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ZAZY - mon blogue de lecture

Gaël Faye - Petit pays

3 Novembre 2016, 22:06pm

Publié par zazy

Petit pays

Gaël Faye

Editions Grasset

Août 2016

224 Pages :

ISBN : 9782246857334

 

4ème de couverture :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…
« J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages... J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d'être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »
Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Franco-rwandais, Gaël Faye est auteur compositeur interprète de rap. Aussi influencé par les littératures créoles que par la culture hip hop,  il sort un album en 2010 avec le groupe Milk Coffee & Sugar (révélation Printemps de Bourges). En 2013 paraît son premier album solo,  Pili Pili sur un Croissant au Beurre. Enregistré entre Bujumbura et Paris, il se nourrit d’influences musicales plurielles : du rap teinté de soul et de jazz, du semba, de la rumba congolaise, du sébène… Petit pays est son premier roman. 

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Gaby est un petit garçon heureux et insouciant à Bujumbura entre son père blanc, sa mère rwandaise, sa sœur Anna et les domestiques. Il y a aussi les copains, les amis avec qui il fait les quatre cents coups. Ses souvenirs ont l’odeur du jus des mangues qui dégoulinent de leurs bouches, le goût des souvenirs des jeux, des larcins partagés avec les jumeaux, surtout Gino son ami. : « Chez moi? C'était ici. Certes, j'étais le fils d'une Rwandaise, mais ma réalité était le Burundi, l'impasse, Kinanira, l'école française." »

Et puis, il y a les courriers échangés avec sa correspondante française, Laure. C’est sûr, il l’aime, il l’épousera plus tard, comme ses parents. « Le jour de leur mariage, Papa n’en revenait pas de lui avoir passé la bague au doigt. Bien sûr, il avait un certain charme, le paternel, avec ses yeux verts tranchants, ses cheveux châtain clair veinés de blond et sa stature de Viking. Mais il n’arrivait pas à la cheville de Maman ». La vie séparant ceux qui s’aiment, le rêve se brise et ils se séparent. « Le début de la fin du bonheur, je crois que ça remonte à ce jour de la Saint-Nicolas, sur la grande terrasse de Jaques, à Bukavu, au Zaïre. ».

La  guerre ethnique du Rwanda arrive chez lui, dans son école, avec un racisme plus « ordinaire » du tout entre hutus et tutsis, « L’année de mes huit ans, la guerre avait éclaté en Rwanda. C’était au tout début de mon CE2. ». Il essaie de la tenir loin de lui cette guerre, mais Alphonse, un de ses oncles est tué.

Il y eut les élections, les premières élections démocratiques au Burundi « Pourtant, c’était une journée historique. Partout dans le pays, les gens s’apprêtaient à voter pour la première fois de leur vie. » Le parti Frodebu a gagné avec Melchior Ndadaye à sa tête. Le 21 octobre 1993, un coup d’Etat éclate avec son lot de meurtres, de massacres. Prothé, l’un des serviteurs craint le pire «  Ils ont tué l’espoir, ils ont tué l’espoir, c’est tout ce que je peux dire. Vraiment, ils ont tué l’espoir... »

La confusion, la peur règnent en maître avec des massacres quotidiens. Le père de Gabriel et Anna choisit l’exil en France pour ses enfants.

Sans s’appesantir, Gabriel Faye dépeint la vie au Burundi, le racisme ordinaire des patrons blancs vis-à-vis de leurs employés noirs, la vie des expatriés, les petits cabarets où Gaby a bu sa première bière tiède « Le cabaret était la plus grande institution du Burundi. L’agora du peuple. La radio du trottoir, le pouls de la nation. Chaque quartier, chaque rue possédait ces petites cabanes sans lumières, où, à la faveur de l’obscurité, on venait prendre une bière chaude, installé inconfortablement sur un casier. ». J’ai ressenti la langueur du pays, puis la tension qui monte entre les habitants du Bujumbura, même chez les serviteurs de la maison. Les enfants voient leur groupe changer, se durcir, il faut choisir son camp. Avec ses copains, ils sont pris dans la nasse, dans une spirale qui emmènera Gaby dans une région d’où l’on ne revient jamais vraiment et qui lui fera dire plus tard « Je réponds avec un cynisme froid que mon identité pèse son poids de cadavres »

Les apartés de l’adulte Gabriel sont très musicaux et rythmés, on sent le rappeur. L’homme qu’il est devenu n’est pas seulement un exilé de son pays, mais également de son enfance partie au son d’un briquet Zippo « Je pensais être exilé  de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore. »

Petit pays est écrit à hauteur d’enfant, à la fois mutin et dur avec des mots simples, sans affectation aucune. C’est d’ailleurs ce qui lui donne tant de puissance. Un coup de cœur pour un premier roman fort et puissant.

J’ai lu ce roman dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2016 organisés par Price Minister. Je les remercie pour cette superbe lecture.

 

 

 

Commenter cet article

espiguette 17/11/2016 17:56

Bien vu ! J'apprends aujourd'hui qu'il vient de recevoir le prix des lycéens ... Je l'offrirai à mon fils (fan de l'artiste rap et après je le lirai !)

zazy 17/11/2016 18:04

Une lecture très prenante, une belle écriture

Lydia 05/11/2016 16:56

Je n'arrête pas d'en entendre parler !

zazy 05/11/2016 17:43

Notoriété bien méritée

Alex-Mot-à-Mots 04/11/2016 15:06

Une lecture que j'ai beaucoup aimée également.

zazy 04/11/2016 16:39

Ce livre semble faire l'unanimité

Aifelle 04/11/2016 12:57

Je le lirai, mais pas tout de suite.

zazy 04/11/2016 13:35

Chaque chose en son temps

jerome 04/11/2016 12:48

Toi aussi tu as succombé au charme de ce premier roman. Décidément...

zazy 04/11/2016 13:35

Oui, j'ai succombé comme beaucoup.Cela veut-il tout simplement que c'est un superbe bouquin