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ZAZY - mon blogue de lecture

Stefan Zweig - Derniers messages

4 Février 2014, 21:39pm

Publié par zazy

 

Derniers messages

Stefan Zweig

Editions Bartillat

Collection Omnia poche

250 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782841005499

 

 

4ème de couverture :

 

Composée de tant d'éléments différents, Vienne était le terrain idéal d'une culture commune. (…). Cette ville, ce peuple, peuvent comme tous les autres avoir commis des fautes, mais Vienne a eu cet avantage qu'elle n'était pas arrogante, qu'elle ne voulait pas imposer aux autres ses mœurs, sa façon de penser.
La culture viennoise n'était pas une culture conquérante, et c'est pourquoi chaque nouvel hôte se laissait si facilement gagner par elle. Mélanger les éléments différents et créer de cette harmonisation constante un nouvel élément de culture européenne fut le véritable génie de cette ville".

Derniers messages offre dans sa diversité le meilleur de la pensée de Stefan Zweig. Les textes ici rassemblés traitent aussi bien de littérature (Byron, Nietzsche ou Tolstoï) que de l'histoire européenne et du destin de la civilisation. Le traumatisme de la Première Guerre mondiale, le démembrement de l'Empire austro-hongrois, la montée des périls demeurent omniprésents. Ces pages ont des accents qui évoquent Le Monde d'hier, la grande autobiographie de Zweig.

 

 

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Ce livre nous offre quelques textes de Stephan Zweig dont l’écriture précise est simplement belle avec une excellente traduction. Je remercie Libfly et les Editions Bartillat Ce partenariat m'a permis de découvrir un superbe joyau.

 

Ces textes ne sont aucunement surannés. Ils brillent par leur justesse et leur actualité. La préface de Jacques le Rider remet les textes dans leurs contextes.

« L’histoire de demain », si juste, me ramène au livre de  Gwenaëlle Aubry « Partages », les livres d’histoire israéliens et  cisjordaniens. Sa conclusion est d’une simplicité, pourtant si compliquée à mettre en œuvre : « Si celle-ci doit avoir un sens, ce sera de reconnaître nos erreurs et de les vaincre. L’histoire d’hier décrivait notre rechute éternelle, celle de demain décrira notre montée éternelle, ce sera l’histoire de la civilisation humaine. »

Sa démonstration sur « l’histoire, cette poétesse » m’a subjuguée.

Stefan Zweig, européen convaincu, remonte à la Rome antique pour parler de l’Europe : « Si cet édifice avait duré deux ou trois siècles de plus, les racines des peuples se seraient alors mélangées, l’unité de l’Europe, qui est encore aujourd’hui un rêve, serait depuis longtemps une réalité… ». Cette unité européenne que d’aucuns attendent, que d’autres pourfendent, Stefan Zweig en parle comme d’une tour de Babel, jamais inachevée, avec ses flux et reflux et, surtout, d’un moyen efficace de lutter contre les guerres « dans une époque de déchirement national, je veux juste souligner l’élément d’unité, l’Eros mystérieux qui pousse l’humanité depuis toujours par-dessus les différences de langue, de culture, d’idées, vers une unit supérieure. »

On sent son amour pour sa ville de Vienne. Pour lui, cette capitale est un continent à elle toute seule où tout convergeait. Sous sa plume, Vienne est encore plus belle.

Stefan Zweig évoque Tolstoï, Béatrice Cenci, Hugo Von Hofmannsthal et Roger Martin du Gard (Saga des Thibault que j’ai dû lire il y a longtemps et dont je n’ai plus aucun souvenir. Il est dans la bibliothèque maternelle).

Dans le chapitre « 1914 et maintenant » au sujet des risques à venir, nous sommes en 1936, l’auteur démontre que le personnel l’a emporté sur le collectif (ce dont parle également Jean-Claude Guillebaud dans son livre « une autre vie est possible »).

Chaque chapitre est un condensé de profondeur. Un grand auteur, un grand livre que j’ai lu, que je relis avec chaque fois une nouvelle approche. Chaque page est source de réflexion. Derrière les lignes de ce livre, l’ombre d’Hitler, de la seconde guerre mondiale sont omniprésentes.

Je ne peux que parler maladroitement de ce livre, tant est grande ma soif de connaître, de découvertes, tant je me sens petite et futile en lisant ces pages qui ne m’écrasent pas mais m’élèvent.

Je ne veux pas tout dévoiler ( quelque part cela m'arrange !) et vous laisser le plaisir de la lecture de ce très bon livre.

 

Quelques extraits :

« L’histoire telle qu’elle nous a été apprise, telle qu’elle l’est encore aujourd’hui aux jeunes gens de tous les pays est en somme un cours de mauvais instincts et son enseignement a eu des effets désastreux. »

« Notre devoir n’est-il pas au contraire, précisément parce que nous connaissons le caractère dangereux de ce penchant pour le sensationnel, de montrer, au lieu de l’héroïsme guerrier, cet autre héroïsme que nous considérons comme supérieur, la vie grandiose des savants qui se sacrifient dans leurs laboratoires, isolés, pauvres et inconnus ? »

L’histoire d’hier décrivait notre rechute éternelle, celle de demain décrira notre montée éternelle, ce sera l’histoire de la civilisation humaine. »

Déjà dans le plus vieux livre du monde, au commencement de la Bible, là où elle parle des premiers hommes, nous trouvons en un magnifique symbole la première histoire de ce désir d’unité créatrice de l‘humanité. C’est la profonde légende de la tour de Babel et c’est ce mythe admirable que je veux rappeler et expliquer. A cette époque, à peine sortis de l’inconnu, les hommes –donc l’humanité- s’étaient rassemblés en vue d’une œuvre commune. Ils voyaient un ciel au-dessus d’eux, et, comme ils étaient des hommes, ils éprouvaient déjà le désir du surhumain et de l’inaccessible et ils se dirent : « Bâtissons une ville et une tour, dont le sommet atteindra le ciel, afin que nous nous fassions un nom pour l’éternité. » Et ils pétrirent de l’argile, firent cuire des briques et se mirent à édifier leur formidable ouvrage.

De tous les secrets du monde, celui de la création a été, de tout temps, le plus mystérieux. C’est pourquoi les peuples et les religions ont, unanimement, lié le phénomène de la création à l’idée du divin.

Efforçons- nous donc de nous approcher du secret de la création artistique, ce moment unique où les limites imposées par notre nature périssable disparaissent et où l’éternité commence.

L’histoire était pour nous un juge impitoyable qui, le visage immobile, sans haine et sans amour, sans porter de jugement, gravait au fur et à mesure les évènements ; qui, méthodique, à l’aide de chiffres et de groupes, nous faisait voir comme quelque chose d’ordonné cet immense chaos

L’histoire, répétons-le, n’est pas un livre complètement terminé et imprimé qu’on peut lire d’un bout à l’autre, mais un immense palimpseste, une compilation, un manuscrit dont les neuf dixièmes sont altérés, des centaines de pages en sont indéchiffrables, des milliers d’autres ont disparu et ne peuvent être remplacées dans le contexte qu’avec des combinaisons et l’aide de l’imagination.

 

 

Commenter cet article

sous les galets 08/02/2014 11:39

C'est typiquement le genre d'ouvrages qu'il faudrait faire lire aux étudiants d'histoire du XXe siècle....mais j'aime tellement ses romans que je crains d'être déstabilisé par le côté peut-être un peu documentaire de ce livre .

zazy 08/02/2014 13:27

C'est très agréable à lire et à relire.

sous les galets 08/02/2014 11:40

déstabilisée....

Yv 07/02/2014 11:11

J'ai conseillé à ma maman d'arrêter son club d'achat de livres (France L...) et d'acheter comme dernier livre, 16 romans de Zweig : elle ne connaissait pas et se régale.

zazy 07/02/2014 11:59

Or l'abonnement que je n'ai pas, je vais me lancer dans les romans de Zweig que je n'ai jamais osés lire !

Aifelle 05/02/2014 06:37

Déjà en ce temps-là, le personnel l'avait emporté sur le collectif, mais n'est-ce-pas toujours le cas ? Je le note, mais pas pour en ce moment, j'ai envie de plus de légèreté.

zazy 05/02/2014 19:52

Non, avant 1914, on avait besoin de l'aide de son voisin, surtout à la campagne.
Ce n'est pas plombant du tout et si agréable à lire