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ZAZY - mon blogue de lecture

Isabelle Stibbe - Les maîtres du printemps

16 Septembre 2015, 20:51pm

Publié par zazy

 

Les maîtres du printemps

Isabelle Stibbe

Serge Safran Editeur

août 2015

192 pages

ISBN : 9791090175358

 

4ème de couverture :

Un métallurgiste charismatique. Un sculpteur au soir de sa vie. Un député aux dents longues. Trois hommes que tout sépare se retrouvent au cœur du combat pour sauver le dernier haut-fourneau d’Aublange, en Lorraine. Alors que l’élection présidentielle se rapproche, ravivant l’idéal d’un monde meilleur, les parcours s’entrecroisent, les espoirs grandissent. Face aux trahisons des politiques, aux plans de licenciements ou à la montée de l’extrême droite, la beauté n’est jamais loin. Notamment dans le spectacle grandiose de la fonte en fusion, la solidarité à l’œuvre ou une naissance à venir…

Inspiré par la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, ce roman est l’histoire d’une lutte collective et héroïque pour préserver son humanité face à la logique implacable de la finance. Bataille perdue d’avance ?

Un texte magistral qui réjouira les lecteurs de Hugo, Zola, Vailland ou Aragon…

L’auteur :

Isabelle Stibbe, née à Paris en 1974, débute dans le droit international, puis devient responsable des publications à la Comédie Française et au Grand Palais.

Elle est actuellement secrétaire générale de l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Bérénice 34-44, son premier roman, a été très remarqué et distingué par de nombreux prix littéraires dont le prix Simone Veil, le Prix littéraire des grandes écoles ou le Prix littéraire de l’ENS Cachan. Il a paru au Livre de Poche en novembre 2014.

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La vallée de la Fensch en Moselle n’est plus la vallée des anges, elle va devenir la vallée de la mort. La mort de la sidérurgie, l’arrêt des hauts-fourneaux pour une vile question d’argent. Il faut le savoir, à Florange, pardon Aublange dans le livre, il y a des commandes, il y a du travail, mais l’indien comme ils l’appellent en a décidé autrement.

« Cette journée qui aurait dû être radieuse sous le soleil aguicheur mais non, putain de journée de juin, se lever et entendre ça, se prendre ce coup de poing dans la gueule qui les laisse là, sonnés, au bord de l’asphyxie, avec ce sentiment de vide qui doivent connaître au réveil les soldats amputés ». Le ton est donné, ce sera brut du côté du syndicaliste. Il parle avec ses tripes, avec sa peur au ventre, son désir de continuer ce travail si dur, si rude, mais qu’il aime, le mot est presque faible « C’est extraordinaire, quand tu vois la fonte en fusion qui jaillit, ce feu qui se déverse avec une puissance incroyable et que tu assistes à ça, c’est tellement plus grand que toi que tu ne voudrais être ailleurs pour rien au mode, et là tu l’aimes ton usine, tu l’as dans la peau. Après tu as beau revoir ce spectacle cent mille fois, tu ne t’en lasses jamais »

Alors, ils se battent et Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille.

Ce livre écrit à partir de faits réels est ancré dans la réalité politique de l’élection présidentielle, la victoire du parti socialiste et, surtout, les espoirs que cette élection, suite aux promesses faites, a induit.

Livre à 3 voix et 3 couleurs.

Max (gris), le sculpteur au vocabulaire plus littéraire, plus sensuel « J’applique mes paumes contre la surface cimentée, comme un pianiste plaquerait un accord final. Je plonge dans le gris, m’en imbibe, deviens gris moi-même, m’étonne que ce soit si simple ». Son cœur est à gauche, mais, venant d’un milieu privilégié, il ignore le monde ouvrier, non pas par mépris, mais simplement parce que cela ne fait pas partie de son environnement. Il découvre Pierre « … quand un homme d’une cinquantaine d’années a accroché mon attention…. Ce type se bat pour sa peau. » et décide de créer sur le site d’Aublange sa sculpture gigantesque

Avec Pierre, le syndicaliste (rouge), c’est du brut, ça cogne mais ça pleure aussi. Ce fils d’immigré espagnol, syndicaliste dans l’âme, est l’incarnation de l’ouvrier selon Saint Media. « Ils viennent tous là pour nous interviewer, nous filmer, nous photographier, mais ils ne regardent pas l’usine comme nous. » Il se bat, avec ses camarades et les autres, pour sauver leur outil de travail, pour sauver leur vie, leur peau.

Daniel (blanc), ministre est souvent dans l’introspection, dans le doute. Fils d’ouvriers, il a tout fait pour oublier ses origines mais ressent dans ses fibres la fermeture des aciéries. Il est chargé de trouver une solution au problème d’Aublange.

Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille. Son tour de force ? Changer de ton, de vocabulaire, de style pour chacun des trois intervenants, d’y avoir mis de la tripe, de l’humanité, de la poésie, de la beauté, de la vraisemblance.

J’ai vu vivre ces 3 personnages si différents qui, chacun à sa façon, lutte t pour ne pas que « l’Indien de mes couilles » ferme les hauts-fourneaux. Max, Pierre, Daniel nous livrent leurs états d’âme, leurs combats, le cheminement, la maturation de leurs pensées.

Un sacré bouquin, une belle écriture. Isabelle Stibbe se fait peintre, poète lorsqu’elle décrit le fer en fusion, se fait journaliste, polémiste, conteuse.

Une lecture passionnante où j’ai ressenti l’urgence, le temps de la lutte, de l’espoir. Le temps de l’analyse viendra plus tard.

« Tout à coup le silence. La boucheuse a injecté la masse d’argile réfractaire dans le trou de coulée. Un couvercle sur leur tombe. Cette fois, c’est vraiment la dernière coulée. »

Isabelle Stibbe  écrit en exergue de son livre une très belle phrase pleine d’espoir de Pablo Neruda : « Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais ils je seront jamais les maîtres du printemps ».

J’aime le toucher de la couverture de ce livre tout de douceur dans sa couleur orange. Oui, comme le dit la 4ème de couverture, ce livre a du Zola, du Victor Hugo dans les veines. Quelles descriptions, quelles envolées ! C’est beau car vivant.

Vous l’avez compris c'est un coup de coeur.

Déjà lu chez cet éditeur Aÿmati de Béatrice Castaner

C’est dégueulasse de vieillir.

Notre vieille Europe a perdu le sens du sacré en même temps que l’esprit de sacrifice. Cependant, au milieu du fracas du monde, de ses désordres, il y aurait donc une place pour le courage. L’engagement de ces types m’a ébranlé.

Sur le plancher de coulée, c’est encore plus beau qu’à la coulée continue. Tu as l’impression d’arriver sur une autre planète, rien qu’avec les fondeurs et leurs combinaisons spéciales gris métallisé pour éviter les éclaboussures de la fonte en fusion, t’as jamais vu ça ni rien qui y ressemble. Le bruit, les poussières d’acier, le feu, le danger, là c’était grand, c’était à ma hauteur.

Ce qui m’a fasciné c’est à quel point le feu semblait savoir où il allait, … j’en aurais chialé.

Ce que voit le sculpteur : non pas des trucs, des bidules, un grand fatras, mais une cité de fer, quelque chose qui ressemblerait aux fabuleuses cités incas.

Ils préfèrent croire que demain ils ne seront pas l’arbre face à la cognée, mais l’arbre qui reverdit.
Ils préfèrent croire qu’ils ne connaîtront pas le parjure, mais le respect de la parole donnée.
Ils préfèrent croire à la bonne nouvelle, celle qu’ils veulent entendre, et ils baptiseront ce jour Thanksgiving Day, jour d’actions de grâce, dû à leur seul courage, à leur détermination collective.
Encore une nuit à attendre, quelques heures, ce n’est rien.

Commenter cet article

Marie Jo 18/09/2015 20:30

Passionnés des livres, j’aimerais partager ceci avec vous. Il s’agit d’un passage que j’ai particulièrement aimé dans le roman Nauranéüs de la romancière L. A. Griffont

« Vous ai-je déjà mentionné que j’adorais les livres? Ils sont mes amis, mes compagnons de voyage et mes thérapeutes. Si je me sens triste ou stressée, j’en ouvre un, et voilà que s’amorce une nouvelle aventure. À une époque où la vitesse, le numérique, le virtuel et le texto sont devenus maitres de notre temps, il m’arrive d’être dépassée par la technologie. Ces communications instantanées et ces intrusions en permanence dans mon intimité me rendent nostalgique d’une période que j’ai à peine connue. Un bouquin électronique, c’est pratique, mais un livre aux odeurs d’encre séchée demeure pour moi une richesse inestimable. »

En passant, super ton blogue.

zazy 18/09/2015 21:25

J'ai cliqué sur ton lien et je suis tombée sur le site Amazon, je ne suis pas certaine d'apprécier cela. Je ne travaille pour aucune maison, je tiens à ma liberté. Si tu n'as que cela à vendre, passe ton chemin. Désolée, mais je veux rester libre

jerome 18/09/2015 12:36

Il m'attend et je suis certain d'apprécier, c'est un sujet qui m'attire particulièrement.

zazy 18/09/2015 13:54

J'attends ton avis

Caroline 17/09/2015 20:59

Ce n'est pas le genre de lecture qui me plait..( bien que je sois fan de Victor Hugo !) mais merci du partage, c'est une bonne critique !

ça me ferait plaisir si vous passiez voir mes dernières critiques :)

zazy 17/09/2015 21:06

Merci de t'être inscrite sur mon blogue, mais je ne trouvais pas ton adresse. Maintenant, je vais aller te rendre une petite visite
Les maîtres du printemps n'est absolument pas un livre plombant. Il est plein de dynamisme

Bernieshoot 17/09/2015 17:50

c'est une lecture splendide

zazy 17/09/2015 20:05

oui

Lydia 17/09/2015 10:46

Encore une pépite !

zazy 17/09/2015 12:33

Voui !
J'ai de la chance, en ce moment, d'avoir de très très belles lectures