Publié le 25 Juillet 2014

Nom de dieu !

Philippe Grimbert

Editions Grasset

Mai 2014

198 pages

ISBN : 9782246853671

 

 

4ème de couverture :

Nom de dieu ! est un roman décapant dans lequel la cruauté de notre société finit par avoir raison des élans les plus nobles de son héros, Baptiste. La foi de ce fervent croyant y est mise à l'épreuve par une avalanche de catastrophes qui le transformeront en prophète halluciné, réglant publiquement ses comptes avec le Créateur.
Emotion et humour sont les ressorts de ce roman qui se lit avec jubilation tout en proposant au lecteur, sous les dehors d'une comédie grinçante, une interrogation plus grave sur la condition de l'homme moderne.

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Dans le film « Un long fleuve tranquille » les Le Quesnoy forment une famille catholique pratiquante, tout en bondieuserie dévouée. Philippe Grimbert nous propose de suivre une famille confite en dévotions, une famille lisse, aimante et bla bla bla et bla bla bla. Oui, mais voilà, le voile se déchire. Madame s’emmerde, même pas joyeusement mais copieusement, tombe en pamoison devant son psy (elle ne se confesse plus auprès de Monsieur le curé). Monsieur, au nom de Dieu, a une œuvre de charité chaque soir de la semaine, ou presque. Les 2 filles pataugent dans tout ce magma. Plus rien ne passe ni ne se passe dans le couple et Madame, nom de dieu ! demande le divorce.

Une suite de catastrophes  et les rouages de la machine se grippent. La descente aux enfers ( ?) et voici nom de dieu ! Baptiste transformé en prophète clownesque (avec son nez rouge) halluciné.

Philippe Grimbert, d’habitude si attentionné avec ses personnages a eu, dans ce livre, la main lourde, très lourde, il a sorti la grosse artillerie. La farce est grinçante, mais le thème « Dieu si tu existes, pourquoi laisses-tu faire ça ! est un peu éculé ». Beaucoup trop de lieux communs. Les dialogues des responsables religieux (p 151 et 152) est affligeant.

Nom de dieu ! Monsieur Grimbert, rengainez vos bondieuseries, retirez vos gros sabots qui, pour moi, ne vous conviennent pas et revenez avec votre humour beaucoup plus subtil. Etait-ce pour aller avec le costume de clown de Gabriel ? Pour entrer dans ses chaussures trop grandes ?

Une lecture mitigée, voire décevante. Je m’attendais à quelque chose de plus subtil.

 

D’un même mouvement, le grand rabbin, le cardinal Vingt-Quatre et le bonze se retournèrent vers l’imam, lequel secoua énergiquement la tête, accompagnant sa protestation d’un geste de dénégation :
– Ce n’est pas moi, je vous le jure !"

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Rédigé par zazy

Publié le 23 Juillet 2014

Les enragés de la jeune littérature russe

Monique Slodzian

Editions de la Différence

9 mai 2014

155 pages

ISBN : 9782729121020

 

4ème de couverture :

Un voyage turbulent dans la politique et la littérature russes actuelles, voici ce que propose le présent essai. Les acteurs en sont de jeunes écrivains qui dressent un bilan très négatif des vingt-cinq années qui ont suivi l’effondrement de l’URSS. Il s’agit d’une génération née dans les années quatre-vingt, mue par l’envie d’en découdre avec l’hydre à sept têtes du libéralisme. Elle se fait le porte-voix de la majorité du peuple russe, anéanti par les effets dévastateurs du capitalisme oligarchique. Ces écrivains revendiquent haut et fort le droit de penser autrement le passé soviétique, le droit de reconstituer leur patrimoine culturel, moral et politique sans égard pour les tabous idéologiques imposés par l’Occident. Se réclamant d’Edouard Limonov, l’un de leurs chefs de file, Zakhar Prilépine, a fait scandale en 2012 en publiant sa Lettre à Staline, pamphlet violemment anti-libéral. Ces écrivains (Guerman Sadoulaev, Roman Senchine, Sergueï Chargunov) se disent de gauche et se réclament du national-bolchevisme. Cela suffit à les discréditer a priori et, en tout cas, à les rendre quasiment inaudibles en Occident. Ennemis implacables du pouvoir poutinien, ils sont maltraités par les médias libéraux russes et largement ignorés des médias occidentaux, incapables, semble-t-il, de décrypter la signification d’un mouvement politico-culturel majeur. Savoir écouter ces voix parfois dissonantes à nos oreilles occidentales, c’est se donner une chance de voir autrement le monde russe.

 

Monique Slodzian est professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Spécialiste de la Russie et de la littérature russe contemporaine, elle est l’auteur d’une dizaine de traductions, d’adaptations de romans et de pièces de théâtre d’écrivains russes et soviétiques. Parmi ceux-ci, Fiodor Abramov, Fazil Iskander, Zalyguin, Trifonov... Elle a également coordonné deux ouvrages sur l’URSS pour les éditions Larousse et les Temps Modernes.

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Perestroïka, un nom qui sonne, pour nous occidentaux comme Liberté. Dans son avant-propos légèrement ironique Monique Slodzian écrit : « L’URSS allait enfin se réformer et prendre un visage humain : c’est bien ce que l’opinion en général, et pour des raisons forts diverses, sembla entendre en 1989.. »

Avec Monique Slodzian, embarquons pour «un voyage dans les eaux mêlées de la politique et de la littérature russes actuelles» qui a le mérite de ne pas se voiler la face sur les dérives des différents mouvements. «Si l'on veut porter sur la Russie actuelle un regard débarrassé des préjugés tenaces, entretenus de longue main par l'anticommunisme, et qui ont connu leur point d'orgue pendant la perestroïka, il faut impérativement prendre la mesure du désastre que celle-ci a engendré.» Nous sommes prévenus.

C’est cette reconstruction que Monique Slodzian dissèque à travers les nouveaux écrivains russes. Elle nous donne des clés pour essayer de comprendre les différents courants littéraires et politiques ou, plutôt politico-littéraire. « Ils s’appellent Zakhar Prilépine, Sergueï Chargounov, Roman Sentchine, Guerman Sadoulaev, Mikhaïl Elizator, Andreï Roubanov et je ne les cite pas tous. Retenez bien ces noms. »

Le pamphlet de Zakhar Prilépine, « Lettre au camarade Staline », entièrement retranscrit dans cet essai, est un texte plein d’une rage noire, un brûlot, non pas pour un retour au stalinisme, mais contre la politique de Poutine, contre cette « classe créative », [c’est ainsi que l’intelligentsia se nomme (note de l’auteur)] et son idéologie ultralibérale « accompagné du dépeçage du pays en trafiquant l’histoire ».

Monique Slodzian parle de ce refus de l’héritage stalinien, du dégoût ressenti par Prilépine lors des commémorations de la victoire de la seconde guerre mondiale. Pour Prilépine, « Staline appartient de façon imprescriptible et définitive à l’histoire de la Russie, qu’il en est à la fois la part de chagrin et la part d’orgueil ». Il revendique l’héritage bolchévique, son histoire, les conquêtes spatiales, les avancées technologiques « Tu as fait une Russie telle qu’elle n’avais jamais été auparavant, le pays le plus fort de la planète. Aucun empire à aucune période de l’hstoire n’a été aussi fort que la Russie sous ton règne ». Il conclut ainsi : Nous te sommes tous redevables. Sois maudit. »

Les différents mouvements d’opposition ont un spectre large, ils vont de l’extrême droite à l’extrême gauche. Quelques rapprochements, des séparations. L’on sent que les idées fusent, les alliances se font et se défont avec sincérité et dans un grand bouillonnement. Ces enragés mouillent le maillot, prêts à mordre pour leurs idées.

Ce nouveau courant littéraire, né sous la Perestroïka, est aussi virulent dans ses textes que dans son opposition. Les « Natsbols » font le grand écart entre eux. Ils luttent contre le capitalisme éhonté qui sévit depuis la chute de l’URSS et qu’ils qualifient  « d’exploitation ouverte, éhontée, directe, aride ». Ils veulent un état russe fort et social.

La langue russe est leur patrie. « Aujourd’hui plus que jamais, la question de la langue russe revêt une dimension violemment politique : …. Comme russophone, au sens de citoyen de l’empire. ». Ils défendent tous les russophones qu’ils soient Ukrainiens, Tchétchènes… Ce qui donne un autre éclairage sur ce qui se passe en Ukraine.

Limonov est omniprésent dans cet essai. Monique Slodzian démontre qu’il n’est pas l’écrivain décadent, ivrogne… que Carrère a décrit dans son livre éponyme. « Et si sa greffe en France n’a pas réussi à cause du mur de préjugés érigé par des médias sournoisement anticommunistes, c’est un grand dommage pour nous. » C’est un être engagé pour son pays qui devient le chef de file des natsbols, de ces écrivains trentenaires épris de littérature, de liberté, de justice sociale, d’un état fort… D’ailleurs tous ont en commun d’avoir connu l’emprisonnement pour leurs idées, ou trafics…, les petits boulots, les conflits guerriers.

Sont-ils de doux rêveurs ? Sont-ils les tenants de « la petite flamme du communisme réel » ? Leur connaissance de la Russie semi-urbaine, de la vie quotidienne du peuple russe, est réelle. Ils portent un regard désespéré sur cette jeunesse russe, parlent de leur inappétence, de leur indifférence aux injustices.

Tout oppose les  intellectuels russes de la pérestroïka et les natsbols. Les premiers veulent, entre autre, oublier ce que le stalinisme a apporté, les seconds veulent sauvegarder l’héritage révolutionnaire.

L’auteur termine son livre par une galerie de portraits des auteurs cités dans son essai. J’ai retenu « le singe noir » de Zakhar Prilépine à la bibliothèque, seul livre trouvé.

Merci Yv pour ce prêt. Un petit livre, grand pour le décryptage clair et précis qui donne une autre idée de la Russie.

 

La tentative de confiscation par le camp pro-américain de la victoire historique de l’URSS sur le nazisme en 1945, au prétexte que Staline est aussi criminel qu’Hitler, comme l’assigne la théorie totalitarienne, n’échappe pas aux jeunes gens en colère des années 2010 ; ils exigent qu’on rende justice à leurs pères et aux vingt millions de victimes du nazisme, refusant d’interpréter unilatéralement le stalinisme comme une dérive tragique de l’histoire.

Non Staline n’appartient pas qu’au passé, assurent-ils en réclamant, par exemple, qu’on rende à Volgograd son nom de Stalingrad.

Aujourd’hui, plus que jamais, la question de la langue russe revêt une dimension violemment politique : elle est le point de coalescence de la revendication identitaire non plus comme russe, au sens ethnique, mais comme russophone, au sens de citoyen de l’empire. A elle seule, cette nuance suffit à expliquer pourquoi les natsbols répudient toute accusation de racisme ethnique.

La galaxie natsbol coudoie donc des idéologies souvent contradictoires, enracinées dans un passé plus ou moins lointain, plus ou moins fantasmé. L’imprécision des concepts qu’ils manient et leur indétermination historique peuvent laisser réticents. Leur parcours politique, souvent précoce, apparaîtra sinueux.

Il apparait clairement que les écrivains de la mouvance natsbol sont admirés pour leur courage, leur intégrité et leur morale de l’engagement. Ils se sont taillés une place enviée dans le paysage culturel russe par leur refus intransigeant des valeurs libérales qui ont contaminé la bourgeoisie urbaine. Ironie de l’histoire, c’est ce même Limonov que Soljenitsyne traite naguère « d’insecte pornographique », qui jouit aujourd’hui d’un prestige moral comparable au sien.

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Publié le 23 Juillet 2014

 

 

Michel Quint

A l’encre rouge

Editions Rivages/Noir

208 pages.

Mars 2002

ISBN : 9782743609252

 

4ème de couverture :

 

Adrien est éclusier à Roubaix. Un jour il reçoit une carte postale écrite à l'encre rouge. Elle a été envoyée par sa femme, Christine, qui l'a quitté cinq ans auparavant. Elle a été postée à Gréoux-les-Bains, une petite ville des Alpes de Haute-Provence. Adrien voit dans cette carte un appel et décide de se rendre à Gréoux. Mais il ne trouvera que les ruines d'un passé que tout le monde veut oublier et le souvenir d'un fantôme. Il comprendra alors la terrible signification de l'encre rouge.

Publié en 1985, A l'encre rouge était le quatrième roman de Michel Quint. Il contient tous les thèmes de son œuvre : le poids de la culpabilité et la douloureuse quête du passé.

 

Michel Quint est né en 1949 dans le Nord-Pas-de-Calais. Il est titulaire d'une licence de Lettres classiques et d'une maîtrise d'études théâtrales. Professeur de Lettres Classiques, l'auteur commença par écrire du théâtre pour Théâtre Ouvert, puis pour France Culture, qui diffusa également ses feuilletons radiophoniques. Il obtient le Grand Prix de la littérature policière en 1989 pour Billard à l'étage. Son roman le plus connu du grand public Effroyables jardins, paru en septembre 2000 aux éditions Joëlle Losfeld, a été adapté au cinéma par Jean Becker et de nombreuses fois porté au théâtre.

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La femme d’Adrien est partie par un beau jour en ne laissant qu’un petit mot écrit à l’encre rouge. 5 Ans après, il reçoit une carte postale qu’il suppose être un appel au secours de la belle envolée. Il part sans aucun remord, laissant sa nouvelle compagne et leur enfant de quelques mois juste avant Noël pour Gréoux les Bains, lieu d’envoi de la carte postale.

Il rencontrera les relations, puis l’amant de Christine qui l’hébergera chez lui. Commence une quête de la belle, sous les regards farouches des habitants. Les cartes continuent à arriver, à Gréoux maintenant et, à chaque fois, la personne est tuée. Christine est-elle encore vivante, est-ce elle qui tire les ficelles ? Quelqu’un imite t-il l’écriture de l’envolée ? C’est tout ceci que doit démêler Adrien. Ce qu’il découvre à de quoi le navrer. Débauche, alcool, drogue, un tiercé perdant qui est à l’origine de la disparition de Christine. La fin réserve une belle surprise.

Certains chapitres s’ouvrent par la voix, les mots de Christine et donne un éclairage intéressant au livre.

Adrien traîne son nord, son passé et ses remords avec lui. Tout comme Arnaud, le dernier amant à Gréoux qui a précipité la chute de Christine. Ils étaient tombés bien bas. Christine s’est perdue en chemin en traînant sa grosse valise emplie de son passé. Personne n’est noir, personne n’est blanc, tous sont coupables envers Christine.

Comme les fois précédentes, Michel Quint m’a réservé un très bon moment de lecture.

 

Elle avait conservé l’habitude d’écrire à l’encre rouge. Comme si chacune de ses lettres avouait quelque faute et trahissait par sa couleur la honte qu’elle en ressentait.

Secrets de templiers, secrets d’éclusiers. Faut jamais ouvrir les deux sas en même temps.

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Publié le 12 Juillet 2014

Les 14 et 15 juin derniers s'est déroulé, à Nevers, le Salon des Dames. Un évènement culturel que j'essaie de ne pas louper.

Cette année, les grèves de la SNCF ont compliqué les choses. Certains auteurs, peu en vérité, ne sont pas venus. Les organisateurs de ce salon avaient affrété des voitures de location pour conduire les auteurs jusqu'à Nevers.

j'ai pu rencontrer Leïla Sebbar que je souhaitais tant connaître. Malheureusement, je n'ai rien pu lui sortir d'intelligent...

Leïla Sebbar a reçu le prix Madame de Staël qui récompense l’ensemble de son œuvre

La photo montre un entretien à trois ayant pour thème "quitter le pays" avec Laura Alcoba (le bleu des abeilles) et Berta Roth (je ne suis pas d'ici) qui aurait pu être intéressant. Il y était surtout question d'Argentine puisque, également Laura Alcoba et Berta Roth viennent de ce pays. Autant j'ai apprécié les interventions de Laura Alcoba, autant Berta Roth qui est une personne à fleur de peau, exubérante et psy de son métier, a accaparé le temps de parole. Leïla Sebbar qui avait émis quelques réserves quant à sa participation à ce trio s'est trouvée très en retrait. Dommage, j'aurais aimé qu'elle parle de sa collaboration à l'oeuvre collective "Pays natal" et de sa relation avec sa langue paternelle.

Salon des Dames
Salon des Dames

Pierre Duriot, que je ne connaissais pas du tout a parlé de son livre "La croisade des chiens de guerre". Cet auteur, également peintre et journaliste fut très intéressant. J'ai offert le livre à mon mari.

Salon des Dames

Déborah Levy-Bertherat a reçu le Prix Nouveau Talent, pour son livre Les voyages de Daniel Ascher (Rivages). Un auteur très sympathique

Salon des Dames

Marie Causse me parlait des étiquettes sur le site de Babelio, entre autre "dépression" ! je puis vous assurer qu'elle n'a rien d'une dépressive !!

Je suis repartie avec "l'odeur de la ville mouillée"

Salon des Dames

Olivia Profizi (Les exigences) et Laurence Tardieu (L'écriture et la vie) ont discuté de leurs bouquins respectifs avec passion.

J'avais beaucoup aimé lire "Le jugement de Léa"

Cet intermèdes sont toujours très intéressants car les auteurs, passionnés et passionnants nous font aimer leurs livres.

Je suis repartie avec

  • L'odeur de la ville mouillée de Marie Causse
  • Les voyages de Daniel Ascher de Déborah Lévy-Bertherat
  • L'arabe comme un chant secret de Leïla Sebbar
  • Manèges de Laura Alcoba
  • La croisade des chiens de guerre de Pierre Duriot

Bien entendu tout ceci gentiment dédicacé par leurs auteurs.

Pour des raisons extérieures, je n'ai pas pu y aller les deux jours et j'en suis frustrée car j'ai manqué certains auteurs qui n'étaient présents que le samedi.

Rendez-vous en 2015

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Publié le 6 Juillet 2014

 

Portrait(s) de George

Emmelene Landon

Editions Actes Sud

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782330027704

 

4ème de couverture :

Dans un catalogue consacré aux œuvres d'Emmelene Landon, on chercherait en vain les portraits qu'elle attribue à l'artiste nommée "George". En effet c'est au roman, et donc aux mots, qu'il appartient d'imaginer et de décrire les visiteurs et les tableaux qui sous nos yeux se succèdent et s'accomplissent. Peindre, c'est d'abord écouter, dévisager, envisager et transcrire ce qu'au gré des saisons viennent raconter d'eux-mêmes de singuliers personnages. Et s'il est également question de botanique, de cartographie, de voyages, d'urbanisme, de psycho-géographie, c'est que George interroge et pratique son art sans jamais l'isoler de tout un écosystème de réflexions sur l'espace, la nature, ou encore l'empreinte de l'homme sur le paysage. L'atelier n'est pas un cloître. Dans ces pages il s'ouvre au monde, même s'il demeure un lieu propice au "temps long", à la patience et à la méditation. D'où la dimension poétique et même spirituelle de ce roman qui fait de la création un mode de vie, et qui propose une inimitable célébration du bonheur de peindre...

Peintre, écrivain, réalisatrice de vidéos et de créations radiophoniques, Emmelene Landon est née en Australie et vit à Paris. Elle est notamment l'auteur du Tour du monde en porte-conteneurs (Gallimard, 2003), de Susanne (Léo Scheer, 2006), du Voyage à Vladivostok (Léo Scheer, 2007) et de La Tache aveugle (Actes Sud, 2010).

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George-Emmelene (?) est peintre. George habite un immeuble de l’est-parisien dans ce fabuleux quartier des Pyrénées, ouvert à tous. George est une éponge qui reçoit les émotions de ses modèles pour les interpréter sur toile. Dans ce livre, Emmelene Landon les retranscrit directement par des mots.

A l’heure où presque tout le monde à un GPS, George peint des cartes pour se perdre. A l’heure où tout va vite, George vit au rythme de ses peintures. Poser ne semble pas fastidieux pour ses modèles, souvent des familiers, et permet à George d’en creuser l’âme, à l’instar d’Ailante cette gamine passionnée par les arbres –d’ailleurs, son prénom et le nom d’un arbre–.

Ces rencontres enrichissent la penture de George. J’ai aimé sa façon, sa démarche. Emmelene Landon a réussi à allier l’intellect des mots et la sensibilité de la peinture. Alors qu’il est plus simple de regarder un tableau que d’en parler, elle s’exprime avec le langage peinture sans que ce soit ennuyeux ou redondant. Elle convie à sa palette tous les grands peintres qui l’ont façonnée ; Holbein, Lucian Freud, Dürer, Caravage, Hockney, Frenhofer… tout comme elle nous raconte les couleurs.

Portrait d’une femme vivant sa vie de peintre entourée de la famille qu’elle s’est composée au fil de ses amitiés. A travers les portraits qu’elle peint, on découvre celui de George. Elle aime cueillir les visages, les expressions avec gourmandise, tout comme elle déteste se défaire rapidement des œuvres. Son plaisir lorsqu’elle est seule le soir : regarder ses tableaux, s’en imprégner.

J'ai aimé la couverture de ce livre, une peinture de Emmelene Landon avec la liane de vigne vierge qui rappelle celle qui entre dans l'atelier de George. Je trouve dans ce tableau la même ouverture sur l'extérieur.

Un livre bijou, un livre tout en douceur et sensualité que j’ai aimé lire en prenant mon temps. Merci pour ce livre-voyageur Anna.

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Publié le 1 Juillet 2014

Photo issue du blogue de l'auteur

Demain j’arrête !

Gilles Legardinier

Editions Fleure Noir

Novembre 2011

ISBN : 978226509430

 

4ème de couverture :

 

Comme tout le monde, Julie a fait beaucoup de trucs stupides.

Elle pourrait raconter la fois où elle a enfilé un pull en dévalant des escaliers, celle où elle a tenté de réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents, ou encore son obsession pour le nouveau voisin qu'elle n'a pourtant jamais vu, obsession qui lui a valu de se coincer la main dans sa boîte aux lettres en espionnant un mystérieux courrier. Mais tout cela n'est rien, absolument rien, à côté des choses insensées qu'elle va tenter pour approcher cet homme dont elle veut désormais percer le secret.
Poussée par une inventivité débridée, à la fois intriguée et attirée par cet inconnu à côté duquel elle vit mais dont elle ignore tout, Julie va prendre des risques toujours plus délirants, jusqu'à pouvoir enfin trouver la réponse à cette question qui révèle tellement : pour qui avons- nous fait le truc le plus idiot de notre vie ?

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Lorsque que Kevin pose cette question : « Dis-moi, Julie, c’est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ? » c’est une vraie plongée dans la catastrophe qu’est la vie de Julie.

Un curieux mélange de Bridget je-ne-sais-plus-comment et d’Amélie Poulain. Etre prise la main dans le sac, pardon, coincée dans la boîte aux lettres de Monsieur Patatras -Mais si, je vous dis que c’est son vrai nom-, par ce nouveau venu, avouez qu’il y a mieux pour débuter une relation normale entre voisins. La curiosité est un vilain défaut à ce qu’il parait. Julie s’en contrefout car Ricardo –c’est son prénom- est beau comme un dieu. Patatras, oui je sais, c’est trop facile, elle va en tomber raide dingue amoureuse alors que lui, même s’il semble attiré, garde une certaines distance. Pourquoi ? Oui, pourquoi courre-t-il avec un sac à dos ? Pourquoi cette distance entre eux ? Pourquoi ne parle-t-il pas de lui, détourne t-il toujours la conversation quand le sujet arrive sur la table ? C’est plus qu’il n’en faut pour activer l’imagination débridée de Julie.

Nous la suivons dans cette vie de presque trentenaire toujours célibataire avec ses copines guère mieux loties et ses copains. Ah, ces fameux dîners entre copines esseulées…

J’avais lu quelques pages de ce livre et j’ai tout arrêté : Encore ces trentenaires et leurs tribulations sentimentales ; ras le bol, non plutôt le nombril !! A force de lire tant de bonnes chroniques sur ce livre, hier soir, j’ai persisté et… que j’ai bien fait !!

J’ai souri à toutes ces aventures insensées. Oui, vraiment invraisemblable, mais c’est ce qui fait le charme de ce bouquin, à condition de tout lâcher pour suivre les tribulations de Julie.

Un vrai bon moment de comédie réjouissante et bien troussée. En allant sur le site de Gilles Legardinier j’ai vu qu’il y avait d’autres chats à fouetter –il y a un chat sur toutes les couvertures–. S’ils sont à la bibliothèque, je ferai une petite razzia.

D'autres l'ont lu : Lydia - Gwordia - Syrire - Livrogne - Melo -

 

 

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Publié le 22 Juin 2014

Jacques Roumain

Gouverneurs de la rosée

Editions Zulma poche

224 pages

Novembre 2013

ISBN : 9782843046636

 

 

4ème de couverture :

« Tout le monde a été touché par les amours de Manuel et d’Annaïse. Aux citadins haïtiens et aux lecteurs étrangers, le roman a révélé la vie paysanne, qu’ils ignoraient autant les uns que les autres. Les évocations du paysage haïtien ont enchanté ; la vieille Délira a éveillé la compassion ; les ronchonnements de Bienaimé ont amusé ; les trouvailles linguistiques de Roumain ont suscité l’admiration. On pourrait presque dire que la critique a été unanime, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, à élever Gouverneurs de la rosée au rang de chef-d’œuvre. » Léon-François Hoffmann

Ce volume contient également : Jacques Roumain vivant par Jacques Stéphen Alexis

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Biographie de Jacques Roumain :

Né le 4 juin 1907, à Port-au-Prince dans une famille aisée., il meurt le 18 août 1944. Son grand-père, Tancrède Auguste, fut président d'Haïti de 1912 à 1913. Il fut cocréateur de "La Revue Indigène" avec Émile Roumer, Philippe Thoby-Marcelin, Carl Brouard et Antonio Vieux, dans laquelle ils publièrent des poèmes et des nouvelles. Très actif dans la lutte contre l'occupation américaine d'Haïti (1915-1934). En 1934, il fonda le Parti communiste haïtien.

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Compères, commères, cousins, cousines, amis, ennemis, tous vivent dans ce village délaissé où les sources ont tari suite à déboisement outrancier. Les nuages, la pluie bienfaitrice ne répondent pas aux prières des dieux. Les plus riches, les mieux nantis, les plus voleurs, comme les charognards, attendent que, perclus de dettes, les paysans n’aient d’autres solutions que de vendre leur tout petit carreau de terre, pour le racheter à vil prix.

Manuel, nègre natif natal de Fonds-Rouge, fils de Délira et Bienaimé, revient au pays après avoir passé une quinzaine d’années dans un batey dominicain, plus proche de l’esclavagisme que du travail agricole « Tuer un Haïtien ou un chien, c’est la même chose disent les hommes de la police rurale : de vraies bêtes féroces ». Il ne reconnait plus le paysage. Temps longtemps, le petit-mil, le maïs et autres légumes poussaient, arrosés par les rigoles gérées par un mèt lawouze que Jacques Roumain aurait transformé en Gouverneurs de la rosée. « À Mahotière, disait-elle, nous avons de l’eau, nous autres. Mais pour les jardins, l’arrosage n’est même pas nécessaire. La fraîcheur suffit, la rosé »e du matin. Au réveil, tout est brillant et mouillé. Faut voir ça : c’est comme une écume de soleil ».

Manuel part à la recherche de l’eau. En chemin il trouvera l’amour en Annaïse, fille du clan ennemi. Le télégueule a propagé la nouvelle : Manuel a trouvé une source ! Il veut profiter de cette aubaine pour faire cesser les rivalités entre familles, réunir toutes les bonnes volontés et relancer le coumbite qui pourrait être le ciment de leur communauté. comme tu temps de la jeunesse de Delira et Bienaimé ses parents.

En mélangeant un français pur et la langue de chez lui, Jacques Roumain nous offre un livre fort, poétique avec de sublimes descriptions. Ses portraits de la vie paysanne quotidienne confinent à l’ethnologie. A la fois politique et onirique, Gouverneurs de la rosée est une œuvre passionnante, foisonnante, humaine, habilement politique. Chaque page lue est un ravissement. Petite précision ; ce livre écrit en 1944 et se trouve, malheureusement, encore d’actualité

Il y a du Pagnol (Manon des sources), du Shakespeare (Roméo et Juliette) dans cette œuvre, je pèse mes mots. Comme l’écrit Jacques Stephen Alexis : « le roman est une espèce de grand poème populaire aux contours classiques et aux personnages quasi symboliques et plus loin : « Peut-être est-ce le livre qui contient le message essentiel de Roumain, message que la vie ne lui a pas permis d’illustrer personnellement ? Jacques Roumain a écrit un livre qui est peut-être unique dans la littérature mondiale parce qu’il est sans réserve le livre de l’amour. »

Que dire d’autre !

Je suis en face d’un coup de cœur et je remercie chaleureusement et les Editions Zulma pour cette lecture si passionnante.

Ecoutez l’interview de Laure Leroy Editrice de Zulma sur Libfly.

D'autres avis : mimi - Libfly

« -Le Seigneur, c'est le créateur, pas vrai ? Réponds : Le Seigneur, c'est le créateur du ciel et de la terre, pas vrai ?
Elle fait : oui ; mais de mauvaise grâce.
- Eh bien, la terre est dans la douleur, la terre est dans la misère, alors le Seigneur c'est le créateur de la douleur, c'est le créateur de la misère. »

Vers les onze heures, le message du coumbite s’affaiblissait : ce n’était plus le bloc massif de voix soutenant l’effort des hommes ; le chant hésitait, s’élevait sans force’, les ailes rognées. Il reprenait parfois, trouvé de silence, avec une vigueur décroissante. Le tambour bégayait encore un peu, mais il n’avait plus rien de son appel jovial, quant à l’aube, le Simidor le martelait avec une savante autorité.

Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes.

Du levant au couchant, il n’y a pas un seul grain de pluie dans tout le ciel : alors est-ce que le bon Dieu nous a abandonnés ?
- Le bon Dieu n’a rien à voir là-dedans.
- Ne déparle pas, mon fil. Ne mets pas de sacrilèges dans ta bouche.
La vieille Délira, effrayée, se signa.
Je ne déparle pas, maman. Il y a les affaires du ciel et il y a les affaires de la terre : ça fait deux et ce n’est pas la même chose. Le ciel, c’est le pâturage des anges ; ils sont bienheureux ; ils n’ont pas à prendre soin du manger et du boire. Et sûrement qu’il y a des anges nègres pour faire le gros travail de la lessive des nuages ou balayer la pluie et mettre la propreté du soleil après l’orage, pendant que les anges blancs chantent comme des rossignols toute la sainte journée… Mais la terre, c’est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos : défricher, planter, sarcler, arroser, jusqu’à la récolte, et alors tu vois ton champ mûr couché devant toi le matin, sous la rosée, et tu dis : moi untel, gouverneur de a rosée, et l’orgueil entre dans ton cœur. Mais la terre s’est comme une bonne femme, à force de la maltraiter, elle se révolte : j’avais vu que vous aviez déboisé les mornes. La terre est toute nue, sans protection. Ce sont les racines qui font amitié avec la terre et la retiennent : ce sont les manguiers, les bois de chênes, les acajous qui lui donnent les eaux des pluies pour sa grande soif et leur ombrage contre la chaleur de midi. C’est comme ça et pas autrement, sinon la pluie écorche la terre et le soleil l’échaude : il ne reste plus que des roches. Je dis vrai : c’est pas Dieu qui abandonne le nègre, c’est le nègre qui abandonne la terre et il reçoit sa punition : la sécheresse, la misère et la désolation.

Les uns plantent, les autres récoltent. En vérité, nous autres le peuple, nous sommes comme la chaudière ; c’est la chaudière qui cuit tout le manger, c’est elle qui connaît la douleur d’être sur le feu, mais quand le manger est prêt, on dit à la chaudière : tu ne peux venir à table, tu salirais la nappe.

La haine, la vengeance entre les habitants. L'eau sera perdue. Vous avez offert des sacrifices aux loa, vous avez offert le sang de poules et des cabris pour faire tomber la pluie, ça n'a servi à rien Parce que ce qui compte c'est le sacrifice de l'homme. C'est le sang du nègre. Va trouver Larivoire. Dis-lui la volonté du sang qui a coulé : la réconciliation, la réconciliation pour que la vie recommence, pour que le jour se lève sur la rosée.

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Publié le 17 Juin 2014

Petits meurtres à l’étouffée

Noël Balen et Vanessa Barrot

Editions Fayard

Collection : Crimes gourmands

198pages

02/04/2014

ISBN : 9782213681146

 

 

4ème de couverture :

Laure Grenadier, rédactrice en chef du magazine Plaisirs de table, part en reportage avec son photographe Paco Alvarez pour dresser l'inventaire des bouchons lyonnais. Au cœur de la capitale des Gaules, tous deux envisagent de rendre hommage aux acteurs de l'excellence gastronomique : chefs illustres, adresses confidentielles, producteurs locaux...
Tout bascule lorsque le propriétaire d'un restaurant typique de la célèbre rue Saint-Jean est retrouvé assassiné au petit matin. La ville est en émoi et un vent de panique souffle sur les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse quand, le lendemain, le tenancier d'un bouchon historique de la rue Mercière est à son tour tué selon le même procédé.
Laure Grenadier connaissait ces personnages et cherche à comprendre ce qui se cache derrière ces meurtres en série. Crimes crapuleux, jalousies corporatistes, vengeances sentimentales ? Elle tente de lever le voile qui masque un milieu peu enclin à se livrer.

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J’avais apprécié la chronique d’Yv concernant ce livre ; m’a permis de le recevoir.

Ce livre, pour moi, a un petit quelque chose en plus. En effet, les auteurs, entres autres spécialités, parlent de la tête de veau. Or, ce fut le dernier repas que j’ai concocté pour un vieil ami décédé quelques jours après. Jacques, je t’embrasse où que tu sois.

Les auteurs nous offrent un voyage orchestré autour des pianos des bouchons lyonnais. Quelques dissonances dans ce concert puisque certains cuisiniers passent de vie à trépas sans coup férir et à l’étouffée.

Laure Grenadier, rédactrice du magazine Plaisirs de table, parfaite femme-d’affaire-toujours-parfaitement-habillée et le photographe Paco Alvarez amoureux-silencieux-vêtu-comme-l’as-de-pique (il en est souvent ainsi dans les livres) font la tournée de ces célèbres restaurants lyonnais tenu, en son début, par les mères.

Ces cuisiniers étaient dans leur liste. Est-ce pour cela qu’ils ont été trucidés ? Crimes crapuleux ? Un concurrent malheureux, jaloux ? Tueur en série se passant de fusil, de feuille et autres coutelas ? La police enquête, mais chut ! Nous n’en saurons pas plus.

Avec les deux compères, nous allons de bouchons en traboule sans oublier la visite des halles, du tablier de sapeur vers la cervelle des canuts en passant par la recette de la poularde demi-deuil (normal en ces temps de viande refroidie !). Pour faire passer le tout, un morey-saint-denis 1er cru.

 

Je reviens à la poularde demi-deuil car les auteurs nous donnent la recette d’Henri Babinski, alias Ali-Bab ; Messieurs dames les nutritionnistes, ne lisez pas, vous risqueriez une crise cardiaque.

Et l’enquête me direz-vous… Et bien, il faudra attendre les dernières pages pour que Laure Grenadier découvre le pot-aux-roses, plutôt le pot-aux-épices.

Ce livre est le premier d’une série puisque plusieurs autres titres sont en gestation. Espérons que les enquêtes gagneront en profondeur sans pour autant négliger la promenade gastronomique à faire saliver … un macchabé.

La couverture, avec la fameuse cocotte rouge en fonte, est déjà une invitation à la gourmandise. La mienne est verte et allongée, mais que de frichtis se sont faits et se feront encore dans son corps de fonte.

Une lecture très agréable. « Crimes gourmands », un nom très bien trouvé. Les prochains titres : « La crème était presque parfaite », « Un cadavre en toque », « Mortelle fricassée » ; un menu alléchant qui conviendrait très bien à mon régime livresque.

 Liliba  l'a lu et aimé. Le même "tentateur" est à la base de notre lecture -

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Publié le 12 Juin 2014

Il est de retour

Timur Vermes

Traduction Pierre Deshusses

Editions Belfond

Mai 2014

390 pages

USBN : 9782714456090

 

4ème de couverture :

 

Succès inouï en Allemagne, traduit dans trente-cinq langues, bientôt adapté au cinéma, Il est de retour est un véritable phénomène. Entre Chaplin, Borat et Shalom Auslander, une satire aussi hilarante que grinçante qui nous rappelle que face à la montée des extrémismes et à la démagogie, la vigilance reste plus que jamais de mise.

Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s'emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries ! En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...
Hitler est ravi, qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l'estocade qui lui permettra d'achever enfin ce qu'il avait commencé...

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La couverture très minimaliste avec les fameuses funestement célèbres mèche et moustache démontre le souci du détail pour ce livre au prix judicieux de 19,33 € (1933, année où il devient chancelier du Reich), ironie ou machine commerciale ?

La 4ème de couverture parle d’une satire aussi hilarante que grinçante. Hilarante, non, car je n’ai pas ri, souri jaune quelque fois. Grinçante, ça oui et oh combien !

Hitler (je peine vraiment à écrire ce nom !) se réveille par un beau matin de 2011 au milieu d’un vague terrain de jeu, vêtu de son costume militaire un peu défraîchi. Personne ne le reconnait. Certains lui trouvent même une ressemblance avec un comique et le prennent pour un acteur. Tout le monde est subjugué par ses « talents d’imitateur ». Une superproduction de télévision, pour faire de l’audimat, l’engage sans plus se renseigner sur lui, avalant tout ce qu’il dit. Il a son propre talk-show et afin de boucler la boucle, on lui propose d’écrire un livre. Cerise sur le gâteau, plusieurs partis politiques le veulent absolument dans leurs rangs.

Tout au long de son livre Timur Vermes s’est inspiré de la façon d’écrire du dictateur pour cette parodie, ce qui donne un style très lourd, ampoulé, verbeux.

Un livre édifiant. En cette période d’élections européennes où les partis populistes ont fait un carton (France, Italie, Danemark…), je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles, de noter certaines similitudes de vocabulaire, d’idées. Les mêmes causes amenant, souvent, les mêmes effets, ce livre m’a fait froid dans le dos.

 

Timur Vermes fait la satire du milieu télévisuel où le contenant et l’audience ont plus d’importance que le contenu… Mais de là à cette adhésion des producteurs de l’émission ! J’avoue avoir été secouée. Je me demande si cela ne m’a pas plus choquée.

La farce est poussée très loin. Dans sa « tanière du loup » reconstituée en studio, il a, sur le plateau, un assistant vêtu du costume SS « Un grand type superblond, genre SS ». Mais comme l’indique la productrice « De toute façon tout ça est symbolique », ben voyons ! Il se sert de leurs instincts les plus bas pour gravir les marches de la renommée. Cette bande télévisuelle va même au devant de ses désirs. Madame Bellini et ses collaborateurs disent penser second voire troisième degré, « Mon Fureur » agit au premier degré. Madame Bellini pense avoir une émission humoristique, « Mon Fureur » développe son argumentation.

Oui ce livre porte à réflexion. Ce scénario peut, hélas, se reproduire. Par ailleurs, peut-on rire de tout ? Desproges a une réponse qui me plait beaucoup : « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde http://felina.pagesperso-orange.fr/doc/extr_dr/desproges.htm.

Je remercie ainsi que les pour ce livre à lire et à méditer.

 

« J’ai l’air d’être un voleur ? »
Il me regarda : « Vous avez l’air d’être Adolf Hitler
- Justement », dis-je.

Le Reich avait laissé place à ce qui était appelé un « Etat fédéral. La direction en revenait, selon toute apparence, à une femme appelée « chancelière fédérale », même si des hommes avaient aussi occupé cette fonction avant elle

Mon regard fut attiré par une femme visiblement atteinte de démence, qui longeait cet espace vert en tenant un chien en laisse et était sur le point de ramasser ses déjections. Je me demandai si cette folle avait déjà été stérilisée, avant de me dire qu'elle n'avait guère de valeur représentative pour l'Allemagne.

A la tête du pays se trouvait une femme lourdaude, aussi charismatique qu’un saule pleureur et dont l’action était déjà d’emblée discréditée par ses trente-six années de collaboration bolchévique, sans qu’elle en soit le moins du monde gênée aux entournures.

En 1933, le peuple n’a pas été bousculé par des actions de propagande. Un Führer a été élu selon un mode qui, aujourd’hui encore, passe pour absolument démocratique. Un Führer a été élu alors qu’il n’avait jamais fait mystère de ses objectifs, toujours exposés avec une grande clarté. Les Allemands l’ont élu. Même les juifs. Et peut-être même les parents de madame votre grand-mère.

C’est la seule photo qu’elle a de sa famille. Et elle n’est même pas dessus avec les siens

C’était peut-être une erreur ? Déclarai-je. Je veux dire : ces gens ne ressemblent pas du tout à des…
- « C’est quoi cet argument ? demanda Melle Krömeier d’un ton froid. Et s’ils ont été tués par erreur, ça veut dire que ce n’est pas grave ? Un type s’est di un jour qu’il fallait tuer les juifs, la voilà l’erreur ! Et les gitans ! Et les homosexuels ! Et tous ceux qui ne lui convenaient pas. Je vais vous dire une chose assez simple : si on ne tue pas, on ne risque pas de se tromper de personnes ! C’est simple comme bonjour ! »

Melle Krömeier avait bondi de sa chaise et hurlait : « Non ! Ce n'était pas une erreur. C’était des juifs. Ils ont été gazés en toute légalité ! Simplement parce qu’ils ne portaient par l’étoile. Car non seulement ils étaient juifs, mais en plus ils étaient en situation irrégulière. Vous êtes tranquillisé maintenant ? »

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Publié le 30 Mai 2014

Comme un air de tendresse au bout des doigts

Frédérique Dolphijn

Images Annabelle Guetatra

Esperluète Editions

118 pages

Janvier 2014

ISBN : 9782359840469

 

 

4ème de couverture :

Cent pas ou mille? à cette question, Cheyenne et Abeille opposent la même réponse, quelle importance.

Elles sont sœurs. Au gré des moments de la vie, elles s’éloignent, elles se retrouvent.

Elles sont femmes. Leurs chemins se construisent en parallèle. Leur vie se nourrit au terreau de l’enfance… chacune à sa manière…

 

Avec beaucoup de douceur et un brin de mélancolie, Frédérique Dolphijn esquisse des personnages entiers et passionnés, dont le corps et la sensualité affleurent.

Les peintures d’Annabelle Guetatra, légères et poétiques, traduisent cette sensualité des corps et la sensibilité qui les anime.

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Les éditeurs associés se sont joints à Libfly pour le bookcrossing du Festival Raccord(s). J’ai pu attraper au passage ce livre au titre à faire rêver.

Cheyenne et Abeille, quels drôles de prénoms pour ces deux sœurs (jumelles ?) ! D’ailleurs Granny s’est posée la question.

Abeille, professeur de braille, légère, virevoltante, éthérée, bénéficie d’une écriture plus primesautière. Cheyenne, infirmière, ancrée dans la réalité, est écrite en des termes plus solides. Et si tout ceci n’était qu’apparence, illusion ? Et si c’était l’inverse ?

Derrière tous ces mots, toutes ces phrases, il y a une grande tristesse, beaucoup de fragilité. La cassure ? Le décès de leur mère et d’autres fêlures.

Dans ce livre, pas de chronologie, mais des billets comme ceux que les deux sœurs pourraient s’écrire. Beaucoup de retours en arrière, non pas vers leur mère, mais auprès de Granny la Grand-mère. Cheyenne et Abeille sont des femmes entières, emplies de leur monde fait de tendresse, de sensualité, de sexualité.

Au début de ma lecture, j’ai essayé de résister et je ne comprenais plus ce que je lisais. Alors, j’ai décidé de lâcher prise, de voguer au rythme des mots, des phrases et là, je suis entrée dans l’univers de Frédérique Dolphijn. Les dessins d’Annabelle Guetatra, nus aussi impudiques que simples, naïfs, soulignent les paragraphes.

Un livre inclassable, plein de poésie, de mots doux, au rythme langoureux. Les madeleines du passé construisent le chemin qui les mène vers l’amour. Un livre, Objet Poétique, hors des sentiers battus.

"Les éditions Esperluète publient des textes et des images, réunissent des écrivains et des plasticiens, produisent des livres et les diffusent..."  Le monde des éditions Esperluète est très bien défini par cette phrase, trouvée sur la page de présentation de leur site. Une maison d’édition, très attrayante, que je ne connaissais pas.

Encore une jolie trouvaille due à Libfly, pourvoyeur de belles découvertes littéraires.

Maintenant ce livre va poursuivre son chemin vers d’autres lecteurs. Je l’aurais bien gardé pour pouvoir le relire, le re-feuilleter, le caresser.

Quelques extraits :

 

Depuis le jour du non cri, sa peau nue est un étouffement, une prison dénuée d’infinis.

Avec le temps, pense-telle, les choses devraient se tapir, peut-être s’oublier. C’est ce qu’elle espère, mettre le chagrin au fond d’une poche, en coudre les bords et enfermer le vêtement dans un placard aux lourdes portes.

Sa nuit recèle un secret.

Laisser le temps effacer de son disque dur la férocité. Laisser le temps effacer le souffle laid qui courts dans ses os. Ce morceau d’histoire bien réel qui ne s’évapore pas. Qui résiste à ses nouvelles mémoires.

La douleur ne veut pas de l’amitié de la nuit.

Qui se soucie de ceux qui y souffrent.

Cheyenne est habillée de blanc. Ses sous-vêtements aussi son blanc s. Elle aime ce blanc plein de promesse, le vide qui accueille le plein.

Où sont les mots ? Où restent es mots ? Où sont les mots ?
Non pas de cris, tu ne cries pas tu ne cries pas.
Que reste-t-il de la nuit ? Quelques heures.
Des mots non dits. Son histoire cachée.
Elle rentre telle une péniche qui atterrit dans l’univers de l’ombre.

Comment vais-je me réconcilier ? demande Abeille. Je suis devenue une femme cabossée. Je m’en veux de ne pas avoir crié, de ne pas avoir été au bureau de police.

Souillure.

Viol.

Cheyenne prend Abeille dans ses bras.

- Je m’en veux de me sentir sale. Je me sens coupable de ne plus m’aimer

Pas de pleurs presque pas de larmes. Un soupçon de pluie sur le carreau. Du chagrin à l’intérieur bien rangé.

Une promenade silencieuse de mots commence à naître.

Lorsqu’elle sort de l’immeuble, la pluie aboie sa soif de la rajeunir de quelques milliers d’années. Ses crépitements tigrent la danse de ses hanches, et l’odeur du ciel fanfaronne comme un essaim d’abeilles.

- Le petit chapeau du mot brûler, c’est comme un toit pour me protéger !

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