Publié le 27 Juin 2015

 

Cabale pyramidion

Samuel Delage

Albin Michel

juin 2015

336 pages

ISBN : 9782226248398

 

4ème de couverture :

À Gizeh, les pyramides n’ont pas livré tous leurs secrets…

Au musée égyptien du Caire, une statuette est retrouvée dans le sac de Marion Evans, une jeune chercheuse aussitôt accusée de vol. Coup monté ? Mais par qui et pourquoi ?

Pour son ami Yvan Sauvage, célèbre expert en art, aucun doute : on veut se débarrasser de la jeune femme sur le point de retrouver le légendaire – et tant convoité – pyramidion de Kheops.

Trafic et recel d’antiquités, policiers véreux et cupides, égyptologues assoiffés de notoriété, énigme millénaire… jouant avec les codes du roman d’aventures et du thriller, l’auteur de Code Salamandre (Prix Plume libre) nous entraîne dans une folle course contre la montre au cœur de l’Égypte du printemps arabe.

========

« Une main vient d’agripper son bras. Marion Evans se fige. Quelqu’un a surgi derrière elle, et personne autour. Le musée s’apprête à ferme, les visiteurs ont déserté la salle où elle déambulait. » Ainsi début « Cabale pyramidion » le dernier livre de Samuel Delage. Une belle entrée en matière, pas de chichis, je suis de suite dans l’atmosphère.

Yvan Sauvage, personnage et héros récurant des romans de Samuel Delage est de retour pour de nouvelles aventures. Marion Evans, apparue dans le précédent livre, fut son élève et plus car affinités. Présentement, elle travaille au musée du Caire sous la direction de Kamal Nasser à l’inventaire des réserves. Oui, je n’allais pas passer à côté, vous me connaissez : ça nous réserve de belles surprises (voilà, c’est fait !). Kamal Nasser est appelé par les gardes parce qu’une statuette est découverte opportunément dans son sac et les autorités égyptiennes sont chatouilleuses en ce domaine. C’est le début des ennuis pour cette jeune femme. Zorro, pardon Yvan Sauvage est appelé à la rescousse et voici le début d’un roman à suspens.

Je ne vous en dirai pas plus (lisez la 4ème de couverture !), je n'aime pas dévoiler l'intrigue d'un suspens, si ce n’est que Marion va faire connaissance avec les geôles pour femmes cairotes. Beaucoup de rebondissements jalonnent ce livre. La félonie, la ruse, les calculs non mathématiques, y sont légions.

Je le trouve encore plus abouti que le précédent. Les chapitres sont courts et, malgré le nombre de personnages, fort bien campés, il est facile de suivre les méandres de l’intrigue. J’ai apprécié les descriptions des lieux qui m’ont remis en mémoire mon voyage en Egypte. L’atmosphère était bien celle-ci. La somme de connaissance est grande et dispensée savamment, naturellement, je subodore quelques repérages sur place.

Les points forts de ce roman sont, outre l’écriture, le suspens qui vous fait tourner les pages et la scénarisation. J’ai vraiment eu l’impression de poussière, j’ai étouffé en les suivant à l’intérieur de la pyramide, sursauté… Bref, j’ai vécu ce livre. Pour moi, le meilleur des trois.

Après Arrêt Wagram, puis Code salamandre, l’écriture de Samuel Delage se bonifie avec l’expérience. Trois aventures, trois domaines totalement différents, tout aussi documentés. Trois livres que l’on peut lire séparément ; alors, ne vous privez pas d’un plaisir à la veille de vacances bien méritées.

Un livre à lire d'une seule traite, sauf si, comme moi, vous aimez savourer...

 

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #polar, #2015, #Editions Albin Michel

Publié le 17 Juin 2015

Coupable vous êtes

Lorenzo Lunar

Editions Asphalte

Traduit de l'espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy.

Juin 2015

140 pages

ISBN : 978-2-918767-48-0

 

4ème de couverture :

Santa Clara, ville de province cubaine. Le cadavre d’un caïd est découvert non loin de la gare routière. L’arme du crime étant un marteau de cordonnier, le commissaire de quartier Leo Martín soupçonne tout de suite son ennemi juré, Chago Le Bœuf, dont c’est la profession. Sauf que celui-ci vient de lui-même au poste pour déclarer le vol de l’outil… puis il annonce qu’il souhaite collaborer avec la police sur cette affaire. Sa piste : les prostituées.
Aux côtés d’un Leo Martín toujours en proie à ses démons, le lecteur découvre la vie des jineteras, jeunes femmes vendant leurs charmes aux hauts fonctionnaires cubains comme aux touristes, à travers une galerie de personnages féminins aux caractères bien trempés. L’une d’elle pourrait bien être impliquée dans le meurtre…

l'auteur :

Lorenzo Lunar est né à Santa Clara en 1958. Après des incursions en poésie et en science fiction, il décide d'écrire sur ce qu'il connaît le mieux : son quartier. C'est le début des aventures de Léo Martín, dans Boléro Noir à Santa Clara, puis La vie est un tango (sélectionné pour le prix Violeta Negra 2014) et Coupable vous êtes... Lorenzo Lunar tient également la librairie La Piedra Lunar à Santa Clara.

===========

 

Cher Léo Martin,

Je suis très heureuse de vous retrouver dans de nouvelles aventures, moi qui vous ai connu grâce à un tango. Maintenant, nous passons au boléro que vous écoutiez avec Tania. Quoi, Luisa et vous c’est terminé ?? Tania, la sensuelle putain est entrée dans votre vie et… vous êtes tombé en amour, mais bon, il y a aussi Raquelita « Cette fille, elle me fout des frissons, et la trique. »

Je ne suis pas ici pour parler de votre vie privée, quoique vous en fassiez étalage très facilement et qu’elle est intimement mêlée au crime que vous devez élucider. Toujours prêt à soulever une bouteille de rhum quelle que soit sa qualité, toujours prêt à remuer la fange de votre quartier pour débusquer le ou les coupables, toujours à user de votre lyrisme pour nous parler des femmes ou des putains de votre quartier. Et puis y a Fela votre mère, à la santé si fragile, votre colonne vertébrale, votre sécurité. Cette mère, es-maître du système débrouille, avec des créations culinaires à faire pâlir un maître queux « Depuis que la période spéciale a commencé, ma mère ne pense qu'aux stratagèmes auxquels elle doit recourir pour mettre quelque chose sur la table. Elle a déjà expérimenté un tas de recettes alternatives – du hachis de peaux de bananes, des écorces de pomelo panées aux allures d'escalopes. Tous les deux jours, avec un stoïcisme olympien, elle fait la queue devant la rudimentaire presse à hamburger pour pouvoir, carte d'identité en main, acheter des steaks hachés à base de soja, de sang de taureau et de viande maigre »

El Condado, votre quartier est très « vivant », tant que l’on ne reçoit pas un coup de surin ou que l’on ne se fasse pas écraser la tête avec un marteau de cordonnier. Comme dans les petits bleds de campagne, tout le monde sait tout ou n’importe quoi et diffuse des informations parcellaires. Chago le Bœuf, cordonnier de son état, oui, le marteau vient de son échoppe, est passé maître dans cet art de la divulgation à énigmes.

« Ma vérité devient finalement la vérité ». Une petite pichenette à toutes les magouilles qui cernent votre vie.

Vous retrouverai-je un jour au détour d’une page ?

 

Quel plaisir de retrouver Lorenzo Lunar ! Son lyrisme lorsqu’il parle des femmes. Son amour pour ce quartier, sa plume qui glisse sur l’arc-en-ciel du lyrisme avec l’ironie qui lui sied, sait être crue, très vivante, émouvante, violente comme son pays. Il dépeint les petits et grands travers des cubains, le système politique (Le sauvetage des toties est un petit moment d’anthologie politique.)

Plus qu’un polar, surtout ne pas oublier l’intrigue, c’est un roman social noir. Noir de la misère quotidienne des habitants de ce quartier, surtout en cette « période spéciale »  où la prostitution règne, où le système D est omniprésent, les magouilles quotidiennes. Lorenzo Lunar, comme Elisabeth Alexandrova-Zorina avec « Un homme de peu » et la Russie actuelle, nous offre une vue plongeante et sans concession sur la vie et les mœurs de son pays.

Merci à Babelio et son opération masse critique qui m’ont permis de retrouver, avec un grand plaisir, une nouvelle enquête de Léo Martin

Les Editions Asphalte, m’ont régalée avec « La vie est un tango » de ce même auteur et « Avaler du sable » d’Antonio Xerxenesky, un western tout aussi déjanté. Une maison d’édition à suivre !

 

Dans le quartier, la mort est chose quotidienne. Rien de plus naturel à ça.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #Littérature cubaine, #2015, #Editions Asphalte, #Babelio

Publié le 13 Juin 2015

La simplicité du coup de massue

Elise Tielrooy

Editions Belfond

Mai 2015
448 pages

ISBN : 9782714460462

 

 

4ème de couverture :

Mais qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête de Marion D., mère de famille exemplaire, épouse aimante et dévouée du 5e arrondissement de Paris, ce sombre jour de septembre où elle est devenue cette militante altermondialiste dangereuse et recherchée par toutes les polices de France ?
Est-ce un effet de la rentrée des classes ? La réforme du rythme scolaire ? Sa vie qui l'ennuie ? La mort de sa soeur ? Toujours est-il que cette société dans laquelle elle est si bien intégrée avec son mari si idéal et sa famille si éduquée, Marion ne peut plus la voir en peinture. Et Marion dérape. Jusqu'à agresser une employée de la RATP et finir en une d'un des plus gros hebdos français.
Croyait-elle en réchapper, Marion, derrière ses lunettes noires ? C'était compter sans Claudine. Caissière à l'hyper de Saint-Quentin-en-Yvelines, rencontrée cinq ans plus tôt dans une thalasso en Bretagne...

==========

Je remercie les Editions Belfond pour l’envoi de ce livre que j’ai lu…. Sans passion.

Marion D. vit dans le 5ème entre mari et enfants. La mort de sa sœur jumelle va servir de catalyseur et déboucher sur une double vie. De Marion, chicissime, elle passe à Barbatruc une espèce de bobo écolo-trucmuche. Oh, pas trop quand même, ce n’est pas une schizophrène ! cela reste dans le genre de la comédie.

Ce n’est pas le registre que je déplore, mais jamais au grand jamais je n’ai pu entrer en communication avec Marion. Entre Huguette, la très bonne voisine, Claudine, caissière de supermarché, Ludo activiste par qui tout arrive…, je n’ai jamais pu trouver ma place. Je ne suis pas faite pour ce genre de lecture. Au fait est-ce cela que d’aucun qualifie de « chick lit » ? Je n’ai rien contre, mais n’y trouve pas mon plaisir et j’ai arrêté ma lecture en cours de route.

D'autres ont beaucoup aimé  sur Libfly - Babelio

Canel est de mon avis

 

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions Belfond

Publié le 11 Juin 2015

 

Le cercle des femmes

Sophie Brocas

Editions Julliard

Août 2014

196 pages

ISBN : 2260022006

 

 

4ème de couverture :

« Je rejoins Maman dans la maison fraîche. Elle poursuit son patient travail de tri : le tas des choses à jeter, le tas des choses à conserver, le tas des choses pour lesquelles on verra plus tard. Qu'est-ce qu'il m'a pris de me mettre à quatre pattes pour regarder sous la grande armoire ? Ma main a tiré à elle une énième boîte à chaussures. J'ai soufflé la pellicule de poussière qui recouvrait son couvercle avant de le soulever. »

Réunies durant quelques jours à la campagne à l'occasion des funérailles de leur aïeule et amie, quatre générations de femmes partagent leur intimité et leur deuil. La jeune Lia découvre par inadvertance un secret de famille jalousement gardé pendant soixante ans. Ces révélations risquent-elles de déclencher un cataclysme au sein de cette tribu très attachante ? Roman initiatique, Le Cercle des femmes explore avec délicatesse les mécanismes touchants que fantasques.

L’auteur :

===========

La 4ème de couverture est très explicite, trop ?

Le cercle des femmes ? 3 femmes, 3 générations ; Solange, sa fille et sa petite-fille Lia qui viennent enterrer la bisaïeule Mamie Alice.

C’est un livre sur les secrets de famille bien enterrés qui se retrouvent, au cours de fouilles, mis en plein jour. Ironie puisque l’une d’elle, la petite-fille de la morte, est paléontologue !

Pour faire court : Le mari d’Alice l’a abandonnée avec sa fille Solange pour se marier avec une autre. Pas trop compris comment l’on pouvait se marier sans être divorcé, mais bon, passons… Version « officielle » : Alice ne supportant pas cet état, fait mourir son Pierre de mari dans un accident de voiture (urne funéraire à l’appui).

Ah ! Les secrets de famille, thème souvent abordé par les écrivains ! Il est vrai que cela permet d’actionner plusieurs ressorts, de jouer sur les sentiments. Là, Sophie Brocas a donné aux hommes le mauvais rôle. Grand-mère, mère, fille sont dans les papiers (et non les petits papiers) de la défunte arrière grand-mère qui ont en commun de ne garder aucun homme soit parce que considérés comme inconsistant, soit par peur de s’engager…

Oh ! Malédiction sur ces femmes qui mettent au monde des filles au même âge et les élèvent seules après avoir expulsé le mâle géniteur ! cercle vicieux qui apeure la dernière génération en la personne de Lia, gamine de 20 ans (vraie tête à claques au demeurant). La 3ème génération celle par qui cela passe ou cela casse.

J’ai lu ce livre en une soirée. C’est vrai, il se lit vite, l’écriture est fluide, simple, mais … le fond est peu consistant, beaucoup de clichés, des invraisemblances. Jamais je n’ai pu entrer en empathie avec ces 3 femmes trop stéréotypées.

Un premier roman de Sophie Brocas qui se laisse lire, rencontre sûrement des adeptes, ce que je souhaite à l’auteur, mais qui, pour ma part, ne me laissera pas un grand souvenir. Je verrai avec le second.

 

Voir les commentaires

Publié le 7 Juin 2015

 

Louise

Julie Gouazé

Editions Léo Scheer

août 2014

168 pages

ISBN : 9782756104515

 

4ème de couverture :

« Louise va bien. C’est un principe de base. Une loi fondamentale. Alice est enfermée, Jean est perdu, Marie et Roger ont pris quinze ans dans la figure. Ne vous inquiétez pas, il en faut plus pour entamer Louise ! Elle est forte. C’est un soleil et le soleil ne s’éteint pas. Même la fée Clochette se remet à briller quand on recommence à croire en elle. »

La sœur de Louise, Alice, se noie dans l’alcool. Roger et Marie, leurs parents, les noient dans un trop-plein d’amour. Louise, elle, va tout faire pour garder la tête hors de l’eau.

Roman à l’écriture affûtée, Louise plante son scalpel au cœur des relations familiales. Autopsie d’un bonheur obligé, d’un débordement d’affection qui provoque l’asphyxie, il est un lumineux récit d’apprentissage et une formidable leçon de vie.

Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle vit aujourd’hui à Paris. Louise est son premier roman.

=============

« Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur. ». Une vie normale dans un monde normal, le monde d’avant. D’avant que sa sœur Alice ne parte en Allemagne puis sombre dans l’alcool, que son père aille la repêcher elle et son fils Jean. Oui, ils avaient formé une famille unie, aimante. Maintenant, Louise doit faire avec. D’ailleurs, sa mère le lui avoue « ils ont laissé Louise sur le bord de la route pour tenter de rattraper Alice. Un jour ils reviendront la chercher. Promis. » En attendant, il faut naviguer entre son idole alcoolique, ses parents qui l’étouffent à force de l’aimer mal. Comment continuer à aimer dans ces conditions.

Louise se sent coupable, un sentiment très fort chez elle. Tout comme la honte de cette sœur insortable et la honte de sa honte. « La honte, c’est d’avoir honte de quelqu’un qu’on adore, de vouloir le cacher. La honte c’est de baisser les yeux de rage et de colère rentrées. Louise a honte d’Alice. Louise aime Alice ». Cela fait beaucoup trop de choses sur les épaules de cette jeune fille. Elle garde ses colères rentrées, elle en arrive à mentir, à se taire pour ne pas donner prise. Mais jusqu’à quand ? Louise se tait, enferme tout au fond de son âme, mais son corps lui réagit, elle devient asthmatique.

Louise, le petit soleil, celle que l’on croit, ou veut croire, solide comme un roc, n’est que peur, hypersensibilité. Elle se frottera toute seule à la vie et à ses épines et apprendra, à ses dépens, à dire non. Pourtant, elle gardera toujours intacte cette petite étincelle d’envie de vivre. Un jour, Alice est revenue, elle est sortie du long tunnel d’alcool. « Comment faire maintenant pour retrouver la vie ? Le rire ? Pour que la musique joyeuse ressurgisse ? Que les corps se détendent et que les rides s’estompent ? » A elles de trouver, d’apprivoiser de nouveau la vie, de réconcilier la tête et le corps.

Julie Gouazé donne beaucoup de vivacité à ce livre par des chapitres courtes, des phrases brèves, percutantes et sobres. J’ai aimé l’écriture, j’ai aimé les phrases de ce roman poignant mais jamais voyeur, plein de retenues, de tristesse et d’espoir.

Un très beau premier roman

Alice est partie finalement. Elle est allée s’enfermer dans son appartement de désespoir Seuls les yeux gris d’un tout petit garçon guettent. Avec tous l’amour du monde dans le cœur. Quoi que fasse une maman, elle est toujours la plus belle, la meilleure des mamans. Et c’est très bien comme ça.

Ce soir Louise a eu vingt ans et elle s’en fout. Vingt ans, c’est nul quand on est seul.

Elle se défend avec ses poings, se jambes, ses ongles. Elle se défend pour elle. Pour la rage. Pour la vie. Elle y met toute sa colère, toute sa peur et toute sa force. Et Louise vaincra.

Louise joue la comédie, mais, sans bruit, elle se raccroche à eux. En silence, elle implore leur aide.

Les yeux de Jean transpercent le papier et viennent broyer le cœur de celui qui se risque à regarder cette image.

Voir les commentaires

Publié le 5 Juin 2015

 

Pour vous servir

Véronique MOUGIN

Editions Flammarion

Mai 2015

365 pages

ISBN : 9782081362147

 

4ème de couverture :

« Gouvernante : nom féminin. Personne qui gouverne, qui a le pouvoir en main. Tu parles ! C'est le plumeau que j'ai en main, moi. Je suis celle qui repasse les robes sublimes de Madame, celle qui sert les invités de Monsieur. Personne ne me remarque mais dans l'ombre je les étudie, ces drôles d'oiseaux. Au lieu de faire domestique, j'aurais pu travailler au Muséum d'histoire naturelle. » Aristocrates maniaques, héritière hystérique, intégriste passionnée, industriel névrosé, sénateur épicurien? Leurs points communs : ils sont riches, très riches, et leur gouvernante c'est Françoise. Après vingt ans d'une carrière silencieuse, la voilà qui raconte sa vie et la leur, avec une réjouissante malice. Des hôtels particuliers de Neuilly aux châteaux du Luberon, elle nous entraîne dans les coulisses de ce théâtre contemporain. Mais quelle mouche a bien pu la piquer ?

L’auteur :

Véronique Mougin est née en 1977. Avec « Pour vous servir », elle signe un premier roman à l’humour décapant. Aussi savoureux qu’instructif.

===========

Son Michel de mari, cuisinier de son état a vu trop grand et leur restaurant en faillite. Il faut faire bouillir la marmite et les voici donc lui, cuisinier et elle, gouvernante chez les nantis, autrement dit, larbins chez les richards. Je vois bien cela dans la bouche de Michel qui ne supporte pas cet état de « basse caste ». Tout ceci grâce à Séraphin, ange gominé, propriétaire d’une agence de placements qui a su voir le potentiel de Françoise.

Nous suivons le couple et, surtout, Françoise dans ses tribulations ethnologiques au pays des ultras riches. Michel, quant à lui, fera une immersion œnologique qui les mènera au divorce. Mais revenons à nos plumeaux ! Attention, vous entrez dans la quatrième dimension. Une contrée où « Un bon employé de maison est un employé invisible même quand il est là. » Leçon n°4. Où « Rares sont les pensées intimes, les fantasmes les plus secrets, les penchants inavouables, qu’une gouvernante consciencieuse ne découvre pas. » Leçon n°18. Et oui, le petit personnel voit tout, écoute beaucoup de choses ! Mais bon, il y a des limites « la collaboration courtoise entre patron et employé de maison s’arrête où commence la revendication salariale ». Leçon n° 8

C’est qu’il faut avoir l’échine souple dans ce métier de gouvernante. Accepter d’être corvéable à merci, ne pas avoir de velléité d’indépendance, regarder les patrons vivre leurs vies de nababs, mais ne pas vivre sa propre vie. Comme l’écrit l’auteur : « leur vie s’écoule gentiment, sans eux » Leçon n°23. La leçon n° 29 recadre un peu les choses quant à la domesticité !

Quelle « belle » vitrine ! J’ai ainsi découvert des gens qui ont tout et même beaucoup plus, SAUF l’intelligence du cœur, une bonne éducation et là je ne parle pas de l’instruction !

Le coup du caddy est un des plus grands moments de rigolade, juste à imaginer la scène, bien sûr en y mettant l’accent !

Ce livre est judicieusement conçu. A chaque maison le même rituel. Découverte des patrons, connaissance du milieu, immersion totale dans le microcosme puisque Françoise sera toujours logée, plus ou moins bien, mais logée, fin de la collaboration et pour clore le compte-rendu de mission, une petite leçon pleine d’ironie, de sagesse, de vérités. Une sorte d’anthologie de la gouvernante qui ne tient pas le gouvernail. La description du contrat en CDI de la page 363 est un résumé savoureux de la vie de gouvernante.

Véronique Mougin, même si elle pratique l’ironie pour décrire les patrons n’est jamais trop méchante. Pas de vitriol, comme si elle contenait ses émotions, mais une amertume et une rancœur certaines.

Livre lu dans le cadre du Club des explorateurs initié par le site lecteurs.com. Je remercie Karine pour cette lecture édifiante et savoureuse.

« Partout, Elisabeth n’était entourée que d’œuvres inutiles et belles. En revanche, les objets les plus bassement matériels, leur destination, leur fonctionnement, lui échappaient totalement. Ils provoquaient l’étonnement, parfois une légère répulsion.
— Qu’est-ce que c’est que cette horreur, Françoise ?
— Une paire de gants en caoutchouc, Madame.
— Mais pour quoi faire, grands dieux ?
— La vaisselle, Madame.
— Really ? Très bien. C’est affreux mais si c’est pratique, après tout… L’essentiel est que tout cela reste à l’office, n’est-ce pas ? »

Ainsi ai-je dû dévoiler à Madame les rouages du système scolaire public hexagonal, les subtilités de l'emprunt en bibliothèque municipale et les clés d'un ravitaillement efficace au supermarché. -Vous manœuvrez un chariot en acier dans différentes allées, selon un itinéraire prédéterminé, ah ouiiiiiii?

La marmelade coings finit exposée sur la tablette en marbre de la cheminée, entre la coupe gagnée par Douglas au polo et une gigantesque paire de bois de cerf.
Elisabeth Mac Linley était allée au marché.

Vous avez lu ça Françoise ? C’est une journaliste de Libération qui raconte le quotidien des femmes de ménage, vers Lille, Dunkerque, par là-bas… Intéressant, hein, mais dur, vraiment dur. Toutes ces nanas seules avec leurs enfants, qui triment toute la journée la serpillère à la main, sans horaire… Vous imaginez l’horreur ?
- Très bien Monsieur

Monsieur saisit aussitôt les clés du bolide et m’emmena visiter Paris by night. Il pleura sur mon épaule en m’expliquant qu’il n’aimait que sa femme, puis me proposa un crocher rapide par l’hôtel, ce que je déclinai rapidement.

De temps en temps, Madame aimerait bien rouler son personnel ensanglanté dans un tapis. Pourquoi ? Mais parce que la gouvernante est le témoin de tout, même du pire ! Elle lave à plein temps le linge sale de ses patrons et ça finit par le dégoûter, et ça finit par les humilier.

Voir les commentaires

Publié le 25 Mai 2015

Monsieur est mort

Karine Silla

Editions Plon

Août 2014

228 pages

ISBN 9782259227469

 

4ème de couverture :

A la mort de son père, Vincent quitte l'Inde où il vit depuis quinze ans pour revenir à Paris. Telle une bombe à retardement, cette disparition fait resurgir du passé des traumatismes enfouis. Ce retour sera-t-il le déclencheur pour que se brisent enfin les tabous, que soient dévoilés les secrets et les non-dits familiaux ? Un roman sur la culpabilité, le pardon et le pouvoir de destruction du silence.

L’auteur :

Karine Silla est née le 6 juillet 1965 à Dakar (Sénégal). Dramaturge, réalisatrice et scénariste. (Le Temps qui passe a été jouée aux Mathurins.) Monsieur est mort est son premier roman.

==============

Vincent a fui Paris et, surtout, sa famille pour L’inde. La mort de son géniteur l’oblige à revenir en France. C’est ce voyage de retour que Karine Silla nous raconte.

Oui, Monsieur est mort. Je subodore quelques lourds secrets de famille. Je comprends sa peur, ses angoisses. L’écriture se fait lente, lourde. La solitude est pesante tout comme le passé qui remonte à la surface.

Le voici devant le porche de la maison bourgeoise. Impossible d’entrer. Impossible d’ouvrir cette satanée porte comme s’il avait peur d’ouvrir les portes de sa mémoire. Par petites touches, j’apprends à connaître cette famille de grands bourgeois. Le père se fait appeler « Monsieur » par ses enfants « Cela ne me dérangeait pas, je trouvais même cela assez représentatif de nos rapports. ». Oisif, il n’a jamais travaillé, il collectionne les œuvres d’art et autres déviances que je ne dévoilerai pas. Il ne veut pas que ses propres enfants travaillent. « Mon père nous l’avait dit clairement, il tolérait que nous allions à l’école pour nous cultiver, mais il ne voulait pas que ses fils travaillent. » La mère, étrange beauté froide, ne supporte pas que ses propres enfants l’approchent, déguise ses enfants en fille et joue Bach. « J’ai espéré longtemps qu’elle me prenne dans ses bras, contre sa poitrine… A présent, je n’aurais supporté qu’elle me touche. ». Il y a le frère aîné, Gabriel que Vincent aime tant. Ce garçon a supporté en silence les vilénies (le mot est faible) de son père, protégé ses frères, mais n’a pu supporter la découverte de Vincent. Oui, une famille « bien-sous-tout-rapport » que le père a détruite corps et âmes, dont il ne reste que des « zombies » essayant de survivre.

Ce livre, très scénarisé n’a rien de plombant. Karine Silla oppose la richesse de la famille à la misère affective. Les mots sont justes, pas de fioritures inutiles. Comme dans un film, les flash-back entrouvrent les portes de cette famille très bourgeoise et Vincent les ouvrira jusqu’à l’Ultime porte, celle où repose le corps de Monsieur.

Un très bon premier roman qui ne se laisse pas oublier facilement.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions Plon, #Premier roman

Publié le 20 Mai 2015

Parle-moi du sous-sol

Clotilde Coquet

Editions Fayard

Août 2014

216page

ISBN : 9782213681351

 

 

4ème de couverture :

La fable prétend que le travail est un trésor. Mais pour certains, il est seulement alimentaire. Ils sont nombreux, les employés surqualifiés de ce grand magasin de luxe, à enchaîner les contrats d’une semaine. Comme ce démonstrateur de karaoké spécialiste de Baudelaire. Ou cet ancien militaire, embauché comme vigile juste avant Noël pour éviter un attentat au rayon jouets. Caissière depuis peu au niveau - 1 avec un bac + 7, la narratrice ne serait-elle pas en droit d’espérer mieux ? Elle refuse de croire que ses perspectives se résument au fascicule Encaisser sans problème qu’on distribue aux débutants. Un inconnu à la cantine lui a bien promis des jours meilleurs, mais elle ne les voit pas venir. Et si c’était ça, la vraie vie ? Si l’avenir n’avait rien d’autre à lui offrir que cette menue monnaie à ranger méthodiquement dans le tiroir ? S’ils avaient tous passé leur tour ?

Clotilde Coquet est née en 1977. Parle-moi du sous-sol est son premier roman

==============

Comment parler d’un livre qui m’a ennuyée. Oui, c’est un livre réaliste que d’aucun relie à Zola et Au bonheur des dames, oui, il y a beaucoup d’heures d’observations, oui, c’est réaliste, oui c’est bien écrit… MAIS, voilà, la vie terne de la narratrice n’a pas su m’émouvoir.

Purée, comment peut-elle accepter ce mec qui n’en branle pas une parce que « grand-acteur-incompris », enfin plutôt, gros feignant immature ? Comment ne se bât-elle pas pour réaliser ses rêves ? C’est horrible d’avoir fait toutes ses années d’étude pour se retrouver caissière sans d’autres rêves à réaliser, sans plus aucun rêve et ce, avant d’avoir essayé quelque chose. Je sais qu’il est dur, voire très dur de reprendre son mémoire après une journée harassante, mais d’autres l’ont fait, le fond, alors pourquoi ce postulat ?

Ce livre n’est que tristesse et résignation et je crois que je ne l’ai pas admis. Les renards de la couverture, même attachés, essaieront de se libérer de leurs entraves. Dans le genre, j’ai préféré les tribulations d’une caissière.

 

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Fayard

Publié le 19 Mai 2015

Dans le jardin de l’ogre

Leïla Slimani

Editions Gallimard

Août 2014

224 pages

ISBN : 9782070146239

 

4ème de couverture :

«Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.»

L’auteur :

Leïla Slimani, née en 1981, est journaliste à l'hebdomadaire Jeune Afrique. Elle se spécialise dans l'écriture d'articles sur le Maghreb et le Moyen-Orient. En 2014, elle publie son premier roman, Dans le jardin de l'ogre aux éditions Gallimard.

================

Dès les premiers mots, je suis dans le bain (cf. la 4ème de couverture) et quel bain !! Les mots ne se cachent pas derrière des ellipses, ils sont là, crus, durs, violents, froids. J’ai quelque peu peiné au début, puis je n’ai pas pu lâcher le livre.

Une Madame Bovary revisitée à la sauce DSK, une Belle de jour puissance 100, enfin bref, une dévoreuse d’hommes du côté sexe, le sentiment, elle s’en moque. Mariée à un médecin qui bosse dur, peu enclin aux ébats amoureux et mère d’un petit Lucien qu’elle ne sait aimer. « Lucien est un poids, une contrainte dont elle a du mal à s’accommoder. Adèle n’arrive pas à savoir où se niche l’amour pour son fils au milieu de ses sentiments confus. »

En écrivant cette chronique, j’ai en tête la chanson de Marie-Paule Belle où le sexe est joyeux, la nymphomanie gaie. Adèle, Son addiction au sexe ne la rend pas heureuse. Sauf peut-être la période de « chasse ». Toujours il lui faut mentir, toujours jouer la comédie, trouver des plans pour faire garder Lucien et mentir à son mari, toujours cette peur de la grossesse, du SIDA, se contenir devant les autres pour ne pas se laisser deviner. Elle mène une vie de toxicomane qui ne peut faire autrement que subir ses pulsions.

Adèle, super active dans sa sexualité est atone dans la vie courante. Elle m’a donnée l’impression d’une algue qui se laisse flotter au fil du courant. Son métier de journaliste ne lui plaît pas, elle ne cuisine pas, ne s’intéresse à rien ni mari, ni fils, rien. Elle se cogne aux murs d’une vie qu’elle a voulue pour faire comme tout le monde.

Seule sa mère a deviné la bête, l'ogre qui est en elle. Je pense qu’elle sait exactement de quoi elle parle car je la devine comme Adèle.

Un premier roman cru, violent, désespéré mais jamais voyeur, ni accrocheur, et, surtout pas, érotique. Avec son écriture clinique mais vive Leïla Slimani s’impose dans le monde littéraire et c’est une très bonne chose.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Gallimard

Publié le 11 Mai 2015

Le Caillou

Sigolène Vinson

Editions le Tripode

4ème de couverture :

C’est l’histoire d’une femme amoureuse qui voulait devenir un caillou

===========

Et si ce petit caillou s’appelait Paul ? Oui, on va dire qu’il se nomme ainsi. Oui, on peut, car les choses sont à peu près comme ça. Un caillou, surtout dans la chaussure, dérange, ne se laisse pas oublier. Il en va ainsi de Paul, Paul Overey pour être précise.

Remontons à la source. La narratrice, prof en collège a tout plaqué et s’enferme chez elle. Elle se roule en boule comme un hérisson tous piquants en action pour se protéger. Elle noue des relations avec ses vieux voisins, surtout avec Monsieur Bernard qui vient un jour sonner à sa porte. Féru de sculpture, il n’a de cesse que de sculpter dans la glaise le portrait de la narratrice. Il part très souvent en Corse, mais chut ! Leur amitié ira jusqu’à la mort du vieil homme et même au-delà puisque la narratrice se rendra sur l’île rousse pour retrouver trace de ses passages et y vivre.

Et… Si ce n’était pas tout à fait la vérité. Et si elle avait rêvé sa propre vieillesse. Et si la vérité était beaucoup moins belle. Et si c’était elle qui n’avait pas le beau rôle. Et si….

Sigolène Vinson, d’une écriture alerte, vivante, inventive propose 4 moments de vie : lequel est vrai ? Lequel est fantasmé ?

Et si c’était la narratrice, le petit caillou qui empêche de marcher.

J’ai aimé l’image de la narratrice se fondant dans la roche pour devenir statue.

Merci aux éditions le Tripode et à Julie pour cet excellent voyage au pays des cailloux. Avec la narratrice, j’ai sauté de caillou en caillou, d’une vie à l’autre avec grand plaisir.

Voir les commentaires

Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions le Tripode