situation s'est-elle retournée ? Pourquoi Proust pèse-t-il tant sur un paysage littéraire que Cocteau semble toujours traverser en lièvre, un siècle plus tard ? Aurait-il contribué à lui nuire ? Le premier des autofictionneurs aurait-il eu besoin d'éliminer ses modèles ?
Vénérons le saint littéraire, apprenons à connaître l'assassin.

 

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« Cocteau ne sut jamais où il avait vu la première fois Proust » Cocteau avait vingt et un ans, Proust quarante. Proust est dans le tout début de son Œuvre et commence à se fermer. Cocteau, lui batifole.

 

Proust et Cocteau eurent une relation des plus houleuses. L’un taciturne et enfermé « un grand navigateur du dedans », l’autre brillant et exubérant. L’un suant pour écrire son œuvre, l’autre touche-à-tout de génie, « un génie polymorphe ». Bref, tout les différencie si ce n’est l’amour exclusif de leur mère et pour leur mère quoique, même dans ce registre, Proust en rajoute « On aurait tort de croire que Proust aima sa mère : au sens plein du terme il n’aima jamais qu’elle et se sera véritablement aimé de personne d’autre ».

Proust a aimé Cocteau d’un amour, qu’il rendit impossible, Il était fasciné par son aisance, sa facilité, son brio, sa séduction, son intelligence.

 

Claude Arnaud nous plonge dans leur amitié amoureuse malheureuse, de temps à autre haineuse. Il appuie là où ça fait mal dans leur relation ou dans leur relation aux autres. Pourtant ils ont en commun, outre leur amour maternel exclusif, une grande souffrance, le recours à des « aides » Véronal pour Proust et opium pour Cocteau.

 

Claude Arnaud nous promène dans le monde frivole de la haute société de ce début de siècle au rythme des allures lente de Proust et vive de Cocteau. Nous traversons cette époque au rythme des querelles, des réconciliations, des jalousies, des tromperies…. de ces deux hommes qui ont joué à « je t’aime mon non plus » tout au long de leur existence, Mais également, de leur admiration commune. L’un est en phase descendante, l’autre ascendante « La santé de Proust est en train de l’arracher à l’attraction toxique du monde ; celle de Cocteau le propulse toujours plus haut dans le cercle enchanté dans la Recherche fera un royaume du néant ».

 

Comme une sensitive, Proust se referme sur lui. Son œuvre se nourrit de sa vie, de ses rencontres. Ainsi Laure de Chevigné deviendra Oriane de Guermantes « Le cadet espère encore faire de son destin une ouvre à la Oscar Wilde ? L’aîné sait déjà qu’il lui faudra sacrifier bien plus pour aboutir au Livre. »

 

Cocteau explore la Recherche à l’aune de leur amitié, à l’aune de la vie de Proust « …Si encore il avait l’impression d’être dans un « vrai » roman ! Mais il est bien placé pour savoir que Proust n’a pas inventé grand-chose, tout juste transposé, pour avoir connu tous ses « modèles » et très tôt admiré ses dons mimétiques. »

 

Cet essai, très agréable à lire nonobstant les brouilles, trahisons entre ces deux grands génies qui m’ont fait penser à des disputes de gitons. Entre la mante religieuse et la phalène, entre le lièvre et la tortue, le premier, Proust, a gagné au titre de la postérité. Ce chef d’œuvre, La Recherche du temps perdu, dont tout le monde parle et que peu (dont je fais partie) on lu dans sa totalité. Cocteau a eu contre lui cette activité débordante vers tous les arts majeurs. Je me souviens avoir vu, en son temps, un de ses films qui m’avait totalement dérouté.

 

Maintenant arrive le temps de la réconciliation de ces deux monstres sacrés par l’entremise de la Pléiade qui publie les deux auteurs.

 

Un livre très bien documenté, un essai très agréable à lire, un désir de redécouvrir Proust mais, hélas, toujours aucune attirance vers Cocteau.

 

Livre reçu grâce à l'opération "Coup de cœur des lecteurs" en partenariat avec la librairie et les éditions Grasset que je remercie pour cet intéressant moment de lecture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Thomas B. Reverdy - Les évaporés

28 Août 2013, 13:55pm

Publié par zazy

Les évaporés

Thomas B. Reverdy

Editions Flammarion

303 pages

ISBN : 9782081307056

 

4ème de couverture :

Ici, lorsque quelqu’un disparaît, on dit simplement qu’il s’est évaporé, personne ne le recherche, ni la police parce qu’il n’y a pas de crime, ni la famille parce qu’elle est déshonorée. Partir sans donner d’explication, c’est précisément ce que Kaze a fait cette nuit-là. Comment peut-on s’évaporer si facilement ? Et pour quelles raisons ? C’est ce qu’aimerait comprendre Richard B. en accompagnant Yukiko au Japon pour retrouver son père, Kaze. Pour cette femme qu’il aime encore, il mènera l’enquête dans un Japon parallèle, celui du quartier des travailleurs pauvres de San’ya à Tokyo et des camps de réfugiés autour de Sendai. Mais, au fait : pourquoi rechercher celui qui a voulu disparaître ?

Les évaporés se lit à la fois comme un roman policier, une quête existentielle et un roman d’amour. D’une façon sensible et poétique, il nous parle du Japon contemporain, de Fukushima et des yakuzas, mais aussi du mystère que l’on est les uns pour les autres, du chagrin amoureux et de notre désir, parfois, de prendre la fuite

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Cet archétype du privé alcoolique, dépressif, englué dans un chagrin d’amour m’a un peu rafraîchi au début. Je lui donnais jusqu’à son arrivée au Japon avec Yukiko, son ex-belle pour. Bien m’en a pris, car Thomas B. Reverdy a sorti sa palette d’écrivains pour raconter le japon actuel englué dans les suites de la catastrophe nucléaire de Fukushima, de l’emprise des Yakusas, ce syndicat du crime qui dirige tout, de l’inertie, voire pire, des hommes politiques à tous les niveaux.

 

Les évaporés. Quel joli mot pour parler de ces personnes qui décident de disparaître pour une quelconque, surtout une très bonne, raison. Il serait malvenu et malséant d’alerter la police, les voisins, de lancer des recherches, la honte serait sur vous. C’est la raison de l’arrivée au Japon de Yukiko et Richard pour tenter de retrouver son père. Tous ces évaporés, ces johatsu, fournissent le gros des troupes chargées de déblayer les alentours de la centrale et toute cette région du nord dévastée par le tsunami.

 

Le comportement des japonais est une énigme pour moi. Votre patron peut vous inviter dans un grand bar avec des filles simplement pour vous annoncer votre licenciement !

Le quartier de San’ya est le quartier des évaporés, tout le monde le sait, mais chacun se tait et fait comme si…

Richard B. part à la recherche du père de Yukiko et, chemin faisant, rencontre le « monde flottant ». Pour moi, cela sent les bateaux, la vie sur l’eau… et bien non ! « C’est ainsi qu’on appelle la société des vagabonds, des brigands, des prostitués et des moines errants, des comédiennes comme moi »

Vous voulez un job d’étudiant au Japon ? Louez, gratuitement, le logement abandonné d’un johatsu afin que le propriétaire puisse le relouer ensuite. « Un johatsu dans une maison, c’est comme un suicide. Vous ne la relouez pas facilement. Ce n’est pas considéré comme une maison hantée, mais il y a un peu de ça : le malheur porte malheur.

Partir, fuir pour mieux revenir ou repartir ? Ce livre est également celui de la renaissance. Yukiko va renaître à son pays, Akainu, le gamin osera, avec l’aide et le soutien très ferme de Kaze, partir à la recherche de ses parents, Kaze, lui, se créé une toute nouvelle vie. Seul Richard B. repartira chez lui comme il est venu, en compagnie des textes de Richard Brautigan.

Avec beaucoup de délicatesse et de poésie, dans un Japon submergé par la catastrophe, Thomas B. Reverdy explore les âmes humaines et leurs désirs d’ailleurs, le désir de fuite et de tout recommencer, d’effacer l’ardoise pour certains.

Malgré un début hésitant, j’en fais un coup de cœur, c’est dire si cette lecture m’a séduite.

Livre reçu grâce à l'opération "Coup de cœur des lecteurs" en partenariat avec la librairie et les éditions Flammamrion. Merci pour ce beau moment de lecture.

 

 

Quelques extraits :

La misère est une énergie renouvelable

 

Il n’y a guère qu’à l’aube et au coucher du soleil que perce parfois une lumière électrique, jaune et crue rasante, qui n’éclaire par le monde mais en souligne les arêtes saillantes comme des lames.

 

Il y a tous les survivants, les riches et les pauvres, remis à égalité par le malheur : les maisons sont effondrées, le commerce ruiné, l’agriculture détruite, ceux qui survivent ont tout perdu. Ce sont des temps où chacun peut refaire sa vie, repartir de zéro. Les cartes du destin sont rebattues, ce sont des temps d’espoir, malgré tout. On les voyait ainsi, autrefois.

 

Les hommes ici se conduisent comme des cons, mais ce sont aussi des pauvres types qui travaillent comme des dingues pour ramener un argent dont ils ne profitent pas. De leur côté, les nanas sont des potiches bafoues, mais elles règnent sur la maison, elles se vengent à leur façons, c’est elles qui donnent à leurs maris, tous les matins, l’argent liquide dont ils ont besoin, y compris celui qu’il va dépenser, le soir, avec des filles. C’est la névrose à tous les étages.

 

On ne parle pas des johatsu. Ça porte malheur.

 

C’est vrai, il y a le syndicat. Mais chez nous, les yakuzas contribuent à rendre la société plus sûre.

Parfois, ce sont leurs propres parents qui les placent dans un gang. Tout le monde a besoin de suivre des règles malgré tout, le syndicat c’est comme une entreprise pour les gens qui ne peuvent pas devenir salaryman.

 

Jusqu’à l’âge de six ou huit ans, chez nous –ici-, l’enfant dort avec sa mère. Le couple n’existe plus. Les parents ne font plus l’amour. La relation avec la mè-re est fusionnelle, charnelle. Le père, il travaille et il ramène l’argent, c’est tout. C’est une sorte d’étranger à qui ont doit montrer toutes les marques de respect.

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Hugo Boris - Trois grands fauves

26 Août 2013, 20:41pm

Publié par zazy

 

Trois grands fauves

Hugo Boris

Editions Belfond

202 pages

Août 2013

ISBN : 9782714454447

 

4ème de couverture :

Le portrait de trois prédateurs. Danton, Hugo et Churchill. Trois héros qui ont en commun d’avoir été confronté très tôt à la mort, d’avoir survécu et d’y avoir puisé une force dévorante. Trois survivants qui ont opposé leur monstruosité à la faucheuse.

Trois grands fauves, ou comment défier la mort en trois leçons.

Trois portraits fragmentés et subjectifs, raccourcis saisissants d’une vérité qui échappe aux historiens. Une filiation imaginaire se tisse entre les personnages, dessinant une figure nouvelle. Qu’est-ce qu’un grand homme ? où est son exception ?

 

L’auteur (Source evene.fr)

Né en 1979, Après des études de sciences politiques, Hugo Boris se tourne vers le cinéma. Diplômé de l'Ecole normale supérieure Louis Lumière, il a réalisé une dizaine de courts-métrages et travaille régulièrement comme assistant réalisateur. Après sa nouvelle 'N'oublie pas de montrer ma tête au peuple', lauréate du prix du Jeune écrivain, 'Le Baiser dans la nuque' est son premier roman.

J'ai eu le plaisir de lire ce livre en avant-première grâce à l'opération organisée par et la librairie Furet du Nord .Je les remercie pour ce moment de plaisir que je vous convie à partager. Si vous voulez nous rejoindre, cliquez sur les icônes.

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Prédation : Mode de nutrition très répandu dans le règne animal, et qui consiste à s'emparer d'une proie (animale ou végétale) pour la dévorer et se nourrir de sa substance. Le prédateur étant celui qui s’en nourrit.

 

Un grand homme serait-il celui qui, confronté à sa propre mort, a su sublimer la vie, sa vie ?

Question que l’on aurait pu poser à ces trois hommes. Trois hommes au destin éblouissant, trois hommes avec un physique très présent, trois hommes qui ont couru après l’amour paternel, trois hommes qui se ressemblent dans leur goinfrerie de la vie, trois hommes hyperactifs, Danton et Hugo foutreurs devant l’éternel, Churchill plus occupé par la guerre. Avant chaque récit, un extrait devant définir ce grand homme.

Hugo Boris dresse des portraits très subjectifs de ces trois hommes qui ont en commun d’avoir été confronté très jeunes à la mort, d’en être sortis plus forts. Danton, Hugo et Churchill ; Hugo Boris n’est pas allé chercher les moindres ! Il a osé affronter ces trois grands fauves et avec quelle écriture !

Pas le temps de flemmarder entre les pages, il nous emmène au galop, il a mangé du lion pour écrire ces 3 nouvelles. Mais ce n’est pas pour cela que c’est bâclé, oh que non ! il y a de la force dans son style, de la précision. L’écriture est rythmée mais ciselée, les phrases puissantes. Un livre abouti, maîtrisé, lu rapidement avec un grand plaisir.

Bien sûr, j’entends d’ici les « historiques », trop court pour une biographie, pas assez….. Ok, mais ce n’était pas le but. Hugo Boris en sort des portraits vivants et fidèles (je pense). J’ai eu l’impression de les voir évoluer devant mes yeux. C’est plus un livre d’atmosphère, d’histoires, qu’un livre historique.

Hugo Boris construit des passerelles entre les trois fauves ainsi : « La tête penchée sur le grand journal déployé devant lui, il se prend à rêver. Quelle chance cela devait être, pour les enfants de Victor Hugo, d’avoir un père pareil ». Les enfants d'Hugo seraient-ils d'accord ? les petits-enfants certainement.

 

Quelques extraits :

« Il faut bien l’avouer. De son visage piqué comme un fruit mûr se dégage une force troublante. Son animalité est au principe même de l’élégance qu’on lui reconnaît. Lorsqu’il regarde une fille, elle semble s’allumer. »

 

« Dans sa vitalité triomphante, le mutisme de sa seconde fille l’épuise, la passivité de ses fils le désespère. Il sait bien que la meilleure d’entre eux s’est noyée ».

 

« En pension à Ascot, à Brighton, à Harrow, il implore ses parents de venir le voir, ne cesse de leur écrire des lettres émouvantes pour les inviter à la rejoindre, fait des pieds et des mains pour essayer de capter leur attention, met toute son énergie dans des pièces de théâtre, des spectacles de magie, des pantomimes, des expositions, des concerts, des compétitions en pagaille, tout ce qui lui permet de se montrer. Il aimerait qu’ils viennent le regarder mais ils n’en ont pas le temps. »

D'autres avis : Lettres exprès -

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Pierre Lemaître - Au revoir là-haut

26 Août 2013, 18:49pm

Publié par zazy

 

Au revoir là-haut

Pierre Lemaître

Editions Albin Michel

ISBN : 9782226249678

 

 

4ème de couverture :

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu'amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts...
Fresque d'une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d'évocation, «Au revoir là-haut" est le grand roman de l'après-guerre de 14, de l'illusion de l'armistice, de l'Etat qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l'abomination érigée en vertu.
Dans l'atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants

 

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Quelle connerie la guerre ! Cela emplit d’orgueil mal placé le lieutenant Pradelle, qui veut avoir sa Victoire. Il lancera un assaut meurtrier et suicidaire quelques jours avant l’armistice de 1918. Que, pour cela, il tue deux soldats, en enterre vivant un troisième, pas de problème pour lui, vu la quantité de soldats tués, on ne fera pas la fine bouche ni une enquête, de toute façon, celui qui a tout deviné est sous terre, enterré par une mine. Celui qui est dessous ? Albert, modeste comptable qui dit adieu à sa belle « Alors au revoir, au revoir là-haut ma Cécile, dans longtemps ».

 

Lemaitre ironise et se fait poète alors qu’Albert se meure deux pieds sous terre et que moi, « pôvre » lectrice claustrophobe suffoque !! Il se permet même de lui donner quelques conseils, peut-être qu’il attend un merci de la part d’Albert qui, de plus, se trouve nez-à-museau avec une tête de cheval. Mais, où va-t-il chercher tout cela ?

 

Arrive Zorro enfin Edouard Péricourt, beau jeune homme de bonne famille, artiste, homosexuel Qui se dit chanceux ; il a dû oublier son fer à cheval car, la grenade qui a enseveli Albert, le défigure, mais son courage ne fait qu’un tour et…..

 

Quelques pages plus loin, ce Cher lieutenant Pradelle, pardon D’Aulnay-Pradelle, rendu à la vie civile et bien en place dans les ministères, monte une affaire juteuse de cercueil. Il faut bien les déterrer puis leur donner une vrai sépulture, dans un vrai cimetière à tous ces soldats tombés au champ d’honneur. Pas de problème, Chinetoques, sénégalais et autres « classes supérieures » s’occuperont de pelleter pour sortir les corps des charniers, qu’ils soient français ou allemand, pas de problème pourvu que la famille ait un nom sur la croix ! Quoi, des cercueils trop petits ??? et oui, mon brave, y a pas de petites économies, ce Cher lieutenant Pradelle a un château à restaurer.

 

Edouard, rescapé du chaos, mais gueule cassée inapte à la vie civile décide une arnaque très audacieuse. Pour commémorer le culte des poilus morts pour la France, fin dessinateur, il proposera aux municipalités un catalogue de statues et autres monuments aux morts à des prix plus que corrects grâce aux ristournes offertes. De le belle ouvrage, du bel art….. mais sur papier, parce que pour la réalisation…. Bien sûr, défiguré comme il est, il ne sort pas et c’est avec la complicité d’une certaine personne, qui a pris soin de lui depuis qu’il est une « gueule cassée », que tout ceci peut se faire.

 

La France victorieuse glorifie ses morts et oublie ses survivants. Oui, les éclopés, les gueules cassées, on ne veut plus les voir, ils deviennent un poids pour la société qui veut aller de l’avant. Ils leur restent les sous-emplois d’homme sandwich, liftier, garçon de courses (difficile avec une jambe en moins !). Mince alors, il faut que les affaires reprennent et dans ce monde chaotique, tout est possible.

 

Pierre Lemaitre maîtrise son sujet et je n’ai pas pu faire autrement que lire, tourner les pages, lire, lire jusqu’à la fin. Son phrasé avec beaucoup de virgules est très dynamique, le vocabulaire adapté à chacun. L’auteur ne m’a guère laissé de repos (et bien oui, le fameux repos du guerrier !). De rebondissement en rebondissement, je fus souvent désarçonnée, les sentiers ne sont pas balisés et boueux ; l’imprévu est au menu ainsi que les nuits blanches.

Sur un fond historique et profondément humain, le suspens est omniprésent. Bien sûr, le méchant est beau, intelligent et fait partie de la Haute…. L’exécutant n’est pas très malin et n’est qu’un besogneux, mais, tel est pris qui croyait prendre, la morale de ce livre, c’est qu’il n’y a plus de morale pour paraphraser une célèbre chanson.

 

Ce  livre caustique sur une guerre vaine et inutile, sur l’Etat peu regardant, sur la Morale, sur l’enfer vécu par les poilus est un vrai régal de lecture

 

Livre reçu grâce à l'opération "Coup de cœur des lecteurs"  sur en partenariat avec la librairie Decitre et les éditions Albin Michel. Je les remercie pour cette lecture surprenante et prenante.

 

Quelques extraits :

Au fond, Albert s’est engagé dans une guerre stendhalienne et il s’est retrouvé dans une tuerie prosaïque et barbare qui a provoqué mille morts par jour pendant cinquante mois.

 

A la première accalmie, des rats gros comme des lièvres cavalent avec sauvagerie d’un cadavre à l’autre pour disputer aux mouches les restes que les vers ont déjà entamés.

 

Il s’arrête un instant sur ce triste constat : les Boches, depuis plus de quatre ans qu’ils essayent, n’ont pas réussi à le tuer et c’est un officier français qui va le faire. Merde. »

 

« Et là, à la place du ciel, une dizaine de mètres au-dessus de lui, il voit se dérouler, presque au ralenti, une immense vague de terre brune dont la crête mouvante et sinueuse ploie lentement dabs sa direction et s’apprête à descendre vers lui pour l’enlacer. Une pluie claire, presque paresseuse, de cailloux, de mottes de terre, de débris de toutes sortes annonce son arrivée imminente. »

 

Le général Morieux semblait extrêmement âgé et ressemblait à n’importe quel de ces vieillards qui avaient envoyé à la mort les générations entières de leurs fils et de leurs petits-fils. Fusionnez les portraits de Joffre et de Pétain avec ceux de Nivelle, Gallieni et de Ludendorff, vous avez Morieux, des bacchantes de phoque sous des yeux chassieux noyés dans un teint rougeâtre, des rides profondes et un sens inné de son importance.

 

Edouard Péricourt vient de mourir pour la France. Et Eugène Larivière, ressuscité des morts, a désormais une longue vie devant lui pour s’en souvenir.

 

Certes, la guerre avait été meurtrière au-delà de l’imaginable, mais si on regardait le bon côté des choses, elle avait permis aussi de grandes avancées en matière de chirurgie maxillofaciale

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Marc Weitzmann - Une matière inflammable

25 Août 2013, 18:27pm

Publié par zazy

Une matière inflammable

Marc Weitzmann

Editions Stock

21/08/2013

ISBN : 9782234071650

 

4ème de couverture :

Début des années quatre-vingt-dix. Au terme d’une jeunesse tumultueuse, Frank Schreiber cherche à rentrer dans le rang. Apprenti écrivain, il accepte un travail de « nègre » auprès d’un ami de sa famille, Patrick Zimmermann, ancien gauchiste devenu économiste à succès. Frank est bientôt attiré par son épouse Paula, une femme aux multiples facettes, dont il devient l’amant. S’ensuit alors une spirale de mensonges et d’ambiguïtés où nul n’est ce qu’il semble. Pas même Frank, tandis que, adopté par le couple, il pénètre dans un milieu intellectuel et politique proche du pouvoir qui le fascine et le révulse à la fois. Ce n’est que vingt ans plus tard, sur fond de déréliction sociale et de scandales publics, qu’il en découvrira certaines clés.

 

 

Biographie de Marc Weitzmann (France Culture)

Fils de comédien, il est né à Paris en 1959, a grandi successivement à Reims puis à Besançon.
Il a résidé successivement au Brésil (1993-1994), et en Israël (2000-2004).
Il a été rédacteur en chef de la rubrique littéraire aux Inrockuptibles (1995- 2000) puis chroniqueur dans le même journal (2000-2005).
Il vit entre Paris et New York. Il a publié neuf livres.
Tous sont marqués par les relations familiales, le rapport au père notamment, mais aussi par l'exploration de la condition contemporaine - mondialisation, terrorisme, questionnement identitaire, fractionnement social.
Tous mettent en scène des personnages masculins révoltés, qui luttent pour se construire une vie indépendante et buttent sur l'impasse de leur intransigeance.

J'ai eu le plaisir de lire ce livre en avant-première grâce à l'opération organisée par et la librairie Furet du Nord .Je les remercie pour cette lecture que je vous convie à partager. Si vous voulez nous rejoindre, cliquez sur les icônes.

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Un auteur nouveau pour moi et une grosse déconvenue. Tant de pages à décortiquer son nombril…..

Je sais, je suis injuste, le style peut être flamboyant. Oui, les relations familiales y sont bien décrites, mais je ne vois pas la révolte de ce trentenaire bobo. Sauter la femme de son mentor-patron ne fait preuve, à mes yeux, ni de révolte ni d’évolution.

Quant au fractionnement social, je ne l’ai absolument pas remarqué dans ce livre qui se déroule dans le monde judéo-bobo-intello parisien.

Oui, je sais, ce jeune homme habitait Besançon, il a arrêté ses études pour vivre avec une « révolutionnaire » plus âgée que lui, mais bon, qu’est-ce qu’il y a de révolutionnaire ?

« Mais n’est-ce pas ce que je recherchais – la vraie vie, la vie sérieuse, difficile, où on en bave et où des expressions comme être à la hauteur vous viennent naturellement en tête ? A elle l’héroïsme quotidien du lycée, peut-être, mais à moi, sitôt que nous avons vécu ensemble, celui de l’ANPE et des boulots sans suie. Aux orties les valeurs bourgeoises, aux orties mes privilèges ou ce que j’estimais tel ».

Il a fallu attendre la page 283/367 pour avoir l’explication des piètres pages précédentes, pour trouver quelques justificatifs !

Non, je n’ai pas été convaincue par ce bouquin qui, selon certains journaux, devraient faire partie des prix littéraires.

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Pascal Mercier - Le silence de Perlmann

20 Août 2013, 11:03am

Publié par zazy

Le silence de Perlmann

Pascal Mercier

Traduit de l’allemand par Nicole Bary et Gaëlle Guicheney

Editeur  Buchet Chastel

5 septembre 2013

770 pages

ISBN : 9782355800269

 

 

4ème de couverture :

Philipp Perlmann, éminent linguiste allemand, réunit, à l’invitation d’un sponsor, quelques spécialistes internationaux des sciences du langage pour réfléchir aux articulations du récit et de la mémoire : La mémoire existe-t-elle indépendamment du récit que nous nous en faisons ? 

Cette réunion est, pour Perlmann, un calvaire. En pleine crise psychologique et existentielle après la mort accidentelle de sa femme, il doute de ses capacités intellectuelles, de ses compétences, de son aptitude à vivre. En un mot, il n’a rien à dire à ses collègues dont la seule présence l’angoisse. Son unique refuge est le silence.

Pour faire face à la situation, il ne reculera ni devant le plagiat ni devant le mensonge, envisagera même le meurtre ou – pourquoi pas – le suicide.

Entre thriller et monologue intérieur, Le Silence de Perlmann, paru en 1997 en Allemagne, est le premier roman de Pascal Mercier, l’auteur du célèbre Train de nuit pour Lisbonne.

 

 

Quelques mots sur Pascal Mercier :

De son vrai nom Peter Bieri, il est né à Berne (Suisse) le 23 juin 1944.  Il enseigna à Berkeley et Harvard. Titulaire de 1993 à 2007 de la chaire de philosophie des langues de l’Université libre de Berlin et publie plusieurs publications philosophiques. Ses romans publiés sous le pseudo de Pascal Mercier sont traduits en français : L'Accordeur de pianos, Train de nuit pour Lisbonne, Léa. Le silence de Perlmann (Perlmannns Schweigen) est sorti en version originale en 1995.

 

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J'ai eu le plaisir de lire ce livre en avant-première grâce à l'opération organisée par et la librairie Furet du Nord .Je les remercie pour ce moment de plaisir que je vous convie à partager. Si vous voulez nous rejoindre, cliquez sur les icônes.

 

A réception de ce livre, j’ai eu un léger recul à la vue de l’épaisseur du livre, 770 pages, mazette, j’espère que j’y arriverai et qu’il y aura de l’action ! La couverture, anodine, presque légère me fait penser à un polar.  Avec ce nom à résonnance très française, pourquoi une traduction ? Une petite visite sur le net me renseigna, lire la petite bio ci-dessus.

Là, j’ai eu carrément peur, un philosophe, vais-je y comprendre quelque chose ?

En épigraphe, cette phrase : « les autres sont vraiment autres. Autres ». A méditer, en cette période de bac philo

 

« Philipp Perlmann ne savait pas comment vivre le présent. Toutefois ce matin, c’était pire qu’à l’ordinaire. » Ainsi débute ce gros pavé.

Le « héros » de ce livre, Philipp Perlmann, linguiste de renommée mondiale est l’organisateur d’une rencontre entre confrères éminents dans un grand hôtel de la baie de Naples.  Veuf depuis peu ; Agnès, sa présence, son regard, ses piques lui manquent cruellement. Il ne se sent bien nulle part et, surtout, il est incapable de s’en ouvrir à quelqu’un, même à sa propre fille.

 

Bien que reconnu mondialement, Perlmann est un homme peu sûr de lui, toujours sur la défense, toujours cette impression de devoir se justifier, toujours à se comparer négativement aux autres « Voilà ce qu’au fond je n’avais jamais eu : la curiosité intellectuelle ».

Il doit présenter son travail, mais…. de travail il n’en a pas. Impossible d’écrire un seul mot : Il avait « le sentiment très précis qu’il n’avait rien à dire » Toute la première partie du livre, tourne autour de ces thèmes et nous suivons la lente, très lente descente en enfer de Perlmann. Son silence ne lui autorise même pas l’écoute de ses confrères, tant il est pris dans ce maelström malsain.  Tout son monde s’écroule lorsqu’il comprend qu’il a commis le délit de plagiat et qu’il ne peut plus revenir en arrière. Sa solitude, la spirale infernale vers le bas deviennent de plus en pus dures et lourdes à porter. C’est son chemin de croix. Quelles descriptions, quelles forces dans le détail. Oui, c’est long, oui, ce fut dur pour moi d’entrer dans la vie et le cerveau de Perlmannn. Une fois cela franchi, quel plaisir de lecture. Quelle écriture, à la fois simple et forte. Les relations entre tous ces universitaires, leurs jalousies, la paranoïa envahissante de Perlmann… Quelle force dans le dessin, dans la description au scalpel et tout ça avec une lenteur digne des pires tortures hitchcockiennes.

Dans la seconde partie, le rythme s’accélère, le cœur s’emballe. Perlmann envisage sérieusement de tuer, sous couvert d’un accident automobile, l’auteur de l’étude qu’il plagie !

Tout est minutieusement étudié, détaillé jusqu’au moindre détail dans sa tête. Une partie époustouflante dans le crescendo de sa paranoïa. Un rythme d’enfer, des trouvailles risibles, bref, du thriller psychologique.

 

Perlmannn ferait-il de la procrastination ? Non, je ne pense pas vraiment, c’est surtout quelqu’un qui est au bout du rouleau, qui tourne en rond dans son domaine, qui n’a plus d’essence plus envie de continuer et qui ne sait comme le dire, comment « l’avouer » aux autres.

 

Mais ce n’est pas que cela.  L’étude de Leskov (donc celle de Perlmannn) porte sur «  l’idée que l’on pouvait s’approprier son passé au moyen des souvenirs que l’on raconte. » ; Une théorie fort intéressante. En pleine lecture de ce bouquin j’ai écouté l’émission de François Busnel, sur France Inter, qui recevait Boris Cyrulnik. Celui-ci parlant de son livre raconta un souvenir qu’il avait en tête et qui s’est avéré erroné (la dame qui l’a sauvé était, pour lui, jolie et blonde. Or elle était jolie mais brune) modifié, pour lui, par les réclames américaines. Bien dans le ton.

 

La grande force de ce livre c’est que l’on ne peut le lâcher, même fermé, il vous hante, vous force à réfléchir. Pourtant nous connûmes un début de liaison chaotique tant je voulais le quitter, mais Perlmann, avec ses réflexions philosophiques m’y autorisât pas. La torture psychologique que s’inflige Perlmann l’amène, petit à petit, à se re-trouver.

 

Voilà, j’ai lâché le mot et vous vous dites, ce n’est pas pour moi. Non, il faut être patient et laisser Perlmann entrer en vous.

 

Pascal Mercier connait fort bien le milieu universitaire de haut rang et le décrit méthodiquement avec beaucoup d’ironie. Il demande à ses lecteurs un effort, mais le plaisir naît souvent de la difficulté et ce livre en vaut vraiment la peine. Chaque page, outre la lutte interne de Perlmannn, offre un raisonnement philosophique très facile à appréhender.

 

Un bon livre et j’ai déjà retenu à la bibliothèque d’autres titres de cet auteur.

 

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Osca Zeta Acosta - Mémoires d'un bison

11 Août 2013, 22:39pm

Publié par zazy

Mémoire d’un bison

Oscar Zeta Acosta

Traduction Romain Guillou

Editions Tusitala

310 pages

Mai 2013

ISBN : 97910922159004

 

4ème de couverture :

Rongé par les ulcères, abruti par dix ans de thérapie, incapable de trouver sa place dans un pays qui rejette ses enfants basanés, Oscar Acosta plante son boulot d’avocat à l’aide sociale le 1er juillet 1967. Il quitte San Francisco et file sur les routes de l’Ouest américain. C’est le récit, quasiment initiatique, de cette journée-clé et de l’errance qui s’ensuit, que retrace Acosta dans ce premier roman. Il évoque son enfance dans un bled de Californie, l’absence du père parti pour combattre les Japonais en 1941, la violence quotidienne que subissent les siens, rejetés par les Blancs comme par les « vrais » Mexicains immigrés. Mais aussi son obésité qui le répugne, la découverte du sexe, de l’alcool et des drogues… Toutes ces blessures et ces obsessions qui nourriront son œuvre, littéraire comme politique : la discrimination raciale et la recherche de l’identité, individuelle et collective.

Marqué par le gonzo journalisme de son ami Hunter S. Thompson et la contre-culture ambiante, Oscar Acosta signe un roman foisonnant, brut, traversé par un humour décapant. A travers son autoportrait tour à tour grotesque, lâche, agaçant, amusant ou attachant, le Bison californien esquisse un tableau plein d’ironie du pays qu’il aime et déteste à la fois.

Quelques mots sur l’auteur (site des éditions Tusitala):

Avocat, politicien, activiste au sein des mouvements pour les droits civiques, écrivain, Oscar Acosta reste l’une des figures légendaires de la culture mexicaine-américaine, minorité bafouée qui prit le nom de « Chicanos ». Né à El Paso, Texas, en 1935, il travaille d’abord auprès des plus pauvres pour l’aide sociale d’Oakland, dans la baie de San Francisco, avant de trouver sa voie en optant pour l’activisme politique.

Avocat attitré du mouvement chicano, il devient l’un des porte-parole de la mouvance que la police de Los Angeles considère à l’époque comme « plus dangereuse que les Black Panthers ». Dans le même temps, Acosta lie une amitié chaotique avec l’écrivain et journaliste Hunter S. Thompson : leur virée à Las Vegas passera à la postérité grâce au roman Las Vegas Parano, dans lequel Acosta est incarné par le personnage de Maître Gonzo. Il disparaît mystérieusement au Mexique en 1974.

Oscar Acosta est l’auteur de deux romans autobiographiques. La Révolte des cafards (1973), suite des Mémoires d’un Bison (1972), paraîtra aux éditions TUSITALA en 2014.

 

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Dans nos folles années de jeunesse où nous nous couchions tôt le matin après une nuit blanche, de temps à autre il y avait une sorte de bison blanc qui nous trottait dans la tête ; ça, ce n’était rien s’il n’y avait eu le troupeau de bisons bruns qui lui courait derrière et là, croyez-moi, bobo têtête !!! Comme quoi, le bison brun n’est jamais innocent, tout comme la gueule de bois,  mais nous étions petits joueurs !

Ce bison est d’un tout autre acabit !!! Avocat « de bas étage » à la grâce des cours du soir, il est le défenseur des déshérités et il prend tellement son boulot à cœur qu’il en nourrit un ulcère très vorace. « Malgré tout, comme à chaque nouvelle journée de travail, mon ventre continue de me faire mal et mes entrailles se consument tandis que je me gare derrière l’immeuble gris et terne qui abrite les nombreux bureaux du  Programme de Lutte contre la Pauvreté. » Il décidé, à la mort subite, pour lui, de sa secrétaire, de tout plaquer, de larguer les amarres et de tailler la route vers son enfance.

 

C’est vrai qu’il est mal à l’aise dans son costume étriqué d’avocat latinos, rejeté, d’un côté, par les mexicains dont il ne parle pas la langue et de l’autre côté par les Okies, dont il peut être l’avocat par les bons soins de l’assistance juridique, et les américains purs jus.

 

Les apartés avec son psychiatre juif, ce cher docteur Serbin » valent leur pesant de cacahuètes de beurre de cacahuètes (nous sommes aux States !!), même plus besoin d’aller le voir, Oscar fournit les questions et les réponses. Cette descente dans l’enfer des bars, entre alcool, mescaline, acide, amphétamine et que sais-je encore fut très rude, j’ai dû lâcher à plusieurs reprises pour reprendre une bouffée d’oxygène. Le moins que l’on puisse dire c’est que cet homme ne s’aime pas. Il répugne à regarder son corps d’obèse. « Je suis à poil devant mon miroir. Comme chaque matin, je regarde ce ventre brun sous toutes ses coutures. D’aussi loin que je m’en souvienne il a toujours été là : j’étais déjà obèse quand j’étais môme. » Sa petite bite, sa sexualité en berne, il nous raconte tout ça et quelque part, ça fait mal.

« J’ai baissé la tête vers ma bite toute flétrie.

-Je te jure devant Dieu que cette chose ne s’est pas dressée depuis six ans ».

 

A travers ces descentes d’alcool et autres substances non autorisées et inconnues de lui, il se cherche ou cherche à se détruire ? Peut-être est-ce synonyme chez Acosta. En tout cas, il nous promène dans les USA des seventies tout en nous racontant son enfance, sa jeunesse, ses amours ratées, toujours foireuses, son boulot, ses rencontres, sous les hospices sirupeux de Procol Harum….

 

Ce livre n’est pas « propre sur lui », mais si bien écrit et si fort que je n’ai pu faire autrement que de le terminer même si j’ai frôlé l’overdose. C’est qu’il a un cœur grand comme ça Acosta !

Le vocabulaire en est très imagé mais la grossièreté n’est pas gratuite.  

 

Acosta, d’une écriture sarcastique, nerveuse, nous parle de sa difficulté d’avoir « le cul entre deux chaises » dans ces années 60-70, trop basané, pas assez américain, trop ceci, pas assez cela : « Avec les Okies, on devait se foutre dessus juste parce qu’on était Mexicains. Ils s’en fichaient pas mal qu’on soit exclus de notre camp, mon frère et moi. Ils se seraient marrés si on leur avait dit  qu’on était aussi des immigrés de l’Est. Pour eux on était des sales Latinos, des bouffeurs de guacamole, des nègres. »

 

Hunter S. Thompson dit de lui, dans sa préface, « C’était un personnage, il était monstrueux. Et quand il débarquait chez nous, vous saviez ue la nuit allait être agité »e, que vous le vouliez ou non ».

« Mon pote, mon frère, mon complice le plus cher. Oscar Zeta Acosta. Faites place, car il nous a quittés, mais rien qu'à son souvenir, des vents terribles se lèvent et emportent tout sur leur passage. »

 

Il disparait mystérieusement au Mexique, en 1974.

Quel personnage, quel bouquin !!!! Si ce livre n’avait pas voyagé, à ma demande, vers ma table de chevet, grâce à , je n’aurais jamais, au grand jamais, lu ce récit. Oui, ce n’est pas ma tasse de thé, mais je ne regrette aucunement cette lecture.

Allez, osez, vous ne serez pas déçu par le personnage, même si je n’ai pas su bien en parler.

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Entrée Livre : Coup de coeur des lecteurs

7 Août 2013, 20:13pm

Publié par zazy

Cette année j'ai eu de nouveau la chance de faire partie du panel de lecteurs pour l'opération lancée par et la librairie pour la rentrée littéraire 2013

"Coup de coeur des lecteurs".

13 lecteurs, dont je fais partie, ont reçu ou vont recevoir 6 livres à commenter après lecture. Voici les heureux élus :

Solenn : http://www.carnetdelectures.com/
Taylor : http://totalybrune.canalblog.com/
Jostein : http://surlaroutedejostein.wordpress.com/
Florence : pas de blogue connu
NGM : http://ngm.skyrock.com/
Solenn : http://chroniquesdunelectrice.wordpress.com/
Cécile : pas de blogue connu
Emeralda : http://espace-temps-libre.blogspot.fr/
Critique-moi : http://www.critique-moi.fr/
Mamzelle Mélo : http://lesmotsdemelo.com
Nelfe : http://cafardsathome.canalblog.com/
Pierre D : sansconnivence@blogspot.com
Zazy : http://zazymut.over-blog.com/
Xander : http://librecommelire.canalblog.com/
Gwordia : http://gwordia.hautetfort.com/
 

Ce matin, le facteur m'a déposé un gros colis de 6 livres :

2 étaient dans mes intentions de lecture, les autres seront des découvertes. J'espère que les déceptions seront absentes et, surtout que l'indifférence ne sera pas au rendez-vous.

Maintenant, au boulot ; top départ pour le marathon littéraire. Merci Entrée Livre pour ces futurs moments de lecture.

Si vous voulez avoir la même chance que nous, rejoignez-nous !

Entrée Livre : Coup de coeur des lecteurs

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Djilali Bencheikh - Mon frère-ennemi

6 Août 2013, 21:19pm

Publié par zazy

Mon frère-ennemi

Djilali Bencheikh

Editions Elyzad-poche

300 pages

ISBN : 978973580559

 

 

 

4ème de couverture :

Un douar de l'Ouest algérien au tout début des années cinquante. Salim a cinq ans et découvre la vie. Dans la torpeur de l'été, le petit garçon s'éveille aux jeux de la sensualité. Il éprouve avec R'nia, la jeune bédouine, ses premières émotions. Mais son frère-ennemi, dévoré de jalousie, lui livre un combat sans merci. Seule l'entrée à l'école française laissera un peu de répit à Salim. De nouveaux horizons, illuminés par le sourire ravageur de sa cousine Maya, s'ouvrent à lui. Ne reste plus qu'à accomplir la cérémonie de sa circoncision, sans cesse différée, qui l'élèvera enfin au rang de mâle.

Dans toute sa candeur, Salim pose un regard sensible et drôle sur le monde des adultes. En témoignent ces chroniquent savoureuses d'une vie familiale simple, cruelle parfois. Au-delà de l'évocation de l'enfance, ce roman initiatique est aussi une radioscopie implacable des traditions et des valeurs d'une Algérie coloniale inattendue.

A propos de Djilali Bencheikh  (source Elyzad):

Djilali Bencheikh est né en Algérie dans la vallée du Cheliff à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après des études d’économie à Alger puis à Paris, il se tourne vers la vie associative, le journalisme et la littérature. Il est actuellement chef d’édition à la section française de Radio Orient (Paris) où il anime une chronique quotidienne de littérature intitulée « Au fil des pages ».

Il est l’auteur de Mon frère-ennemi (roman, éd. Séguier, Paris, 1999), Voyage au bord de l’enfance (nouvelles, éd. Paris-Méditerranée, 2000). Chez Elyzad sont parus Tes yeux bleus occupent mon esprit (2007 ; poche 2010) et Beyrouth Canicule (2010).

 Djilali Bencheikh a reçu le prix Maghreb de l'Association des Ecrivains de langue française (Adelf) 2007 pour son roman Tes yeux bleus occupent mon esprit.

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« J’ai ouvert les yeux au monde dans une grande maison claire aux épais murs de pierre. »

Ainsi débute le récit autobiographique de ce petit garçon né dans un Douar de l’Algérie coloniale dans les années 50.

 

D’une écriture faussement naïve mais réellement harmonieuse, chaleureuse et drôle, Djilali Bencheikh nous raconte son enfance pauvre et heureuse, « Autour de la cour rectangulaire s’agençaient une demi-douzaine d’alvéoles où cohabitaient les bêtes et les humains. La khaïma, protégée par des sarments prometteurs, était la pièce essentielle de la maisonnée. Baptisée ainsi en réminiscence d’un ancien destin de nomades, elle abrite depuis toujours tous les actes de la vie quotidienne. »

Avec lui, nous découvrons les « Roumis », « peuple » détesté mais admiré quelque fois copié,

Ah, les Roumis ! « On leur prêtait des mœurs barbares, comme celles de manger de la chair animale non égorgée, de s’adonner à des libations et des beuveries qui les rendaient insensés et grossiers. Ils en venaient à ressembler à leurs cochons, ces sangliers domestiques dont ils affectionnaient les tripes. » 

 

Ah les siestes trop longues en compagnie du frère-ennemi à faire un massacre de mouches !!! Ce frère-ennemi tant détesté et cette grande sœur Zahra, tant aimée, que l’on donne en pâture mariage à un citadin. « On est bel et bien entrain de vendre ma sœur. Pour un simple paquet de friandises. » La cérémonie du mariage où, tout est là pour ne pas décevoir la belle-famille qui arrive en « tomobiles » « Encadrés par les cavaliers, les deux engins foncent vers nous, et soulèvent un tourbillon de paille et de poussière en déclenchant une tonitruante complainte de sirènes. « Tomobiles, klaxouns », crient avec une frénésie de primates les plus avertis de la tribu. »

 

Que de questionnements sur cette fameuse « niqua ». R’nia, petite bergère bédouine saura lui faire quelques « leçons de chose » sur la « chose » en lui permettant de découvrir « sa figue ». Heureusement, le berger Hamel est également là pour lui donner des informations vitales et quelles informations !!! « Dans ce trou de forme évasée nommé soua, le mâle introduit chaque  nuit son zeb dressé pour honorer sa femelle. Cette copulation ou niqua procure beaucoup de plaisir à l’homme. Pendant sa jouissance, il éjecte un liquide crémeux, une sorte de pipi doucereux nommé h’laoua. Ce liquide est versé dans le ventre de la femelle qui le conserve par-devers elle. Lorsqu’au bout d’une année son ventre est suffisamment plein de cette douceur, cela produit un bébé qui est pondu comme un veau ou un poulain. ». Et encore d’autres explications toutes aussi fleuries.

 

De par son jeune âge et jusqu’à la circoncision, l’enfant vit dans les jupes des femmes, surprend quelques poses lascives, s’enivre de leurs parfums, de leurs rires. Du côté des mâles, on ne rit pas, on parle politique, agriculture….

 

N’allez pas croire que c’est un petit roman comme tant d’autres sur l’enfance vue et interprétée par son auteur. Non, ce livre est plus profond. A travers cette balade dans l’enfance de l’auteur, j’ai découvert la vie au bled, la vie dans l’Algérie « profonde », les prémices de ce que nos politiques qualifieront « d’évènements ». C’est un condensé sur la culture maghrébine, « Cette identité tranquillement vécue en dépit du mépris roumi s’élargissait aux nues célestes du sacré. » comme peut la comprendre un petit garçon, à travers les dires d’un berger ignare. Petit enfant vif et doué, le « midicoule » saura l’apprivoiser.

 

Ce livre n’est pas sans me rappeler La compagnie des Tripolitaines de Kamal Ben Hameda. J’y ai trouvé la même douceur, la même chaleur, la même sensualité.

 

Je remercie et les Editions Elyzad dont je ne vanterai jamais assez les livres.

La collection Elyzad-poche est d’une très grande qualité. La couverture à rabat épaisse, avec ses décors orientaux, est un appel à la lecture. Quant à l’auteur, je ne peux que vous recommander de le découvrir. Je lirai avec le même plaisir le second opus « Tes yeux bleus occupent mon regard » 

 

Je me souviens de mon enfance dans ces mêmes années, comment, nous, « de la ville », nous regardions les paysans qui vivaient à 3 ou 4 générations dans la même ferme …. Tout comme nous dénigraient ces petits « parigots tête de veau » !!!! Nous n’étions guère plus riches mais pas malheureux pour autant.

Quelques extraits :

« S’ils adoraient un Dieu, ce n’était sûrement pas le nôtre. Il ne leur aurait jamais permis de se prêter à des pratiques contre-nature. Comme cette repoussante manie de cracher dans un carré de tissu qu’ils rangeaient méticuleusement dans la poche, au lieu d’ s’éclaircir la gorge et le nez comme nous, à l’aire libre, en confiant à la terre le superflu des glandes salivaires ».

 

« De toute façon, chez nous, tous les plaisirs doivent d’abord apparaître comme une contrainte. Même devant les mets les plus succulents, il faut observer une affligeante retenue. Même si on en meurt d’envie, il faut décliner par pure forme et au moins trois fois, le fruit, le plat ou la friandise qu’on vous offre ».

 

« Hamel a dit que les hommes ne tombent pas amoureux. Des vrais mâles, rudes et virils, ne sauraient avoir la moindre faiblesse ni éprouver le moindre sentiment à l’égard des femmes. Au contraire, ce sont ces dernières qui doivent montrer leur soumission et leur reconnaissance à leur homme pour le remercier de bien vouloir les tolérer. Ce postulat de Hamel semble avoir quelque vraisemblance, à en juger par les relations entre mon père et ma mère ».

 

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