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ZAZY - mon blogue de lecture

Marie-Aimé Lebreton - Cent sept ans

9 Octobre 2014, 22:02pm

Publié par zazy

Cent sept ans

Marie-Aimée Lebreton

Editions Buchet Chastel

Collection Qui Vive

128 pages

Août 2014

ISBN 978-2-283-02818-6

 

4ème de couverture :

De son enfance, Nine ne sait rien d’autre : rien que la rencontre de ses parents en Algérie, leur amour trop bref, et son père fauché par la guerre dont on a déposé le cœur « dans une cabane en bois ». Madame Plume, sa mère, ne parle pas de ce passé, de son pays, de ses souvenirs. Un jour, elle s’est arrachée à la sollicitude de Fatma la douce, elle a fui son village de Kabylie pour emmener sa petite dans une ville du nord de la France, où elles ont vécu toutes les deux en étroit duo. Alors « une autre errance commence, célébrant le désert sous un ciel trop bas ». Nine grandit tout contre sa mère, avec une soif de savoir, de comprendre et de se libérer qui passera par l’apprentissage du piano, du langage, et aussi par un retour en Kabylie, sur la terre des origines.

Ce court récit de l’exil épouse le rythme et la poésie du conte pour nous évoquer la quête identitaire d’une enfant éblouie par son histoire silencieuse.

L'auteur :

Marie-Aimée Lebreton est née en 1962 à Bouïra, en Kabylie. Docteur en philosophie de l’art et diplômée du conservatoire national supérieur de musique de Paris, elle est maître de conférences à l’université de Lorraine et vit à Paris. Elle a publié un premier ouvrage en 2005 aux éditions Pleins Feux : Comment Clémentine, sourde, devint musicienne, préfacé par Sylviane Agacinski.

Cent sept ans est son premier roman.

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Ainsi commence le livre :

« Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. Derrière le vent, en contrebas de la colline, se dressait le minaret du village. A heures régulières, la voix du muezzin annonçait le nom des dernières victimes tombées sous les bombes.

Ce petit extrait donne le ton. Poésie, beauté, noirceur et douleur. On sait.

« C’était le début de l’été. Le père avait vingt ans, il riait parce qu’il était vivant… Il était algérien, Madame Plume était française, de cela ils ne parlaient pas. » L’amour et la guerre, pardon, « les évènements » ne font pas bon ménage. Le père sera exécuté et laissé mort sur le bord d’une route. Madame Plume donnera naissance à Nine qui ne connaîtra jamais son père. Vint le temps de l’exil vers cette France, territoire inconnu, vers le nord froid et noir. Commence le temps des manques. Celui du père, celui du soleil, celui de Fatma, indissociable de la Kabylie, celui de l’isolement pour cette petite mauricaude (à l’époque on ne disait pas beur), celui de l’obéissance à la mère pour ne pas aggraver son chagrin. Les mots ne peuvent sortir pour expliquer la disparition, le corps dans la cabane en bois là-bas à Bouïra.

Puis, après la mort de la mère des suites d’un cancer, Nine repart en Kabylie pour renouer le fil de sa vie, pour repartir sur des bases plus solides.

Il y a opposition entre l’univers masculin de la guerre, de la violence et celui de ces deux femmes qui ont l’air de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le père.

Nul besoin de grandes phrases, de pages noircies pour nous faire ressentir le mal être de Madame Plume : «elle percevait l’assurance des autres mères comme un lieu dans lequel elle n’avait pas sa place»,

Un livre que m’a posée sur un nuage. Les phrases ciselées comme un bijou kabyle sont emplies de poésie et de beauté. Tout est dit en peu de mots et si bien dit. Un enchantement, un coup de cœur pour moi.

Marie-Aimée Lebreton, n’attendez pas cent sept ans et encore moins les calendes grecques pour nous ravir avec un autre ouvrage. Je vous remercie pour cette belle lecture.

Je remercie vivement Babelio qui par son opération , m’a permis cette très belle découverte. Je n’aurais garde d’oublier . La qualité des livres qu'ils proposent m’a permis de passer de très bons moments en compagnie de leurs auteurs.

Mimi a beaucoup aimé également

Avant d’aller poser son âme sur la branche d’une étoile, il prit sa langue entre ses mains pour chasser l’odeur visqueuse de la mort

Oh ! Ma fille, tu es née à présent et je t’aime. Je dis que mon ventre est triste mais tu es là et je te regarde. Mes yeux sont noirs mais tendre à l’intérieur. Tu es née aux premiers chants de l’aube et je t’appellerai toujours l’enfant de l’aube. Je sais que tu as déjà tes souffrances. Mon enfant, mon amour ! Mais c’est comme ça ! Une vieille loi du monde ! Mes seins tout gorgés d’amour cherchent ta bouche pour téter eux aussi. Mais de lait, je n’ai pas assez. Mon enfant, mon amour. La faim muette laisse des marques tout autour de ma bouche. Les chagrins attroupés dans l’assiette ne suffisent pas à me nourrir.

Le vent du désert accompagnait leurs figures ensablées de sang et de larmes. Leurs yeux vides portaient la marque d’un destin aussi lourd que les cadavres empilés au fond des charniers.

C’était une fin d’après-midi ordinaire. La lumière se diffusait comme du lait. Pourrait-on faire passer toute la beauté du monde dans la simplicité des jours sans histoire ? A quel mystère se raccrocher lorsque les élans du cœur sont ralentis par les mots qui ne veulent pas venir ?

Tu m’uses disait la mère, tu me fatigues. Je ne sais pas comment te donner ce que tu me prends déjà !

Ce que ses larmes voulaient retrouver, c’était le chemin qui mène à ‘enfance. Ramener de l’oubli les lieux qu’elles avaient habités.

Au village, on a dit qu’ils t’avaient jeté sur le bord de la route, comme un chien. Tu es mort trop tôt et de toi je n’ai rien, pas même les mots de la mère.

Nine savait qu’elle n’avait jamais oublié la terre qui l’avait enfantée. Nous sommes ainsi faits, nous cherchons toute notre vie à nous glisser dans le lit du temps pour retrouver le pays natal, fascinés que nous sommes par les femmes qui, au premier matin du monde, nous ont donné la vie

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 15/10/2014 20:39

Les citations sont très belles.

zazy 15/10/2014 20:55

Le livre également

Céline 12/10/2014 11:24

Très tentant ce livre par son sujet et par son écriture.
Je prends note ;)
Bon dimanche !

zazy 12/10/2014 16:53

Un beau livre profond

sous les galets 11/10/2014 06:23

Je suis extrêmement tentée, par le thème, par le style et le titre. Je ne sais même pas si je vais attendre l'avis de Jérôme pour savoir si je m'y mets, il est possible que je 'y attelle avant.
Beau billet Zazy

zazy 11/10/2014 09:11

L'exil, la mort, le silence, tout ceci dans une langue si belle

jerome 10/10/2014 12:20

Il est dans ma pal et je pense le lire très bientôt !

zazy 10/10/2014 17:03

J'espère que tu y prendras autant de plaisir que moi