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ZAZY - mon blogue de lecture

Lorenzo Lunar - La vie est un tango

25 Juillet 2013, 14:09pm

Publié par zazy

La vie est un tango

Lorenzo Lunar

Traduction Morgane Le Roy

Editions Asphalte

160 pages

Juin 2013

ISBN : 9782918767350

 

4ème de couverture

«Un roman noir par sa trame, un roman social pour sa critique du système, mais aussi un roman d'amour empli de tendresse.» José Luis Munoz

«Puchy a toujours dit que le quartier était un monstre. Je l'ai entendu dire tant de fois que j'ai fini par me l'imaginer moi-même ainsi : une pieuvre pourvue d'un million de tentacules.» Léo Martin est depuis peu commissaire de quartier à Santa Clara, ville de province cubaine. Sa routine : faire face aux business illégaux, aux règlements de comptes et aux coups tordus des petites frappes du coin. Léo enquête sur une contrebande de lunettes de soleil quand un jeune homme se fait assassiner. Quels sont les liens entre ces deux affaires ? Les amis et collègues de Léo sont-ils tous irréprochables ?
Dans La vie est un tango, c'est tout un quartier qui prend vie, peuplé de rumeurs et de faux-semblants.

L'auteur :
Lorenzo Lunar est né à Santa Clara (Cuba) en 1958. Il a été sélectionné pour le prix Dashiell Hammett (meilleur roman noir en espagnol) pour son premier roman publié en France, Boléro noir à Santa Clara (L'Atinoir, 2009). L'auteur a reçu le prix Plume de Cristal en janvier 2013 à Cuba, qui récompense l'écrivain le plus lu de l'année écoulée. Leonardo Padura ou Daniel Chavarría ont précédemment remporté ce prix.

 

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Par ce temps de grande chaleur, un petit détour par Cuba me rafraichira !!

Léo Martin est un flic un peu désabusé, fermant les yeux sur les petits trafics, les putes vieillissantes ou tout juste sur le trottoir…. Enfin, tout ce qui fait la vie de ce quartier de Santa Clara à Cuba. Mais, là, il s’agit d’un trafic…. De lunettes de soleil. Cela pourrait prêter à rire dans ce pays ensoleillé, mais il y a des morts et là, Léo Martin ouvre les deux yeux pour découvrir la vérité. L’intrigue est mince et ne pensez pas trouver un thriller genre américain avec gros calibres, cadavres dans les placards, politiciens véreux….. Quoique pour les véreux, il y en a une grande collection dans ce livre.

Lorenzo Lunar nous offre une promenade dans sa ville natale. Plus qu’un polar, c’est un roman noir car la vie n’est pas facile à Santa Clara. C’est le système de la débrouille, un système D poussé.  Le calambuco coule à flot continu dès le matin. La vie s’organise entre coupures de courant, petits trafics en tout genre, petits accommodements…. Il faut bien vivre car à Santa Clara, la vie n’y est pas facile. La capitale, les vitrines ouvertes sur les touristes sont loin.

Comme un tango, ce livre est sensuel. Comme le tango, Léo Martin a toujours l’air d’improviser, mais à la fin c’est toujours lui qui mène la danse. Il marche avec ses partenaires le temps d’une danse, d’une valse hésitation. Les autres le suivent sans savoir où il va et, des fois, lui non plus ne sait pas quelle direction prendre.

L’intrigue mince permet à Lorenzo Lunar de nous parler de son pays où il est bien connu, surtout très officiellement connu, que la drogue ne circule pas, que le pays est propre sur lui. Alors il nous fait visiter les dessous du pays, beaucoup moins blancs, plus corrompus, avec drogue et mauvais rhum. Le pays du désespoir, de la résignation (apparente ?) même si, comme l’a chanté Aznavour, la misère est moins pénible au soleil. Entre coupures journalières du courant, violence larvée, débrouille…

 

Les personnages sont hauts en couleur. Ainsi Moro qui fait la queue et vend ses places ; Olga, fille de pute, devenue pute elle-même ; Mayita, la pute qu’il a dans le corps et dans le cœur (quelles lignes enflammées sur Elle !) ; Luisa la compagne quasi officielle ; Gordillo l’indic….. Sans oublier « Radio-trottoir ».

 

Oui, je sais, il y a dans ce texte beaucoup de fois le mot pute, mais c’est le mot que l’auteur emploie.

 

Un bon livre que j’ai pris grand plaisir à lire. Merci Nanette de l’avoir fait voyager jusque vers moi.

Dernières phrases de la postface de Lorenzo Lunar : « C’est à Santa Clara que se déroulent la plupart de mes romans, au même titre que ma propre vie. Je ferme les yeux et je vois mes personnages déambuler dans es rues. J’écoute les voisins me raconter leurs histoires. Ensuite j’écris. Avec l’assurance de ne jamais tomber en panne d’inspiration » Alors à bientôt de vous lire.

 

Quelques extraits :

« Moro passe ses nuits autour du Parc Vidal pour faire la queue et vendre ses places dans les files d’attente le lendemain matin. Il fait la queue chez le notaire, car que ce soit pour se marier ou pour divorcer, il fut prendre son tour.

Il fait la queue à la Réforme urbaine, passage obligé pour quiconque veut procéder à un échange de logement. »

 

« Ecoute, Gordillo, tu es et tu resteras un indic. Tu n’as pas le choix, tu dois continuer. Pas la peine de chercher plus loin. Tu es venu ici pour me raconter ce que tu as appris et tu dois me le dire parce que t’es mon informateur et parce que, pour une raison quelconque, cela t’arrange bien de me raconter tout ça. Allez, parle, et vite. »

 

« Il est trois heures de l’après-midi, Mayita me passe sous le nez.

Mayita, ses yeux verts, ses cheveux blonds, moulée dans une robe en lycra au bord de l’éclatement.

Mayita, qui sent le parfum à la violette, le shampoing à la faire et le savon à la pêche.

Mayita une mangue mûre. Mûre à point d haut de ses trente ans avec sa petite gueule de fripouille.

Mayita, qui sait comment onduler du cul quand elle me passe sous le nez. »

 

Ils en parlent : Yv -         eireannyvon  - Libfly

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Héron

25 Juillet 2013, 13:50pm

Publié par zazy

Héron

Dominique, à toi !

Toujours sur les étangs de la Brenne, une journée de grands plaisirs

Ce héron pourpre est presque invisible dans la roselière.

Nous avons assister à un curieux ballet, un héron pêche un poisson-chat que lui dispute une mouette

Héron
Héron

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Bihoreau

18 Juillet 2013, 20:14pm

Publié par zazy

Il ne vole pas comme celui de Dominique, mais il s'est gentiment prêté à cette séance de photos.

J'y vais t-y, j'y vais t-y pas ?? Nous avons cru qu'il allait plonger , Les appareils étaient braqués sur l'endroit où le héron était censé plonger et bien NON, je ne plongerai pas, na ! qui c'est la vedette ?? l'eau était sans doute trop froide !

Avez-vous remarqué les deux plumes à chapeaux ?

 

 

Bihoreau
Bihoreau

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Luis Sepúlveda - Le vieux qui lisait des romans d'amour

16 Juillet 2013, 14:25pm

Publié par zazy

Le vieux qui lisait des romans d’amour

Luis Sepúlveda

Traduction François Maspero

Editions A.M. Métailié

1992

ISBN : 9782864241270

 

4ème de couverture :

Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d’hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec  les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l’antidote au redoutable venin de la vieillesse : il sait lire et il a une passion pour les romans qui parlent de l’amour, le vrai, celui qui fait souffrir.

Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre au style naïf et plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.

 

Quelques mots sur Luis Sepúlveda (source evene.fr)

 Figure de l’engagement pour les droits de l’Homme, Luis Sepulveda est l’une des voix les plus importantes d’Amérique latine. Alors qu’il est encore étudiant en lettres, le militant proche des jeunesses communistes est condamné à 28 ans de prison par le régime de Pinochet. En 1978, il participe à une recherche de l'Unesco sur l'impact de la colonisation sur les populations amazoniennes et passe un an chez les indiens Shuars. Cette expérience est à l’origine du roman 'Le Vieux qui lisait des romans d'amour' premier d'une série de best-sellers mondiaux parmi lesquels 'Le Monde du bout du monde', 'Un nom de torero', 'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à parler'. En 1982, l’écrivain s'installe en Allemagne jusqu'en 1996 puis en Espagne à Gijón où il écrit des chroniques régulières dans le quotidien espagnol El País. Ecrivain humaniste et écologiste, Luis Sepulveda est traduit en 35 langues et jouit d’une renommée internationale.

 

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Voilà, tout est dit dans le résumé de l’éditeur.

Luis Sepúlveda nous offre une galerie de personnages secondaires très riches, surtout le maire, surnommé la Limace, qui, d’emblée, m’a fait penser au sergent Garcia de Zorro ! (je me suis guère trompée, au vu des images du film)

Le dentiste, plutôt arracheur de dents, ami du Vieux et son pourvoyeur de romans d’amour. Attention, pas des romans à l’eau de rose, mais des romans d’amour, des vrais qui lui donne une pute de ses connaissances. « Le roman commençait bien. "Paul lui donna un baiser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisant semblant de regarder ailleurs..." Il était clair que ce n'était pas un individu recommandable... Ce début lui plaisait. Il était reconnaissant à l'auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées. »

Les Shuars, peuple amazonien que le Vieux a côtoyé et plus, même s’il ne sera jamais des leurs. Cette peuplade vit dans des contrées de plus en plus reculées « D’énormes machines ouvraient des routes et les Shuars durent se faire plus mobiles »

Et puis, il y a les colons « Les colons, attirés par de nouvelles promesses d’élevage et de déboisement, se faisaient plus nombreux » « Et surtout se développait la peste des chercheurs d’or, individus sans scrupules, venus de tous les horizons sans autre but que celui d’un enrichissement rapide ».

Un livre faussement naïf où Luis Sepúlveda dénonce les effets négatifs de la colonisation, de la déforestation, de la politique bananière. C’est un hommage aux peuples primitifs, à la nature. J’ai aimé Antonio José Bolivar Proaño qui préfère lire plutôt que parler, qui enlève son dentier lorsqu’il n’a plus rien à dire « Antonio José Bolivar ôta son dentier, le rangea dans son mouchoir et sans cesser de maudire le gringo, responsable de la tragédie, le maire, les chercheurs d’or, tous ceux qui souillaient la virginité de son Amazonie, il coupa une grosse branche d’un coup de machette, s’y appuya, et prit la direction d’El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d’amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes. »

 J’y ai retrouvé cette amitié désintéressée, l’apprentissage d’une autre culture, la différence acceptée que j'avais apprécié dans « Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler». Je vais continuer un bout de chemin avec cet homme-là.
 

 

Quelques extraits :

 

Le jour il y a l'homme et la forêt. La nuit, l'homme est forêt

 

Il savait lire. Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n'avait rien à lire.

 

Aussi vrai qu'on dit qu'une main lave l'autre et que les deux lavent le cul, on doit s'entraider.

 

Nul ne peut s'emparer de la foudre dans le ciel, et nul ne peut s'approprier le bonheur de l'autre au moment de l'abandon.

 

Si la piste est trop facile et que tu crois tenir le jaguar, c'est qu'il est derrière toi, les yeux fixés sur ta nuque.

 

Le roman commençait bien. "Paul lui donna un baiser ardent pendant que le gondolier complice des aventures de son ami faisant semblant de regarder ailleurs..." Il était clair que ce n'était pas un individu recommandable... Ce début lui plaisait. Il était reconnaissant à l'auteur de désigner les méchants dès le départ. De cette manière, on évitait les malentendus et les sympathies non méritées.

 

 

 

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Svava Jakobsdottir - Un locataire

14 Juillet 2013, 21:38pm

Publié par zazy

Un locataire

Svava Jakobsdottir

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjofsson

Editions Tusitala

124 pages

ISBN : 9791092159011

 

 

4ème de couverture :

Paru en 1969, Un locataire est un pilier littéraire et politique de l’Histoire islandaise.

Un couple islandais accepte l’intrusion d’un locataire étranger dans leur petit appartement, afin de pouvoir payer les traites de la maison qu’ils font construire. L’équilibre se rompt, un huis clos silencieux et très théâtral se met alors en place, qui glisse imperceptiblement vers le fantastique. Tiraillée entre l’agacement qu’elle ressent devant l’invasion de son appartement et la peur du qu’en dira-t-on, la maîtresse de maison s’étouffe dans une timidité polie et s’écrase devant l’importun, le laissant peu à peu prendre possession des lieux tandis que le mari se fond mollement aux exigences des deux autres protagonistes. En ne donnant ni noms, ni souvenirs à ses personnages, et en s’attachant aux détails de la vie quotidienne et aux moindres gestes de chacun d’entre eux, l’écrivain donne une aura universelle à son texte, portrait de la société islandaise de l’époque. La femme, cantonnée au territoire domestique, dépendante de son mari et du regard des autres, s’évertue avant toute chose à plaire et servir sans éveiller les soupçons, la malveillance et la jalousie.

Ce roman est suivi d’une courte nouvelle. Une histoire pour enfants met en scène une mère qui, prête à tout pour céder aux caprices de ses enfants, les autorise à retirer son cerveau de sa boîte crânienne. Le ton de ce récit n’est ni vraiment cynique, ni vraiment humoristique. Il dit plutôt, sur un mode grotesque, le désespoir discret de ces femmes au foyer, dont le bonheur illusoire est le premier pilier de leur solitude.

Quelques mots sur Svava Jakobsdottir (Editions Tusitala)

Il est difficile de lire la vie de Svava Jakobsdottir (1930-2004) en suivant la ligne rassurante d’une frise chronologique. En 1969, la parution d’Un locataire affirme courageusement ses engagements féministes et antimilitaristes. C’est assez naturellement qu’elle s’engage auprès du parti socialiste islandais et qu’elle est invitée, en 1971, à siéger au Parlement. Ses écrits journalistiques chevauchent ses travaux de fiction et ses écrits pour la radio et la télévision. Ses pièces de théâtre s’intercalent entre ses activités militantes et ses fonctions parlementaires.

Svava Jakobsdottir représenta l’Islande aux Nations Unies, siégea entre autres au Centre de recherches, au Conseil Nordique, au Conseil Général des Musées et au Comité pour l’égalité des Pays nordiques. En entrelaçant minutieusement ses préoccupations littéraires et politiques, Svava Jakobsdottir répond à une tradition littéraire profondément ancrée chez les écrivains islandais, qui jalonne le patrimoine culturel insulaire.

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 « C’était tôt le matin. Elle vaquait à ses occupations dans la cuisine quand elle entendit inopinément un bruit de pas. Son regard se porta vers le vestibule et il se tenait là, sa valise à la main. Il était entré chez eux sans se donner la peine de frapper à la porte. Elle resta sur place, prise de court, et ne put même pas se le reprocher après coup car elle se sentait totalement vulnérable : dans un logement de location, il ne servait à rien de fermer la porte d’entrée à double tour car le propriétaire disposait d’une autre clé et elle avait constamment présent à l’esprit que celle de son logis se trouvait dans la poche d’un homme qui ne lui était rien ».

 

Ainsi donc, en Islande, on peut être soi-même locataire de sa maison et avoir un locataire sans le savoir ??? Diantre, drôle de pays !!!

Ce monsieur s’installe dans l’intimité du couple qu’elle forme avec Pétur sans plus de façon, faisant sien le canapé du salon qu’il transporte dans le vestibule, modifiant les ondes radiophoniques selon ses goûts. Quel sans-gêne !!! Petit à petit, le couple fera contre mauvaise fortune bon cœur. C’est qu’il est très gentil ce locataire, ne fait pas de bruit, ne demande rien...

La vie pourrait aller ainsi s’il n’y avait cette maison qu’ils font construire en bordure de mer. Mais voilà, Pétur a privilégié les extérieurs, engageant de gros travaux et, de ce fait, tout l’argent disponible. L’intérieur n’étant pas viable, ils ne peuvent emménager. Une guerre insidieuse s’installe dans le couple. Mais, Méphisto est dans les murs et sort de sa valise une quantité de liasses de billets que le couple acceptera sans trop hésiter. Ainsi ils pourront emménager dans leur « çam’suffit » ; avec le locataire, bien entendu.

 

J’ai lu ce livre en me demandant quel était ce locataire, un Méphisto, une chimère ???

Les éclaircissements sont arrivés avec la lecture de la postface qui a éclairé la note de l’éditeur. Non, ce n’est pas Méphisto, quoique !!! Ce livre est à lire au second degré du début à la fin et j’ai l’ai relu dans ma tête une bonne partie de la nuit.

 

Plusieurs images fortes :

 

Pétur tête goulument les seins de sa femme gorgés de lait alors qu’il n’est aucunement fait mention d’un bébé. Oh, la belle métaphore de la femme nourricière, de l’homme se repaissant du suc de la femme. Tout à son propre plaisir, il ne se soucie aucunement de celui de sa femme qui sera obligée de vider elle-même l’autre sein pendant que l’Homme, repu, dort comme un bébé. « Il éprouvait une telle sécurité et une telle insouciance qu’il n‘ouvrait même pas les yeux et elle fut prise d’une rage soudaine : quel droit avait-il à tout cela ? Et en plus, il ne vidait que l’un des seins ! Il lui faudrait maintenant vider l’autre elle-même si elle ne voulait pas le voir s’engorger. Qu’est-ce qu’il avait à demander plus qu’il ne pouvait engloutir ! »

 

La femme dans sa cuisine, l’homme au salon…. Un refrain que l’on connait également chez nous. Ce livre a été écrit en 1969 !

« La cuisine de la nouvelle maison avait été peinte en vert sur le conseil du spécialiste. On envisageait, avait-il dit, de peindre toutes les cuisines du pays pour qu’un calme accru gagne les femmes à leurs fourneaux, mais il paraissait juste que les couvercles soient rouges pour qu’elles ne s’endorment pas tout à fait. »

La peur du qu’en-dira-t-on. Elle avait ajouté cette phrase sur l’insécurité, ouvrant du même coup à ces gens une vue plongeante sur ses conditions de vie.

 

La jambe gauche de l’un et la jambe droite de l’autre des hommes diminuent à vue d’œil. Bientôt pour marcher, ils doivent se tenir enlacés. L’union des deux pays frères qui l’un sans l’autre ne peuvent avancer, mais qui sont quand même brinquebalants… « Et son esprit se tournait déjà vers les corvées domestiques lorsqu’elle suit le locataire des yeux à sa sortie du salon. Il boitait lui aussi. L’une de ses jambes, la gauche, avait raccourci également, même plus que celle de Pétur, semblait-il ».

 

Un inconnu rôde sur LEUR grève jusqu’au jour où il sonnera à la porte. Un tuteur s’en allant, un autre veut la place (l’inconnu sur la grève) ? « Elle vit seulement qu’il avait les cheveux foncés, presque noirs et son allure générale avait quelque chose d’étranger qu’elle ne pouvait préciser à cette distance »

 

Le locataire richissime est l’Amérique qui annexe et colonise l’île placée stratégiquement. L’OTAN installe une base militaire en 1951 et les soldats ne partiront qu’en 2006.

Alors, je comprends que ce locataire propose de l’argent sans conditions de remboursement !

Les extérieurs faits avant l’agencement intérieur, n’est-ce pas également le souhait de montrer un pays agréable à visiter sans trop se soucier de l’économie intérieure, le locataire y pourvoira ! Svava Jakobsdottir a eu une prémonition  vu la banqueroute des deux plus importantes banques islandaise !

 

La maison, ce désir de propriété, de pouvoir fermer sa porte, se sentir en sécurité, être certain que personne d’autre n’a de clé. Désir d’autonomie, de grandeur sociale de l’Islande avec l’aide du grand frère (tuteur ?) américain. Mais il faut toujours se libérer d’une tutelle ou d’un grand frère pour être adulte. Ce que fait l’Islande maintenant http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2012-10-18-Islande Quel chemin parcouru, surtout depuis la crise de 2008 !

 

Ce livre est un véritable pamphlet sur l’état de l’Islande en 1969 dont je vous recommande la lecture. Un petit livre que l’on doit apprivoiser, mais alors là, une vraie découverte.

 

Je me suis délectée de la lecture de la nouvelle qui suit un locataire. Je l'avais vraiment survolée la première fois.
Un bijou de cruauté et métaphores sanglantes. Cette mère de famille est littéralement démolie, dézinguée par ses propres enfants sous le regard aimable et compatissant de son cher mari.
Ses enfants lui enlèvent carrément le cerveau qui, d'après eux, ne lui sert guère et tout rentre dans l'ordre. D'ailleurs, elle se sent nettement mieux !! mais, voilà, les enfants grandissent et son coeur de mère grossit, grossit d'inutilité. Cher Docteur lui enlève et, lorsqu'elle fait la tournée de ses propres enfants pour leur proposer le bocal, les portes se ferment et elle se retrouve seule chez elle avec ces deux bocaux mais, elle-même, vide de tout ce qui faisait sa vie. Le bonheur (illusoire ?) s'est échappé de sa vie.
A l'époque, il était très mal vu qu'une mère fasse autre chose que s'occuper des enfants et de la maison.

 

C’est un livre voyageur qui m’arrive de mon fournisseur officiel de découvertes intelligentes. Un seul regret, il doit continuer son voyage chez d’autres lecteurs alors que j’aurais tant aimé le nicher sur une de mes étagères.

 

Quelques mots sur cette nouvelle maison d’éditions, tusitala, qui offre des livres soignés avec une couverture élégante et simple. J’espère que tusitala,  (nom d’une araignée), tissera une toile dense et solide avec de très bons romans. S’ils sont à l’aune de celui-ci, ce sera du sérieux.

 

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Le pays natal - Textes inédits recueillis pas Leïla Sebbar

9 Juillet 2013, 22:32pm

Publié par zazy

Le pays natal

Textes inédits recueillis pas Leïla Sebbar

Editions Elyzad

192 pages

23/05/2013

ISBN : 9789973580542

 

4ème de couverture :

Du Maroc jusqu'à la Turquie, dix-sept auteurs méditerrannéens évoquent leur terre natale. Au fil des lignes resurgissent les langues mêlées d'Alger, le café libanais au goût de cardamome, les jardins d'Alexandrie... autant de souvenirs que le pays d'aujourd'hui n'a su effacer. Quitté, oublié, aimé, mal-aimé, perdu, interdit, le pays natal devient dans l'exil un territoire littéraire reconstruit par la mémoire. Est-il jamais possible de s'en détacher ? Comme la rappelle l'un des auteurs, Dieu dit à Abraham : "Va-t'en pour toi".

 Paul Balta, Hoda Barakat, Marcel Bénabou, Kamal Ben Hameda, Fethi Benslama, Karima Berger, Suzanne El Kenz, Nedim Gürsel, Mohamed Kacimi, Vénus Khoury-Ghata, Ida Kummer, Dominique Le Boucher, Rosie Pinhas-Delpuech, Leïla Sebbar, Minna Sif, Wassyla Tamzali, Alain Vircondel

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« Ils ont décidé que le pays natal n’est pas la terre. Que la géographie est une affaire personnelle très relative. Parfois fortuite, dérisoire et même éphémère.

Puisqu’ils l’ont emporté avec eux, leur pays natal » (Hoda Barakat)

 

« Mon pays natal : celui dont le nom est destiné à figurer, jusqu’à la fin de mes jours, dans la case appropriée de mes papiers d’identité ; celui qui pourra longtemps encore, aux yeux de ceux qui n’aiment pas s’embarrasser de subtilités dans leurs relations avec autrui, suffire à me définir. » (Marcel Benamou)

 

« Le pays natal n’existe que l’orsqu’on la quitté. C’est depuis l’exil ou l’ailleurs qu’il émerge et devient cette reconstruction souvent nostalgique, ce phare dans le rétroviseur ; il prend son vrai sens depuis le lointain. Le pays natal est une absence. (Ida Kummer)

 

« Le pays natal est celui que l’on quitte.

Il est celui qui manque toujours, dont on a toujours la nostalgie.

Le pays natal n’existe pas, il est une construction imaginaire, toujours absent toujours manquant, comme le corps de la mère.

Le pays natal est celui avec lequel on manipule les peuples, on exacerbe leur haine, leur passion exclusive pour un leurre. » (Rosie Pinhas-Delpuech)

 

« Va-t’en pour toi, de ton pays, de la terre de ta naissance, de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai (Genèse, 12, 1)

Dans ce verset laconique –la parole de Dieu est d’une économie terrifiante- réside la définition du pays natal et sa fonction dans une vie humaine. » (Rosie Pinhas-Delpuech)

 

C’est une bien curieuse relation que l’on a avec son pays natal. Si on ne le quitte pas, ce n’est « que » votre pays, là où vous vivez, là où les racines se nourrissent de votre vie et vous nourrissent. Par contre, si vous quittez ce pays, que ce soit de plein gré ou par obligation, voire pire, cela devient votre pays natal, chargé de toutes les rancœurs, de tout l’amour, de tous les rêves, de vos colères. Combien de fâcheries, combien d’exils obligés. On tombe du nid et il faut se reconstruire, Alors, vite l’on se met au chaud auprès de ses frères d’exil pour retrouver les odeurs, la cuisine, les mots, le Pays, mais c’est beaucoup plus fade. Vous partez enfant en bas âge, dans le ventre de votre mère ? Ce seront les paroles des adultes, des plus grands qui vous donneront la nostalgie de ce que vous n’avez pas connu.

 

Le pays natal est aussi et souvent LA maison natale, celle qui a vu notre plus tendre enfance, celle où nos parents ont vécu. De retour au pays natal, on voudrait que rien n’ait changé. « En 1998, à Alexandrie, j’ai subi un terrible choc ! ma maison était détruite ! » (Paul Balta)

De cette maison, Hoda Barakat dit : « C’est la maison suspendue. Au loin. Celle que je visite toutes les nuits, et dont je n’arrive pas à éteindre la petite lumière… »

« Nous n’y demeurons c’est elle qui nous habite et ne nous quitte que dans le vide de la mort (Kamel Ben Hameda)

Les dix-sept auteurs réunis par Leïla Sebbar dans ce livre son remplis de cet amour-haine. Le désir ou le refus de retourner « là-bas » ne sont pas anodins. L’apaisement, la tiédeur ne sont jamais présents dans ces récits. Les textes sont beaux évoquant qui la nostalgie, qui la haine, qui le ressentiment, qui l’orgueil, qui la colère.

 

Une mention spéciale pour le texte de Mohamed Kacimi : Bled Mikki – Lexique des idées reçues en Algérie. Un abécédaire virulent, un humour caustique qui cache bien mal son âme.

« Armée – Selon un adage populaire, « tous les pays du monde ont une armée mais en Algérie, l’armée a un pays ».

« Ben Laden – Personnage fictif inventé par les Américains. »

 

Je pourrais vous citer toutes les pages mais je vous propose plutôt de lire ce livre, non pas en une seule fois, non, prenez le temps, dégustez chaque chapitre, reprenez une petite tasse de ces mots.

Un livre empli de poésie, tendresse, haine…..  Un livre de qualité, un papier raffiné, comme toujours chez Elyzad.

 

J’aurais pu mettre beaucoup d’extraits tant ce livre est beau, tant les écrits sont, certaines fois, poignants.

 

Je remercie infiniment   et les Editions Elyzad pour ces délicieux moments de lecture.

 

Quelques extraits :

« Le pays natal, le mien, c’est là où je suis née pour partir.

Je suis sortie, j’ai franchi les frontières, je me suis évadée. Mais je ne suis pas partie. Je veux dire que je ne suis arrivée nulle part… Autrement dit je n’ai pas réellement atterri. » (Hoda Barakat)

 

« « Le retour » n’est certainement pas le chemin du retour. Celui de l’enfant prodigue était son abdication, sa faillite, sa soumission assortie d’un amer sentiment de regret et de désolation, de remords et de repentir. Dans d’autres histoires cela s’appelle le renoncement à la liberté, très exactement. » (Hoda Barakat)

 

« Il me fallait me rendre à l’évidence : un certain Maroc me collait à la mémoire, et les fils qui m’y rattachaient étaient bien plus solides que je ne le croyais. » (Marcel Benamou)

 

« J’ai appris la psychanalyse auprès des naufragés du natal, j’ai vérifiés les morts de Charles Baudelaire :

L’homme ivre d’une ombre qui passe

Porte toujours le châtiment

D’avoir voulu changer de place » (Fethi Benslama)

 

« Mes sens fichés en moi distillent mon Algérie, ils éclosent à chaque occasion pour dire leur origine ; ils ont acquis tant de liberté !

On n’y reconnaîtra pas le pays décrit dans les encyclopédies mais peu importe, il n’a pas voulu prendre ma forme alors c’est moi qui me suis occupée de lui pour en faire mon pays sinon, un pays natal peut donner la mort. Et le mien m’a donné l’élan natal mais par l’élan vital. » (Karima Berger)

 

« J’y suis née. Est-ce une injonction de l’aimer ? Raisonnablement, peut-être pas.

Mais le droit d’y retourner, ça oui, nul ne peut me l’interdire. Et pourtant ! » (Oum Hanna)

 

Déshéritée, j’étais déshéritée. Le pays natal m’a abandonnée, non pas le mien, celui de mon père.

Mon père ne m’a pas offert son pays natal » (Leïla Sebbar)

 

« Mes langues maternelles sont mon pays natal. » (Minna Sif)

 

Quoi que je fasse, la terre natale s’impose ainsi à moi, m’interroge et me conduit, elle accompagne le grand parcours de la vie. Son périple et incertain. Etoile fixe, elle me parle, je l’écoute. Et je luis réponds (Alain Vircondelet)

 

 

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