Eric Pessan, Patricia Cartereau - La hante

 

La hante

Texte Eric Pessan

Dessins Patricia Cartereau

Editions l’Atelier contemporain

Octobre 2015

176 pages

ISBN : 9791092444278

 

4ème de couverture :

Hante (N.F.) : Fréquentation/Lieu où l’on vit/Endroit pour les bêtes (Dictionnaire du Moyen Français)

La chasse est un mystère.

Lorsque l’homme a compris qu’il pouvait influencer la nature en cultivant la terre, seule la chasse demeurait imprévisible. L’homme a alors inventé des cérémonies magiques pour favoriser la capture des animaux et –inventant la magie- il a inventé l’art de représenter les bisons et les cerfs, les taureaux et les chevaux.

La chasse serait alors à l’origine de l’art pictural, tout comme les traités de chasse nourrissent la littérature depuis sont origine.

De l’ensauvagement à la métamorphose, des figures mythiques de la chasse aux cabanes de l’enfance, les textes d’Éric Pessan comme les encres de Patricia Cartereau tentent de saisir l’appel du sauvage, des courses-poursuites, de l’affut, des traques et de l’animalité que tout chasseur porte en lui.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Éric Pessan est né en 1970, il vit et travaille dans la région de Nantes, écrit des romans, des textes dramatiques et des textes en compagnie de plasticiens. En 2013, lors d’une résidence liée à l’exposition Chasse et chassé (domaine départemental de la Garenne Lemot, en Loire Atlantique), il écrit des textes en échos aux œuvres exposées. La Hante est une variation inspirée par ce travail.

 

La dessinatrice (site de l’éditeur) :

Le paysage est au centre de mes recherches : j’arpente, je contemple, souvent je collecte. J’aime chercher les traces : des empreintes lavées du passage des animaux, des indices du passage des hommes, des marques du passage du temps.
Je marche beaucoup lorsque je me prépare à peindre ou à dessiner. Étant non seulement dans une attitude contemplative, mais aussi et surtout dans un déplacement actif, je marche pour appeler les images.
Mon travail est fait de strates et d’empilements. S’établissent des liens fictionnels et subjectifs entre les différents motifs, qu’ils soient minéraux, humains, animaux, végétaux. Il s’agit d’entrouvrir des paysages en les mêlant à des éléments intimes et imaginaires.
Je vis dans la région nantaise, j’y travaille mais aussi ailleurs.
J’expose régulièrement dans des musées, des centres d’art.

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Parlons d’abord du livre en tant qu’objet. Magnifiquement réalisé, les éditions de l’atelier contemporain ont fait le choix d’un papier satiné épais qui sert parfaitement les dessins à l’encre de Patricia Cartereau.

Plusieurs histoires courtes, voire très courtes composent le livre où la forêt, personnage majeur  nous perd ou nous permet de nous retrouver.

Ce sont des histoires d’enfance où l’interdit, prendre le fusil du grand-père en son absence, s’essayer à viser, « Après tout, les fusils aiment la mort. Ils réclament leur dose de sang », aller dans la cabane de chasse regarder le calendrier de femmes dénudées. Tout cet espace réservé aux chasseurs qui fait rêver le petit garçon et augmente sa fabrique à souvenirs, car, c’est sûr, plus tard, il sera comme son grand-père : chasseur. Pour l’enfant, c’est le temps béni des vacances où rien n’est comme en ville, chez les parents

La préparation du gibier, pour ensuite le cuisiner, transformer cette palombe en salmis, cette autre gigue avec une sauce grand veneur… rôle bien sûr dévolu à la grand-mère sous le regard fasciné de l’enfant. Les liens qui unissent grands-parents et enfants à travers le plaisir de la table « manger prolongeait un peu du danger de la chasse » (rapport aux plombs et éclats d’os).

Il y a cette femme, juste veuve qui, en servant les invités dit « ça va me manquer de ne plus manger de chevreuil ».Même si les copains lui ramènent une gigue, ce ne sera plus pareil, ce ne sera qu’un bout de viande et non ce que son chasseur lui ramenait.

La forêt, le Lieu où cela se passe. Là où  l’on rencontre les animaux. La chasse, le plaisir du rituel, lever au point du jour, le petit-déjeuner, se préparer, prendre le fusil, conduire jusqu’à la forêt ou retrouver les copains, l’équipe de chasse. L’univers de la chasse n’est pas un univers de mort, c’est aussi la traque, le plaisir de regarder, sans tirer, le chevreuil, la chèvre glisser, hésitante entre les arbres, suivre la femelle sanglier pour le plaisir de voir les marcassins à la queue leu-leu.

Il y a cet homme qui se réveille gibier. Non, il ne rêve pas et file direction la forêt où il échappe aux chiens et chasseurs. Un plaisir que de le voir sentir au vent « Tu es ivre des sucs qui t’environnent, tu découvres un monde ç l’intérieur du monde : chaque broussaille exhale le rut, les chaleurs ou les urines… Chaque foulée te fait pénétrer dans des territoires privés délimités par des odeurs »

« Les naseaux frémissants, les yeux dilatés, prêt à déguerpir à la moindre alarme, tu marques une pause, te soulages rapidement, grattes le sol pour que l’odeur de la terre se mêle à celle de tes fumées. Tu viens d’imprimer ta présence à la surface de ton nouveau monde. Tu existes. »

 

Diane, avec son carquois et ses flèches qui sublime la traque, se fondant dans les traces du gibier sous le regards fous des autres chasseurs. « L’arc les rend fous, l’arc et le fait que je sois une femme seule. »

Je pourrais vous rapporter encore et encore des phrases, des mots du livre d’Eric Pessan.

Oui, la chasse est une tradition, même si elle ne répond plus au besoin vital de manger, c’est tout un univers d’hommes et quelque fois, de femmes qui respecte l’animal, le plaisir de la traque, la marche en forêt, dans les feuilles, écouter le silence ou la chanson des chiens qui chassent, ce besoin d’ensauvagement qui libère des contraintes du monde moderne et de la ville, un retour au primitif.

Métaphores, vers libres, contes, histoires courtes côtés homme et animal, pour parler du sauvage qui vit tapi au fond de nous, imager le mythe de la chasse, de l’ensauvagement.

Je retrouve avec grand plaisir l’écriture dense d’Eric Pessan. Ici, la plume se fait plus poétique, sensuelle, sauvage. J’ai ressenti les émotions, humé l’odeur de l’humus, aimé entendre le bruit des feuilles sous les pas ou les bonds.

Un livre plein d’une sensualité exacerbée par les dessins à l’encre de Patricia Cartereau. (Visitez son blogue, superbe). Grâce à Masse critique de Babelio j’ai découvert l’Atelier contemporain qui propose des livres d’une belle qualité.

 

 

 

 

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Yv 03/03/2018 07:38

Ils avaient déjà collabora sur un très joli livre L'écorce et la chair, c'était dans mes débuts de blog et ma découverte de Eric Pessan
http://www.lyvres.fr/article-28955859.html

zazy 03/03/2018 18:59

Veux-tu lire celui-ci ?

manU 28/02/2018 08:50

J'aime beaucoup Éric Pessan.

zazy 03/03/2018 17:51

Oui, j'aime son écriture

Mimi 22/02/2018 12:49

Je n’aime pas la chasse, mais je ferai une belle exception ici car l’ouvrage semble très beau tant en textes qu’en illustrations.

zazy 22/02/2018 20:55

La chasse, on ou on n'aime pas, maqis je confirme, le livre est superbe

Alex-Mot-à-Mots 19/02/2018 11:33

Un objet livre qui a l'air bien singulier.

zazy 19/02/2018 12:15

Si beau

manou 19/02/2018 08:42

Je ne connais pas Eric Pessan et ce que tu me dis de ce livre donne envie en effet de le découvrir même s'il parle de la chasse, entre autre...A voir si je le trouve en médiathèque

zazy 19/02/2018 12:14

Pas certaine que le trouves en bib. Il n'est question que de chasse

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