Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
ZAZY - mon blogue de lecture

Patrick Da Silva - Jeanne

26 Avril 2015, 15:28pm

Publié par zazy

Jeanne

Patrick Da Silva

Vu par Noémie Privat

Editions du Chemins de Fer

novembre 2014

72 pages

ISBN : 9782916130682

 

4ème de couverture :

On m’a offerte en récompense. On a fait de moi son épouse ; j’ai été son épouse.

Deux ans durant, chaque nuit nous avons partagé la même couche ; et sur ces deux années seuls les trois derniers mois ne furent pas occupés à la guerre. Vous n’ignorez pas, personne dans le royaume ne l’ignore, qu’à sa demande je l’ai suivi de bivouac en bivouac, que l’on m’y a autorisée – nos armées sous ses ordres, souvenez-vous en, défaisaient l’ennemi dans ses propres contrées – que l’on m’a autorisée à loger dans sa tente.

Deux ans durant, chaque nuit, nous avons partagé le lit conjugal. Et que croyez-vous que nous y fîmes nuit après nuit dans le lit conjugal ?

Nous baisâmes vos éminences ! Et plus ardemment encore dans ce temps de la guerre ou mon époux chaque jour risquait sa vie. Il la risquait heure après heure en provoquant ses hommes à soutenir l’étiage de sa témérité. Et moi, chaque jour, moi je tremblais qu’on me le ramenât sur une civière, mort ou agonisant.

Au Moyen Âge, un royaume assiégé de toutes parts est sauvé de la déroute par l’intervention d’un mystérieux chevalier. Pour le remercier, le roi accède à sa demande et lui offre la main de Clémence, sa propre fiancée. À la mort du souverain, c’est le chevalier qui est désigné comme successeur du trône.

C’est à ce moment de l’histoire que Patrick Da Silva construit son récit, à travers les voix de trois femmes : Clémence, reine ardente et éphémère, Mathilde, maîtresse éconduite du roi, et la mystérieuse Jeanne.

Ces trois monologues s’entrecroisent et reconstituent les faits devant un tribunal. Car c’est bel et bien à un procès que nous assistons, tenus en haleine jusqu’à la révélation finale de l’infamie que l’on juge.

Dans une langue incandescente, Patrick Da Silva nous offre un texte nourri des mythes historiques – à commencer par celui de Jeanne d’Arc – pour livrer une réflexion captivante sur le pouvoir, le désir et la féminité.

Noémie Privat glisse avec légèreté ses dessins délicats dans le déferlement du texte, griffe les pages d’enluminures malicieuses, emplit les marges de frises beaucoup moins innocentes qu’il n’y paraît.

==========

Les premières phrases donnent le ton. Nous assistons à un procès en un siècle passé, le Moyen-âge pour être précise, le vocabulaire en atteste.

Trois femmes, trois monologues qui se percutent les uns les autres, des phrases qui sont comme des flèches enveloppées de haine, de vengeance, de désir.

Clémence que l’on a offerte, c’est le mot qu’elle emploie, au preux chevalier qui a permis la victoire alors qu’elle était la fiancée officielle du roi.

Mathilde, la maîtresse répudiée de ce même roi.

Jeanne, que l’on sent d’une plus basse extraction, femme de caractère.

Clémence et Jeanne font face à des juges. Dès le début je sens ce que ce procès à de crucial.

Jeanne, la rebelle, Jeanne, marquée du sceau de ses maîtres, comme le bétail. Jeanne, celle qui n’a jamais connu le sein maternel dévolu aux filles des maîtres, Béatrice et Clémence. Pourtant, elle a eu un destin hors du commun. Ces hommes, même son roi furent à ses pieds.

Jeanne, quelle est belle dans sa colère ! Elle brûle de sa colère. Petit jeu de mot car l’auteur utilise là le mythe de Jeanne d’Arc.

Clémence n’est pas en reste qui se voit couverte d’opprobre alors qu’elle n’a fait qu’obéir aux ordres de ces « Monseigneurs » dont ses propres frères.

Mathilde a le mauvais rôle. Répudiée par son Roi, pleine d’amertume qui voudrait comprendre, qui cherche le pourquoi et…

J’ai aimé la révolte de ces femmes qui mettent les juges face à leurs contradictions, leur lâcheté, leur hypocrisie. Ces femmes qui osent parler de leur amour avec tant de sensualité, d’audace, qui se battent malgré l’inéluctable.

Les dessins naïfs de Noémie Privat sont comme des enluminures très explicites, à la fois précieuses et coquines. Les dessins appuient le texte. Ainsi, Jeanne et ses cheveux en forme de chèvre, le portrait très altier de Mathilde…

Une collection superbe. C’est un livre-voyageur qui m’a emmené au pays des passions pour mon plus grand plaisir.

Commenter cet article

Aifelle 27/04/2015 06:44

C'est une lecture très courte .. Je ne l'ai remarqué nulle part ce petit livre.

zazy 28/04/2015 11:55

Grâce à Libfly