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ZAZY - mon blogue de lecture

Cécile Oumhani - Tunisie, carnets d'incertitude

11 Novembre 2013, 20:55pm

Publié par zazy

Tunisie, carnets d’incertitude

Cécile Oumhani

Editions Elyzad

Coll. Sous les remparts
03/10/2013
156 pages
ISBN : 9789973580573



4ème de couverture :

Janvier 2011. La Révolution tunisienne surgit, inattendue. Onde de choc intérieure. Dans des formes brèves, "car nous vivons dans un temps fragmenté, où tout peut basculer d'un instant à l'autre", Cécile Oumhani témoigne des événements ressentis avec une grande fébrilité durant ces mois de 2011. Depuis Paris, sa voix se mêle à la clameur des milliers d'exilés pour dire le bonheur mais aussi la solidarité avec les peuples libyen et syrien. Puis il y a le retour dans le nord de la Tunisie pour partager ce qui est en train de se passer sur place. Élections d'octobre 2011, espoir brouillé, euphorie brisée. Blanc.

L'auteure reprend ses carnets en février 2013, tentant de cerner les contours d'un avenir incertain. Jusqu'en août 2013, elle ne cessera d'écrire l'amertume, les craintes, les déceptions de ceux avec qui elle avait partagé les premiers moments d'enthousiasme. 

Cécile Oumhani (source Editions Elyzad)

Née à Namur (Belgique), Cécile Oumhani vit en région parisienne.

Poète et romancière, elle est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages. Aux éditions Elyzad ont été publiés les romans Le café d’Yllka (2009), prix littéraire européen de l'Adelf (Association des Écrivains de langue française) ; L'atelier des Strésor (2012), mention spéciale du prix franco-indien Gitanjali & prix de la Bastide. A été réédité en poche Une odeur de henné (2012), prix Grain de Sel. Son écriture aime à investir des lieux et des cultures autres.

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Le format du livre, voisin de celui  d’Actes Sud, n’est pas sans rappeler un carnet de voyage.

Le livre débute par l’immolation de ce jeune tunisien, marchand de légumes, déclencheur des évènements. Ce printemps tunisien était porteur de tant d’espoir, où ils ont appris que l’on pouvait dire non. « Maintenant on a le droit de dire non ! ».

Les phrases de Cécile Oumhani sont lancées sur la feuille par un besoin, une nécessité impérative de ne pas oublier, suivre les évènements de ce printemps tunisien 2011. Phrases courtes, voire très courte genre style télégraphique pour certaines. Fontaine des Innocents. Faire ce que l’on peut là où l’on est.

L’urgence est là, il faut écrire la peur, la crainte, l’espoir, l’amour, la beauté. La poésie est omniprésente.

Ses écrits sont comme un remède à l’éloignement de ce pays qui fait partie de ses racines, même si ce n’est pas son pays natal. « Pas celui où je suis née. Mais pourtant indissociable de ce que je suis. »

Cécile Oumhani reprend ses écrits en 2013 après le meurtre de Chokri Belaïd « Ainsi ils ont tué Chokri Belaïd. Agresseurs anonymes. Un tireur embusqué au moment où l’opposant laïque sortait de chez lui. » Le chapitre sur le salafiste remontant la file d’attente résume le nouvel état des lieux. La déception est là, la peur est revenue. Et si tout était à refaire ?

Un livre que je n’ai pas lu d’une seule traite car ces phrases méritent que l’on s’y arrête. Un livre d’urgence plein de mots qui ricochent plein de poésie. Un beau et bon livre.

Si tu savais Hebelin comme je le garderais volontiers. Je vais l’acheter pour pouvoir relire la beauté des mots de Cécile Oumhani.

 

Quelques phrases

La voix de l’homme sur Internet est toute proche. Son angoisse se déverse à gros bouillons dans la pièce. Elle éclabousse le tapis, me cerne, avant de me happer pour de bon.

Depuis plusieurs semaines, il me tarde de vous rejoindre. Devrais-je dire des années, ou presque une vie ? Et avons-nous jamais cru revenir après un tel changement ? Pris par surprise, épatés par ce qui s’est passé. Quatre mots pour dire l’inouï, l’impensable.

Tu brandis le manuel d’histoire destiné à tes élèves de dix ans. Indignée, tu le feuillettes et tu me montres tout ce qui st à réécrire, ces chapitres qui n’avaient d’autre but que l’éloge de l’ancien régime. « Maintenant on a le droit de dire non ! » Tes yeux brillent, enivrés d’immensités à parcourir. Tu me dis ton bonheur à étudier avec eux le poème d’Eluard « Liberté ». J’écris ton nom…

Pas celui où je suis née. Mais pourtant indissociable de ce que je suis. Même dans l’absence, dans cet écoulement lisse de nuits et de jours, ailleurs, alors qu’ici continue d’exister. Sans que j’y sois.

Briser la distance. Pulvériser l’écran de l’ordinateur. Rendre leurs corps à vos voix que nous entendons tous les soirs au téléphone depuis décembre. Tant d’émotion au fil des jours…

Egrener fil par fil les années manquées pendant que tambourine à nouveau la pluie loin au-dessus de notre lit.

La nuit m’est plus proche ce soir. Laveuse d’absence et garante de rêve. Je m’y enroule dans sa tiédeur de laine, les yeux fermés sur un pan de ciel qui s’attarde.

Rue par rue, maison par maison, dégage, dégage, Bachar !

Les slogans fusent avec la jubilation de l’espoir. Lancés haut dans le ciel de printemps, ils ricochent sur la façade du palais de Chaillot et leurs rimes viennent taquiner l’écho.

« Maintenant on peut parler comme on veut au café ou chez des amis, sans crainte d’être dénoncés. » Aujourd’hui vous vous inquiétez pur la révolution libyenne.

Tu racontes le pharmacien qui ne sait pas lui non plus. Le salafiste derrière toi, qui sait lui. Qui crie haut et fort… Vous devriez savoir, mécréants

 

Le peuple se tait

peuple silencieux

souffle suspendu

à peine contenu

digues prêtes à rompre

 


 

Commenter cet article

telos 13/11/2013 06:29

tu me donnes envie de lire

zazy 13/11/2013 19:42

Beaucoup de poésie dans ce livre

Anne-Marie 12/11/2013 22:44

Je ne connais pas ni ce livre, ni cette auteure, je prends note!

zazy 12/11/2013 22:53

C'est un livre que l'on m'a prêté et, malheureusement, je dois le rendre

Alex-Mot-à-Mots 12/11/2013 13:30

De bines belles phrases, merci.....

zazy 12/11/2013 13:41

Je ne peux rien dire d'autre que : OUI

clara 12/11/2013 07:50

j'ai lu un seul livre d'elle "un jardin à la Marsa"et j'ai aimé !

zazy 12/11/2013 09:50

Je comprends et ce sera une future lecture

sylire 12/11/2013 07:11

Si tu as aimé la plume de Cécile d'Oumhani, il te faut lire ses romans. Je te conseille notamment "un jardin à la Marsa".

zazy 12/11/2013 09:50

J'ai vraiment beaucoup apprécié et je vais continuer. Merci pour le titre