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ZAZY - mon blogue de lecture

Marie Darrieussecq - Il faut beaucoup aimer les hommes

2 Septembre 2015, 14:29pm

Publié par zazy

Je pensais avoir publié cette chronique écrite en décembre 2014

 

 

Il faut beaucoup aimer les hommes

Marie Darrieussecq

Editions P.O.L.

septembre 2013

320 pages

ISBN : 978-2-8180-1924-5

 

4ème de couverture :

Une femme rencontre un homme. Coup de foudre. L’homme est noir, la femme est blanche. Et alors ?

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Le coup de foudre a encore fait une victime !

Soirée mondaine, milieu du cinéma, Hollywood ou Doowylloh, comme vous voulez. L’évidence est là, c’est LUI, « charismatique, énigmatique », les ondes électriques ne mentent pas. Attirance, évidence…

Commence alors pour Solange, star frenchie d’Hollywood -qui a laissé son fils à Clèves à la charge de ses parents, surtout de son père- le temps de l’attente car c’est lui qui donne le tempo. Lui au nom imprononçable pour un acteur, même de second rôle. Mais, il veut marquer son territoire, son caractère. Il s’appelle Kouhouessou. De vraies belles nuits d’amour et, entre temps, l’attente. L’attente qui ronge, l’attente qui déstabilise. « Attendre est une maladie. Une maladie mentale souvent féminine » lui dit son amie Rose et c’est vrai qu’elle est vraiment malade !

Cet homme n’est pas libre. Il n’y a pas une autre femme dans sa vie –on lutte plus facilement contre une rivale en chair et en os- non, il a une idée fixe ; réaliser un film d’après le livre de Conrad « Au cœur des ténèbres » mais, en décors naturels en Afrique. Pour Kouhouessou, il est grand temps que l’Afrique raconte sa propre histoire et c’est ce qu’il va finir par faire.

Cette grande idée lui prend tout son temps, toute son énergie et il ne vient la voir que pour se ressourcer, boire à la source claire de son amour. Pour ne pas sombrer, Solange veut absolument faire partie de la grande idée, s’en empare. Elle voudrait tant qu’il la voit, qu’il l’emporte plus que l’accompagne, avec lui en Afrique. Pour elle, faire partie de la distribution c’est faire partie de LUI. Elle veut être la promise du film, s’incrustera pendant le tournage. Elle s’intéresse à lui, à son univers, lira les livres d'Aimé Césaire, apprendra l’Afrique ou, plutôt, les Afriques. Elle veut faire partie de sa vie, jusqu’a aimer les traces incrustées sur son visage des nattes de Kouhouessou. Oui, elle l’a dans la peau.

Solange, à travers son amant, apprend la couleur de la peau, les regards des gens sur le couple qu’il forme, « ils étaient politiques ». Elle découvrira encore plus lors du tournage

Solange retrouve l’attente lors du tournage au cœur de la forêt africaine. Des pièces dépourvues de tout confort, même le minimum. Là Marie Darrieussecq a mis la surmultipliée. Un vrai film dans le livre. On sent la vitalité qu’elle y a apportée. La scène de la pluie en bouteilles, miam, miam. On sent la fatigue, la lassitude lors de la traversée de la forêt en 4x4 sous la pluie et dans la boue puis à pied pour arriver à la grotte du tournage, la partie où elle doit jouer.

Bien sûr,  on suppute la fin de l’histoire, mais ce n’est pas là l’importance. Ce roman est jubilatoire et fort bien documenté. L’écriture riche de Marie Darrieussecq emplit les pages du livre, sans laisser le moindre espace vierge. C’est un bouquin jouissif, la passion vibre à chaque ligne. Nous passons de la passion amoureuse à la passion créatrice, de la genèse d’un film à la fin d’un amour en passant par des approches politiques du racisme et de la mixité.

Un coup de cœur

Et pour elle la grande idée était comme une autre femme, et elle ne voulait pas qu’il la suive.

Attendre est une maladie. Une maladie mentale souvent féminine

Elle posa ses lèvres sur les siennes. C’était comme embrasser un bouquet de pivoines. Charnues, pulpeuses et perlées de fraîcheur. Des pivoines gorgées d’une liqueur forte, des fleurs mâles et douces, intoxicantes.

L’Afrique est une fiction d’ethnologue. Il y a des Afriques. Idem pour la couleur noire : une invention. Les Africains ne sont pas noirs, ils sont bantous et bakas, nilotes et mandingues, khoïkhoïs et swahilis.

Ce que tu réclames, c'est un certificat. Un certificat de non-racisme. Aussi bien tu ne couches avec moi que pour l'obtenir.

Quand un Blanc et une Noire - un Noir et une Blanche - se rapprochent un peu trop, il y a comme un signal d'alarme, le public se raidit, les producteurs ont dit stop, les scénaristes ont déjà réglé la question, l'acteur noir sait qu'il ne séduira pas l'actrice blanche : sinon on est dans un autre film, un tableau de mœurs, une affaire, un problème.

C’était comme se respirer soi-même, cet air humide, organique. La limite entre soi et le monde s’estompait, les poumons s’ouvraient à même la poitrine, la peau fondait.

Aujourd'hui encore elle frotte ce souvenir contre sa mémoire et il en sort du chaud, du rouge. Des fulgurances de joie. Elle se revoit, elle se re-sent, entrer dans l'attente comme dans une mer effervescente. L'attendre merveilleusement

Je ne t'ai guère oubliée. Pendant trois ans, après le tournage, je n'ai trouvé aucune femme qui te vaille. Oui, pendant TROIS ans, aucune femme ne m'a plu comme toi". Et à son ton factuel, admiratif, gentil, elle sait que c'était la plus belle déclaration d'amour qu’il ne lui fera jamais.

Commenter cet article

jerome 03/09/2015 13:04

Je n'aime pas du tout l'écriture de Marie Darrieussecq. Et même si je ne parviens pas à me l'expliquer, je le constate à chaque fois que je mets le nez dans l'un de ses livres (et ça m'est déjà arrivé plusieurs fois)

zazy 03/09/2015 19:03

Ce sont des choses qui arrivent

Alex-Mot-à-Mots 03/09/2015 09:43

Un titre qui m'avait interpellé à sa sortie.

zazy 03/09/2015 19:02

Le problème c'est qu'on note des livres, tellement de livres que l'on oublie

Aifelle 03/09/2015 07:07

Je n'ai jamais lu Marie Darieussecq et j'hésite encore.

zazy 03/09/2015 19:02

J'avais aimé Truisme et là encore, je suis emballée

Lydia 02/09/2015 18:45

J'en avais entendu parler mais je n'osais pas l'aborder. Je me le note donc.

zazy 02/09/2015 19:03

Superbe lecture