Publié le 23 Juillet 2014

 

 

Michel Quint

A l’encre rouge

Editions Rivages/Noir

208 pages.

Mars 2002

ISBN : 9782743609252

 

4ème de couverture :

 

Adrien est éclusier à Roubaix. Un jour il reçoit une carte postale écrite à l'encre rouge. Elle a été envoyée par sa femme, Christine, qui l'a quitté cinq ans auparavant. Elle a été postée à Gréoux-les-Bains, une petite ville des Alpes de Haute-Provence. Adrien voit dans cette carte un appel et décide de se rendre à Gréoux. Mais il ne trouvera que les ruines d'un passé que tout le monde veut oublier et le souvenir d'un fantôme. Il comprendra alors la terrible signification de l'encre rouge.

Publié en 1985, A l'encre rouge était le quatrième roman de Michel Quint. Il contient tous les thèmes de son œuvre : le poids de la culpabilité et la douloureuse quête du passé.

 

Michel Quint est né en 1949 dans le Nord-Pas-de-Calais. Il est titulaire d'une licence de Lettres classiques et d'une maîtrise d'études théâtrales. Professeur de Lettres Classiques, l'auteur commença par écrire du théâtre pour Théâtre Ouvert, puis pour France Culture, qui diffusa également ses feuilletons radiophoniques. Il obtient le Grand Prix de la littérature policière en 1989 pour Billard à l'étage. Son roman le plus connu du grand public Effroyables jardins, paru en septembre 2000 aux éditions Joëlle Losfeld, a été adapté au cinéma par Jean Becker et de nombreuses fois porté au théâtre.

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La femme d’Adrien est partie par un beau jour en ne laissant qu’un petit mot écrit à l’encre rouge. 5 Ans après, il reçoit une carte postale qu’il suppose être un appel au secours de la belle envolée. Il part sans aucun remord, laissant sa nouvelle compagne et leur enfant de quelques mois juste avant Noël pour Gréoux les Bains, lieu d’envoi de la carte postale.

Il rencontrera les relations, puis l’amant de Christine qui l’hébergera chez lui. Commence une quête de la belle, sous les regards farouches des habitants. Les cartes continuent à arriver, à Gréoux maintenant et, à chaque fois, la personne est tuée. Christine est-elle encore vivante, est-ce elle qui tire les ficelles ? Quelqu’un imite t-il l’écriture de l’envolée ? C’est tout ceci que doit démêler Adrien. Ce qu’il découvre à de quoi le navrer. Débauche, alcool, drogue, un tiercé perdant qui est à l’origine de la disparition de Christine. La fin réserve une belle surprise.

Certains chapitres s’ouvrent par la voix, les mots de Christine et donne un éclairage intéressant au livre.

Adrien traîne son nord, son passé et ses remords avec lui. Tout comme Arnaud, le dernier amant à Gréoux qui a précipité la chute de Christine. Ils étaient tombés bien bas. Christine s’est perdue en chemin en traînant sa grosse valise emplie de son passé. Personne n’est noir, personne n’est blanc, tous sont coupables envers Christine.

Comme les fois précédentes, Michel Quint m’a réservé un très bon moment de lecture.

 

Elle avait conservé l’habitude d’écrire à l’encre rouge. Comme si chacune de ses lettres avouait quelque faute et trahissait par sa couleur la honte qu’elle en ressentait.

Secrets de templiers, secrets d’éclusiers. Faut jamais ouvrir les deux sas en même temps.

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Publié le 12 Juillet 2014

Les 14 et 15 juin derniers s'est déroulé, à Nevers, le Salon des Dames. Un évènement culturel que j'essaie de ne pas louper.

Cette année, les grèves de la SNCF ont compliqué les choses. Certains auteurs, peu en vérité, ne sont pas venus. Les organisateurs de ce salon avaient affrété des voitures de location pour conduire les auteurs jusqu'à Nevers.

j'ai pu rencontrer Leïla Sebbar que je souhaitais tant connaître. Malheureusement, je n'ai rien pu lui sortir d'intelligent...

Leïla Sebbar a reçu le prix Madame de Staël qui récompense l’ensemble de son œuvre

La photo montre un entretien à trois ayant pour thème "quitter le pays" avec Laura Alcoba (le bleu des abeilles) et Berta Roth (je ne suis pas d'ici) qui aurait pu être intéressant. Il y était surtout question d'Argentine puisque, également Laura Alcoba et Berta Roth viennent de ce pays. Autant j'ai apprécié les interventions de Laura Alcoba, autant Berta Roth qui est une personne à fleur de peau, exubérante et psy de son métier, a accaparé le temps de parole. Leïla Sebbar qui avait émis quelques réserves quant à sa participation à ce trio s'est trouvée très en retrait. Dommage, j'aurais aimé qu'elle parle de sa collaboration à l'oeuvre collective "Pays natal" et de sa relation avec sa langue paternelle.

Salon des Dames
Salon des Dames

Pierre Duriot, que je ne connaissais pas du tout a parlé de son livre "La croisade des chiens de guerre". Cet auteur, également peintre et journaliste fut très intéressant. J'ai offert le livre à mon mari.

Salon des Dames

Déborah Levy-Bertherat a reçu le Prix Nouveau Talent, pour son livre Les voyages de Daniel Ascher (Rivages). Un auteur très sympathique

Salon des Dames

Marie Causse me parlait des étiquettes sur le site de Babelio, entre autre "dépression" ! je puis vous assurer qu'elle n'a rien d'une dépressive !!

Je suis repartie avec "l'odeur de la ville mouillée"

Salon des Dames

Olivia Profizi (Les exigences) et Laurence Tardieu (L'écriture et la vie) ont discuté de leurs bouquins respectifs avec passion.

J'avais beaucoup aimé lire "Le jugement de Léa"

Cet intermèdes sont toujours très intéressants car les auteurs, passionnés et passionnants nous font aimer leurs livres.

Je suis repartie avec

  • L'odeur de la ville mouillée de Marie Causse
  • Les voyages de Daniel Ascher de Déborah Lévy-Bertherat
  • L'arabe comme un chant secret de Leïla Sebbar
  • Manèges de Laura Alcoba
  • La croisade des chiens de guerre de Pierre Duriot

Bien entendu tout ceci gentiment dédicacé par leurs auteurs.

Pour des raisons extérieures, je n'ai pas pu y aller les deux jours et j'en suis frustrée car j'ai manqué certains auteurs qui n'étaient présents que le samedi.

Rendez-vous en 2015

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Publié le 6 Juillet 2014

 

Portrait(s) de George

Emmelene Landon

Editions Actes Sud

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782330027704

 

4ème de couverture :

Dans un catalogue consacré aux œuvres d'Emmelene Landon, on chercherait en vain les portraits qu'elle attribue à l'artiste nommée "George". En effet c'est au roman, et donc aux mots, qu'il appartient d'imaginer et de décrire les visiteurs et les tableaux qui sous nos yeux se succèdent et s'accomplissent. Peindre, c'est d'abord écouter, dévisager, envisager et transcrire ce qu'au gré des saisons viennent raconter d'eux-mêmes de singuliers personnages. Et s'il est également question de botanique, de cartographie, de voyages, d'urbanisme, de psycho-géographie, c'est que George interroge et pratique son art sans jamais l'isoler de tout un écosystème de réflexions sur l'espace, la nature, ou encore l'empreinte de l'homme sur le paysage. L'atelier n'est pas un cloître. Dans ces pages il s'ouvre au monde, même s'il demeure un lieu propice au "temps long", à la patience et à la méditation. D'où la dimension poétique et même spirituelle de ce roman qui fait de la création un mode de vie, et qui propose une inimitable célébration du bonheur de peindre...

Peintre, écrivain, réalisatrice de vidéos et de créations radiophoniques, Emmelene Landon est née en Australie et vit à Paris. Elle est notamment l'auteur du Tour du monde en porte-conteneurs (Gallimard, 2003), de Susanne (Léo Scheer, 2006), du Voyage à Vladivostok (Léo Scheer, 2007) et de La Tache aveugle (Actes Sud, 2010).

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George-Emmelene (?) est peintre. George habite un immeuble de l’est-parisien dans ce fabuleux quartier des Pyrénées, ouvert à tous. George est une éponge qui reçoit les émotions de ses modèles pour les interpréter sur toile. Dans ce livre, Emmelene Landon les retranscrit directement par des mots.

A l’heure où presque tout le monde à un GPS, George peint des cartes pour se perdre. A l’heure où tout va vite, George vit au rythme de ses peintures. Poser ne semble pas fastidieux pour ses modèles, souvent des familiers, et permet à George d’en creuser l’âme, à l’instar d’Ailante cette gamine passionnée par les arbres –d’ailleurs, son prénom et le nom d’un arbre–.

Ces rencontres enrichissent la penture de George. J’ai aimé sa façon, sa démarche. Emmelene Landon a réussi à allier l’intellect des mots et la sensibilité de la peinture. Alors qu’il est plus simple de regarder un tableau que d’en parler, elle s’exprime avec le langage peinture sans que ce soit ennuyeux ou redondant. Elle convie à sa palette tous les grands peintres qui l’ont façonnée ; Holbein, Lucian Freud, Dürer, Caravage, Hockney, Frenhofer… tout comme elle nous raconte les couleurs.

Portrait d’une femme vivant sa vie de peintre entourée de la famille qu’elle s’est composée au fil de ses amitiés. A travers les portraits qu’elle peint, on découvre celui de George. Elle aime cueillir les visages, les expressions avec gourmandise, tout comme elle déteste se défaire rapidement des œuvres. Son plaisir lorsqu’elle est seule le soir : regarder ses tableaux, s’en imprégner.

J'ai aimé la couverture de ce livre, une peinture de Emmelene Landon avec la liane de vigne vierge qui rappelle celle qui entre dans l'atelier de George. Je trouve dans ce tableau la même ouverture sur l'extérieur.

Un livre bijou, un livre tout en douceur et sensualité que j’ai aimé lire en prenant mon temps. Merci pour ce livre-voyageur Anna.

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Publié le 1 Juillet 2014

Photo issue du blogue de l'auteur

Demain j’arrête !

Gilles Legardinier

Editions Fleure Noir

Novembre 2011

ISBN : 978226509430

 

4ème de couverture :

 

Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.

Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier. Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret.
Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons- nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

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Lorsque que Kevin pose cette question : « Dis-moi, Julie, c’est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ? » c’est une vraie plongée dans la catastrophe qu’est la vie de Julie.

Un curieux mélange de Bridget je-ne-sais-plus-comment et d’Amélie Poulain. Etre prise la main dans le sac, pardon, coincée dans la boîte aux lettres de Monsieur Patatras -Mais si, je vous dis que c’est son vrai nom-, par ce nouveau venu, avouez qu’il y a mieux pour débuter une relation normale entre voisins. La curiosité est un vilain défaut à ce qu’il parait. Julie s’en contrefout car Ricardo –c’est son prénom- est beau comme un dieu. Patatras, oui je sais, c’est trop facile, elle va en tomber raide dingue amoureuse alors que lui, même s’il semble attiré, garde une certaines distance. Pourquoi ? Oui, pourquoi courre-t-il avec un sac à dos ? Pourquoi cette distance entre eux ? Pourquoi ne parle-t-il pas de lui, détourne t-il toujours la conversation quand le sujet arrive sur la table ? C’est plus qu’il n’en faut pour activer l’imagination débridée de Julie.

Nous la suivons dans cette vie de presque trentenaire toujours célibataire avec ses copines guère mieux loties et ses copains. Ah, ces fameux dîners entre copines esseulées…

J’avais lu quelques pages de ce livre et j’ai tout arrêté : Encore ces trentenaires et leurs tribulations sentimentales ; ras le bol, non plutôt le nombril !! A force de lire tant de bonnes chroniques sur ce livre, hier soir, j’ai persisté et… que j’ai bien fait !!

J’ai souri à toutes ces aventures insensées. Oui, vraiment invraisemblable, mais c’est ce qui fait le charme de ce bouquin, à condition de tout lâcher pour suivre les tribulations de Julie.

Un vrai bon moment de comédie réjouissante et bien troussée. En allant sur le site de Gilles Legardinier j’ai vu qu’il y avait d’autres chats à fouetter –il y a un chat sur toutes les couvertures–. S’ils sont à la bibliothèque, je ferai une petite razzia.

D'autres l'ont lu : Lydia - Gwordia - Syrire - Livrogne - Melo -

 

 

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Publié le 22 Juin 2014

Jacques Roumain

Gouverneurs de la rosée

Editions Zulma poche

224 pages

Novembre 2013

ISBN : 9782843046636

 

 

4ème de couverture :

« Tout le monde a été touché par les amours de Manuel et d’Annaïse. Aux citadins haïtiens et aux lecteurs étrangers, le roman a révélé la vie paysanne, qu’ils ignoraient autant les uns que les autres. Les évocations du paysage haïtien ont enchanté ; la vieille Délira a éveillé la compassion ; les ronchonnements de Bienaimé ont amusé ; les trouvailles linguistiques de Roumain ont suscité l’admiration. On pourrait presque dire que la critique a été unanime, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, à élever Gouverneurs de la rosée au rang de chef-d’œuvre. » Léon-François Hoffmann

Ce volume contient également : Jacques Roumain vivant par Jacques Stéphen Alexis

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Biographie de Jacques Roumain :

Né le 4 juin 1907, à Port-au-Prince dans une famille aisée., il meurt le 18 août 1944. Son grand-père, Tancrède Auguste, fut président d'Haïti de 1912 à 1913. Il fut cocréateur de "La Revue Indigène" avec Émile Roumer, Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard et Antonio Vieux, dans laquelle ils publièrent des poèmes et des nouvelles. Très actif dans la lutte contre l'occupation américaine d'Haïti (1915-1934). En 1934, il fonda le Parti communiste haïtien.

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Compères, commères, cousins, cousines, amis, ennemis, tous vivent dans ce village délaissé où les sources ont tari suite à déboisement outrancier. Les nuages, la pluie bienfaitrice ne répondent pas aux prières des dieux. Les plus riches, les mieux nantis, les plus voleurs, comme les charognards, attendent que, perclus de dettes, les paysans n’aient d’autres solutions que de vendre leur tout petit carreau de terre, pour le racheter à vil prix.

Manuel, nègre natif natal de Fonds-Rouge, fils de Délira et Bienaimé, revient au pays après avoir passé une quinzaine d’années dans un batey dominicain, plus proche de l’esclavagisme que du travail agricole « Tuer un Haïtien ou un chien, c’est la même chose disent les hommes de la police rurale : de vraies bêtes féroces ». Il ne reconnait plus le paysage. Temps longtemps, le petit-mil, le maïs et autres légumes poussaient, arrosés par les rigoles gérées par un mèt lawouze que Jacques Roumain aurait transformé en Gouverneurs de la rosée. « À Mahotière, disait-elle, nous avons de l’eau, nous autres. Mais pour les jardins, l’arrosage n’est même pas nécessaire. La fraîcheur suffit, la rosé »e du matin. Au réveil, tout est brillant et mouillé. Faut voir ça : c’est comme une écume de soleil ».

Manuel part à la recherche de l’eau. En chemin il trouvera l’amour en Annaïse, fille du clan ennemi. Le télégueule a propagé la nouvelle : Manuel a trouvé une source ! Il veut profiter de cette aubaine pour faire cesser les rivalités entre familles, réunir toutes les bonnes volontés et relancer le coumbite qui pourrait être le ciment de leur communauté. comme tu temps de la jeunesse de Delira et Bienaimé ses parents.

En mélangeant un français pur et la langue de chez lui, Jacques Roumain nous offre un livre fort, poétique avec de sublimes descriptions. Ses portraits de la vie paysanne quotidienne confinent à l’ethnologie. A la fois politique et onirique, Gouverneurs de la rosée est une œuvre passionnante, foisonnante, humaine, habilement politique. Chaque page lue est un ravissement. Petite précision ; ce livre écrit en 1944 et se trouve, malheureusement, encore d’actualité

Il y a du Pagnol (Manon des sources), du Shakespeare (Roméo et Juliette) dans cette œuvre, je pèse mes mots. Comme l’écrit Jacques Stephen Alexis : « le roman est une espèce de grand poème populaire aux contours classiques et aux personnages quasi symboliques et plus loin : « Peut-être est-ce le livre qui contient le message essentiel de Roumain, message que la vie ne lui a pas permis d’illustrer personnellement ? Jacques Roumain a écrit un livre qui est peut-être unique dans la littérature mondiale parce qu’il est sans réserve le livre de l’amour. »

Que dire d’autre !

Je suis en face d’un coup de cœur et je remercie chaleureusement et les Editions Zulma pour cette lecture si passionnante.

Ecoutez l’interview de Laure Leroy Editrice de Zulma sur Libfly.

D'autres avis : mimi - Libfly

« -Le Seigneur, c'est le créateur, pas vrai ? Réponds : Le Seigneur, c'est le créateur du ciel et de la terre, pas vrai ?
Elle fait : oui ; mais de mauvaise grâce.
- Eh bien, la terre est dans la douleur, la terre est dans la misère, alors le Seigneur c'est le créateur de la douleur, c'est le créateur de la misère. »

Vers les onze heures, le message du coumbite s’affaiblissait : ce n’était plus le bloc massif de voix soutenant l’effort des hommes ; le chant hésitait, s’élevait sans force’, les ailes rognées. Il reprenait parfois, trouvé de silence, avec une vigueur décroissante. Le tambour bégayait encore un peu, mais il n’avait plus rien de son appel jovial, quant à l’aube, le Simidor le martelait avec une savante autorité.

Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes.

Du levant au couchant, il n’y a pas un seul grain de pluie dans tout le ciel : alors est-ce que le bon Dieu nous a abandonnés ?
- Le bon Dieu n’a rien à voir là-dedans.
- Ne déparle pas, mon fil. Ne mets pas de sacrilèges dans ta bouche.
La vieille Délira, effrayée, se signa.
Je ne déparle pas, maman. Il y a les affaires du ciel et il y a les affaires de la terre : ça fait deux et ce n’est pas la même chose. Le ciel, c’est le pâturage des anges ; ils sont bienheureux ; ils n’ont pas à prendre soin du manger et du boire. Et sûrement qu’il y a des anges nègres pour faire le gros travail de la lessive des nuages ou balayer la pluie et mettre la propreté du soleil après l’orage, pendant que les anges blancs chantent comme des rossignols toute la sainte journée… Mais la terre, c’est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos : défricher, planter, sarcler, arroser, jusqu’à la récolte, et alors tu vois ton champ mûr couché devant toi le matin, sous la rosée, et tu dis : moi untel, gouverneur de a rosée, et l’orgueil entre dans ton cœur. Mais la terre s’est comme une bonne femme, à force de la maltraiter, elle se révolte : j’avais vu que vous aviez déboisé les mornes. La terre est toute nue, sans protection. Ce sont les racines qui font amitié avec la terre et la retiennent : ce sont les manguiers, les bois de chênes, les acajous qui lui donnent les eaux des pluies pour sa grande soif et leur ombrage contre la chaleur de midi. C’est comme ça et pas autrement, sinon la pluie écorche la terre et le soleil l’échaude : il ne reste plus que des roches. Je dis vrai : c’est pas Dieu qui abandonne le nègre, c’est le nègre qui abandonne la terre et il reçoit sa punition : la sécheresse, la misère et la désolation.

Les uns plantent, les autres récoltent. En vérité, nous autres le peuple, nous sommes comme la chaudière ; c’est la chaudière qui cuit tout le manger, c’est elle qui connaît la douleur d’être sur le feu, mais quand le manger est prêt, on dit à la chaudière : tu ne peux venir à table, tu salirais la nappe.

La haine, la vengeance entre les habitants. L'eau sera perdue. Vous avez offert des sacrifices aux loa, vous avez offert le sang de poules et des cabris pour faire tomber la pluie, ça n'a servi à rien Parce que ce qui compte c'est le sacrifice de l'homme. C'est le sang du nègre. Va trouver Larivoire. Dis-lui la volonté du sang qui a coulé : la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée.

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Publié le 17 Juin 2014

Petits meurtres à l’étouffée

Noël Balen et Vanessa Barrot

Editions Fayard

Collection : Crimes gourmands

198pages

02/04/2014

ISBN : 9782213681146

 

 

4ème de couverture :

Laure Grenadier, rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table, part en reportage avec son photographe Paco Alvarez pour dresser l'inventaire des bouchons lyonnais. Au cœur de la capitale des Gaules, tous deux envisagent de rendre hommage aux acteurs de l'excellence gastronomique : chefs illustres, adresses confidentielles, producteurs locaux...
Tout bascule lorsque le propriétaire d'un restaurant typique de la célèbre rue Saint-Jean est retrouvé assassiné au petit matin. La ville est en émoi et un vent de panique souffle sur les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse quand, le lendemain, le tenancier d'un bouchon historique de la rue Mercière est à son tour tué selon le même procédé.
Laure Grenadier connaissait ces personnages et cherche à comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres en série. Crimes crapuleux, jalousies corporatistes, vengeances sentimentales ? Elle tente de lever le voile qui masque un milieu peu enclin à se livrer.

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J’avais apprécié la chronique d’Yv concernant ce livre ; m’a permis de le recevoir.

Ce livre, pour moi, a un petit quelque chose en plus. En effet, les auteurs, entres autres spécialités, parlent de la tête de veau. Or, ce fut le dernier repas que j’ai concocté pour un vieil ami décédé quelques jours après. Jacques, je t’embrasse où que tu sois.

Les auteurs nous offrent un voyage orchestré autour des pianos des bouchons lyonnais. Quelques dissonances dans ce concert puisque certains cuisiniers passent de vie à trépas sans coup férir et à l’étouffée.

Laure Grenadier, rédactrice du magazine Plaisirs de table, parfaite femme-d’affaire-toujours-parfaitement-habillée et le photographe Paco Alvarez amoureux-silencieux-vêtu-comme-l’as-de-pique (il en est souvent ainsi dans les livres) font la tournée de ces célèbres restaurants lyonnais tenu, en son début, par les mères.

Ces cuisiniers étaient dans leur liste. Est-ce pour cela qu’ils ont été trucidés ? Crimes crapuleux ? Un concurrent malheureux, jaloux ? Tueur en série se passant de fusil, de feuille et autres coutelas ? La police enquête, mais chut ! Nous n’en saurons pas plus.

Avec les deux compères, nous allons de bouchons en traboule sans oublier la visite des halles, du tablier de sapeur vers la cervelle des canuts en passant par la recette de la poularde demi-deuil (normal en ces temps de viande refroidie !). Pour faire passer le tout, un morey-saint-denis 1er cru.

 

Je reviens à la poularde demi-deuil car les auteurs nous donnent la recette d’Henri Babinski, alias Ali-Bab ; Messieurs dames les nutritionnistes, ne lisez pas, vous risqueriez une crise cardiaque.

Et l’enquête me direz-vous… Et bien, il faudra attendre les dernières pages pour que Laure Grenadier découvre le pot-aux-roses, plutôt le pot-aux-épices.

Ce livre est le premier d’une série puisque plusieurs autres titres sont en gestation. Espérons que les enquêtes gagneront en profondeur sans pour autant négliger la promenade gastronomique à faire saliver … un macchabé.

La couverture, avec la fameuse cocotte rouge en fonte, est déjà une invitation à la gourmandise. La mienne est verte et allongée, mais que de frichtis se sont faits et se feront encore dans son corps de fonte.

Une lecture très agréable. « Crimes gourmands », un nom très bien trouvé. Les prochains titres : « La crème était presque parfaite », « Un cadavre en toque », « Mortelle fricassée » ; un menu alléchant qui conviendrait très bien à mon régime livresque.

 Liliba  l'a lu et aimé. Le même "tentateur" est à la base de notre lecture -

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Publié le 12 Juin 2014

Il est de retour

Timur Vermes

Traduction Pierre Deshusses

Editions Belfond

Mai 2014

390 pages

USBN : 9782714456090

 

4ème de couverture :

 

Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, Il est de retour est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.

Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s'emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...
Hitler est ravi, qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l'estocade qui lui permettra d'achever enfin ce qu'il avait commencé...

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La couverture très minimaliste avec les fameuses funestement célèbres mèche et moustache démontre le souci du détail pour ce livre au prix judicieux de 19,33 € (1933, année où il devient chancelier du Reich), ironie ou machine commerciale ?

La 4ème de couverture parle d’une satire aussi hilarante que grinçante. Hilarante, non, car je n’ai pas ri, souri jaune quelque fois. Grinçante, ça oui et oh combien !

Hitler (je peine vraiment à écrire ce nom !) se réveille par un beau matin de 2011 au milieu d’un vague terrain de jeu, vêtu de son costume militaire un peu défraîchi. Personne ne le reconnait. Certains lui trouvent même une ressemblance avec un comique et le prennent pour un acteur. Tout le monde est subjugué par ses « talents d’imitateur ». Une superproduction de télévision, pour faire de l’audimat, l’engage sans plus se renseigner sur lui, avalant tout ce qu’il dit. Il a son propre talk-show et afin de boucler la boucle, on lui propose d’écrire un livre. Cerise sur le gâteau, plusieurs partis politiques le veulent absolument dans leurs rangs.

Tout au long de son livre Timur Vermes s’est inspiré de la façon d’écrire du dictateur pour cette parodie, ce qui donne un style très lourd, ampoulé, verbeux.

Un livre édifiant. En cette période d’élections européennes où les partis populistes ont fait un carton (France, Italie, Danemark…), je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles, de noter certaines similitudes de vocabulaire, d’idées. Les mêmes causes amenant, souvent, les mêmes effets, ce livre m’a fait froid dans le dos.

 

Timur Vermes fait la satire du milieu télévisuel où le contenant et l’audience ont plus d’importance que le contenu… Mais de là à cette adhésion des producteurs de l’émission ! J’avoue avoir été secouée. Je me demande si cela ne m’a pas plus choquée.

La farce est poussée très loin. Dans sa « tanière du loup » reconstituée en studio, il a, sur le plateau, un assistant vêtu du costume SS « Un grand type superblond, genre SS ». Mais comme l’indique la productrice « De toute façon tout ça est symbolique », ben voyons ! Il se sert de leurs instincts les plus bas pour gravir les marches de la renommée. Cette bande télévisuelle va même au devant de ses désirs. Madame Bellini et ses collaborateurs disent penser second voire troisième degré, « Mon Fureur » agit au premier degré. Madame Bellini pense avoir une émission humoristique, « Mon Fureur » développe son argumentation.

Oui ce livre porte à réflexion. Ce scénario peut, hélas, se reproduire. Par ailleurs, peut-on rire de tout ? Desproges a une réponse qui me plait beaucoup : « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/extr_dr/desproges.htm.

Je remercie ainsi que les pour ce livre à lire et à méditer.

 

« J’ai l’air d’être un voleur ? »
Il me regarda : « Vous avez l’air d’être Adolf Hitler
- Justement », dis-je.

Le Reich avait laissé place à ce qui était appelé un « Etat fédéral. La direction en revenait, selon toute apparence, à une femme appelée « chancelière fédérale », même si des hommes avaient aussi occupé cette fonction avant elle

Mon regard fut attiré par une femme visiblement atteinte de démence, qui longeait cet espace vert en tenant un chien en laisse et était sur le point de ramasser ses déjections. Je me demandai si cette folle avait déjà été stérilisée, avant de me dire qu'elle n'avait guère de valeur représentative pour l'Allemagne.

A la tête du pays se trouvait une femme lourdaude, aussi charismatique qu’un saule pleureur et dont l’action était déjà d’emblée discréditée par ses trente-six années de collaboration bolchévique, sans qu’elle en soit le moins du monde gênée aux entournures.

En 1933, le peuple n’a pas été bousculé par des actions de propagande. Un Führer a été élu selon un mode qui, aujourd’hui encore, passe pour absolument démocratique. Un Führer a été élu alors qu’il n’avait jamais fait mystère de ses objectifs, toujours exposés avec une grande clarté. Les Allemands l’ont élu. Même les juifs. Et peut-être même les parents de madame votre grand-mère.

C’est la seule photo qu’elle a de sa famille. Et elle n’est même pas dessus avec les siens

C’était peut-être une erreur ? Déclarai-je. Je veux dire : ces gens ne ressemblent pas du tout à des…
- « C’est quoi cet argument ? demanda Melle Krömeier d’un ton froid. Et s’ils ont été tués par erreur, ça veut dire que ce n’est pas grave ? Un type s’est di un jour qu’il fallait tuer les juifs, la voilà l’erreur ! Et les gitans ! Et les homosexuels ! Et tous ceux qui ne lui convenaient pas. Je vais vous dire une chose assez simple : si on ne tue pas, on ne risque pas de se tromper de personnes ! C’est simple comme bonjour ! »

Melle Krömeier avait bondi de sa chaise et hurlait : « Non ! Ce n'était pas une erreur. C’était des juifs. Ils ont été gazés en toute légalité ! Simplement parce qu’ils ne portaient par l’étoile. Car non seulement ils étaient juifs, mais en plus ils étaient en situation irrégulière. Vous êtes tranquillisé maintenant ? »

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Publié le 30 Mai 2014

Comme un air de tendresse au bout des doigts

Frédérique Dolphijn

Images Annabelle Guetatra

Esperluète Editions

118 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782359840469

 

 

4ème de couverture :

Cent pas ou mille? à cette question, Cheyenne et Abeille opposent la même réponse, quelle importance.

Elles sont sœurs. Au gré des moments de la vie, elles s’éloignent, elles se retrouvent.

Elles sont femmes. Leurs chemins se construisent en parallèle. Leur vie se nourrit au terreau de l’enfance… chacune à sa manière…

 

Avec beaucoup de douceur et un brin de mélancolie, Frédérique Dolphijn esquisse des personnages entiers et passionnés, dont le corps et la sensualité affleurent.

Les peintures d’Annabelle Guetatra, légères et poétiques, traduisent cette sensualité des corps et la sensibilité qui les anime.

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Les éditeurs associés se sont joints à Libfly pour le bookcrossing du Festival Raccord(s). J’ai pu attraper au passage ce livre au titre à faire rêver.

Cheyenne et Abeille, quels drôles de prénoms pour ces deux sœurs (jumelles ?) ! D’ailleurs Granny s’est posée la question.

Abeille, professeur de braille, légère, virevoltante, éthérée, bénéficie d’une écriture plus primesautière. Cheyenne, infirmière, ancrée dans la réalité, est écrite en des termes plus solides. Et si tout ceci n’était qu’apparence, illusion ? Et si c’était l’inverse ?

Derrière tous ces mots, toutes ces phrases, il y a une grande tristesse, beaucoup de fragilité. La cassure ? Le décès de leur mère et d’autres fêlures.

Dans ce livre, pas de chronologie, mais des billets comme ceux que les deux sœurs pourraient s’écrire. Beaucoup de retours en arrière, non pas vers leur mère, mais auprès de Granny la Grand-mère. Cheyenne et Abeille sont des femmes entières, emplies de leur monde fait de tendresse, de sensualité, de sexualité.

Au début de ma lecture, j’ai essayé de résister et je ne comprenais plus ce que je lisais. Alors, j’ai décidé de lâcher prise, de voguer au rythme des mots, des phrases et là, je suis entrée dans l’univers de Frédérique Dolphijn. Les dessins d’Annabelle Guetatra, nus aussi impudiques que simples, naïfs, soulignent les paragraphes.

Un livre inclassable, plein de poésie, de mots doux, au rythme langoureux. Les madeleines du passé construisent le chemin qui les mène vers l’amour. Un livre, Objet Poétique, hors des sentiers battus.

"Les éditions Esperluète publient des textes et des images, réunissent des écrivains et des plasticiens, produisent des livres et les diffusent..."  Le monde des éditions Esperluète est très bien défini par cette phrase, trouvée sur la page de présentation de leur site. Une maison d’édition, très attrayante, que je ne connaissais pas.

Encore une jolie trouvaille due à Libfly, pourvoyeur de belles découvertes littéraires.

Maintenant ce livre va poursuivre son chemin vers d’autres lecteurs. Je l’aurais bien gardé pour pouvoir le relire, le re-feuilleter, le caresser.

Quelques extraits :

 

Depuis le jour du non cri, sa peau nue est un étouffement, une prison dénuée d’infinis.

Avec le temps, pense-telle, les choses devraient se tapir, peut-être s’oublier. C’est ce qu’elle espère, mettre le chagrin au fond d’une poche, en coudre les bords et enfermer le vêtement dans un placard aux lourdes portes.

Sa nuit recèle un secret.

Laisser le temps effacer de son disque dur la férocité. Laisser le temps effacer le souffle laid qui courts dans ses os. Ce morceau d’histoire bien réel qui ne s’évapore pas. Qui résiste à ses nouvelles mémoires.

La douleur ne veut pas de l’amitié de la nuit.

Qui se soucie de ceux qui y souffrent.

Cheyenne est habillée de blanc. Ses sous-vêtements aussi son blanc s. Elle aime ce blanc plein de promesse, le vide qui accueille le plein.

Où sont les mots ? Où restent es mots ? Où sont les mots ?
Non pas de cris, tu ne cries pas tu ne cries pas.
Que reste-t-il de la nuit ? Quelques heures.
Des mots non dits. Son histoire cachée.
Elle rentre telle une péniche qui atterrit dans l’univers de l’ombre.

Comment vais-je me réconcilier ? demande Abeille. Je suis devenue une femme cabossée. Je m’en veux de ne pas avoir crié, de ne pas avoir été au bureau de police.

Souillure.

Viol.

Cheyenne prend Abeille dans ses bras.

- Je m’en veux de me sentir sale. Je me sens coupable de ne plus m’aimer

Pas de pleurs presque pas de larmes. Un soupçon de pluie sur le carreau. Du chagrin à l’intérieur bien rangé.

Une promenade silencieuse de mots commence à naître.

Lorsqu’elle sort de l’immeuble, la pluie aboie sa soif de la rajeunir de quelques milliers d’années. Ses crépitements tigrent la danse de ses hanches, et l’odeur du ciel fanfaronne comme un essaim d’abeilles.

- Le petit chapeau du mot brûler, c’est comme un toit pour me protéger !

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Publié le 29 Mai 2014

Des mille et une façons de quitter la Moldavie

Vladimir Lortchenkov

Traduction : Raphaëlle Pache

Editions Mirobole

Avril 2014

250 pages

ISBN : 9791092145206

 

4ème de couverture :

Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.

Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.

Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

Biographie (Mirobole éditions) :

Vladimir Lortchenkov est né en 1979 à Chisinau. Fils d’un officier de l’armée soviétique, il a sillonné durant son enfance l’URSS et ses pays satellites. Également journaliste, il a remporté plusieurs prix littéraires russes. Il vit avec sa femme et leurs deux enfants à Chisinau.

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Séraphim Botezatu rêve d’Italie, veut ABSOLUMENT partir en Italie. Mais, ce pays, cet Eldorado existe-t-il vraiment ? Beaucoup en doute à Larga. Tous ceux qui sont partis ne reviennent jamais, n’envoient plus nouvelles ni argent. Bref, l’Italie pour quelques largais ( ?) largués (et oui, je n’allais pas le manquer !) n’existe pas du tout.

La Moldavie n’a aucune frontière commune avec l’Italie ? Pas grave. Ils se sont fait rouler dans la farine par des passeurs aigrefins ? Ils trouveront d’autres façons de partir.

Le premier échec ouvre le bal des tentatives aussi farfelues les unes que les autres. L’énergie du désespoir est, ici, teintée d’un humour décalé, corrosif, d’une méchanceté jubilatoire pleine d’amour pour ces laissés pour compte.

Apprenez à jouer au curling, ça peut servir. Si vous voyez un tracteur voler, c’est normal, vous êtes en Moldavie, ce même tracteur peut se transformer en sous-marin avec les pédales du vieux vélo du voisin ! Le tracteur a une importance prépondérante dans ce village. Il a même couté la vie à Maria.

Moldavie, un des rares pays où le président de la république n’est pas invité à l’étranger par crainte qu’il demande l’asile !

Imaginez-vous notre cher Président de la République monter toute une comédie pour quitter son pays et s’installer… en Italie, bien sûr, comme pizzaïolo ? Et bien, Voronin l’a fait en simulant le crash de son avion sur une montagne, lui sautant en parachute. Il y eût bien des dommages collatéraux, mais, bon on n’a rien sans rien !

Toujours dans le même but de rejoindre l’Eldorado, Le pope s’en mêle lance une « croisade », puis une seconde. D’abord religieuses, elles vont se transformer en une horde de soudards, de soiffards, de violeurs, d’éventreurs… bref pire que des brigands ! avec en prime une petite leçon à méditer. Au début, ce pope me faisait penser au joueur de flûtes de Grimm, mais la suite est salement humaine.

Seul Tudor essaie de raisonner les citoyens « Quand ce pope vous a lancés dans une croisade en direction de l’Italie, il vous a trompés ! Le paradis n’existe pas ! Pas plus que la terre promise avec ses robinets censés déverser du miel au lieu de l’eau, ses baignoires pleines de carpes bien grasses et ses femmes de ménage gagnant mille euros par moi ! Rien de tout ça n’existe »

« Comprenez malheureux, que nous cherchons ailleurs quelque chose que nous pourrions avoir ici. Ici même, en Moldavie ! Nous pouvons nettoyer nous-mêmes nos maisons, refaire nous-mêmes nos routes. Nous pouvons tailler nos arbustes et cultiver nos champs. Nous pouvons cesser de médire, de nous saouler, de fainéantes. Nous pouvons devenir meilleurs,…Commencer à vivre honnêtement ! L’Italie, la véritable Italie se trouve en nous-mêmes ! » Le vieux Tudor dit des vérités et on fusille la vérité. Lui sera brûlé car il tue le rêve et eux refusent la vérité et préfèrent penser que l’inaccessible existe. Il proposait quelque chose qu’ils ne pouvaient accepter : chasser le rêve et prendre la réalité à bras le corps, changer leurs façons de vivre, oser retrousser leurs manches et tout recommencer autrement. »

Le chapitre sur l’eau que boit le Président du Parlement de Moldavie est un petit bijou d’ironie, ainsi que celui sur le concours de recettes faisant suite à « l’essai de greffes de reins » sur Ion. Sur fond décalé, Vladimir Lortchenkov raconte les trafics d’organes.

Des apprentis ethnologue viennent à Larga noter tout ce que les autochtones racontent, un peu comme ils font ou que l’on voit dans les films pour les régions reculées où la culture n’est qu’orale.

Pour mon plus grand plaisir, rien ne nous sera épargné. Esprits cartésiens, rationnels, pratiques, passez votre chemin ! Ce livre a l’humour décalé, corrosif, méchamment drôle, mais pas que. En pointillés, la réalité est méchamment triste et misérable, dans ce pays qui n’a plus rien. Un roman jubilatoire, un petit bijou d’absurdité.

Je suis allée sur Internet à la découverte de ce pays inconnu. Je pensais qu’il s’agissait d’une région russe. La Moldavie est le pays le plus pauvre d’Europe où le trafic est roi, mais la Moldavie n’en est pas reine pour autant. Il est juste à côté de l’Ukraine dont, malheureusement, nous entendons souvent parler en ce moment. Et, si après, cela prenait la Moldavie abreuvée par la télévision russophone ?

J’ai aimé la couverture de ce livre, ainsi que la tranche, très original. Tous les autres publiés par Mirobole Editions ont le même style de couverture décalé en rapport avec le contenu.

La chronique d'Yv qui m'a gentiment prêté ce livre et d'autres toutes aussi enthousiastes : Lilliba - cafards at home - Keisha -

Quelques extraits :

« Connaissant le cœur charitable de son époux, Maria se dirigea vers l’arbre en question, y fixa une corde et grimpa sur le tabouret qu’elle avait placé sous le nœud coulant. Elle ne distingua toutefois aucun regard en provenance de la maison. « Il s’est planqué derrière la porte », se dit-elle avant de remarquer que des gens l’observaient depuis les fermes voisines. Il y aurait donc quelqu’un pour la décrocher… Rassérénée par cette pensée, elle sauta. Son corps se balança, d’abord poussé par son élan. Puis par le vent.

Maria continua de tanguer dans l’acacia pendant toute la semaine suivante. »

On vivait pas bien non plus sous l’URSS, objecta le vieux tout en pédalant les yeux fermés. Toi, tu es trop jeune pour t’en souvenir. Mais moi, j’ai pas oublié : que ce soit la saleté, la pauvreté ou les immondices, y en a toujours eu, ici.

- La nuit, je fais sécher des colliers d’ail sur elle, confessa-t-il d’un doigt dressé.

- Mais pourquoi tu fais pas ça dans la cave ? demanda bêtement Tudor.

- Parce que là-dedans, l’air circule pas, alors que dehors il y a un petit vent, expliqua Vassili. Quand le corps tourne, ça aère l’ail, et c’est justement ce qu’il lui faut pour sécher…

Le plus répugnant dans cette affaire, c’est que, sans les Moldaves, nous sommes perdus, parce que, comme me l’a lancé une fois un prolétaire particulièrement insolent, sans eux nous n’aurons personne pour ramasser notre merde ! (p.80)

Pourquoi émigrent-ils, dans ce cas ?

Parce que dans leur patrie, les choses vont si mal qu’ils préfèrent s’enfuir, répondit Buonarroti en haussant les épaules, quand bien même leur destination serait un trou noir du cosmos, un camp de concentration ou une mer des Sargasses grouillant de criminels internationaux sans scrupule.

Tu as vu sur quoi on traverse le Dniestr ? Un échafaudage sale et brinquebalant qui est pas un pont, même si on l’appelle comme ça. Alors qu’à Venise, tu sais quoi ? Toute la ville est sur pilotis vu qu’elle est construite sur la mer. Et des ponts, il y en a partout, des ponts, des ponts, des ponts… Tout est propre, soigné, d’une beauté incroyable. Et les salaires faramineux qu’on te verse là-bas ? Dis-moi, tu te verrais pas gondolier ?

« Que Lupu, le président du Parlement, gouverne notre partie. Il est jeune, il se débrouillera, raisonnait toujours Voronine. De toute façon, aucun dirigeant de la Moldavie n’arrivera jamais à améliorer la vie de nos concitoyens. Ce pays est ensorcelé, voilà tout ! Qu’il aille au diable ! »

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Publié le 27 Mai 2014

Brenne

Rencontres au naturel

Photos de Nicolas Chartier et Anthony Tixier

Textes de Léandre Boizeau

Editions de la Bouinotte

Parution septembre 2012

142 pages

ISBN : 9782915729542

 

4ème de couverture :

Avec la Brenne, on a misé très longtemps sur une image folklorique : c'était le « Pays des Mille étangs », celui des « ventres jaunes », ou bien encore celui des moines, des fièvres et des sorciers... jusqu'à l'époque finalement assez récente où des naturalistes ont fini par nous faire reconnaître et admettre que cette région était tout simplement une des plus belles zones humides d'Europe.

Dès lors, le regard que portaient sur elle les « Brennous » d'origine, a changé. Et si on l'observait d'un peu plus près ? Et si on cherchait à comprendre le mystère du foisonnement de vie qui nous entoure ?

La démarche est particulière, empreinte de respect, de tendresse aussi car l'intime se mérite. Nicolas Chartier et Anthony Tixier ont su avec talent cultiver le secret de l'instant pour mieux saisir l'identité de ce pays sauvage et méconnu.
Et pour en souligner le charme d'un trait de poésie, quoi de plus naturel que de faire appel à Léandre Boizeau, l'homme qui a guidé des milliers de visiteurs en Brenne.

Avec « Rencontres au naturel » ce tandem signe un premier ouvrage très prometteur.

Nicolas CHARTIER
Né en 1986, ce garçon est issu de la « Génération Nature ».
Contemplatif amoureux du silence
et des grands espaces, il sait aussi être un homme d'action au service de sa passion : la photo animalière.
Anthony TIXIER
Né en 1972 à Châteauroux, ce Berrichon pur jus n'a de cesse de faire aimer le pays
qui l'a vu naître. Ses armes : un appareil photo et une bonne dose de patience.
Ses objectifs favoris : les oiseaux.

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En mars dernier, nous sommes allés faire de la photo en Brenne, pas si chaud que ça !! Nous croisons un jeune homme en bermuda avec tout un attirail de pro.

Ce qui est bien dans ces petits chemins menant aux abris aménagés pour les amateurs d’oiseaux, c’est que l’on se dit bonjour et que l’on discute photo ou nature. C’est ainsi que nous avons fait la connaissance d’Anthony Tixier. Tout de suite nous avons compris son attachement à cette magnifique région des étangs ainsi que son amour de la nature et des oiseaux. Pensez, il est capable de rester 4 heures dans la boue pour une photo !!

Anthony Tixier nous a parlé de son livre et je l’ai acheté. Un régal à feuilleter.

Je reconnais les lieux ; que de temps passé à attendre LE moment. Quelle beauté ! Les textes de Léandre Boizeau ne font pas que souligner les photos, ils les accompagnent parfaitement. Quelle poésie dans les photos !!

Je comprends son amour pour ces étangs. Lorsque nous y allons, il m’arrive de ne plus avoir le réflexe de prendre des photos, juste le plaisir de regarder, de se vider la tête, d’attendre, d’admirer.

L’éditeur, la Bouinotte, est une maison d’éditions indépendante locale. Comme la plupart, la qualité est présente. Le format à l’italienne assure une jolie présentation des photos. La bouinotte, c’est ce petit fenestron au-dessus de la pierre d’évier. Chez nous, on l’appelle bouinaude.

J’aime les gens passionnés et Anthony Tixier fait partie de cette « engeance heureuse ». D’autres livres sont en cours d’écriture ou de parution.

Merci Anthony pour vos conseils, pour votre passion. A bientôt lorsque nous retournerons en Brenne. Allez sur son site, vous verrez ses photos.

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