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ZAZY - mon blogue de lecture

Marine Westphal - La téméraire

24 Mars 2017, 23:26pm

Publié par zazy

La téméraire

Marine Westphal

Editions Stock

Collection : La Bleue

Janvier 2017

144 pages

ISBN : 9782234081901

 

4ème de couverture :

Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. »

Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.

La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse.

Quelle découverte ! Quelle plume ! Quel talent ! "

L’auteur (site de l’éditeur) :

Marine Westphal a vingt-sept ans, elle est infirmière. La téméraire est son premier roman.

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J’ai reçu une claque avec ce livre.

Sali et Bartoloméo dit Lo Meo, un couple qui a su garder et faire grandir leur amour. Ils se tiennent par la main depuis trente années. Pourtant l’irréparable arrive par le biais d’un AVC  de Lo Mehttps://68premieresfois.wordpress.com/o lors d’une randonnée dans les Pyrénées avec son ami, son poto.

Bien sûr, comme disent les médecins, il est vivant, mais le verdict tombe, dommages irréversibles, débrouillez-vous avec cela. On le ramène chez lui,  se retrouve dans un lit médicalisé qui encombre le salon. LUI, le vivant, le roc, le socle, le chêne, le voici devenu légume, poireau flétri par le gel.

« Un lit au centre du salon, un matelas aux bourrelets tendus d’air, un homme en pyjama au mois d’août, allongé. Est-ce qu’il dort, je l’ignore. Sali veille. »

Sali est là, passe ses journées à ses côtés, assise dans le fauteuil, témoin de tant de bonheur, se refusant toute autre activité, même se laver les cheveux. Elle y vit, y campe.

« Le corps d’une femme disparait dans un volumineux fauteuil aux gros boudins de bras, baptisé Goliath. Le genre confortable et crevé d’avoir trop servi. »

Suite à une phrase d’Olga, l’infirmière à domicile, un jour l’idée germe dans l’esprit de Sali, d’emmener une dernière fois Lo Meo à son « jardin », qu’il s’éteigne sur son tapis de mousse la face vers le paysage qu’il admire tant et où ils aimaient aller.

« Car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et des forces : ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l'impolitesse du vent et les grands espaces »

« L’endroit était si pur que les astres semblaient se pencher sur la Terre et sur ses colonisateurs bornés, l’altitude rendais les étoiles grosses comme des galets, presque palpables. Allongés sur la mousse, une nuit d’été, Sali et Lo Meo s’étaient amusés à les collectionner entre le pouce et l’index réunis en pincette, bras tendus, bouches béantes, émerveillés devant l’espace infini. Puis ils avaient entrelacé leurs dix doigts ».

« Sali voulait juste le porter là-bas, lui offrir ce voyage ».

Ainsi, elle est devenue la Téméraire, celle qui se cachant de tout le monde a porté, au sens littéral du mot, Lo Meo vers leur jardin, son jardin. C’était leur moment, le dernier, l’ultime, à tous les deux. Une fois les yeux de son mari fermés définitivement, elle prévient ses enfants.

Maïa, habite loin de chez ses parents, depuis l’annonce de l’AVC, elle se soûle la nuit et emmène des mecs chez elle, juste pour se sentir vivante et retarder l’apparition de la bête, de la mort. Quant à Gabin, resté proche, il est là, se tient pas trop loin de sa mère, passe tous les jours.

Marie Westphal a mis des mots, des phrases sur mes peurs, sur MA peur, sur mon cauchemar ; voir mon mari partir avant moi, victime légumière d’un AVC.  Avec ses mots, ses phrases, son écriture lumineuse, précise, ses descriptions poétiques sur la nature, elle a trouvé les mots justes, les phrases intenses pour parler de la fin de vie. Nonobstant l’émotion qui m’a submergée, j’ai aimé la façon dont l’auteure s’est emparée du sujet. C’est un premier roman maîtrisé et abouti.

Merci Marie Westphal.

Ce livre fait partie de la sélection des 68 Premières fois et c’est un coup de cœur, même un coup dans l’estomac.

J'aime beaucoup le dessin du bandeau

 

Commenter cet article

Bibliolingus 28/03/2017 08:05

Alors là, sujet sensible ! Ce livre aura beau être génial et tout, je ne pourrai jamais le lire ! Tu as bien eu du courage de le faire !

zazy 28/03/2017 13:34

C'est, pour moi aussi, un sujet hyper sensible,j'ai pleuré, beaucoup pleuré. Je me demande si ce livre n'a pas apaisé, pour quelques temps, ma peur de perdre l'être aimé

Mimi 25/03/2017 09:15

Difficile lecture !

manou 25/03/2017 08:58

Nous redoutons tous la mort de l'être cher car, égoïstement nous ne voulons pas rester tout seul et préférerions partir les premières...en avançant en âge, on y pense de plus en plus et je me doute que ce livre doit être très fort. Je vois qu'il t'a bouleversé. néanmoins, je ne sais pas si j'ai envie de le lire. J'ai besoin de choses plus légères en ce moment. Il faut aussi se préserver de ses angoisses...Bon week-end et merci de la confiance que tu nous accordes en nous livrant ton ressenti

zazy 25/03/2017 19:15

L'écriture est lumineuse