Publié le 3 Mars 2015

 

Joseph

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

Août 2014

144 pages

ISBN : 9782283026441

 

4ème de couverture :

Joseph est un doux. Joseph n’est pas triste, du tout. Joseph existe par son corps, par ses gestes, par son regard ; il est témoin, il est un regardeur, et peut-être un voyeur de la vie des autres, surtout après la boisson, après les cures. Il reste au bord, il s’abstient, il pense des choses à l’abri de sa peau tranquille, on ne le débusquera pas.

Joseph est ouvrier agricole, dans une ferme du Cantal. C’est aussi le nouveau roman de Marie-Hélène Lagon, après l’Annonce (2009) et Les Pays (2012)

=========

Le Joseph est un gars simple. Attention, ce n’est pas le simplet du village, non, loin de là, il parle un français châtié. Cet homme est la correction même. Joseph est ouvrier agricole. Son frère jumeau, Michel, comme l’a dit le père, a tout pris. Michel travaillait bien à l’école alors que Joseph ne savait que compter. Joseph a eu une vie difficile et son jumeau Michel s’est rallié aux autres pour l’abaisser. D’ailleurs Michel, parti loin de chez eux a même emmené la mère suite au décès du père. Il ne reste rien à Joseph. Il est seul.

Joseph, un ouvrier agricole comme j’en ai connu. Un gars qui vit avec ses patrons tout en restant à sa place. Un gars d’un autre monde, d’une autre époque. N’ayant pas de chez lui, dès la retraite, il ira dans une maison de retraite à Riom rejoindre la cohorte des comme lui. D’ailleurs le patron, en riant, lui disait qu’il gagnerait plus qu’eux, les patrons, à la retraite. Le fils va prendre la succession du père et veut travailler seul, pas besoin d’ouvriers, trop cher, pas rentable. Le machinisme, c’est l’avenir.

Joseph est un taiseux. Il regarde, il observe, il enregistre, mais ne dit rien, sauf à nous les lecteurs. Il est à son aise à la ferme. Pas besoin de lui donner des ordres, il sait ce qu’il doit faire et le fait bien. Comme une plante fragile, il s’étiole hors les murs. Il soliloque beaucoup en travaillant, cela lui permet de ne pas laisser certaines pensées revenir et puis, il aime à se souvenir. D’ailleurs la patronne, Joseph l’aime bien. Il ne dit rien mais l’observe et sait lorsqu’elle est contrariée. Grâce à elle, il a remonté le fil de sa vie, ne boit plus, se tient propre. Il aime les préparer les arrosoirs avec lesquels elle arrosera ses fleurs. Oui, c’est une bonne patronne pour lui.

Joseph, un livre où le ton est juste. Je ne peux m’empêcher de penser à Raymond Depardon. Marie-Hélène Lafon parle d’un monde paysan qui disparait. Maintenant, ce sont des agriculteurs et ils doivent augmenter, augmenter, terre et cheptel pour espérer s’en sortir. Ce nouveau monde nous « offre » la ferme des 1000 vaches, ou l’industrialisation de la ferme.

« Joseph ne laisse pas de traces et ne fait pas de bruit ». Cette phrase définit très bien ce taiseux greffé dans la vie des autres.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Buchet-Chastel

Publié le 27 Février 2015

 

Les évènements

Jean Rolin

Editions P.O.L.

janvier 2015

208 pages

ISBN : 9782818021750

 

4ème de couverture :

C’était un des petits plaisirs ménagés par la guerre, à sa périphérie, que de pouvoir emprunter le boulevard de Sébastopol pied au plancher, à contresens et sur toute sa longueur. En dépit de la vitesse élevée que je parvins à maintenir sans interruption, entre les parages de la gare de l'Est et la place du Châtelet, j’entendais éclater ou crisser sous mes pneus tous les menus débris que les combats avaient éparpillés : verre brisé, matériaux de construction hachés en petits morceaux, branchettes de platane, boîtes de bière ou étuis de munitions.

Ici et là se voyaient également quelques voitures détruites, parmi d'autres dégâts plus massifs. Sur le terre-plein central de la place du Châtelet, à côté de la fontaine, des militaires en treillis, mais désarmés, en application des clauses du cessez-le-feu, montaient la garde, ou plutôt allaient et venaient, autour de l'épave calcinée d'un véhicule blindé de transport de troupes

==================

La France est en guerre, la plus cruelle, la plus sale, la guerre civile. On ne saura rien des tenants de ces « évènements ». La FINUF (Force d’Interposition des Nations Unies en France) est, théoriquement, garante de quoi, je n’en sais fichtrement rien. Les finlandais et Ghanéens qui la composent s’en moquent royalement et font un léger trafic (faut bien passer le temps). Qui sont les belligérants ? Plusieurs factions de l’ultra droite à la gauche révolutionnaire en passant par les salafistes.

Le narrateur, on ne saura rien de plus sur lui, ni pourquoi il se trouve dans cette galère. Il tient une sorte de journal tout au long de la route qui le conduit jusque dans le sud.

« C'était un des petits plaisirs ménagés par la guerre, à sa périphérie, que de pouvoir emprunter le boulevard de Sébastopol pied au plancher, à contresens et sur toute sa longueur. Ainsi débute le voyage du narrateur au volant d’une Toyota en bout de course, muni de sauf-conduits idoines. Ce pourrait être déchirant, dur, cruel. Non, Jean Rolin manie l’ironie, la mélancolie, le rêve désenchanté. L’itinéraire, les paysages sont prépondérants dans ce livre avec une précision de carte routière ou de guide du routard. Les villes et villages sont déserts si l’on excepte les différentes milices. Un voyage du nord vers le sud par les petites départementales et de l’hiver vers l’été.

Le narrateur restera toujours à la périphérie de la guerre, pardon, des évènements. Pourtant, ce conflit en arrière-plan est omniprésent et je n’ai pu m’empêcher de penser à ce qui s’est passée en Yougoslavie ou, plus lointain, en Algérie.

Le narrateur raconte son odyssée avec, de temps à autre, les commentaires d’une tierce personne qui replace dans son présent les évènements. Le récit tient plus du relevé toponymique des paysages, des villes et lieux-dits traversés que du récit de guerre. Aucun affect, rien qui ressort d’un sentiment quelconque. L’humain, hormis les belligérants en arrière-plan, est absent. Un livre très étrange où j’ai retrouvé la petite musique de Jean Rolin, ce décalage entre l’horreur des évènements et la permanence des paysages traversés où tout semble tranquille, les oiseaux chantent, l’Allier coule, seuls les villages traversés sont déserts.

Par contre, Port de Bouc, citadelle aux noms de rues fleurant bon le communisme d’après-guerre, est très agitée. Là, nous assistons aux combats entre milices d’extrême-gauche (temporairement unies) et Al Quaïda dans les Bouches-du-Rhône islamiques (AQBRI). La guerre existe vraiment dans cette poche.

Un livre très étrange qui peut désemparer, voire plus, comme ma Comète. Cette distanciation, ce grand écart entre l’horreur que sous-tend une guerre civile et l’apparente tranquillité et le détachement du narrateur désoriente. L’absurde, la neutralité, le décalage, l’ironie, le désenchantement sont la marque de fabrique de Jean Rolin. On aime ou on n’aime pas. Moi, j’aime son écriture et son style.

Déjà lu : Chrétiens, Chemins d’eau, Ormuz

Merci ma Comète !

Voir les commentaires

Publié le 19 Février 2015

 

Mer Noire

Dov Lynch

Editions Anacharsis

février 2015

144 pages

ISBN : 9791092011210

 

4ème de couverture :

Dimitris est un ancien membre de l’IRA. À la mort de son père, il part à la recherche de son frère disparu quelque part dans le Caucase.

Sa trajectoire, un road movie sur les franges de l’Europe, marquée au sceau du crime, semée de rencontres fragmentées, d’histoires inabouties, de visions fugitives, le conduira d’une guerre qui n’a plus de nom à une autre qui n’en possède pas encore, jusqu’à ce que s’accomplisse son aventure.

L’auteur :

Dov Lynch est un diplomate et essayiste irlandais. Mer Noire est son premier roman.

================

Dimitris, irlandais, une fois son père enterré, part à la recherche de son frère sur un ordre de l’IRA mais, également, pour fuir son passé récent et lointain. Il veut rejoindre le village natif de sa mère, au bord de la Mer Noire, où il pense que se trouve son frère. Dans ce périple compliqué, il fera des rencontres hasardeuses, dangereuses, mystérieuses, lumineuses, il découvrira des fragments de vie qui le conduiront jusqu’au bout de son aventure.

Dimitris, tout comme son frère, est un ancien guerrier de l’IRA. Tirer de sang-froid ne lui pose aucun problème lorsqu’il s’agit de sauver sa propre vie. Se taire également. Dimitris est cerné par la guerre, par la peur, sans pour autant dévier d’un iota de sa route, comme s’il cherchait à accomplir son destin.

Il y a de gros pavés insipides, bavards et il y a ce livre. Peu de pages, mais une écriture dense. Chaque phrase est pesée. Le silence règne en maître tout comme la guerre et se lisent. Le silence de la mort du père, le silence pour ne rien révéler, le silence de la solitude, le silence des taiseux…

Ce roman sur la violence des hommes est écrit directement en français par un écrivain irlandais. Même s’il vit en France depuis longtemps, Dov Lynch a une très grande maîtrise de notre langue. Son écriture est superbe de précision, de beauté, de non-dits, de violence. Un livre sidérant qui amène à une réflexion sur ces « petites guerres » qui nous cernent et qui me font penser à ces guerres entre seigneurs du Moyen âge.

Quelle découverte, quelle lecture ! Je remercie Libfly, et la voix des indés 2015. Une aison d'éditions que je ne connaissais péas

 

L'avenir donnera naissance au passé, tu comprends. Mais ça, c’est pour plus tard, pour l’instant, nous sommes entre-deux et personne ne contrôle rien.

C'est le moment des grandes idées, des grandes œuvres. Des grandes conneries aussi. C’est mon expérience.

Une fois exposées à la lumière du jour, toutes les histoires se fanent. Certaines ne tiennent pas une seconde, d’autres durent plus longtemps, mais toutes se fanent, tu peux me croire.

Voir les commentaires

Publié le 17 Février 2015

 

Les forêts de Ravel

Michel Bernard

Editions La Table ronde

Collection Vermillon

Janvier 2015

176 pages

ISBN : 9782710376071

 

 

4ème de couverture :

« Quand Ravel leva la tête, il aperçut, à distance, debout dans l'entrée et sur les marches de l'escalier, une assistance muette. Elle ne bougeait ni n'applaudissait, dans l'espoir peut-être que le concert impromptu se prolongeât. Ils étaient ainsi quelques médecins, infirmiers et convalescents, que la musique, traversant portes et cloisons, avait un à un silencieusement rassemblés. Le pianiste joua encore la Mazurka en ré majeur, puis une pièce délicate et lente que personne n'identifia. Son doigt pressant la touche de la note ultime la fit longtemps résonner. »

En mars 1916, peu après avoir achevé son Trio en la majeur, Maurice Ravel rejoint Bar-le-Duc, puis Verdun. Il a quarante et un ans. Engagé volontaire, conducteur d'ambulance, il est chargé de transporter jusqu'aux hôpitaux de campagne des hommes broyés par l'offensive allemande. Michel Bernard le saisit à ce tournant de sa vie, l'accompagne dans son difficile retour à la vie civile et montre comment, jusqu'à son dernier soupir, « l'énorme concerto du front » n'a cessé de résonner dans l'âme de Ravel.

Quelques mots sur l’auteur (source de l’éditeur) :

Michel Bernard est né à Bar-le-Duc. Haut fonctionnaire, il est l'auteur de Mes tours de France (L'Âge d'Homme, 1999, la petite vermillon, 2014) et de Comme un enfant, biographie romancée de Charles Trenet (Le Temps qu'il fait, 2003). Après La Tranchée de Calonne en 2007, couronné par le Prix Erckmann-Chatrian, il publie deux autres livres à La Table Ronde, La Maison du docteur Laheurte (2008, Prix Maurice Genevoix) et Le Corps de la France (2010, Prix Erwan Bergot de l'Armée de Terre). Suivront, toujours à la Table Ronde, un livre sur l'écrivain Maurice Genevoix, Pour Genevoix (2011), ainsi qu'un roman sur l'expérience humaine et musicale du compositeur Maurice Ravel durant la Grande Guerre, Les forêts de Ravel (2014).

==============

Dès les premières phrases, les mots de Michel Bernard m’ont enveloppée. Son écriture classique et délicate fait revivre Ravel lors de la première guerre mondiale.

D’aucun aurait tout fait pour ne pas être mobilisé, Ravel, au contraire, malgré ses 48 kilos a fait des pieds et des mains pour partir. « Il voulait autant faire la guerre que fuir l’arrière » car « il lui répugnait de poursuivre son existence comme avant alors que des millions d’autres hommes, riches ou humbles, humbles surtout, avaient été mobilisés pour défendre le pays ». Le voici donc à Bar-le-Duc, au volant d’un gros camion Ariès « Maurice Ravel tenait et tournait à force de bras le grand volant d’un poids lourd de l’armée française » Dur à imaginer ce frêle jeune homme au volant d’un tel véhicule.

Jean Echenoz avait proposé un Ravel superbe sur les dernières années de la vie du compositeur. Michel Bernard enveloppe Ravel dans son époque ; un Ravel, comme tous ses congénères, à jamais marqué par la guerre. Le compositeur trouve un peu de sérénité dans les forêts, à écouter les chants d’oiseaux. J’ai partagé avec les spectateurs unmoment de grâce dans ce beau livre lorsque Ravel déniche, dans un hôpital de fortune,un piano. Là, le « petit soldat pianiste » enchantera les soirées. Ce sera un moment de magie pour soignants et soignés. "Une musique délicieuse, apparemment très simple et incroyablement raffinée. Joyeuse et douloureuse à la fois, sans qu’il soit possible de dire laquelle dans ces harmonies était joyeuse, laquelle était douloureuse, elle ne ressemblait à rien de connu.»

Ce que fait dire Michel Bernard à Ravel sur ce qu’écrivent les journalistes, je l’ai ressenti dans « L’enfer de Verdun » de Félicien Champsaur.

Un livre superbe. J’ai aimé l’écriture de Michel Bernard puissante, classique, délicate. Beaucoup d’images dans ses phrases comme celles concernant « la voie sacrée » toujours en réparation (p.48).

Livre lu dans le cadre de l'opération organisée par que je remercie sincèrement pour cette belle lecture.

 

 

Une organisation au millimètre, à la discipline implacable, avait inventé l’embouteillage qui avance.

Dans le velum sonore d’appels, d’ordres, de grognements, de jurons, où fusaient les exclamations joyeuses des rigolos, l’absence de voix féminines était soulignée par les frottements des souliers cloutés sur la pierre et le pavé.

Il tenait à sa patrie comme le paysan à sa terre.

Une soudaine crue d’hommes et de matériel avait noyé le pays barrois sous le flot énorme de la guerre mondiale.

Dans la campagne assombrie par la mauvaise saison, entre les masses des bois que violaçait la montée en sève de mars, sur les routes et chemins embourbés par un trafic excessif, le bleu pâle des uniformes était répandu par places, comme l’eau sur les plaines à la fin de l’hiver.

Il avait affirmé que les hommes vivent plusieurs vies consécutives, jusqu’à ce que leur actes les rendent dignes d’un monde dont la beauté est inconcevable, et que de tous les mortels, les musiciens étaient les plus proches du terme ultime, de la béatitude ineffable, puisqu’ils en répandaient le son, en suggéraient l’idée et en fondaient la croyance parmi les hommes.

Voir les commentaires

Publié le 15 Février 2015

 

La vie rêvée de Rachel Waring

Stephen Benatar

Traduction Christel Paris

Editions Le Tripode

360 pages

août 2014

ISBN : 978-2-37055-029-3

 

4ème de couverture :

Rachel Waring est folle de joie. De manière inattendue, une grand-tante lui lègue un hôtel particulier à Bristol. Sans plus réfléchir, elle décide de laisser derrière elle son ancienne vie. C’en est fini du travail d’employée de bureau, de sa pauvre garde-robe et de sa colocataire qui fume comme un pompier et jure comme un charretier. Elle va mener une vie entièrement consacrée aux plaisirs, à la beauté, l’art et l’amour. Installée dans ses nouveaux quartiers, Rachel se paie un jardinier, se met à l’écriture, et impressionne tout le monde par son optimisme. Mais alors que le temps s’écoule au rythme de vieilles chansons qu’elle fredonne et des amours qu’elle se choisit, son entourage commence à s’interroger sur l’étrangeté de son comportement.

L’auteur :

Stephen Benatar est né à Londres 1937. Entre autre profession il a enseigné l'anglais à l'université de Bordeaux. Il a publié son premier roman 'The Man on The Bridge' qu'à l'âge de 44 ans. Ensuite d'autres romans ont suivi : Wish Her Safe at Home, When I Was Otherwise, Recovery, Letters for a Spy, Two on a Tiger and Stars

============

Rachel Waring, célibataire la cinquantaine, probablement vierge, est une femme frustrée par la vie terne qui est la sienne. Depuis toute petite, elle vit dans un autre monde, se raconte des histoires, comme ces 7 images épinglées sur le mur de sa chambre d’enfant qui lui servaient de base à son envol vers un monde imaginaire et rêvé.

Un jour, par la grâce d’un héritage, elle se retrouve propriétaire d’une maison à Bristol. Maison délabrée pour laquelle elle quitte boulot, vie monotone, pour combler un manque. Or, plaquant tout, elle n’a plus ni contraintes sociales, ni horaires, ni, surtout, de barrières à son imagination. C’est le début d’une nouvelle existence où elle va se réinventer une vie. Auprès des autres, elle passera d’épatante et adorable, à originale, puis excentrique, puis fofolle, puis un brin dérangée pour arriver à la folie pure.

La force de ce livre ? Suivre le cheminement des pensées de Rachel « intra-muros », en direct du cerveau de Rachel Waring. N’ayant que son cheminement de pensée, aucun autre point de vue, j’ai suivi la montée en puissance de sa folie. La barrière est définitivement franchie lorsqu’elle tombe amoureuse d’Horatio, premier propriétaire de la maison, mort il y a des lustres.

Dans sa vie, qu’elle est la part de véracité, qu’elle est la part d’imaginaire ? Il n’y a plus la barrière de la bienséance, elle dit tout haut ce qu’elle pense tout bas. J’ai lu ce livre du fond de ma grippe où la fièvre m’embarquait sur son nuage. Tout se mélangeait, alors je n’ai plus tenté de démêler le vrai du faux, j’ai accompagné Rachel jusqu’au bout en l’écoutant fredonner les chansons qui ont bercé sa vie.

Suivre Rachel dans son cheminement vers la folie n’est pas plombant, tant elle a décidé d’être optimiste, drôle, avec beaucoup de ponctuations musicales de son époque. J’ai trouvé ce livre plutôt cocasse, teinté d’humour noir, de douceur, d’ironie. Aucune fausse note, Stephen Benatar et la bonne traduction de Christel Paris nous donnent à lire une Rachel vivante, aimante et touchante. Pourtant, oui ce livre est dérangeant, tant il est perturbant de suivre la montée de la folie de Rachel, même si cela se fait dans la joie et la bonne humeur.

J'ai compris le pourquoi de la couverture, très élégante, de ce livre

Voir les commentaires

Publié le 12 Février 2015

Evariste

François-Henri Désérable

Editions Gallimard

Collection Blanche

Janvier 2015

176 pages

ISBN : 9782070147045

 

4ème de couverture :

À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l'amour et la mort à l'aube, sur le pré.

C'est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée.

 

Quelques mots sur François-Henri Désérable :

Né le 6 février 19871 à Amiens, il est à la fois écrivain et joueur de hockey sur glace professionnel.

Son précédent livre « Tu montreras ma tête au peuple », éd. Gallimard, coll. « Blanche » a reçu plusieurs récompenses en 2013 : Prix Amic de l'Académie française, Prix littéraire de la Vocation, Prix Jean d'Heurs du Roman Historique.

=========

Tout commence et finit sur un claquement de doigts. « Le Vieux » est très fort pour ça, c’est son rôle après tout !

Evariste, Evariste Galois ? Mais si vous connaissez ! On le surnomme le Rimbaud des Mathématiques. Je dois avouer n’avoir jamais trouvé une once de poésie dans une équation, mais bon. C’est son histoire, fort méconnue, que j’ai découverte dans ce livre. Un livre hors du commun pour un homme au destin fulgurant et hors du commun.

Plus que par la vie d'Evariste, je suis conquise par l’écriture de François-Henri Désérable. Impossible de sauter une ligne sans perdre le sel de la phrase, de temps à autre accompagné d’un peu de poivre. Ce roman biographique n’a rien de conventionnel. Très peu de date (cela me convient parfaitement) mais des noms, des tranches de vie. François-Henri Désérable replace Evariste dans son contexte historique, même si, de temps à autre, il nous fait des circonvolutions amusantes. Il y a même Alexandre Dumas dans ce livre. A travers les petites histoires que l’auteur nous fait traverser, j’ai rencontré l’Histoire. Evariste a connu un destin flamboyant et fulgurant qu’accompagne fort bien l’écriture virevoltante à la fois classique, drôle, cocasse, lyrique de François-Henri Désérable. Il suit, piste Evariste Galois partout, glisse en cercles excentriques autour du personnage, puis « Le Vieux » a décidé que c’était la fin et pointe son pouce vers le bas.

Oui vraiment, un livre hors du commun et un jeune auteur de 27 ans plein de belles promesses.

 

Je remercie le site qui, grâce au Club des explorateurs, m’a permis cette découverte flamboyante.

Voir les commentaires

Publié le 6 Février 2015

Début janvier, j'apprenais qu'un chèque-livre de 50€ m'attendait !!! un vrai régal grâce à un jeu-concours sur Biblioblog. Je me dois de remercier ma copine Phil qui m'a beaucoup aidée pour la première question (Léonor de Récondo est pour elle).

Je suis donc allée à la grand'ville voisine, dans ma librairie attitrée, le Cyprès, faire mes emplettes.

Grâce à ce chèque, j'ai pu acheter :

- Le paradis des femmes d'Ali Bécheur

- Joseph de Marie-Hélène Lafon

- Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

- Amours de Léonor de Récondo

Bien entendu, je n'ai pu me résoudre à partir sans :

- Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier de Patrick Modiano

- Les groseilles de novembre d'Andrus Kivirähk que j'ai déjà pu lire grâce à un L.V., mais je voulais l'avoir sur mes étagères.

Pour faire bonne figure, alors que j'étais chez ma fille, je suis allée chez le bouquiniste. Comme je repartais en train, je n'ai pu rapporter que ceux-ci (d'autant que j'avais déjà 5 livres dans ma valise !) :

- Terrasse à Rome de Pascal Quignard

- Les lois de la gravité de Jean Teulé

- Le voyage dans le passé de Stefan Zweig

- Les lisières d'Olivier Adam

- Nous trois de Jean Echenoz

Ma PAL s'est ainsi enrichie. Il faudrait que je la mette à jour

Voir les commentaires

Publié le 2 Février 2015

Azadi

Saïdeh Pakravan

Editions Belfond

Janvier 2015

441 pages

ISBN : 978-2-7144-6015-8

 

4ème de couverture :

Azadi signifie « liberté » en persan. Il y a ceux qui la rêvent et ceux qui en paient le prix.

Téhéran, juin 2009. Après des élections truquées, une colère sourde s’empare de la jeunesse instruite de Téhéran. Dans la foule des opposants la jeune Raha, étudiante en architecture, rejoint chaque matin ses amis sur la place Azadi pour exprimer sa révolte, malgré la répression féroce qui sévit. Jusqu’au jour où sa vie bascule. Après on arrestation, et une réclusion d’une violence inouïe, ses yeux perdront à jamais la couleur de l’innocence perdue…

Tout en levant le voile sur une psyché iranienne raffinée et moderne, sans manichéisme et avec un souffle d’une violence beauté, Azadi raconte de façon magistrale le terrible supplice de celle qui cherche, telle une Antigone nouvelle, à obtenir réparation. Et à vivre aussi… là où le sort des femmes n’a aucune importance.

Saïdeh Pakravan (site Belfond) :

Saïdeh Pakravan, écrivaine franco-américaine de fiction et poète, est née en Iran. Ayant grandi dans un milieu francophone, elle s'installe à Paris, participant, après la révolution iranienne de 1979, à un mouvement de libération de l'Iran.
Publiée dans de nombreuses revues littéraires et anthologies, lauréate de prix littéraires dont le prix Fitzgerald, Saïdeh Pakravan est également essayiste et critique de film.

=========

Nous sommes en juin 2009, les élections ont été truquées pour que Mahmoud Ahmadinejad reste à la tête du pays. La jeunesse aisée s’empare de la rue et manifeste son mécontentement, avec allégresse, sur la place Azadi. Chaque jour, Raha, étudiante en architecture, et ses amis rejoignent les manifestants. Un vent de liberté semble souffler. Oui, mais voilà…

Raha violée, torturée en prison voit son monde s’écrouler et essaie de se reconstruire avec, entre autre, le procès contre ses bourreaux. Mais au fait, porter plainte pour viol en Iran, est-ce possible ? J’ai cherché et trouvé une vidéo où Saïdeh Pakravan répond sûrement impossible, ce dont je me doutais.

La force du livre de Saïdeh Pakravan est de nous montrer, à travers les conversations des protagonistes de ce roman plusieurs faces de l’Iran. J’y ai trouvé de grandes différences entre les ruraux et les citadins, la classe aisée et la classe ouvrière, les religieux et les laïcs (mais emploie-t-on ce mot ?). Le régime iranien est passé maître es-rouerie et les iraniens dans le jeu du chat et de la souris. Gare s’ils se font prendre !!

Quelques bémols dans ce livre trop manichéen. La jeunesse dorée représente la liberté. Hossein, Le gardien de la révolution qui sauvera 2 fois Raha, d’origine paysanne très modeste se situe du côté du pouvoir en place et donc de la répression. Comme l’impression que les dés sont pipés dès le départ. Beaucoup de bavardages, de pages inutiles alourdissent le livre. Je crois que j’aurais aimé un livre plus resserré.

Une lecture mitigée. J’ai versé des larmes (je n’ai pas un cœur de pierre, que diantre) à la lecture du viol et de la destruction de Raha. J’ai goûté ces différents points de vue, mais…

Je remercie Babelio qui, par son opération ainsi que les m'a permis cette incursion en Iran.

 

J’ai prononcé la formule rituelle pour un sugheye aghd –un mariage temporaire-, et moi-même et les autres gardes avons eu des relations intimes avec elle parce que nous savions qu’elle le voulait

Je veux une vie, j'ai des examens qui arrivent, je veux changer mon PC contre un Mac, je veux choisir un film à regarder avec les batchéha - les copains -, aller à la Caspienne sans être arrêté par les Gardiens ou les rondes de morale publique

J’ai souvent entendu dire que ces gosses de riches ne sont pas élevés avec les mêmes principes que nous autres

Je ne vais jamais au cinéma. J’appartiens à une famille traditionnelle, très pratiquante. Depuis que je suis tout enfant, on m’a appris que si j’aimais Dieu je n’irai jamais au cinéma. Mais on m’emmenait toujours voir le ta’zief, les représentations religieuses pendant le mois de deuil de moharram.

Nous essayons de gouverner un pays et nous ne pouvons pas laisser une poignée de batcheh jugoul –d’enfants gâtés pourris- de se répandre dans les rues avec leurs velours ou leurs bouts de tissu vert

Ahmadinejad et le Guide suprême sont surtout en train de jauger l’étendue de la révolte populaire avant de déplacer leurs pions

Comme toujours dans les réceptions de Pari, il y avait tous les alcools… Les invités passaient dans la cuisine pour prendre leur dose et ressortait pour aller au bar des boissons non alcoolisées avec un air de parfaite innocence, alors que tout le monde connaissait le jeu et savait comment le jouer

Mais au moins, à l’époque, nous étions en apparence civilisé et sur la route du progrès. Personne n’embêtait ma famille, personne ne disait aux gens comment s’habiller ou quoi boire.

Le régime du Chah était impardonnable et celui de Khomeiny insupportable.

Voir les commentaires

Publié le 28 Janvier 2015

 

La Théorie du panda

Pascal Garnier

Editions Zulma

Janvier 2008

176 pages

ISBN 978-2-84304-435-9

 

4ème de couverture

Grâce à ses talents de cuisinier et son charisme indolent, Gabriel - à peine débarqué dont ne sait où - tisse des liens très forts avec les habitants d'une petite ville de Bretagne : une bien belle réceptionniste d'hôtel, deux junkies au bout du rouleau et surtout José, le patron du Faro, dont la femme est à l'hôpital. Pareil au panda en peluche échoué sur le comptoir du Faro, Gabriel offre sa personne et son temps à celles et ceux qui viennent à lui, plus surpris ou séduits que méfiants. Et pourtant, s'ils savaient... Une fois de plus, Pascal Garnier déploie ici tout son charme.

==========

Gabriel débarque, dans une gare bretonne venant on ne sait d’où. Pourquoi, on ne sait pas. Le tourisme ne semble pas l’intéresser. Les gens si. Mais qui est Gabriel ? Tout semble couler sur lui, on le sent étranger à sa propre vie. Il s’enroule dans son anonymat comme dans une couverture pour se protéger des autres. De leur curiosité ? De leur sollicitude ? Pourtant, José, Madeleine, Rita et son mec, Marco sont attirés par lui. Gabriel parle très peu, ce sont ses mains lorsqu’il cuisine qui parlent pour lui. Plutôt qu’un long discours, il préfère cuisiner pour ses nouveaux « amis ». De temps à autres des fulgurances de son passé refont surface. Petit à petit, nous en apprenons plus sur sa vie. Sont-ce les enfants de José, est-ce la belle réceptionniste de l’hôtel ? Comme une impression qu’il est en train d’accoucher dans la douleur de son passé qui le ronge et que, peut-être, il pourrait renouer avec la vie, mais c’est sans compter avec Pascal Garnier.

Pascal Garnier tisse des vies d’hommes et de femmes un peu ou beaucoup paumés. Son récit n’a pas de fulgurances et pourtant je n’ai pu lâcher le livre.

Le panda ? Il est la peluche témoin. Pourtant, tel le vrai panda, sans bruit, Pascal Garnier me promène à travers ses personnages à la vie banalement triste, grise, vide, avec parfois des fous rires, jusqu’à une chute qui m’a laissée sur le carreau.

Un livre au ton aigre-doux. J’ai aimé ses mots qui dessinent les personnages, les lieux ; Pascal Garnier a le sens de la formule : « le lit est aussi mou que le plafond est dur » « on dirait des noyés, il pleut même pas » « sa main pèse un bifteck de 300 grammes ».

Conquise par la théorie du panda, j’irai piocher du côté de l’humanité noire et aigre-douce de cet auteur trop tôt disparu.

 

- Rita, je n’ai jamais prétendu être un saint !... Je ne suis qu’un homme…
- T’es pire, t’es un ange, t’as pas de couilles !

- Vous cherchez quelqu’un ?
- Oui, quelqu’un de passage
- Quelle pointure ?
- Soigné de sa personne ?
- Je ne sais pas. Un homme, la quarantaine…
- Soigné de sa personne ?
- Pas trop. Il est de passage, je vous dis.
- Alors, il passera par là. Ils passent tous chez moi, un jour ou l’autre. Ceux qui sont bien droits dabs leurs bottes, celles qui se compriment les orteils dans des escarpins à la mode, tout, même les moines qui souffrent le martyre dans des sandales neuves. Je les connais tous. Ici, c’est un peu la consigne des pas perdus, de ceux qui attendent e Père Noël à côté de leurs pompes.

Vous savez, le cordonnier, c’est un peu la dernière station avant le désert.

C'est laid les orchidées. Ça ressemble aux photos de maladies vénériennes dans les bouquins de médecine

Rita fonctionne comme un char russe, à la vodka et à l'irrépressible besoin de conquérir le néant

A force de voyager dans ce wagon qui pue des pieds, on finit par y faire son petit trou d’intimité, on se comprend. D’odeur à odeur, de coups tordus en coups tordus, on se cannibalise l’un l’autre.

Voir les commentaires

Publié le 26 Janvier 2015

 

La femme parfaite est une connasse

Anne Sophie et Marie-Aldine Girard

Editions J’ai Lu

 

 

4ème de couverture :

Ce livre est LE guide pour toutes les femmes imparfaites (c’est-à-dire grosso-modo pour toutes les femmes*). Vous y apprendrez notamment comment garder votre dignité quand vous êtes complètement bourrée, qui sont ces filles qui ne mangent qu’une salade par jour, les questions qu’il ne faut pas poser à un homme si vous ne voulez pas entendre la réponse, ou ce qu’il faut faire de toute urgence si votre mec veut s’acheter des Crocs.

* Il peut également être lu par les hommes qui n’ont pas peur de découvrir ce que les filles se racontent entre elles dès qu’ils ont le dos tourné..

==========

Partie pour 3 jours, je suis restée une semaine en ma qualité de garde-petits-enfants-malades parfaite experte. Le problème c’est que je n’avais pris assez de livres et que j’allais me trouver en manque. Heureusement, j’ai trouvé ce livre sur une étagère. Pourtant, je n’avais pas trop envie… mais faute de grive, on mange des merles dit le dicton.

Je l’ai ouvert, pour voir comme ils disent, et, ma foi... Les gros mots ne m’ont aucunement embarrassée, j’en dis suffisamment pour ne pas me la jouer pimbèche. Ce qui m’a le plus agacée, ce sont ces chapitres, trop nombreux, sur le trop d’alcool (avez-vous vu comme en des termes choisis, cette chose-là est dite !!). A part de (gros) bémol, je me suis dit : « enfin ; je me sens moins seule ! »

Ce petit bouquin n’ a pas d’autres prétentions que de nous divertir et le pari est gagné. Bien sûr, j’ai joué au petit jeu « tiens, ça me rappelle quelqu’un ». Ah ! La star du collège ou du lycée qui vieillit mal… Et bien, j’ai connu ça !! Mais non ce n’est pas moi qui vieillit mal, je suis comme le Bordeaux, je m’améliore avec l’âge, non mais des fois ! Quel plaisir, quelle revanche sur les humilités subies. Non, c’est pas bien, c’est pas charitable… M’en fous puisque je ne suis pas une femme parfaite !

Je vais garder mon jean taché, mes chaussures non cirées, mes cheveux en pétards…. De toute façon j’ai choisi l’option « grand-mère indigne » à la naissance de mes petits-enfants. A moi les courses folles (enfin pas trop !), les pieds dans la gadoue… Je peux piquer les carambars sans honte… le pied.

Ce bouquin se lit très, très vite, , j’ai souri de temps à autre, ce fut, pour moi une récréation. Il a bien rempli son rôle. Pourtant, ce n’était pas gagné, Il faut dire que le genre trentenaire-bourré-fêtard-nombriliste m’agace beaucoup, mais là, j’ai apprécié le 35ème degré alors que j’aurais pu être sous mon 36ème dessous.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy