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ZAZY - mon blogue de lecture

Jean-Luc Coatalem - Nouilles froides à Pyongyang

15 Octobre 2013, 20:44pm

Publié par zazy

 

Nouilles froides à Pyongyang

Jean-Luc Coatalem

Editions Bernard Grasset

16/01/2013

ISBN : 9782246801283

 

4ème de couverture :

Nul n'entre ni ne sort de Corée du Nord, le pays le plus secret de la planète. Et pourtant, flanqué de son ami Clorinde, qui affectionne davantage Valéry Larbaud que les voyages modernes, et déguisé en vrai-faux représentant d'une agence de tourisme, notre écrivain nous emmène cette fois sur un ton décalé au pays des Kim. Au programme : défilés et cérémonies, propagande tous azimuts, bains de boue et fermes modèles, mais aussi errances campagnardes et crises de mélancolie sur les fleuves et sur les lacs, bref l'endroit autant que l'envers de ce pays clos mais fissuré. Un journal de voyage, attentif mais distant, amusé parfois, jamais dupe, dans ce royaume énigmatique dont un diplomate américain affirmait récemment que l'on en savait moins sur lui que sur... nos galaxies lointaines.

L’auteur :

Jean-Luc Coatalem, rédacteur en chef adjoint à Géo est l'auteur chez Grasset de Mission au Paraguay (1996), Le Fils du fakir(1998), Je suis dans les mers du Sud (prix des Deux-Magots, 2002), La consolation des voyages (2004) et, récemment, Le dernier roi d'Angkor (2010). Il a reçu le Prix Roger-Nimier en 2012 pour Le Gouverneur d'Antipodia (Le Dilettante, 2012 & J'ai Lu).

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Jean-Luc Coatalem, rédacteur en chef adjoint à Géo a-t’il eu envie de jouer les G.O. en Corée du Nord ? Jeu de mots très facile, j’en conviens, mais vous me connaissez, je ne sais résister.

C’est sous le projet fallacieux d’un potentiel touristique formidable en Corée du Nord que l’auteur obtient le fameux sésame pour pénétrer le pays le plus fermé au monde. Son ami Clorinde se joindra à lui. Voyage ubuesque, qu’il détaillera sur un petit carnet caché dans la doublure de sa valise fermée par un code et écrit dans les toilettes. Il va découvrir une prison à ciel ouvert, un pays plus qu’exsangue ou la malnutrition fait des ravages, mais… on ne le lui montrera pas.

Il visitera, entre autre joyeuseté, un studio de cinéma avec des rues grandeur nature. J’ai eu l’impression tout au long de ce livre que c’était cela ce pays, un studio de cinéma où le scénario est écrit, où les acteurs guides récitent leur texte appris par cœur, où la voiture ne peut dévier d’un iota, où Jean-Luc Coatalem et son ami sont prisonniers dans leur hôtel dès la fin du dîner. Surtout ne pas changer de ce qui est prévu et les Kim, c’est ainsi qu’il a nommé leurs guide, chauffeur et surveillant des deux autres (mais se surveillent mutuellement).

Ils auront, durant leur séjour, leur comptant de doctrines, de bourrage de crâne, de courbettes devant les portraits des Kim-Il-sung, Kim Jong-Il, Kim-Jong-Un (cités dans l’ordre de l’apparition dans la vie, à savoir, le grand-père mort et déifié, le fils mort depuis ce voyage et certainement tout autant déifié et le petit-fils qui règne sur son « bon peuple ».

Je doute que le petit dernier, bien qu’élevé dans des écoles privées suisses, fasse entrer un brin de liberté de peur de faire s’écrouler le colosse aux pieds d’argile.

Jean-Luc Coatalem savait très bien, en allant en RPCN que liberté est un mot et une façon de vivre interdits, mais la réalité dépasse la fiction. Quelques avantages :il n’y a pas de bouchons sur les routes. Vous aurez l’impression de revenir de la planète Mars pour beaucoup moins cher et en moins de temps ou d’une remontée dans le temps. Mince, il faut positiver !

Question gastronomie, entre les nouilles froides même pas bonnes, la soupe à la grimace et les couleuvres qu’on leur fait avaler, sans compter les brouets qu’on leur fait manger aux repas, il y a mieux, beaucoup mieux.

Heureusement, les livres qu’ils ont apportés avec eux leur permettre de supporter le néant. A ce sujet, j’ai beaucoup aimé le passage du livre laissé dans la poubelle de sa chambre. J’ai souri à l’écriture quelque fois caustique, mais je souriais jaune (non, pas de jeux de mots, je serai stoïque malgré l’envie) en pensant à ces millions de coréens, dont le lavage de cerveau permanent commence dès le plus jeune âge, qui supportent au quotidien les folies kimiesques.

Jean-Luc Coatalem est un très bon guide puisqu’il réussit à nous intéresser à ce pays fantomatique et non fantasmagorique. Il termine son livre par « Faut-il rire ou bien pleurer ? » Rire jaune sûrement.

Cela me rappelle un voyage en URSS à Leningrad, c’était les noms à l’époque. Le soir, nous étions en juin, nous sommes allés nous promener. Une ambulance nous suivait partout. Pratique si vous vous cassez la figure ou vous vous perdez !!!

 

Quelques extraits :

Surtout « ne rien à avouer, même à une occidentale de passage »

La Corée du Nord s’est arc-boutée sur ses principes et n’a pas changé envers ceux qu’elle appelle « les salauds ». Caché derrière ses murailles et sa doctrine, le pays s’est autoverrouillé, assujettissant le peuple à un délire et à un cule de la personnalité exponentiels. Chaque citoyen serait réparti dans l’une des trois classes (les « durs », les « hésitants », les « hostiles »)

Face à ce néant, ce périple qui sent trop la mise en scène, nous résistons comme nous pouvons, Clorinde et moi.

Kim Jong-il a quelque chose d’Elton John. Des cheveux bouclés et brossés vers le haut. Des lunettes surdimensionnées Courrèges 1980 qui lui mangent le visage. Même si on le prétend dépensier et jouisseur, il ne parvient pas à dissimuler son vrai fond : un côté ermite, falot peut-être autiste.

Il n’y a pas d’ailleurs pour ce peuple de matons et de taulards, c’est un « ici et maintenant » à perpette, une prison sans barreaux. Mais nous, on ne va pas rester toute l’après-midi dans les couloirs de ce bloc de béton ou dans l’estafette à suffoquer dans des mouchoirs, non ? Merde à la centrale nucléaire !

Il faut perdre ses réflexes visuels et ses habitudes citadines. Impossible de trouver un café, un restaurant, des boutiques, un panneau de publicité, des enseignes de magasins, des terrasses de café, des kiosques à journaux, il n'y en a pas — les rues sont râpées et nues

Rares sont les touristes qui manqueraient Panmunjom, à la lisière du 38è parallèle. Le cérémonial et le décorum plaisent beaucoup. Drapeaux au vent. Patrouilles martiales. Haut-parleurs crachant leurs harangues. Fresques nationalistes. Check-points. Herses antichars. La tension est palpable. De part et d’autre de ce couloir de deux cent cinquante kilomètres de long et quatre de large –appelée sans ironie la DMZ, zone démilitarisée -, sept cent mille Nordistes font face à quatre cent mille Sudistes, appuyés par des GI’s américains. Au milieu, entre les barbelés, des milliers d’animaux ont fini par proliférer en toute tranquillité, léopards de l’Amour et tigres de Mandchourie. A terme, on estime que cet espace, préservé depuis tant d’années, pourrait entre sur la liste des réserves de biosphère. Un comble !

 

 

Commenter cet article

Tietie007 22/10/2013 20:12

Je préfère les spaghetti aux nouilles.

zazy 22/10/2013 20:27

Surtout cuites dans cette eau !!

Alex-Mot-à-Mots 20/10/2013 11:29

Une ambulance vous suivait ? Quelle drôle d'idée !

zazy 20/10/2013 11:51

C'était au temps d'avant, juste au moment de Tchernobyl !!!
L'ambulance était là pour nous surveiller en tant que touristes ayant fraternisé avec la guide. A partir d'un certain moment, nous avions 2 guides, le second, un mâle, pour surveiller la première

clara 17/10/2013 07:45

On en a tellement parlé lors de sa sortie que je l'avais oublié..

zazy 17/10/2013 11:57

C'est vrai et j'ai dû attendre mon tour à la bibliothèque. Une bonne lecture

sylire 16/10/2013 13:29

Comme Aifelle ce titre me tente bien. Je le lirai un jour ou l'autre. Mais pas tout de suite !

zazy 16/10/2013 20:22

voir plus haut

Aifelle 16/10/2013 07:07

La folie organisée à l'échelle d'un pays ! J'avais entendu l'auteur à la radio à la sortie du livre, je l'emprunterai un jour à la bibliothèque.