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ZAZY - mon blogue de lecture

Catherine Baldisserri - La voix de Cabo

16 Octobre 2017, 16:34pm

Publié par zazy

 

La voix de Cabo

Catherine Baldisserri

Editions Intervalles

août 2017

176 pages

N° ISBN : 978-2-36956-057-9

 

4ème de couverture :

 

Uruguay, années 1970.

À vingt ans, Teresa Monti fuit Montevideo et la brasserie familiale pour l’amour de Damaso, un télégraphiste avec lequel elle emménage dans un phare du bout du monde.

Des années plus tard, dans l’étroite cuisine du phare de Cabo Polonio où Teresa fait la classe aux enfants des pêcheurs, Machado, un chasseur de loups de mer analphabète, fait son apparition. Sur les bateaux qui naviguent entre les îles, il a entendu parler de la maîtresse de Cabo, et pressent que son salut dépend de cette femme engagée, ardente, insoumise.

Pendant ce temps-là, à travers le pays, les Tupamaros organisent leur mouvement révolutionnaire.

Cinq années plus tard, c’est une femme brisée que l’on retrouve derrière le bar de la brasserie de son enfance à Montevideo. Tandis qu’un dramaturge américain de passage tente de redonner à Teresa goût à la vie, une seule question hante la maîtresse de Cabo : Machado a-t-il tenu la promesse qu’il lui a faite lors de leurs adieux ?

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Catherine Baldisserri partage son temps entre Pornic et Paris. Elle enseigne les langues étrangères et anime des ateliers d’écriture. La Voix de Cabo est son premier roman.

 

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Nous sommes dans les années70 (1970). Teresa vit à Montevideo dans une famille d’émigrés qui a fait fortune et possède  plusieurs brasseries. Elle s’engage dans une continuité familiale lorsque Damaso apparait dans sa vie. Elle le suit jusqu’au phare de Cabo Polonio, dont il est le gardien, y vit heureuse simplement. Son bonheur ? Son mari, les enfants du village dont elle est devenue la maîtresse. Quel plaisir pour eux de se retrouver dans la cuisine du phare et apprendre sous le regard bienveillant de Teresa. Par un beau jour, un homme entre dans la salle de classe-cuisine et veut apprendre à lire et écrire, c’est primordial pour lui. Il s’appelle Machado.

Tout est beau, c’est le bonheur ou cela y ressemble jusqu’au jour où son fils décède et que son mari saute du haute du phare parce qu’il n’a pu sauver son enfant et la voix de Cabo s'éteint.

Un nouvel épisode de la vie  de Teresa commence lorsqu’elle  retourne à Montevideo et s’étourdit dans la gestion du restaurant.

Une jolie histoire avec, une femme forte, des intervenants qui ne le sont pas moins, en fond, la révolution des Tupamaros, mais vraiment en fondu et en surface. J’aurais aimé plus de profondeur dans ce livre d’une lecture très agréable avec des moments forts comme la pêche aux loups de mer.

Ceci dit, c’est une lecture agréable, une histoire bien racontée que je n'ai pas lâché, avec une écriture fluide et je n'ai pas boudé mon plaisir.

 

 

 

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Joy Sorman - Sciences de la vie

10 Octobre 2017, 22:22pm

Publié par zazy

 

Sciences de la vie

Joy Sorman

Editions Seuil

août2017

272 pages

ISBN : 9782021365122

 

4ème de couverture :

Nombre de médecins qui se sont penchés sur les cas saugrenus de la famille de Ninon Moise ont échoué à les guérir, parfois même à simplement les nommer. Depuis le Moyen Âge, les filles aînées de chaque génération sont frappées, les catastrophes s’enchaînent. Ninon, dix-sept ans, dernière-née de cette lignée maudite, a droit à un beau diagnostic : allodynie tactile dynamique, trois mots brandis pour désigner ce mal mystérieux qui brûle la peau de ses bras sans laisser de traces, et sans explications.

Mais Ninon, contrairement à ses aïeules, ne se contente pas d’une formule magique, veut être soignée par la science, et entend échapper au déterminisme génétique, aux récits de sorcières qui ont bercé son enfance, pour rejoindre le temps, adulte, des expériences raisonnées. C’est une décision, celle de contrarier sa propre histoire, de s’inventer une nouvelle identité, de remonter le courant de son intuition initiale, qui lui a fait dire un 19 janvier au réveil je suis maudite comme toutes les autres.

Formidable odyssée de la peau, ce roman de Joy Sorman tend le fil suspendu du destin dans le labyrinthe des énigmes médicales, où l’emporte toujours « la vie, la vie, la vie décidément ».

L’auteur (site de l’éditeur)

Née en 1973, Joy Sorman se consacre d’abord à l’enseignement de la philosophie avant de se diriger vers l’écriture. En 2005, paraît son premier roman Boys, boys, boys, lauréat du prix de Flore. En 2013, elle reçoit le prix François Mauriac de l’Académie française pour Comme une bête. En 2014, La peau de l’ours est sélectionné dans la liste Goncourt. Sciences de la vie est son treizième livre.

 

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Depuis toute petite, Ninon est biberonnée aux histoires familiales que lui racontent sa mère avant de s’endormir et quelles histoires !

Dans sa famille, les filles ainées sont victime d’une malédiction ;  Des maladies, des maux mystérieux surviennent du jour au lendemain. « La famille de Ninon est maudite, marquée depuis toujours du sceau de l’infamie et de  l’infection, une malédiction aussi risible que tragique, un sens de la transmission autant que de la contamination n, des catastrophes génétiques en chaîne : génération après génération, des récits de maladie, de mauvais sort, de démence et d’envoûtement, une multitude de maux qui frappent automatiquement les fils ainées depuis le XVIe siècle. »

Tout est consigné, transmis aux descendants et la mère de Ninon aime lui raconter l’histoire familiale, tout au moins, celle des filles ainées. Marie Lacaze fut la première de la lignée. Esther Moise, la mère de Ninon est atteinte d’une  forme de dégénérescence oculaire. Ninon, à dix-sept ans, un beau matin se réveille les bras en feu. Uniquement les bras, de l’épaule à la main. Le spécialiste diagnostique une allodynie tactile. Elle ne peut rien supporter sur les bras, s’enferme dans sa chambre et en elle, souffre. Sa mère n’est plus ce phare qui illuminait son enfance, c’est presque devenu l’ennemie, celle par qui cela arrive.

Parlons-en de la mère. De quelle névrose souffre-t-elle pour infliger ceci à sa fille ? Pourquoi cet orgueil d'une lignée de souffrance ?

Ninon se rebelle,  ne veut pas  dire un mot de cette hérédité démoniaque. Rien n’y fait, la médecine est impuissante à soigner la malade. Internet la mène vers des chamanes en tout genre. Là elle se rend compte qu’elle ne peut faire abstraction de la lignée maternelle.

Toutes ces visites et consultations ne lui apportent rien et deviennent même ennuyeuses. Il me faut les suivre, les subir, c’est son chemin de croix, plutôt son chemin de vie pour comprendre sa souffrance. Bien sûr, il y a la vodka et le joint qui, temporairement calment la douleur mais, la chute n’en est que plus dure.

Entremis, Joy Sorman dévoile l’arbre généalogique de toutes ces filles ainées, c’est un arbre, un catalogue hallucinant de divers maux et malédictions ! Je comprends que Ninon veuille briser ce lien.

La douleur enferme Ninon, la plonge dans la solitude. Est-ce par la peau que s’exsude son enfance ? Est-ce une mutation vers une nouvelle vie ? Faut-il souffrir dans sa chair, ici dans sa peau, pour se dévoiler, prendre de l’épaisseur, devenir adulte ?

De peau, il en était déjà question dans son précédent roman « La peau de l’ours ». Joy Sorman s’appuie sur une longue recherche historique et médicale pour mieux s’en échapper et nous emporter dans le tourbillon de survie de Ninon.

Les phrases jaillissent, valsent, comme tournent les praticiens. Les phrases sont longues, mais vivantes et alertes, pour mieux faire ressentir l’état de Ninon jusqu’à la renaissance et le retour à la douceur de sa peau qu’elle fêtera d’une façon radicale et inattendue. Oui, Ninon Moise est devenue elle et non plus la descendante d’une lignée maudite, elle s’est réapproprié son corps et son esprit. Non, Le mal ne passera plus par ces histoires racontées le soir au moment de s’endormir.

Un très bon roman dans la lignée des précédents et définitivement, j’aime le style de Joy Sorman.

Ce livre a fait partie de la liste des explolecteurs de lecteurs.com ; maintenant il voyage pour notre plus grand plaisir.

 

 

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Guiomar de Grammont - Les ombres de l'Araguaia

8 Octobre 2017, 20:55pm

Publié par zazy

Les ombres de l’Araguia

Guiomar de Grammont

Traduction Danielle Schramm

Editions Métailié

Septembre 2017

240 pages

ISBN : 979-10-226-0702-5

 

4ème de couverture :

Ni vivant ni mort, Leonardo a disparu. Il avait 20 ans et voulait changer le monde, une dictature impitoyable dominait le Brésil. Pour Sofia, sa petite sœur, il était un dieu. Les années ont passé et le vide ne s’est pas comblé. Le père est mort, la mère s’est enfermée dans son chagrin et Sofia, étouffée par cette absence, part à la recherche du disparu.

 

Au cours d’une enquête, qui l’amène sur les chemins de la clandestinité révolutionnaire en lutte contre la dictature, un ami lui fait parvenir un cahier étrange. Il raconte à deux voix une forêt amazonienne à la fois magnifique et mortelle ainsi qu’une vie quotidienne éprouvante dans l’Araguaia, région d’Amazonie choisie dans les années 70 par un groupe d’étudiants utopistes pour créer une guérilla de libération des paysans. Ils étaient une soixantaine, on envoya 10 000 soldats pour les combattre. Il y eut peu de rescapés.

 

D’où vient ce carnet, pourquoi tant de mystères sur son origine ? Qui a écrit ce récit déchirant, pourquoi deux écritures mêlées ? Qui l’a fait remettre à Sofia ? Que cache le silence de sa mère ?

 

Avec une grande énergie dramatique, dans une langue sèche et concise, Guiomar de Grammont écrit un beau texte émouvant qui interroge le passé d’un pays qui se veut sans mémoire.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Guiomar de Grammont est née à Ouro Preto où elle enseigne à l’université. Elle y a créé le Forum des Lettres. Elle est l’auteur d’un essai sur le sculpteur baroque Aleijadinho. Elle a reçu le prix Casa de las Américas pour un de ses recueils de nouvelles. Elle est traduite en français pour la première fois.

 

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Le livre s’ouvre sur un récit assez dur. Le narrateur revient au camp où tout a disparu sauf un carnet. Son carnet

« Dans un trou dans le sol, près du mur de la maison, à l’intérieur d’une boîte en bois, il y avait le cahier où tu notais tout. Le sang avait séché et la couverture s’était défaite, mais il était là…. Alors j’ai pleuré, pour la première fois, après tous ces jours où j’avais erré dans la forêt. »

Ce carnet, Sofia le tient entre ses mains, remis par son meilleur ami qui refuse de lui dévoiler le nom de la personne qui le lui a remis.

« Sofia lisait et avait l’impression d’être l’interlocutrice à laquelle il s’adressait ».

Des pages  où la souffrance se bat avec la désillusion. L’homme  décrit  son calvaire. Il se cache dans la jungle pour échapper à la police militaire. Il fait partie d’un groupuscule révolutionnaire. Entré par conviction, il y est resté par peur. Là, il a appris à tuer et a tué. « Une mort pour une autre. Jusqu’où irons-nous ? » »

Sofia, sa sœur, ne se sent pas le droit d’être heureuse depuis la disparition de son frère. C’est la raison pour laquelle, elle décide de découvrir ou essayer de découvrir ce qui lui est arrivé. « Cette guérilla est une tache dans l’histoire du Brésil, Sofia, mais surtout à cause de la bêtise, de l’inutilité de tout ça. Une poignée de jeunes qui s’enfoncent dans la jungle dans un pays grand comme le nôtre, en rêvant de changer le monde. »

L’entraînement qu’ils suivent est dur à la limite de l’endurance et de l’humain, le je n’existe plus, c’est le nous qui doit l’emporter, pas d’histoires d’amour, que la préparation à la survie, le maniement des armes et l’endoctrinement avec une nourriture très chiche. Une poignée de jeunes gens, le plus souvent des intellos gauchos, qui croyaient aux théories cubaines et marxistes dans la jungle dont l’idéal était de venir en aide à la population locale en les éduquant, apportant des soins. Oh, ils n’étaient pas nombreux, mais le gouvernement brésilien a envoyé plus de dix mille soldats, les a chassés, pistés un à un pour les tuer après tortures si besoin.  La violence n’était pas que du côté de la soldatesque. Les guérilleros ont appris à tuer, ont tué. Cela se passait dans les années 70

« Regarde ce qui est arrivé dans l’Araguaia : une tragédie, ils ont tous été tués. Des gamins. Quelques uns ont été torturés de façon horrible, et pour quoi ? Dis-moi pour quoi ?

Dans un pays de cette dimension, ils croyaient qu’ils allaient faire la révolution en endoctrinant une poignée de paysans ! Et une armée entière à leurs trousses… Tout cela d’une inconséquence totale. D’un non-sens atroce. Ç’aurait été ridicule, si ce n’avait été tragique. »

En lisant ce livre j’avais dans la tête la chanson de Brassens « Mourir pour des idées »

La lecture de ce  carnet dur et émouvant permet à Sofia de retrouver trace de la vie de son frère, embarqué, par idéalisme, dans une histoire qui l’a dépassé et tué. Un hymne à un idéal bafoué ; cette faction d’obédience castriste n’est ni humaine ni pacifique.

Le Brésil a enterré cette partie de son histoire sous la chape de l’amnistie « L’amnistie cicatrise par la force, c’est l’oubli imposé, elle induit une sorte d’amnésie collective qui empêche une révision du passé ». Dans la mesure  où l’on ne cherche pas à comprendre ce qui s’est passé, il n’y a pas de possibilité de pardon.

L’intrigue va crescendo, façon polar et l’écriture de Guiomar de Grammont fait que vous ne pouvez pas le lâcher ; besoin de connaitre la vérité sous les omissions, les oublis, les secrets.

Comme dans un précédent livre des éditions MétailiéLe fils du héros de Karla Suarez, l’auteur brode sur la recherche du disparu et  parle de ces conflits inutiles servi par l’orgueil des meneurs.

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Franck Pavloff - La nuit des enfants qui dansent

5 Octobre 2017, 22:41pm

Publié par zazy

 

La nuit des enfants qui dansent

Franck Pavloff

Editions Albin Michel

Août 2017

281 pages

ISBN : 9782226399038

 

4ème de couverture :

Ils se rencontrent à la frontière autrichienne. Zâl va en équilibre sur un fil tendu, tête dans les étoiles et bras en balancier, Andras l'observe, pris au piège des souvenirs de sa vie d'avant dans une Hongrie quittée vingt ans plus tôt. L'un apprivoise l'espace avec sa tribu d'oiseaux, l'autre s'alourdit de trop de mémoire. Ensemble, ils partent pour Budapest où se retrouve la jeunesse d'Europe pour le grand festival d'été sur les iles du Danube, alors que dans l'ombre des gares campent des migrants en déshérence.

Un voyage initiatique au cœur de l'Europe toujours hantée par les drames du XXe siècle. Depuis Le Pont de Ran-Mositar (prix France Télévisions 2005), de son écriture puissante et poétique, Franck Pavloff ne cesse de confronter les territoires de l'exil et l'effervescence d'un monde où les enfants qui dansent repoussent les ténèbres de leurs aînés.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Franck Pavloff est l'auteur de Matin brun, nouvelle devenue culte qu'Albin Michel a rééditée, illustrée par C215, en 2014, mais aussi d'une œuvre romanesque aussi exigeante que cohérente. Il a reçu le Prix France Télévision en 2005 pour Le pont de Ran-Mositar, le Prix des Grands espaces en 2009 pour Le Grand Exil, le Prix des lecteurs de Mouans-Sartoux et le Prix Lettres Frontière en 2012 pour L'homme à la carrure d'ours.

 

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Matins bruns m’avait  interpellée. Comment, en si peu de pages, un auteur arrive, avec un conte philosophique à faire comprendre le racisme,  le génocide. Comment on glisse petit à petit vers le pire.

J’ai eu envie de retrouver son écriture avec La nuit des enfants qui dansent.

Zâl, un performeur, prépare et vérifie le fil, la sangle qui lui permettront de s’élancer dans le vide, marcher sur le slack, alors qu’un homme arrivé en taxi, s’installe pour le regarder.

Ils ne se connaissent pas.

Zâl,  un garçon tout fin, blond, entouré d’oiseaux qui regarde droit devant lui, comme lorsqu’il avance sur son fil, ras écartés Il refuse de se pencher sur son passé, trop douloureux, trop de manque.

Andras, le specateur, est  hongrois d’origine, vit en Autriche traîne son passé comme une valise encombrante et ne regarde plus vers l’avenir. Facteurs d’orgues de père en fils, ils furent empêchés d’exercer leurs métiers par les différents gouvernements, nazis ou communistes.

« Imre Kerté a dit que la différence  entre le fascisme et le communisme, c’était que chez les communistes tout le monde portait une étoile, tous suspects »

 Au fur et à mesure de l’avancement du livre, je saisis  ce qui lie ces deux personnages que tout semble séparer.Jacob, médecin et ami d’Andras le dit page 70 : « Dis-moi, ce garçon c’est bien le fils de Tina dont tu t’es occupé à distance ? »

 Un voyage commun dans le van de Zâl, avec Téa et Andras sera le bout du chemin, là où ils se parleront, se comprendront et plus.  Ils vont s’apprivoiser eux, que tout semble séparer. Le mur se déconstruit pierre par pierre pour mieux reconstruire leur futur et aller plus avant dans la vie. Cette phrase est un très beau résumé de leur apprivoisement mutuel.

« Rien ne les oblige à cohabiter dans cet appartement de Salzbourg et pourtant aucun ne voudrait rompre l’étrange équilibre en dents de scie qui les rapproche et les lie. »

Il est beaucoup question d’exil. Andras est parti de son pays le Hongrie pour des raisons politiques. Zâl a fui ce même pays encore dans le ventre de sa mère. Téa a fui la violence de son beau-père. En Hongrie, des migrants venus de pays en guerre, espèrent pouvoir passer en Allemagne et se trouvent pris au piège des dérives identitaires du gouvernement hongrois.

Quête identitaire, quête spirituelle, quête de sécurité et sécuritaire, quête initiatique, ce livre nous met en garde contre la peur et le rejet de l’autre. La dérive sécuritaire du gouvernement hongrois pourrait, comme dans « Matins bruns » déboucher sur un grand danger. Il est également source d’espoir car des personnes comme Sara, bénévole auprès des migrants pour leur apporter un peu de chaleur humaine et de ravitaillement. Des liens se créent malgré tout

La musique est omniprésente de Bach à Robbie William sans oublier le Sziget, grand festival pop en plein air ; moment de liesse qui a servi de liant entre les eux hommes.

 

Ce livre est servi par la très belle écriture classique de Frank. Un très beau roman où Zâl, le funambule et Andras qui marchait sur le fil du rasoir vont se rencontrer, conjuguer leurs passés, se dépasser, s’aimer, prouver que l’espoir et le futur existent.

 

Le passé est une carapace qui te protège ou tenferme, il n’y pas de règle précise, chacun s’en débrouille.

C’est l’abomination des totalitarismes que de t’asservir en t’inculquant par force ou par ruse que c’est du font de toi que sourd la lâcheté et non pas de l’Etat, alors que tu le veuilles ou non, tu deviens coupable de ce qui t’arrive.

Je découvre qu’il est plus difficile de s’adapter à ses propres changements qu’à ceux des autres

La lâcheté est un hochet noir qui arrive dans notre berceau de naissance et nous le faisons tinter quand ça nous arrange.

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Jean-Baptiste Andrea - Ma reine

25 Septembre 2017, 16:48pm

Publié par zazy

Ma reine

Jean-Baptiste Andrea

Editions l’Iconoclaste

Août 2017 

240 pages

ISBN : 9791095438403

 

4ème de couverture :

Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.

Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu
 et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman.

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« A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’tais un homme. Et les hommes ça fait la guerre, je le voyais tous le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée. »

Nous sommes en 1965. Celui qui parle, c’est Shell, 12 ans, ainsi surnommé à l’école parce que ses parents tiennent une station-service peu fréquentée. L’école, d’ailleurs, il n’y va plus car il n’est pas tout-à-fait comme les autres. C’est le toubib qui l’a dit à ses parents, sa tête ne grandira plus.

Il surprend  une conversation au téléphone entre sa mère et sa grande sœur et comprend qu’il va être placé dans un centre pour des enfants comme lui. Il décide de partir à la guerre, lui qui n’est jamais sorti de sa station. Alors, il grimpe jusqu’au plateau en pleine nuit et s’y endort. A son réveil, une belle apparition le regarde. Elle s’appelle Viviane, c’est elle qui l’a dit, comme la fée. Commence un jeu à l’instigation de Viviane. Il devra la servir, lui obéir et l’appeler Ma Reine. Son royaume ? Le haut plateau et la cabane effondrée où s’est réfugié le gamin.

Shell, pas contrariant, accepte le jeu et débute ainsi une amitié un peu spéciale fondée sur le pouvoir de Viviane sur le gamin et cela ira loin. Un beau jour,  elle disparait après pris soin de lui laisser un sac à dos bourré de nourriture et une lettre. Le hic, c’est que Shell ne sait pas lire. Il se sent vraiment abandonné, tombe malade et, un jour, se réveille dans un lit inconnu. Non, il n’est pas à l’hôpital mais chez Matti, vieil homme solitaire, gardien de troupeau Il  apprendra le métier de berger. Pour une fois on lui fait confiance, on ne le considère pas comme l’idiot du village, mais comme un humain. J’ai aimé ce passage où le vieux berger transmet quelque chose au gamin

N’allez pas croire que Shell est un gamin malheureux, non. Ses parents l’aiment, il est heureux de faire quelques bricoles, est heureux de l’air du temps. Pourquoi est-ce que tout devrait changer ?  Dans sa petite tête, il veut leur montrer qu’il peut être comme les autres et quelque part, il se le prouve à lui-même.

Ce livre est une ode à la nature, aux paysages de la Haute-Provence qui baignent et entourent Shell. Les descriptions et les sensations qu’ils s’en dégagent font que je m’y suis sentie bien.

Un roman lu d’une seule traite, une charmante parenthèse que j’ai pris plaisir à lire. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être plus de coffre.

Lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

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Miguel Bonnefoy - Sucre noir

22 Septembre 2017, 18:07pm

Publié par zazy

Sucre noir

Miguel Bonnefoy

Editions Rivages

200 pages 

Août 2017 

ISBN : 9782743640576

 

4ème de couverture :

Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

 Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.  

Dans ce roman aux allures de conte philosophique, Miguel Bonnefoy réinvente la légende de l’un des plus célèbres corsaires pour nous raconter le destin d'hommes et de femmes guidés par la quête de l'amour et contrariés par les caprices de la fortune. Il nous livre aussi, dans une prose  somptueuse inspirée du réalisme magique des écrivains sud-américains, le tableau émouvant et enchanteur d'un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices.  

 Finaliste du Goncourt du Premier Roman et lauréat de nombreuses distinctions (dont le prix de la Vocation, le prix des cinq continents de la francophonie « mention spéciale »), Miguel Bonnefoy est l'auteur du très remarqué Voyage d’Octavio (Rivages, 2015), qui a été traduit dans plusieurs langues.

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Avouez que, pour un capitaine de flibusterie, s’échouer « sur la cime des arbres au milieu de la forêt » a de quoi interloquer et prêter à rire. De rire, les naufragés n’en ont pas envie et ils périssent tous, mutinerie, maladie, accident…. Henry Morgan aurait laissé, comme tout bon corsaire, un trésor qui, enrichi par toutes les histories fait des envieux et donne des ailes aux chercheurs. Les histoires de trésors, de flibustiers ont toujours fait rêver les aventuriers et Severo Bracamonte n’échappe pas à la règle. Invité puis recueilli par la famille Otero. Il est subjugué par la fille, Serena, qui lui fait découvrir que les trésors peuvent être là où on ne les attend pas et n’être pas monnayables. Ils se marieront et agrandit la  rhumerie. Une saga familiale, sorte de conte où les différents chercheurs de trésors, un par génération se heurtent toujours à Serena ou Eva Fuego, sa fille adoptive. Et que dire de cette vieille femme, veuve qui, chaque, tel un refrain dans une chanson, vient avec un seau vide dans la chambre fermée et en ressort avec le seau plein de larmes.

Ce roman est un conte quelque fois cruel, où les personnages peuvent être outrés, une métaphore sur le Venezuela qui a tout arrêté pour ne vivre que des mannes du pétrole et dont comme pour la ferme des Otero  il ne reste que des cendres.

L’écriture de Miguel Bonnefoy me transporte, m’enveloppe dans sa verve, je me coule dans son univers à la fois réaliste et onirique. Le titre est une métaphore illustrant la fable : le sucre (rhum) et le noir (pétrole).

Un conte philosophique (selon la 4ème de couverture), une fable, un livre d’aventure… De quoi passer un très agréable moment de lecture avec une morale très simple : l’argent ne fait pas le bonheur.

J'ai préféré son précédent et premier roman, Le voyage d'Octavio. Pas facile d'écrire un second roman après une telle perle. Ceci dit, j'attends le prochain roman car j'aime l'écriture de Miguel Bonnefoy

 

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Thomas Fecchio - Je suis innocent

18 Septembre 2017, 19:59pm

Publié par zazy

 

Je suis innocent

Thomas Fecchio

Editions Ravet-Anceau

2017
304 pages

ISBN : 9782359736007
 

 

 

4ème de couverture :

Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Dans un état de semi-conscience, le quinquagénaire a le temps d’apercevoir leurs brassards siglés « police ». Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans passés derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viols à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons, a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort. Pour la Justice, pour les médias et pour les politiques, le récidiviste devient le suspect idéal. Pourtant, Germain doute de la culpabilité de l’interpellé qui ne cesse de répéter « Je suis innocent ». Mais l’engrenage est enclenché. À ce stade, Boyer n’a plus qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à la fin des années 1970 à Château-Thierry, Thomas Fecchio débute des études de sciences puis bifurque vers le cinéma. Il intègre la Femis où il produit plusieurs courts métrages.

Passionné par la littérature policière et les séries (The Wire, Engrenages…), il décide de se consacrer à l’écriture de scénarios et collabore à plusieurs projets développés par Florian Môle. Il écrit également avec Kostia Testut la série policière « La nuit n’attend pas » où il revient sur la première grande affaire de serial killer qu’ait connu la France : celle du Tueur de l’Ombre, assassin de femmes qui fit trembler la banlieue nord pendant les années 1970.

Désormais associé dans une société de production de documentaires, il collabore à l’écriture de plusieurs projets actuellement en cours.

Je suis innocent est son premier roman.

 

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Boyer, sorti de tôle depuis peu, est arrêté manu militari par une escouade dirigée par le Commandant Germain. Il faut dire que ce Boyer est criminel sexuel et qu’un crime sexuel a été commis dans le petit bois près de chez lui. La jeune femme a été violée, battue à mort, étranglée puis enterrée. La police a vite fait le lien, d’autant que la scène de crime ressemble à celle de son premier forfait.

Le commandant Germain est chargé du premier interrogatoire ; il entend Boyer crier son innocence et il doute, il doute. Boyer, malgré la pression des media, des autorités est relâché faute de preuve (pas de trace d’ADN, ni sur la victime, ni dans la voiture).

Le présumé coupable, avec son pedigree comprend très vite qu’il doit débusquer lui-même l’assassin de Marianne Locart, la police (sauf Germain) et la justice ont trouvé LEUR meurtrier et ne veulent aller plus loin.

Germain, jeune commandant, sans expérience, si peu sûr de lui avec ses tics : recoiffer ses cheveux châtains, rajuster sa chemise et resserer son nœud de cravate n’est pas un cow-boy comme les autres, non il réfléchit beaucoup, admet se tromper. Ses discussion avec le commissaire Lombard, son mentor, lui permettent d’avancer. Ses collègues l’on surnommé « Chérubin », c’est vous dire l’ambiance au sein de l’équipe. Allez donc vous faire entendre et respecter avec ce joli surnom.

Chevron, lieutenant de son état, ça c’est du vrai, du muscle, du viril « C’était le genre de policier à qui on se fiait pour couvrir ses arrières,  qui prenait le bélier au moment de défoncer une porte… L’exact opposé de Germain avec son physique fluet ». Martinetti, vrai nom de chevron, n’apprécie pas Germain et ne manque pas de le lui faire savoir, tout comme les deux officiers de police judiciaire sous ses ordres. C’est à lui qu’aurait dû revenir le poste et non à de « Chérubin »

Personne à qui se raccrocher, pas de héros au grand cœur, personne n’est blanc ou noir, chacun a ses noirceurs. « Je m’appelle Jean Boyer, je suis âgé de 58 ans, j’ai passé l’essentiel de ma vie derrière les barreaux pour des délits à caractère sexuel. Je ne voulais faire de mal à personne. Je n’ai pas eu de chance. », même la victime  n’est pas ce que l’on croit.

Thomas Fecchio ne prend pas parti. Il alterne les points de vue des protagonistes, passe de Germain à Boyer. Il expose les fait, les sentiments, les pulsions des personnages  sans cacher leurs forces, leurs faiblesses, leurs noirceurs. Il me promène et, petit-à-petit, détruit les indices posés quelques pages avant. Les sentiments, les idées que je me suis faites oscillent comme le fléau d’une balance Roberval (ça les moins de vingt ans ne peuvent connaître !). Ce n’est pas du polar testostérone, ni un thriller sanguinolent, l’auteur joue avec la psychologie des personnages, nous donne envie de croire en un espoir de rédemption, un espoir que tout n’est pas écrit, et puis...

Quelques redites qui, pour moi renforcent les tics et caractères des personnages dont Germain, peut-être pour ancrer le personnage dans de futures aventures.  Certaines scènes sont un peu outrées, mais punaise quel premier polar !! Thomas Fecchio va prendre de l’épaisseur, de la bouteille (d’encre pas d’alcool !) et ses livres n’en seront que meilleur.

Merci Thomas Fecchio de me l’avoir proposé.

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Marie-Hélène Lafon - Nos vies

17 Septembre 2017, 21:04pm

Publié par zazy

Nos vies

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

août2017

ISBN 9782283030493

 

4ème de couverture :

« J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

 

Le Franprix de la rue du Rendez-vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 

Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.

 

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Elle s’appelle Gordana, est caissière (caisse n°4) au Franprix du n°93 de la rue du Rendez-vous dans le 12ème arrondissement de Paris. La narratrice la décrit avec force de mots, de
superlatifs, lui invente une vie. Un homme, Horacio Fortunato (je saurai son nom plus tard), chaque vendredi à la même heure, passe toujours par la caisse de Gordana. Jeanne lui invente aussi une vie et, comme les enfants, emploie le futur du conditionnel, il serait, il aurait… Son assiduité l’autorise à ébaucherune histoire d’amour entre eux, histoire d’amour qui n’aura pas lieu.

Cette femme qui raconte à la première personne, s’appelle Jeanne Santoire. Elle remonte aussi sa vie, parle de sa grand-mère aveugle, de la vieillesse de ses parents, des liens qui les relient. Il y eut Karim, l’homme de sa vie, un Algérien, que le père qui avait fait la guerre d’Algérie n’a jamais voulu rencontrer. Une vie de couple entrecoupée de silence. Il ne sait rien de sa vie antérieure pas plus qu’elle ne connait la sienne. Un jour, il part pour l’Algérie et ne reviendra jamais à Paris, sans plus d’explication. Plus tard, elle apprend qu’il vit à Marseille, marié, avec un enfant.

Cette fois, le roman se passe à Paris, même si il y a des incursions mémorielles en province. Marie-Hélène Lafon a quitté sa Creuse natale pour remonter vers le nord, en suivant, peu ou prou, la Nationale 7. Souvigny, Saint-Hilaire, Moulins, Nevers… Comme elle remonte le fil de ses souvenirs.

Toutes ces histoires inventées sont faites à partir de solitude, pour en combler le vide qu’elle ressent. Ses souvenirs jouent à saute-moutons avec les vies qu’elle invente.

Les phrases sont longues, ponctuées, comme elle les aime, de virgules et points virgules (plus guère utilisé). L’écriture est riche, inventive. Avec Marie-Hélène Lafon, je prends un bain de mots que les voyelles font mousser, les ponctuations me soutiennent dans ma lévitation au
pays de ses rêves.

J’ai gardé ce livre pour la fin, pour le déguster comme un dessert et je me lèche les doigts de ses expressions qui fleurent bon l’Auvergne. « Il s’était enroutiné à Saint-Hilaire ». « Il faisait besoin à sa mère». « En me regardant aux yeux », « Faire maison ». Une madeleine gourmande et goûtue.

Faire partie des Explolecteurs fut un grand plaisir pour moi. Je ne serais jamais allée du côté  de "C'est le cœur qui lâche en dernier". Grâce à "Une fille dans la jungle", je peux mettre
beaucoup d'humanité sur des faits divers. Je fus un peu déçue par "Le Cœur battant de nos mères" qui promettait plus que ce que j'en ai ressenti. Quant à "Nos vies » !!!!

Une pépite que je dois à l'opération Explolecteurs organisée par Lecteurs.com

 

 

 

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Delphine Coulin - Une fille dans la jungle

17 Septembre 2017, 19:49pm

Publié par zazy

 

Une fille dans la jungle

Delphine Coulin

Editions Grasset

Août /2017

240 Pages :

ISBN : 9782246814344

 

4ème de couverture :

«  Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.

Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.  »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Delphine Coulin est écrivain et cinéaste. Ses cinq livres : Les Traces (2004), Une seconde de plus (2006), Les Mille-Vies (2008), Samba pour la France (2011), et Voir du pays (2013), ont tous eu un succès critique et public, et sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a aussi coréalisé avec sa sœur, Muriel Coulin, six courts-métrages et deux longs-métrages : 17 Filles, sélectionné au Festival de Cannes 2011 à la Semaine de la Critique, sorti en salles dans une vingtaine de pays, et Voir du pays, sélectionné au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard, où elle a obtenu le prix du meilleur scénario.

 

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« Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait par un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Rien n’avait de couleur. C’était gris. Ça puait la fumée et les ordures. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. »

 

Ils sont six, si jeunes gens, encore des enfants à assister au démantèlement, à la déforestation de la jungle de Calais, de l’intérieur.

Ils sont six dont deux filles qui ont quitté l’enfer de leurs pays ou pour éviter le pire.

Ils sont six à rêver d’Angleterre.

Ils sont six à se serrer les coudes, à avoir refusé de monter dans un car pour aller… trop loin de l’Angleterre.

Ils étaient six : deux gars, deux petits, deux filles. Une troupe en guenille qui marchait presque en rythme. »

Ce sont encore des enfants, mais ils ont affronté le pire.

Hawa vient d’Ethiopie où elle a connu une enfance heureuse, la préférée de son père « qui était fier d’avoir une fille aussi intelligente et courageuse qu’un garçon ». Une fois le père mort, la mère s’empresse de la marier avec un vieux. Hawa veut être libre, alors, elle part de chez elle.

« Elle avait treize ans et personne n’aurait pu lui reprocher de ne pas imaginer tout ce qui allait suivre ».

A treize ans, elle est vendue plusieurs fois avec tout ce qui va avec.

« C’était juste avant d’arriver en Europe, où tout irait bien ».

Elira vient d’Albanie « Elle avait presque quinze ans, la vie devant elle ». Violée par son père au vu et aux su de tous, elle s’enfuit et se retrouve prisonnière d’une maquerelle, obligée de faire la pute au noir puis dans un bordel.

Hawa, Elira, Milad et son frère Jawad (neuf ans), Ali, Ibrahim ne veulent pas la quitter « leur » jungle, ne veulent pas être séparés. Ils se tiennent chaud ensemble. En attendant, ils survivent dans un trou à rats, ou un autre, mangent à même la boîte de conserves lorsqu’ils en dénichent une en fouillant les reste de la jungle dévastée.

Pourtant, ils ne se savent pas en sécurité, traqués, comme des bêtes, par les policiers, les hommes en noir, les trafiquants en tout genre, surtout genre humain. La nuit, les deux filles se mettent des couches pour ne pas aller aux toilettes.

Ils voudraient tant partir de la jungle pour arriver en Angleterre, leur Eldorado, même s’ils sentent confusément que ce ne sera pas un havre de paix et de prospérité. C’est tout ce qui leur reste, cet espoir si minime soit-il.

Ils vont de désillusions en désillusions, de catastrophes en catastrophes et ils restent debout.  Malgré la boue, les immondices où ils doivent se cacher, ces gosses restent humains, terriblement humains malgré tous les pièges et arnaques qui visent à leur ôter leur humanité, à les anéantir. Pourtant, la ville et ses lumières ne sont pas loin d’eux. « Chaque lueur qui vacillait au loin était une fête possible, une maison où d’autres enfants dormaient. »

Bénévole à la CIMADE, Delphine Coulin a écrit ce court roman à charge où la désillusion, la colère, la déception, la peur, la solitude, le froid, la colère  habitent ces six jeunes gens qui ont eu la « mauvaise idée » de vouloir fuir la mort dans leurs pays, d’avoir eu l’espoir en un autre lieu meilleur.

Une fille dans la jungle, un livre écrit à hauteur des enfants, les pieds dans la fange avec des mots qui frappent et sonnent juste. Elle rend leur humanité à Ali, Elira, Hawa, Ibrahim, Milad et le petit Jawad.

Une lecture marquante qui ne s’oublie pas. Découverte Explolecteurs  Lecteurs.com

 

 

 

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Brit Bennett - Le coeur battant de nos mères

15 Septembre 2017, 20:45pm

Publié par zazy

 

Le cœur battant de nos mères

Brit Bennet

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Editions autrement

Août 2017

ISBN : 9782746745742

 

4ème de couverture :

« Tous les grands secrets ont un goût particulier. » Nadia a 17 ans et la vie devant elle. Mais quand elle perd sa mère et avorte en cachette, tout change. Elle choisit alors de quitter la communauté noire et religieuse qui l'a vue grandir. Boursière dans une grande université, Nadia fréquente l'élite. Elle a laissé derrière elle Luke, son ancien amant aux rêves brisés, et Aubrey, sa meilleure amie.
Durant une décennie marquée des affres de la vie, les trajectoires des trois jeunes gens vont se croiser puis diverger, tendues à l'extrême par le poids du secret. Dans la lignée d'Elena Ferrante et de Chimamanda Ngozi Adichie, Brit Bennett donne voix à des héros en quête d'accomplissement et nous offre un roman lumineux, inoubliable.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Brit Bennett a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016,  classé  dans  les  meilleures  ventes  du 

New  York  Times  et  du  LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5  meilleurs  jeunes  auteurs  américains  du  prestigieux  National  Book Award.

Le cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique.

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Vie ordinaire dans la Communauté noir de l’Eglise du Cénacle dont le pasteur Sheppard est le fondateur. Celles que l’on appelle « les mères » y sont omniprésentes sous la direction de Madame Sheppard. Le père de Nadia en est un adepte fervent depuis le décès de sa femme qui s’est suicidée en se tirant une balle dans la tête. Nadia, elle, erre depuis que sa mère lui a lâché la main.

Son idylle avec Luke, le fils du pasteur Sheppard, porte ses fruits et, à la veille d’entrer dans une grande université, elle se retrouve enceinte. Pas question pour elle de réitérer le schéma maternel. Elle prévient Luke de son état et l’informe qu’elle ne garde pas l’enfant et se fait avorter dans la ville voisine. Luke pourvoit aux frais financiers mais, lâchement, l’abandonne. C’est vrai qu’ils sont jeunes et qu’elle n’a que dix-sept ans. Le racisme ordinaire, Nadia va le connaître en université, mais le sujet n’est qu’effleuré… Ce n’était pas le thème principal du livre.

 La vie continue, chacun mène son chemin droit ou tortueux. Nadia poursuit brillamment ses études, Luke végète et se cherche. Comme il n’y a que les droites parallèles qui ne se rencontrent pas, ils se retrouvent au mariage de Luke avec Aubrey, sa meilleure amie.

L’absence d’adieu ou d’au revoir émaille ce livre. Nadia n’a pas pu dire adieu à sa mère et ignorera toujours les raisons de son suicide. Elle n’a pas su retrouver son père, ni lui dire au revoir lorsqu’elle est partie à l’université. Entre Luke et Nadia, il y a toujours ce fœtus et une fin d’amour avortée par la lâcheté de Luke. Chacun poursuit sa route avec ces amputations.

Les personnages sont peut-être un peu trop manichéens. Nadia, la dévergondée, l’aventureuse, celle qui refuse l’ordre établi et Aubrey, la pure (elle se marie vierge), la soumise, celle qui rentre dans le rang. J’ai été étonnée pas la bigoterie, la mainmise de l’église sur la communauté. Ce livre se passe de nos jours et au début, j’ai eu l’impression que cela se déroulait quelques décennies en arrière.

La construction du livre est très intéressante et donne sa force au livre. A chaque début de chapitre, une Mère raconte, sans émotion, comme une vieille histoire passée. D’ailleurs, à ce moment, le récit est au passé. Voici comment l’une d’elle résume l’histoire d’amour de Nadia et Luke : « Nadia avait batifolé dans le lit de Luke Sheppard, et au printemps, le bébé de Luke grandissait en elle. »

 L’écriture est agréable, sensible, émouvante, mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi (trop lisse). Un livre à l’américaine, très bien léché, très bien écrit sans trop d’aspérité, agréable à lire et qui va se transformer en film. Je comprends qu’il fasse un tabac, mais…

 

Livre lu dans le cadre de l'opération Explolecteurs organisée par LECTEURS.COM

 

 

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