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ZAZY - mon blogue de lecture

Claude Duparfait - La Fonction Ravel

30 Septembre 2016, 20:08pm

Publié par zazy

La fonction Ravel

Claude Duparfait

Editions Les Solitaires Intempestifs

Septembre 2016

96 pages

ISBN : 9782846814935

 

4ème de couverture :

Ainsi, je peux dire que j’ai appris de Maurice non seulement la beauté absolue de sa musique, mais aussi je peux dire qu’il m’a également enseigné à écouter le plus attentivement du monde, et avec le plus grand soin, toute musique. Il m’a enjoint dès la sortie de mon soupirail à lire des auteurs que je ne soupçonnais pas. Il me les a tendus comme on tend la main à un enfant pour qu’il ne tombe pas dans un puits profond, il m’a enseigné dans la chambre de mon enfance et dans la maison de mon enfance à réapprendre à écrire, donc à redécouvrir le verbe, mais aussi le chant, et toutes ces choses qui touchent à l’esprit. Il a donc été cette relation idéale que je cherchais intensément dans mon enfance. Et cette étrangeté qui m’unit à lui m’est devenue familière. Elle fait partie de ma maison, de ma vie, de mon corps, et je n’ai de cesse de la partager.

Claude Duparfait est auteur et metteur en scène de théâtre. Il a publié en 1999 aux Solitaires Intempestifs Idylle à Oklahoma, librement inspirée du dernier chapitre de Amerika de Franz Kafka. La Fonction Ravel est son premier récit.

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« J’ai toujours trouvé la Picardie hideuse. Enfant, elle me terrifiait quand je la regardais dans les yeux. » Ainsi débute le livre. C’est vrai, lorsque l’on pense Picardie, l’idée du soleil n’est pas présente, plutôt gadoue, brume, bruine, brouillard, surtout Laon dans l’Aisne ! J’ai mieux compris pourquoi en lisant le livre de Claude Duparfait. En plus de la région, il y a les 4ème et 3ème de transition où le principal de Collège foutaient les élèves de milieu ouvrier, ou peu doués, ou posant des problèmes, ou trop rêveurs ou pas assez concernés… Enfin bref, les moutons noirs. S’en sortir est une vraie gageure « Il n’y avait aucune issue dans la société pour qui entrait dans ces classes de transition de 4ème et de 3ème en Picardie. On y entrait, et à l’instant même où l’on avait franchi la porte on devenait soudain un élève animal malade, un mort. Qui entrait dans ces classes de transition de Picardie ne pouvait pas ne pas ressentir instantanément l’épaisseur de mélancolie et d’affliction, de laideur et de violence –voir de maltraitance- infligée à ces élèves animaux condamnés et perdus. Au milieu des années 70, la classe de4è et de 3è de transition de Laon, dans l’Aisne, est un ghetto d’une quarantaine d’animaux qui côtoient au quotidien les élèves argentés et les chanceux dans les seuls espaces où personne ne peut empêcher qu’ils ne se mélangent : le préau et les latrines. » Une mort sociale annoncée.

Par la voix d’un petit transistor « Philips D2102 » dérobé à son père, Claude entend puis écoute pour la première fois Maurice Ravel et c’est la renaissance « Car sans toi, là-bas à Laon, je me serais définitivement perdu. Je me serais noyé. Je serais mort. Je n’aurais jamais survécu sans toi. » A partir de cet instant, sa vie bascule, s’ouvre la gangue, des horizons nouveaux. Il sortira dans les deux sens du terme de transition pour aller vers une seconde classique. Ravel lui permettra d’obtenir, aux épreuves du BAC, un 17 en français.

Ce livre est un cri d’amour à Maurice Ravel, celui qui lui     permit de sortir de la grisaille picarde, d’assumer sa différence, de partir et vivre. C’est aussi une réhabilitation de ses parents qui n’ont pas pu ou pas su comprendre son grand désarroi et, également,  un merci à car ils n’ont jamais  mit un frein à sa passion de la musique de Maurice Ravel, allant même jusqu’à lui acheter les œuvres complètes à Noël « Ce que je puis dire d’eux, c’est qu’ils n’ont jamais fait obstacle à Ravel. D’aucune manière que ce soit. »

Dès le début de ma lecture, j’avais presque envie de lire à voix haute, que ce livre était fait pour le théâtre. Cette façon de marteler certaines phrases  donne un rythme oral au livre. Curieuse, j’ai regardé plus avant les premières pages et… « Une adaptation de ce texte pour la scène a été réalisé et interprété par l’auteur. » Les représentations ont eu lieu en septembre dernier à Besançon.

Un livre où la pudeur, l’humour, la dérision jouent avec l’amour de Ravel. servi par une écriture dense.

Un livre que je n’aurais certainement pas déniché ni lu sans « La voie des indés » organisée par Libfly qui nous permet de découvrir des maisons d’édition peu connues. Merci à Libfly et à la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » (cliquez pour aller sur leur site) pour ce très agréable moment de lecture.

J‘aime cette idée que Ravel puisse sauver une vie, tout comme Proust a enchanté la jeunesse de Michaël Uras

 

Commenter cet article

Aifelle 01/10/2016 13:30

Le récit a l'air assez rude, mais l'histoire est belle. Rien de fracassant dans cette rentrée littéraire (et tant mieux), mais beaucoup de textes pleins d'intérêt je trouve.

zazy 06/10/2016 17:53

Non, le récit n'est pas rude, franc oui et la dérision en sus

Lydia 01/10/2016 12:09

Je ne connaissais pas du tout mais je me le note sur le champ !

zazy 06/10/2016 17:53

Moi non plus et ce fut une belle découverte

manou 01/10/2016 10:25

Merci de cette belle découverte car je n'ai jamais entendu parler, ni de l'auteur, ni du roman, ni de l'éditeur ! Heureusement quand même que j'ai déjà écouté Maurice Ravel :) Oui moi aussi j'aime l'idée qu'une passion puisse sauver une vie.
Bon week-end

zazy 06/10/2016 17:52

Une belle surprise