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ZAZY - mon blogue de lecture

Oscar Lalo - Les contes défaits

23 Octobre 2016, 20:36pm

Publié par zazy

Les contes défaits

Oscar Lalo

Editions Belfond

224 pages

Août 2016

ISBN : 9782714473868

 

4ème de couverture :

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.

Peau d'âme, noire neige, le petit poussé... Il était zéro fois... c'est ainsi que commencent Les contes défaits.
L'histoire est celle d'un enfant et de l'adulte qu'il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m'ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m'empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s'y inscrit s'évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence...
Et c'est en écrivant l'indicible avec ce premier roman qu'il est entré de façon magistrale en littérature.

 L’auteur (site de l’éditeur) :

Oscar Lalo a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii. Quand est venu le moment d'écrire Les Contes défaits, il n'y avait plus de mots disponibles. Alors il les a inventés, et il est devenu écrivain.

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« Ce qui m’est arrivé ne m’est pas arrivé. Ce que je sais, c’est que c’est arrivé à d’autres, et qu’eux non plus ne le savent pas. Ma vie est un conte qui n’existe pas. Un conte inventé qui, depuis, me hante. Un conte impossible : ni fée, ni citrouille, ni carrosse. Un conte vide. »

D’une écriture pudique, presque distanciée et avec beaucoup de délicatesse, le narrateur raconte l’indicible, dont il ne s’est jamais remis.

« On croyait que notre mère savait tout et ne tarderait pas à apparaître, elle qui nous disait si souvent : "Une maman ça voit tout." Non. Et l'homme le savait. Il lui suffisait de faire bonne figure à la gare. Son innocence naturelle séduisait. Les Thénardiers ne ressemblent jamais aux Thénardiers. « L’araignée commence par tisser sa toile. » Ces vacances qui auraient dû être une fabrique à beaux souvenirs ont détruit le narrateur et beaucoup d’autres petits garçons, presque tous en fait. Oui l’araignée tissait bien sa toile et la mère laisse partir ses enfants avec plaisir. « Ce sont nos parents qui nous conduisaient au train. A qui se plaindre quand c’est la police qui vous livre ? »

Le pire c’est que cela se reproduisait à chaque séjour et que les « anciens » devenaient des « dominés-dominants ». « Dans un monde réel, mon silence  me condamnait à une peine théoriquement égale à celle des autres participants. Mais nous savions tous que le monde du home s’appuyait sur la non-assistance à enfants en danger. »

Le narrateur est détruit. « Je suis sans fondation. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. Raison pour laquelle j’endosse à l’envie n’importe quelle identité. La mienne, je l’ignore. Dans les deux sens : je ne la sais ni ne la veux. Je joue mieux la vie des autres. »

La construction du livre, chapitres courts, phrases courtes, pas de pathos, juste des mots, des ellipses qui parlent de l’indicible sans jamais le montrer, sans jamais le décrire. Pas de voyeurisme dans ce livre, tout est suggéré et ce n’en est que plus fort.

Dans le livre, la colonie de vacances s’appelle home d’enfants jeu de mots terrible avec l’homme d’enfants. « On m’a privé d’enfance comme d’autres de dessert. Sauf que l’enfance c’est l’entrée et le plat principal. A cause de l’homme d’enfants, je suis un homme enfant. Un enfant trop grand et un homme trop petit. ». Les petits garçons n'avaient pas de fées à leurs côtés dans ces contes défaits

Un superbe premier roman qui prend aux tripes, qui fend le cœur, mais qui est d’une dignité exemplaire. Un coup de cœur, plutôt un coup de poing en pleine figure.

La couverture de ce livre est très parlante ; Le gamin se « défait » de la tête

 

 

En groupe, on se partageait la solitude. Quand un enfant avait les yeux dans le vide, c’est que l’homme était passé par lui.

La directrice nous frappait, l’homme nous caressait… Pour une claque ou une caresse. La seconde laissait plus de traces.

Nous n’en parlions jamais. Un regard échangé signalait que l’un d’entre nous était tombé.

Commenter cet article

Yv 04/11/2016 08:02

J'ai adoré moi aussi, beaucoup de pudeur et j'aime lorsque les choses sont suggérées de cette manière

zazy 04/11/2016 12:16

J'avais quelques appréhension à lire ce livre, mais je ne le regrette vraiment pas. Les mots étaient justes et pudiques

Alex-Mot-à-Mots 25/10/2016 18:14

J'étais complètement passé à côté de cette lecture.

zazy 26/10/2016 17:49

Ce sont des choses qui arrivent

Sandrine 24/10/2016 19:32

Merci pour ce beau billet qui me convainc tout à fait : hop, réservé à la bibliothèque ;-)

zazy 26/10/2016 17:49

Heureusement que nous avons des biblis !

Nicole Grundlinger 24/10/2016 14:11

Il me fait peur celui-ci... Sujet terrifiant et même si tu sembles lui trouver un tas de qualités je ne pense pas que j'irai vers lui.

zazy 26/10/2016 17:48

Moi non plus, mais la tentation et la curiosité ont été plus fort et je ne le regrette pas

Lydia 24/10/2016 08:36

Mais quelle belle critique qui donne envie de se jeter sur le livre !

zazy 26/10/2016 17:47

Merci