Publié le 15 Novembre 2014

Deep winter

Samuel W. Gailey

Traduction Laura Derajinski

Editions Gallmeister

Août 2014

320 pages

ISBN 9782351780787

 

4ème de couverture :

Danny ne sait pas quoi faire du cadavre qu’il vient de découvrir le soir même de son anniversaire. Ce corps, c’est celui de Mindy, sa seule amie dans la petite ville de Wyalusing, en Pennsylvanie. Depuis la tragédie survenue dans son enfance qui l’a laissé orphelin et simple d’esprit, tous les habitants de Wyalusing méprisent Danny, le craignent et l’évitent. Immédiatement, l’adjoint du shérif, un homme violent et corrompu, le désigne comme l’assassin, et tout le monde se plaît à le croire. Mais Danny n’est pas prêt à se soumettre. En quelques heures, l’équilibre précaire qui régnait jusqu’ici chavire.

En capturant vingt-quatre heures d’une des plus noires journées de l’Amérique des laissés-pour-compte, ce premier roman doté d’une puissance d’évocation à couper le souffle expose la violence qui gît sous l’eau qui dort.

L’auteur :

Samuel Gailey a grandi à Wyalusing au nord-est de la Pennsylvanie, population 379. Cette petite ville rurale sert de décor à son premier roman, Deep Winter. Producteur et scénariste réputé, il a conçu des séries télévisées, entre autres pour la Fox, avant d’entamer sa carrière de romancier. Son expérience dans le cinéma se retrouve dans la force implacable de son récit, et dans son habileté à tenir en haleine ses lecteurs. Il vit à présent à Los Angeles avec sa fille et sa femme, Ayn Carrilo-Gailey, également écrivain

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Danny, c’est le simplet du village. Il n’a pas toujours été comme ça. Un trop long séjour dans l’eau glacée du lac où ses parents perdirent la vie, l’a transformé en bredin (lire beurdin) comme l’on dit chez nous. C’est un bon garçon qui ne ferait pas de mal à une mouche. Sokowski, l’adjoint du sherif de Wyalusing (Pennsylvanie), un mec violent, buveur, sniffeur, corrompu, violeur…, le sait très bien et il va se servir d’une façon terrible (le mot est faible) de Danny.

La suite dans les pages de ce livre très efficace.

Efficace oui, je ne pouvais m'empêcher de tourner et tourner les pages pour connaître la suite. Pourtant, à trop jouer sur les stéréotypes éculés du bon, de la brute et de la gentille servante, du sherif alcoolique, des gentils patrons… le livre a perdu, pour moi, de l’intérêt. A trop jouer de la gâchette, je ne pouvais m’empêcher de penser à Rambo (bien que je n’ai jamais vu le film).

Le livre est maîtrisé du début à la fin, comme beaucoup de livres de ce genre, vous savez, ces écrivains qui ont tous à peu près le même style car ils ont suivi les mêmes cours d’écriture. C’est le plus gros reproche que je fais à ces écrivains américains.

OK, je vous l’ai dit, c’est un livre efficace. Samuel Gailey est scénariste et cela se voit, mais il m’a manqué un petit quelque chose pour m’attacher aux personnages.

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Rédigé par zazy

Publié dans #policier américain, #Editions gallmeister

Publié le 15 Novembre 2014

 

Le dernier tango de Kees Van Dongen

François Bott

Editions du Cherche midi

août 2014

ISBN : 9782749130026

 

 

4ème de couverture :

Entouré de jeunes et jolies infirmières, Van Dongen vit ses derniers jours à Monaco en mai 1968. Atteint, entre autres, de la maladie de Parkinson, il n'aura pas le loisir de les déshabiller, de les peindre et de les aimer. Alors il se souvient et reviennent sur ses lèvres ses conquêtes féminines, ses amis Picasso, Max Jacob, Arthur Cravan.
Cette confession imaginaire est un enchantement perpétuel. Une valse folle dont on voudrait ralentir le rythme pour ne pas arriver à la dernière page.
C'est aussi un hymne à la vie, à l'amour, aux femmes et à leur corps.

L’auteur :

François Bott a longtemps dirigé Le Monde des livres. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans et des essais littéraires, notamment La Demoiselle des Lumières (Gallimard, 1997), Sur la planète des sentiments (le cherche midi, 1998), Dieu prenait-il du café ? (le cherche midi, 2002), Radiguet, l’enfant avec une canne (Folio, 2003), Femmes extrêmes (le cherche midi, 2003), Faut-il rentrer de Montevideo ? (le cherche midi, 2005) Femmes de plaisir (le cherche midi, 2007), Vel d'Hiv'(le cherche midi, 2008), La Traversée des jours, souvenirs de la République des Lettres 1958-2008 (le cherche midi, 2010) et Avez-vous l'adresse du paradis ? (le cherche midi, 2012 ; prix Lycéen de la ville de Caen 2013).

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Mai 1968, mois des émois, mois où souffle un vent de révolte, une envie de liberté, bref, le mois des « évènements ». Pour Van Dongen, c’est la dernière ligne droite avant de tirer sa révérence, avant de mourir.

Tout en admirant les courbes et plus de ses «anges blancs », le peintre se souvient des femmes qu’il a peintes, déshabillées, aimées. Sa véritable maîtresse fut la peinture. Il a fait partie des « fauves » avait pour amis des peintres comme Vlaminck, Matisse…

Des pans de son histoire ressurgissent, les années 20, les années folles ! La funeste année 1939, son voyage au pays hitlérien « Tant pis si j’étais un salaud. Cela servait ma carrière. Du moins je le croyais. » « A la libération, cela m’a valu, pendant quelques temps, d’être mis à l’index, mis en pénitence. Tant pis ! J’ignore le repentir et les regrets. Les remords, ce n’est pas mon genre ».

Kees Van Dongen est un jouisseur, un amoureux de la vie. On lui a reproché d’être mondain. « C’est vrai, j’aimais les grands hôtels, les champs de cours, les casinos, et je ne regardais pas à la dépense. J’étais fastueux que voulez-vous ? »

François Bott se met dans la tête et le corps de Van Dongen pour mon plus grand plaisir avec une écriture fine, spirituelle. Une façon élégante de nous donner une petite leçon d’histoire de la peinture contemporaine.

Lorsque j’ai trouvé l’œuvre du peintre sur Internet, je me suis dit : « oui, mais c’est bien sûr ! » Ces yeux immenses outrageusement maquillés de noirs, ces couleurs franches, ces femmes si longilignes !

Le vieux type se disait qu’une femme qui se farde, se maquille, ce n’est pas de la frivolité, c’est de la peinture

Mes ennemis me traitaient de fanfaron, de matamore. Chez les autres –mes amis ? -, j’avais une réputation de fauve, de sauvage, de barbare dans ma vie comme dans ma peinture et mes amours. C’est vrai que j’avais quelque chose en moi de primitif.

Mon existence fut une parade. J’aimais épater la galerie, faire parler de moi, même si l’on en disait du mal.

La peinture était ma seule maîtresse. Pour une femme, c’est une rivale plus redoutable, plus terrible que les autres femmes.

Ces crétins- mes détracteurs- n’ont pas su deviner, discerner l’irréparable mélancolie, la détresse qui se dissimulaient dans mes tableaux, sous le fard, sous le maquillage, sous les couleurs et les airs de fête. J’ai maquillé, en quelque sorte, le tragique de la vie, comme font les clowns et les humoristes.

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Publié le 14 Novembre 2014

Sous les couvertures

Bertrand Guillot

Editions Rue Fromentin

180 pages

Juin 2014

ISBN : 9782919547326

 

 

4ème de couverture :

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité. Où l’on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs… et pourquoi, à l’habit des académiciens, on a ajouté une épée.

L’auteur :

Bertrand Guillot est l'auteur de quatre ouvrages : le roman Hors-jeu (Le dilettante), B.a, ba (Editions rue Fromentin), son livre-reportage sur l’illettrisme et Le métro est un sport collectif (Editions rue Fromentin), recueil de chroniques consacrées au métro parisien. Avec Sous les couvertures, il s'attaque au conte pour en faire roman iconoclaste, une merveille d'originalité.

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Je vous la fais tout de suite, je sais que vous l’attendez : j’ai lu ce livre, « Sous les couvertures » bien au chaud sous ma couette !

Un libraire de quartier en difficulté a une très grosse envie de baisser les bras tant il est submergé par tous ces livres qui sont publiés et qui finiront au pilon. Sa clientèle a vieilli avec lui et le renouvellement n’est pas arrivé malgré Sarah, sa jeune stagiaire. Nous sommes samedi soir, il ferme sa boutique, baisse le rideau et s’en va chez lui plein d’amertume et de fatigue. Lundi, il recevra les nouveautés de la rentrée littéraire et devra mettre dans les cartons les livres qui partiront dans le couloir de la mort des invendus puis au pilori. Les livres du Boudoir le savent…. Le tri se fera parmi eux et non pas auprès de ceux des tables, les prix, les best-sellers.

Alors, branle-bas de combat parmi les livres du boudoir. « Grand » prend les choses en main, accompagné de « Junior » et de « Mauve ». On va voir les anciens qui ont pour nom « l’Académicien », « Douleur d’Ecrire », « l’Auteur », « Vieille Gloire »… Serait-ce les premiers soubressauts d’une révolte, que dis-je ! Une Révolution !

Ça discute, ça fouraille, ça fomente, ça se dispute, pire qu’à l’Assemblée !! Et pourquoi tout cela ? Pour que finisse cette attente sans fin, cette ségrégation. Pourquoi les livres vendeurs, les prix et tous ceux qui connaissent la gloire sont-ils devant et pas eux ? C’est la double peine pour ceux du Boudoir ! Ils ne bénéficient pas d’une grande publicité télévisuelle, n’ont pas obtenu de prix, ce sont d’anciennes gloires très amères, seuls quelques illustres inconnus les lisent, …. Enfin bref, tout le menu fretin de la librairie. C’est qu’ils la voudraient bien la place au soleil ! Oh, pas grand-chose, juste une quelques jours, enfin connaître le plaisir d’être saisis, palpés, découverts, feuilletés et, le Graal : achetés par les clients.

Le vieux libraire et la jeune Sarah représentent deux façons différentes de voir le fonctionnement d’une librairie. Lui, qui était à la pointe du progrès lors de la création de sa boutique, est fatigué, las, ne veut plus rien changer. Il n’a plus la pêche pour tout chambouler, reste sur ses positions. Sarah représente la nouvelle génération, donc la lumière, l’oxygène. Elle voudrait mettre quelques une de ses idées en place. Dans les livres comme chez les humains, encore et toujours le grand débat des anciens contre les modernes.

Cette bataille des livres pendant la fermeture de la boutique m’a fait penser à un dessin animé où les jouets s’animent la nuit : Merci le moteur de recherches : Toy Story !!

Je savais qu’il y avait des lutins qui venaient la nuit déplacer les chaussons de place. Certains de mes livres disparaissaient pour réapparaître sur une autre étagère ! Oui, oui, je vous le promets. Maintenant je sais que les livres sont des objets animés qui ont une âme. J’aimerais tant surprendre leurs activités nocturnes, mais je crains que ce soit perdu d’avance, comme pour le Père Noël.

Un livre drôle, certaines scènes sont hilarantes, comme cet onanisme littéraire. Sous ses propos légers, Bertrand Guillot parle du malaise du monde de l’édition et des libraires. Un monde en pleine mutation avec les ventes en ligne, les tablettes, les livres numériques. Ces officines du plaisir que sont, pour moi les librairies, doivent inventer, créer, trouver les mille et une façons d’intéresser le client pour qu’il devient lecteur, assidu si possible.

Merci Bernard Guillot pour cette déclaration d’amour pour les livres et les vraies librairies

Je remercie Price Minister qui, dans le cadre des matches de la rentrée 2014 m’ont permis de lire ce livre désopilant. Cela fait un bien fou après un livre plus dur sur la guerre 14-18 ! J’ai, de plus, découvert une nouvelle maison d’Editions : Rue Fromentin

Merci Oliver pour ton humour

Ma note : 17/20

                         

Chaque soir, il les regardait, muets et immobiles. Et chaque soir, au moment de baisser son rideau, il ne pouvait s’empêcher de songer que peut-être, en son absence, les romans se mettaient à plaisanter entre. C’était un pressentiment de vieux gamin, un songe de vrai libraire. Sa façon d’aimer les livres.

Le pilon ! Tous en connaissaient le nom mais bien peu savaient à quoi il ressemblait réellement. Dans cette ignorance s’engouffraient les angoisses les plus folles. La machine du diable ! murmurait-on. Un broyeur immense réduisant les mots en matière brute et le papier en pâte à mâcher.

Quand on lui demandait en quoi consistait son métier, il se disait passeur, parfois entremetteur : il connaissait ses clients et dénichait toujours le livre qui correspondait à leurs envies du moment ; il s’amusait aussi parfois, aux heures creuses, à imaginer à quelles mains il pourrait confier un auteur qu’il venait de découvrir.

Suspendu dans l’air, il commença à lentement frotter ses pages les unes contres les autres. Son papier frissonnait comme dans une brise d’été. Peu à peu, il accéléra son geste, en rythme puis en saccades, et l’accent de son titre fut pris de tremblements comme s’il battait des cils
- mais, il se… murmura Grand
- littéralement, souffla Conteur.
Bientôt les frottements s’accélèrent, l’Académicien oublia toute grâce en s'oubliant lui-même, il avait maintenant les yeux fermés et s’abandonnait pleinement, le circonflexe tendu à la limite de la rupture, jusqu’à ce qu’il ne laisse tomber à terre, presque invisibles, de minuscules traces d’une poudre d’encre échappée d’une de ses pages centrales.

Et comment on pouvait encore être libraire, à l'heure où les mêmes clients qui vous reprochaient de ne pas avoir tout lu se tournaient vers des libraires en ligne qui précisément ne lisaient rien ?

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Publié le 12 Novembre 2014

 

L’enfer de Verdun

Félicien Champsaur

Préface Hugues Béesau

Editions Le Vampire Actif

Octobre 2014

100 pages

ISBN : 978-2-917094-13-6

 

4ème de couverture :

Ecrit en janvier 1917, L’Enfer de Verdun constitue la préface de l’Assassin innombrable, une pièce de théâtre hybride, au vitriol, publiée la même année.

C’est un texte étrange, où l’excellence du verbe est mise au service du réalisme aigu, direct et violent des descriptions et des perceptions de Verdun, des tranchées, des paysages, des forts, des cadavres et de la boue, mais aussi d’une proximité entre un écho propagandiste marqué, des élans patriotiques naïfs et l’abnégation monastique des soldats français et allemands, victimes injustement sacrifiées.

Un mélange surprenant et unique dans la littérature de l’époque qui en fait un écrit incontournable, rare et détonnant.

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Hugues Béesau, dans sa longue et très bonne préface remet l’article de Félicien Champsaur dans son contexte. Ce préambule est enrichi par des extraits d’autres romanciers, comme Maurice Genevoix, d’extraits d’articles de journaux, d’extraits de lettres d’Etienne Tanty. Il relate toute l’horreur de l’enfer de Verdun, de cette guerre qui fit trop de morts dans les deux camps.

Novembre 1916, sous le haut commandement du Général Nivelle, les forts de Douaumont et de Vaux sont repris à l’ennemi. Félicien Champsaur reçoit un courrier l’invitant à visiter les conquêtes françaises. Journaliste, dramaturge, écrivain, il accepte « avec joie » la proposition, tout ébloui qu’il est par ces victoires françaises sur l’armée boche. Le voici donc journaliste embarqué comme nous disons maintenant.

Au début, le ton est « mondain», presque patelin, puis au fur et à mesure de l’avancée de la visite, la dramaturgie augmente. Reste cet élan patriotique et lyrique que n’entravent pas les descriptions presque photographiques des tranchées sous la boue. « Pour la première fois de ma vie, je contemple la Guerre, et je guette avidement ses regards de feu, du côté de Douaumont et de Vaux, les beautés espacées et puissantes de son souffle. » Dans ce début de reportage, le sacré et le mystique se partagent les mots de Champsaur ; « Oui la guerre a sa noblesse, sa splendeur, sa purification. Les visage de tous les saints de cette thébaïde ont dépouillé les empoisonnements qui marquent tant de figures dans la vie civile ». Il ira jusqu’à comparer leurs regards à ceux des Trappistes et autres moines. Les soldats reviennent du front, de l’affrontement, et offrent aux visiteurs leurs visages épuisés, résignés, terreux, là ils n’avaient plus dans les yeux cette exaltation héroïque, mais on y lisait la fatigue, la peur...

Première confrontation avec la boue « c’est la boue qui nous attaque, nous empoigne aux chevilles, aux mollets, la boue effrayante. » puis avec la mort « Soudain, je glisse et crois m’agripper à une souche qui dépasse la paroi de terre : c’est le soulier d’un cadavre en train de glisser, de sa gangue de glaise, doucement, dans la tranchée. » (Cette phrase m’a marquée). La boue est leur pire ennemi, la mouscaille comme disent les poilus. C’est même le « personnage principal » de cet opus.

Lorsque le journaliste laisse filer ses compagnons devant, il se retrouve seul dans la boue, dans le brouillard « Seul, j’ai eu peur ; en groupe, on est brave, et, s’il y avait du péril, on aurait peur seulement de paraître avoir peur. »

Les forêts n’existent plus, les quelques arbres ne sont que des squelettes « Ces squelettes de bois dévastés, dans leur âme forestière, obscure et collective, se souvienent-ils d’avoir eu des feuilles ? »

Tous ces soldats tombés au champ d’horreur « Ils engraissent la boue et la sanctifient ».

Maintenant, il sait, il voit « Je suis venu ici, voir de près la Guerre, et je « La » regarde goulûment. »

Encore et toujours des élans patriotiques : « De cet enfer de Verdun doivent sortir, dans l’histoire, une autre ère, plus douce, une fraternité des peuples, une autre géographie mondiale. » Juste avant de retourner bien au chaud et au sec à la table de Nivelle, il prendra sur le corps d’un soldat allemand, une lampe électrique qui lui permet, en conclusion de son article, une dernière envolée lyrique.

Les descriptions de Félicien Champsaur sont réalistes, évocatrices de l’horreur qu’il a vue. Il se pose même cette question « Est-ce que j’aimerais la guerre » lorsqu’il décrit le champ de bataille comme épouvantable et magnifique. Oui, il a, comme beaucoup de français, la haine du boche, du prussien. Pourtant, soldats français et prisonniers allemands «… se regardent sans haine. Ce sont tous des hommes, des victimes des orages d’en haut… »

Félicien Champsaur oscille entre l’horreur qu’il voit, décrit et le patriotisme exacerbé par les paroles officielles de généraux dont Nivelle, la haine du boche, ce besoin, peut-être, de se galvaniser pour continuer de croire en une victoire rapide et définitive. Le ton est très journalistique, les descriptions sont superbes et dures à la fois, mais presque cliniques. Je n' ai ressenti aucune émotion dans le texte de Félicien Champsaur.

Un texte à lire, relire pour accepter cette dualité entre l’horreur et le patriotisme les morts

Un grand merci à et aux qui, dans le cadre de la voie des indés m’ont permis cette lecture, ce voyage dans l’histoire que je n’aurais peut-être pas faits de moi-même.

 

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Publié le 6 Novembre 2014

 

J’ai tué Schéhérazade

Confessions d’une femme arabe en colère

Joumana Haddad

Traduction Anne-Laure Tissut

Editions Sindbad

Septembre 2010

144 pages

ISBN 9782742792801

 

 

4ème de couverture :

Si vous abordez ces pages en quête de vérités que vous croyez déjà connaître ; si vous espérez être conforté dans votre vision orientaliste, ou rassuré quant à vos préjugés anti Arabes ; si vous vous attendez à entendre l’incessante berceuse du conflit des civilisations, mieux vaut ne pas poursuivre. Car je ferai dans ce livre tout ce qui est en mon pouvoir pour vous «décevoir».” C’est en ces termes que Joumana Haddad s’adresse au lecteur occidental avant de lui expliquer comment elle et ses semblables peuvent être des femmes libres dans un monde arabe pourtant ravagé par le despotisme et l’obscurantisme.
Mêlant témoignage personnel, méditations, poèmes, elle raconte d’abord ses premiers émois, lectrice toute jeune encore du marquis de Sade, puis son expérience d’adolescente qui grandit dans une ville en guerre, Beyrouth, puis de jeune femme écrivant de la poésie libertine, enfin de femme de quarante ans qui édite le premier magazine érotique en langue arabe.
Tuer Schéhérazade, c’est à la fois vivre et penser en femme libre, en femme arabe et libre, comme il en existe tant… qu’on s’interdit de voir et d’entendre.

L’auteur (source Actes Sud) :

Joumana Haddad est née en 1970. Elle dirige les pages culturelles du quotidien An-Nahar, ainsi que le magazine Jasad (Corps), qu’elle a fondé en 2009. Journaliste et traductrice polyglotte, elle a interviewé de grands écrivains comme Umberto Eco, Wole Soyinka, Paul Auster, José Saramago et Mario Vargas Llosa. Poétesse, elle a publié cinq recueils, dont Le Retour de Lilith (Babel n° 1079), pour lesquels elle a reçu divers prix, notamment le prix de la fondation Metropolis bleu pour la littérature arabe (Montréal, 2010).
Actes Sud / Sindbad a également publié ses essais J’ai tué Shéhérazade. Confession d’une femme arabe en colère (2010 ; Babel n° 1158) et Superman est arabe (2013).

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Comme elle le dit dans sa préface, Joumana Haddad a écrit cet essai, pamphlet devrais-je dire, suite à la phrase d’une journaliste occidentale : « La plupart des Occidentaux n’imaginent pas qu’il existe des femmes arabes libérées comme vous ».

De la colère, j’en ai trouvé à chaque page. Joumana Haddad s’insurge aussi bien contre l’image perçue par nous occidentaux que par l’image que donnent les femmes arabes elles-mêmes. « Oui, une « autre » femme arabe existe. Elle doit être remarquée. Elle mérite d’être reconnue. Et je suis là pour raconter son histoire : parmi celle de beaucoup d’autres, la mienne. » Le stéréotype de la femme arabe voilée, victime, isolée existe, mais elle voudrait tant que l’on regarde les autres, les battantes, celles qui n’attendent pas tout d’un bon mariage, celles qui sont exécutrice de leurs propres existences. Pourtant, elle n’est pas la féministe pétroleuse que ses écrits pourraient laisser penser. C’est une femme, heureuse d’être une femme.

Joumana Haddad a grandi à Beyrouth dans une famille catholique pratiquante et traditionaliste. Tout a commencé lorsque vers l’âge de 12 ans, elle découvre Sade et autres auteurs sulfureux dans la bibliothèque de son père. La littérature a toujours été un garde-fou contre les fureurs de la guerre, pour cette poétesse qui a soif de liberté, qui fuit les contraintes.

Imaginez-vous : femme arabe vivant à Beyrouth -donc, pour certains mâles, une sous-classe-. Vous décidez de créer un magazine. Pourquoi ne pas l’appeler Jasas (corps en arabe) ? C’est ce qu’a fait cette Joumana Haddad. Avouez qu’il faut un sacré culot ou, comme elle l’écrit une bonne dose de folie. Attention, ce n’est pas du porno. Tout y est traité que ce soit sous l’angle littéraire que médical ou social. Pourquoi ce magazine ! « Je sentais une frustration croissante de ce que notre superbe langue arabe avait été justement privée de tout un pan de ses potentiels, de son lexique et de son imaginaire. La plupart des thèmes relatifs au corps étaient devenus tabous au cours de l’histoire récente, alors que notre héritage littéraire antique regorge d’œuvres à faire rougir le plus obscène des auteurs occidentaux. »

Et elle a tenu bon contre vents et marées, contre les jugements, les formules vengeresses « Tu mérites d’être lapidée à mort. Tu pourriras en enfer. Tu corromps nos enfants... »

Que cette femme arabe, qui se revendique arabe, laïque, ose braver ainsi l’univers masculin, je crie bravo et j’applaudis des deux mains. Porter l’étendard de l’athéisme dans ce pays hyper religieux est plus qu’un défi.

L’intégrisme n’est pas que musulman comme elle l’explique dans le chapitre 6.

Parce que, voyez-vous, le sexisme, malheureusement, n’existe pas que dans les pays arabes. Il est partout.

Joumana Haddad a tué Schéhérazade pour que les femmes arabes n’aient plus à obéir, négocier, s’aplatir pour vivre, parce qu’elle représente « un complot contre les femmes arabes en particulier et les femmes en général ». Elle s’en explique dans le très beau chapitre « Post-partum ». Joumana Haddad n’oublie pas d’inviter, par des citations de leurs ouvrages, d’autres femmes arabes vivant dans des pays arabes qui, comme elle, luttent pour leur liberté.

L’intégrisme n’est pas que musulman comme elle l’explique dans le chapitre 6 « Femme arabe ne craignant pas de provoquer Allah » et le sexisme est partout.

Lisez ce livre qui a pour sous-titre « Confessions d’une femme arabe en colère ».

Lire l'avis de Coccinelle

Cher Occidental,
Si vous abordez ces pages en quête de vérités que vous croyez déjà connaître ; si vous espérez être conforté dans votre vision orientaliste, ou rassuré quant à vos préjugés anti Arabes ; si vous vous attendez à entendre l’incessante berceuse du conflit des civilisations, mieux vaut ne pas poursuivre. Car je ferai dans ce livre tout ce qui est en mon pouvoir pour vous «décevoir».

Enfin, et le point est d’importance, bien que je sois une soi-disant« femme arabe », moi et mes semblables ressemblons beaucoup à… VOUS !

Ces « voleurs » nous ont privées de nos vies privées. Ils nous ont volé notre liberté individuelle et civique (le droit de vivre librement, de choisir librement, de s’exprimer librement…). Ils ont détourné notre culture, l’ont profanée et assassinée. Ils en ont fait ainsi de notre avenir, de notre civilisation et de l’héritage arabe des Lumières. La liste de leurs actes de vandalisme s’allonge.

Pour être arabe aujourd’hui, il faut être hypocrite. Parce qu’il est impossible de vivre et de penser selon son gré, en toute sincérité, spontanément et avec candeur. Scindé en deux, on est privé du droit de dire la vérité à l’état brut (et la vérité est brute ; c’est son rôle et sa force), parce que la majorité arabe dépend d’un tissu rassurant de mensonges et d’illusions.

Oui, l’obscurantisme prolifère telle une moisissure, générant des montagnes de menaces, d’agressions, de démagogie et de charlatanisme.

N’ayez pas peur des livres, même les plus dissidents, et en apparence les plus « immoraux ». On ne se trompe jamais en choisissant la culture, qu’elle soit sophistiquée, pop, éclectique, antique ou moderne. Je suis convaincue que la lecture est l’un des plus puissants outils de libération que l’être humain et la femme arabe contemporaine puissent exploiter.

Une femme qui transgresse, c’est « osé ». Un homme c’est ordinaire : il « examine tous les aspects de la vie par l’écriture ».

Tuer Schéhérazade, c'est à la fois vivre et penser en femme libre, en femme arabe et libre, comme il en existe tant... qu'on s'interdit de voir et d'entendre.

Je le répète, y a-t-il une différence authentique, significative et définitive entre la situation de la femme arabe musulmane et celle de la femme arabe chrétienne ? J’ai peur que non. Pas en profondeur. L’injustice, les doubles critères et les préjugés sont visibles avec plus d’évidence chez la première, c’est tout. Or, l’évidence est presque toujours un piège.

Il faut avoir fait l’expérience de la discrimination pratiquée par l’Eglise contre la femme, et vu de près les fondamentalistes chrétiens à l’œuvre, qui ne valent guère mieux que les fondamentalistes musulmans, et lu les mots de saint Paul concernant les femmes, avant de se permettre de semblables déclarations (non pertinentes).

Permettez-moi de le répéter : toutes les femmes arabes ne courbent pas l’échine. Il suffit pour en avoir des preuves flagrantes, de lire les essais d'intellectuelles…

« […] Rien n’est ce qu’il paraît », a écrit Franz Kafka. Il est grand temps que nous tous, Arabes et non-Arabes, en Orient et en Occident, commencions à la croire.

Oui, j’ai tué Schéhérazade. Je l’ai tuée en moi. Et je suis fermement résolue à continuer de tuer tout ce qui montrerait la moindre ressemblance avec elle, en apparence ou en actes, dans mon inconscient, mon imagination et mon esprit.

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Publié le 2 Novembre 2014

 

Le Best-seller de la rentrée littéraire

Olivier Larizza

Andersen Editions

Collection Humour

Septembre 2014

228 pages

ISBN : 9782372850049

 

4ème de couverture :

Quel est l’hurluberlu qui a inventé la rentrée littéraire ? Si l’argent ne fait pas le bonheur, pourquoi les éditeurs n’en donnent-ils pas plus ? Comment un auteur traversant une période de vaches maigres peut-il faire un bœuf en librairie ? Et le grand Shakespeare, il chaussait du combien ?

Ces questions fondamentales tenaillent Octave Carezza, écrivain de 37 ans qui rêve d’écrire un best-seller et de trouver l’amour. Il lui arrive moult aventures rocambolesques avec ses lectrices, ses éditeurs, ses confrères croisés dans les salons du livre, cette drôle de dame qui s’appelle Inspiration ou encore l’e-book, invention fabuleuse qui va révolutionner nos vies avant de nous pousser à faire la révolution…

Avec un sens de l’humour irrésistible, Olivier Larizza brosse une satire épatante de nos mœurs littéraires.

Biographie :

Né en Lorraine, Olivier Larizza vit en Martinique et à Strasbourg. Là, il possède un manoir du XIXe siècle sur la tour duquel nichent des cigognes. Avec le temps et les quignons de pain qu’il leur distribue, elles sont devenues ses plus ferventes admiratrices. Elles portent des lunettes roses et des sacs en croco, et adorent caqueter littérature...

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Quel est cet hurluberlu qui, d’office, place son livre comme LE best-seller de la rentrée ? Non mais quelle outrecuidance !!

Dès les premiers chapitres ça part sur les chapeaux de roue, ça va à 100 à l’heure. J’ai donc attaché ma ceinture dare dare avant de continuer.

C’est que, sous ses airs intellos, il mordait presque le toutou de la couverture !

Ainsi donc Octave Carezza, puisque c’est de lui qu’il s’agit, quitte « le panier de crabes de l’éducation nationale » pour se consacrer uniquement à son art, écrire des romans. Pardon, il a une seconde activité : l’angoisse de la page blanche.

Chaque début de chapitre est ponctué par une voix écriture off. Ainsi débute le premier : « Génie méconnu de tous, y compris de lui-même, auteur de plusieurs chefs-d’œuvre qui n’ont pas encore été écrit, M. Larizza vous propose ici son nouvel opus, une sorte de satire des mœurs littéraires à la française. » Nous voici avertis, jamais mieux servi que par sa voix off.

Môssieur a des lettres, professeur de littérature comparée oblige ; Le livre est émaillé de citations fortes intéressantes. Môssieur fait l’amour sauvagement (bien entendu). Môssieur donne dans le tailleur pour homme. La version 2014 est centrée sur les formes ou l’absence de formes du sieur Houellebecq, particulièrement gâté dans cet opus.

Comme il faut bien manger, payer son électricité… Sieur Larizza, sur les conseils éclairés de son libraire, décidé « d’écrire bio ». Ici, il convient d’entendre biographie. Dieu étant difficile à interviewer, il se lance, sur commande, dans celle de Jean-Eudes Plateau, inventeur de génie. Comment ça, vous ne connaissez par Monsieur Plateau ? Pourtant vous utilisez souvent sa création. Cherchez bien, vous trouverez et, si vous donnez votre langue au chat (angora de préférence) passez au chapitre « le petit marchand de prose » à partir de la page 56. Grâce à cette bio très documentée, vous ferez fureur (sans moustache) dans les dîners et cocktails.

Vous souhaitez vous lancer dans l’écriture d’un livre, surtout sa publication ? « L’édition sentimentale » est pour vous. Vous saurez que le requin n’est jamais mort. L’éditeur, enfin celui- de Monsieur Larizza, en a sous la botte.

Le moment d’anthologie de ce bouquin: les liseuses électroniques. « Kindle et Kobo dans un bateau » Alors là, heureusement que je lis sur papier, car j’en aurai fait tomber la tablette (et donc cassé) tant je riais. Monsieur l’écrivain, que vous avez raison en parlant des « vraies pages » ! « Je les palpe et je les sens et je les pelote comme un mec en rut privé d’amour charnel pendant une décennie. ». Avez-vous remarqué que les deux engins commencent par la même lettre : K. Comme Katastrophe ?

L’entretien avec Bernard Pinot-Noir (cépage bourguignon) est bien enlevé. Je ne parlerai pas, mais un peu quand même, de l’instant fort connu, où Bukowski fin soûl a dû quitter le plateau (retour sur Jean-Eudes) de Bernard Pi(v)not-Noir.

Monsieur Olivier Larizza, vos chutes (reins ou Niagara, rayez la mention inutile) closent le sujet d’une façon ferme et définitivement étonnante.

 

Grace à ce livre, j’ai fait le tour du monde de l’édition en 10 chapitres plus hilarants les uns que les autres. Les bons mots se succèdent. L’écriture au vitriol (quelque fois) est réjouissante. La galerie de portraits fort bien troussée pour ce qui me concerne.

J’y ai trouvé une bonne définition de la maladie d’Alzheimer pour bobo mâle apeuré : « Assurément, Aristide, tu n’aurais pas envie de partir en croisière avec une méchante mamie qui ne se rase jamais les guiboles et ne change de bas qu’une fois par trimestre, n’est-ce pas ? Dis-toi que c’est à ça que ressemble Alzheimer. Alors prends consciencieusement tes omégas 3. »

Vous comprenez que j’ai apprécié ce livre loufoque -mais pas que-, ironique, des fois mordant –peut-être pas assez-. Les jeux de mots, même éculés, ont toujours un effet euphorisant sur moi. Oui, bien sûr, j’aurais aimé un peu plus de, un peu moins de, mais… bon… bref… la critique est facile, surtout quand on cherche la petite bête. Et comme « tout à une fin, sauf le saucisson qui en a deux », vous pourrez dire à votre voix off que j’ai apprécié ma lecture.

Encore un petit mot Monsieur Larizza, être publié aux éditions Andersen, c'est un vrai conte de fées (je ne pouvais pas la louper celle-là).

Je remercie la toute jeune maison d'éditions Andersen pour cette lecture clin d'oeil et bon vent à vous

- Je ne serai heureux que lorsque je serai un occis mort.
- Ce qui est un pléonasme, repartis-je dans un réflexe d'ancien prof de littérature
- Un occis mort est un pléonasme ?
- Ou une tautologie, comme tu voudras. En tout cas, ce n'est pas un oxymore, si tu m'autorises ce trait d'esprit.
- Comment un occis mort pourrait-il ne pas être un occis mort ?
- Tu confonds le pléonasme et l'oxymore. Un occis vivant est un oxymore.

- Ne me dites pas que vous avez pris ça au pied de la lettre ! S’énerva-t-il. C’était de l’humour noir, évidemment ! J’ironisais sur le désastre….
- Mais vous n’avez pas écrit LOL à la fin de votre mail ?
- LOL ? Quoi LOL ? C’est quoi ce truc ?
Fossé générationnel. Je m’excusai de l’avoir dérangé et laissai mon éditeur sexagénaire à ses occupations.

Il avait pointé sur lui un doigt autoritaire en le sommant : « Obtempère ! » L’élève lui avait rétorqué : « Nique ta mère ! » Et lui avait cassé la gueule.

Certains lecteurs qui viennent à mon stand converser avec moi s’excusent par crainte de m’ennuyer avec leurs propos ; mon Dieu, s’ils savaient comme je suis blindé ! Quant à savoir comment les intéresser eux et concevoir un livre qui les emballerait, franchement je donne ma langue au chat !

Alors que nous longeons un champ où paissent des moutons, il me vient cette réflexion inspirée de Schopenhauer : la pierre angulaire de toute réalité est une volonté cosmique aussi aveuglante que contingente, dont l’univers connaissable n’est que le reflet phénoménal…

Grâce à la télévision, je suis devenu riche et célèbre, aussi ai-je pu employer des Nègres. Mais des vrais Nègres, comme Alexandre Dumas : des Antillais ! Cela me semblait alors logique puisque j’envisageais de me lancer dans le roman noir.

Vous savez, les livres, c’est comme les enfants : le plus difficile ce n’est pas de les faire, c’est de les élever. Je n’ai plus écrit aucun des bouquins que j’ai publiés par la suite, mais je les ai tous reconnus et j’ai assuré leur promotion de bout en bout, en bon père de famille. Vous voyez, tout le mérite me revient finalement.

Quand j’étais pauvre, on me reprochait mon caractère de cochon ; dès que j’ai connu le succès, on m’a trouvé de la personnalité !

Houellebecq, c’est de l’écume médiatique qu’on prend pour du corail littéraire. Ses traces sur la page seront, comme sur une plage, bientôt effacées par la nouvelle vague. Enfin, je dis cela surtout parce que je suis jaloux à en crever !

« E-book, e-monde, e-gnoble ! » Si vous voyez le jeu de mots…

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Rédigé par zazy

Publié le 28 Octobre 2014

 

L’autre pays

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Avril 2014

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

« A cet instant, je sais que le périple italien ne s'aventurera pas plus au sud, comme si j'avais trouvé un pays à Craco, un pays certes sans ossements, sans tombes qui portent mon nom, sans murs de famille mais un pays tout de même ». Dans ce récit charnel et poignant, Sébastien Berlendis nous invite à un voyage en Italie, à la recherche de traces familiales et amoureuses. Une traversée des lieux en une longue rêverie où affleurent des images, des visages, des paysages comme s'il s'agissait de photographies cadrées avec l'urgence du désir.

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De retour en Italie avec le second livre de Sébastien Berlendis. Bien qu’il n’ait pas la même densité mélodramatique que le précédent, la poésie de son écriture m’a attirée dans son sillage.

L’autre pays, celui du cœur, du berceau de la famille. Je ne connais pas l’Italie et n’ai pas cherché à suivre son trajet sur une carte. J’ai préféré le flou artistique et les photos surgies au fil de ma lecture. Comme dans son précédent livre, les paragraphes sont de véritables instantanés photographiques. Il y a plus de poésie, de tableaux impressionnistes, de sensualité dans ce livre.

Il n’ira pas au-delà de Craco. Il y a trouvé SON pays dans les ruines de ce village dévasté par un tremblement de terre. Il se recréé sa nostalgie de l’Italie de ses ancêtres.

J’ai aimé feuilleter ce livre-album en sépia, en noir et blanc ou en couleurs selon les périodes, les rencontres ; souvenirs d’enfance, récit de voyage, re-découverte de lieux… Les odeurs, les couleurs sont très présentes

La mélancolie sied bien à ce livre et j’ai aimé mettre mes pas dans les roues de Sébastien Berlendis.

Un livre où il fait bon repiocher, de temps à autres, quelques paragraphes-photos.

 

Je vais de places en places pur me perdre dans le Quadrilatère romain dont la vitalité et la jeunesse me surprennent. J’avais le souvenir d’un vieux centre délaissé, de rues noires et inquiétantes.

J’écoute les mots de Federica. Des mots que je comprends à moitié mais qui ne scellent pas les lèvres. Et l’abandon timide à son corps, le silence des toits de Ferrare, la fatigue et le sommeil qui se refuse, la gêne du matin, lorsque la pudeur bâillonne la poitrine.

Dans la chambre, j’essaie de reconstituer le trajet de mes aïeuls.

En fin de jour, une jeune femme brosse ses cheveux noirs, et j’aime l’étrangeté du visage, la légère plissure asiatique des yeux et l’alignement des grains de peau depuis la bouche jusqu’aux seins.

Elle apparaît sans voile et sans frange, les épaules et la nuque découvertes. Sur ses hanches une robe leste et flottante, une de ces robes de vent dont l’échancrure plonge si bas dans le dos que je peux apercevoir deux fossettes qui creusent la rondeur des fesses. Gianna a des airs d’enfance inachevée.

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Publié le 22 Octobre 2014

On ne va pas se raconter d’histoires

David Thomas

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mai 2014

160 pages

ISBN : 9782234078048

 

 

4ème de couverture :

David Thomas est le maître de l’instantané : ces microfictions sont autant de moments où la vie se fige, tragique ou drôle, au fond qu’importe.
Une femme n’a de plaisir que si on lui lit du Pierre Louÿs pendant l’amour. Deux anciens amants se rencontrent sur le trottoir et n’ont plus rien à se dire.
Un homme vole un rôti comme un acte de folie. Absurde ? Tendre ? Décalé ? Ce livre d’un charme fou ne pourra que séduire celles et ceux qui préfèrent le rire aux larmes.

 

Biographie:

Né à Paris en 1966, David Thomas est l’auteur de La Patience des buffles sous la pluie, qui fut un succès en librairie, puis de deux livres chez Albin Michel

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D’accord David Thomas, on ne va pas se raconter d’histoires. J’ai passé des instants délicieux en vous lisant. Vous m’avez surpris, peiné, fait rire, fait réfléchir… Vos histoires, vos clins d’œil sont des instantanés de vies.

On ne va pas se raconter d’histoires, de temps à autres, elles ne sont pas très chouettes vos tranches de vie, mais bon, c’est ainsi ; il y a toujours un petit caillou dans la chaussure qui dérange, ou un gravillon sous la porte qui vous fait grincer des dents ! Encore et toujours la solitude qui mange nos vies, les petits renoncements, les petites et grandes défaites, les…

On ne va pas se raconter d’histoires, votre écriture et incroyablement efficace. Vous avez l’art de la chute et, croyez-moi, vous ne vous foutez pas en l’air. Certaines saynètes relèvent des brèves de comptoir. En peu de phrases, vous en dites beaucoup sur nos travers, sur la vie… et comme vous l’écrivez : « Peu importe si ce que je viens d’énoncer est vrai ou faux, ce qui compte, c’est que tout cela peut composer un homme. »

« Quelque chose me dit que je suis plus utile contre son dos ». Je confirme, c’est parfaitement vrai.

Ah les rires bien gras avec le mal de tête, version plage 2004, l’histoire de la carte de visite, ou la version mâle de l’angélus. Le fait d’écrire ces mots, j’en rigole encore. Un petit moment d’anthologie ! Au fait, quel livre lit le mec sur la plage avec sa femme ? Le vôtre ? Ce serait si drôle !

J’ai aimé l’hommage que vous rendez à votre mère « Toute ma vie je garderai l’image de cette femme penchée sur la terre pour en faire sortir des plantes et des fleurs ». ou à votre père vous lisant du Rabelais à 4 ans, je voyais la scène. Je replacerai votre exemple expliquant la persévérance, une très jolie image

Le comble de la solitude : prendre une housse couette, la remplir d’oreiller, la mettre dans son lit et se blottir tout contre. Cela m’a achevée et pourtant c’est si vrai. Ou alors, s’acheter son cadeau d’anniversaire, le planquer, descendre sa bouteille de whisky seul puis chercher ledit cadeau ringard si possible.

Je me demande si je ne vais pas rechercher un livre de Pierre Louÿs, histoire de voir si….

Merci Jérôme pour m’avoir fait découvrir cet auteur qui sait manier l’ironie, l’impertinence, la cruauté d’une manière si efficace. Tout ce que j'aime. Mon seul regret, une fois de plus : devoir te rendre ton bouquin !!!

On passe sa vie à tenter de se rencontrer soi-même alors que nous portons nos propres obstacles. On attend ce moment dont on est sûr qu’il viendra un jour, où l’homme que l’on s’est projeté rejoindra celui que l’on est. C’est le travail de toute une vie.

Aujourd’hui j’ai quatre-vingt-un ans et je ne vais plus nulle part, je reste chez moi ; Paris est trop truffé d’adresses, de rues, de places, de quartiers qui me rappellent tout ce qui est fini.

Je baissais la tête parce que nos vies étaient ridicules, ne menaient nulle part et qu’il était temps de payer son dernier verre.

Peut-être avez-vous compris qu’il fallait me foutre la paix. Cette paix dont on profite si rarement et que l’on respire les narines dilatées pour s’en imbiber jusqu’au moindre vaisseau. Cette paix que l’on accorde à un chien qui n’a pas envie de se faire caresser.

J'ai parfois la sensation de m'accrocher de plus en plus aux aspérités de la vie. Ce qui me paraissait comme insignifiant il y a trente ans me semble aujourd'hui lourd, laborieux.

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Publié le 14 Octobre 2014

Une dernière fois la nuit

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection la Forêt

Février 2013

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

"Adolescent, j'attends les heures d'été. Que mon corps s'ouvre, se dilate, respire et se brûle".
C'est la dernière nuit d'un homme, arrivé d'Italie après un long chemin. Ses poumons suffoquent. Il se souvient.
De l'enfance et des premières crises d'asthme, du lac de Côme, de la mer de Trieste, du premier corps aimé...
L'écriture de Sébastien Berlendis, mélancolique, sensuelle et envoûtante, agit comme un rêve éveillé dont on ne voudrait plus sortir.

L’auteur :

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Son premier récit Une dernière fois la nuit a été publié en mars 2013 chez Stock dans La Forêt.

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La construction du livre, des paragraphes me font penser au livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse », mais là s’achève la ressemblance puisque, pour le narrateur, ce sont des souvenirs qui ressurgissent, qu’il expectore comme les glaires qui encombrent ses poumons.

« Recroquevillé sous les draps de lit, à l’abri des brumes et du froid de juillet, ma mémoire s’effiloche. » Allongé dans une chambre au dix, chemin de la Résistance, l’homme se souvient. De retour d’Italie, il passe ses dernières nuits dans cette maison dévastée du plateau d’Assy. Cette adresse martelée, répétée comme si l’homme avait peur d’oublier ou avait besoin de concret à quoi se raccrocher.

Une lecture faite d’allers et retours dans ses souvenirs sans tenir compte d’une quelconque chronologie. Les premières crises d’asthme, son enfance de Bracca, ses parents, son premier amour…

Les souvenirs sont fragmentés, l’écriture, tendue, suit les difficultés de respiration du narrateur. Lire ce livre c’est s’essouffler, reprendre son souffle, manquer d’air, reprendre sa respiration. C’est passer de l’ombre au soleil, de la mélancolie au bonheur, même furtif. C’est suivre et subir la dévastation de l’homme et de la maison.

Il y a une sorte de contradiction. Il s’agit du premier livre de Sébastien Berlendis et il ne parle que de dernières fois, derniers souvenirs, dernier souffle. Ce livre parle du corps, des différents états de la toux. Cela pourrait être trivial, voire chiant, mais non, il s’en dégage une poésie, même, par certains souvenirs une certaine sensualité. Chaque chapitre est un instantané, une photographie un peu jaunie de son passe. Norma, Sébastien Berlendis est également photographe.

J’avais arrêté une première fois cette lecture car je n’étais pas prête à recevoir ce texte exigeant dans la déconstruction du temps. Je l’ai perdu, bien caché dans le vide-poche de ma voiture, pour mieux le retrouver et là, ce furent de belles retrouvailles. L’émotion peut vous prendre à la gorge (sans jeu de mots).

Merci Catherine de m’avoir permis de lire ce très bon livre et d’avoir patienté si longtemps.

D'autre avis sur Libfly

C’est une dernière fois l’été au dix, chemin de la Résistance sur le plateau d’Assy. L’ancien sanatorium de Martel de Janville est en voie de destruction. Une fois les décombres enfouis et le sol aplani, il sera remplacé par un hôtel de luxe.

Le dix, chemin de la Résistance rappelle la maison natale de Bracca, ce minuscule village lombard qui domine, à vingt-cinq kilomètres de Bergame, les thermes de San Pellegrino.

Les vapeurs des bains de San Pellegrino Terme. J’ai sept ans. Ce sont des heures lentes d’oubli et de rêveries. L’oubli sans blessure du visage de mon père dans les bois de Bracca.

Et ma respiration se bloque et mon corps disparaît et la me s’accumule au-dessus, cette mer familière qui immunise. J’apprends à régler mon souffle dans le sillage de mon oncle et la mer lave les fatigues de la nuit.

Cracher. Cracher la toux qui blesse le thorax et qui pétrifie l’élasticité des alvéoles, c’est le médecin qui parle.

Lorsque je rêve, je ne redoute pas les fièvres nocturnes et les crises qui me laissent au bord du lit.

Mon enfance repose là. Le corps de Simona est le corps de la première femme.

Est-ce que quelqu’un veillera sur moi, même mort, des journées entières, sans couvrir mon visage ?

Un matin de brumes et de juillet, mon corps au ralenti ne se lève plus. Il reste dans la nuit.

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Publié le 13 Octobre 2014

Chercher Proust

Michaël Uras

Editions le Livre de Poche

224 pages

Date de parution:

Avril 2014

ISBN: 9782253177593

 

 

4ème de couverture :

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal. Au-dessus de mon lit d’adolescent, à côté du poster de mon footballeur préféré, Marcel trônait, fier, sûr de lui, la tête inclinée sur ma droite, reposant contre sa main. Il me fixait. Quand je regardais trop mon idole sportive, j’avais l’impression que… Proust me rappelait à l’ordre : « Jacques Bartel, cessez de scruter cet idiot, je suis là, moi, seul être valable dans cette chambre. Vous n’êtes plus un enfant et bientôt, vous pourrez vous targuer d’avoir une aussi belle moustache que moi. » J’ai donc grandi sous le regard de mon maître

L’auteur :

Michael Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s'installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône et Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne. Aujourd'hui, Michael est professeur de lettres modernes près de Montbéliard. Depuis toujours, il est passionné par la littérature et l'art en général. Chercher Proust est son premier roman.

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Prenez un petit garçon lambda, son idole peut être un sportif, un chanteur, bref rien que de normal. Entre gamins, ils peuvent se raconter les exploits de leurs idoles.

Maintenant, prenez un autre gamin. Appelons-le Jacques par exemple. Son idole s’appelle Marcel Proust ! Imaginez la tête des copains de classe lorsqu’il sort cette incongruité car, avouons-le, c’en est une pour les autres. Pensez à la réaction et la peur de sa « pôvre » mère découvrant que ledit Marcel Proust est homosexuel !!! D’aigüe, la proustomania de jacques va devenir chronique.

C’est la vie de Jacques Bartel (presque Barthès) que raconte Michaël Uras. Ce gamin est proustien depuis sont plus jeune âge. J’ai même l’impression que cela va plus loin ; sa vie colle à celle de Proust. Souffreteux, malingre, fragile comme lui ; une mère omniprésente et collante ; il n’aime pas jouer avec les enfants de son âge ; vieux avant l’âge ; A connu les amoures tarifées… Jacques a cherché Proust toute sa vie, mais il était en lui, il était Lui.

 OK, Gravement malade, sa guérison a tenu au miracle d’un de SES livres, miracle qui se renouvelle à chaque fois, Saint Marcel (non pas Saint Marcelin) prenez-moi entre vos saintes mains.

Je n’en reviens pas, je n’imaginais pas Proust capable de faire autant d’effet à un adolescent « je jouis en fixant Marcel ». Une irrésistible envie de rire me prend à la gorge.

Devenu chercheur en proustologie, il cherche (normal pour un chercheur), lit d’autres articles dont « un article sur l’utilisation de la lettre « i » dans l’œuvre de Proust». Alors là, je ne peux m’en empêcher ; je rigole. Monsieur, qui lit aussi, se demande, vu le titre, ce qu’il peut y avoir de marrant à lire un bouquin traitant de Proust.

Mais, est-ce la vraie vie que « de se pencher sur les textes originaux d’un écrivain, on finit par apercevoir ses rognures d’ongles » ? Jacques ne vit qu’au contact de vieux proustiens, fait se sauver ses conquêtes avec sa vie médiocre. J’avais presque envie de lui crier : « Marcel sort de ce corps !! ». M’a-t-il entendu ? Toujours est-il qu’un bon autodafé vous purifie un homme.

Un bouquin (autofiction ?) fort bien écrit ou l’autodérision accompagne la drôlerie. On sent le respect de l’auteur pour Marcel Proust. Un bon premier roman où les personnages secondaires ne déméritent pas. Un livre qui se lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.

Merci Ramette pour ce livre-voyageur.

 

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal.

Mes premières lectures de La Recherche étaient forcément imparfaites. Je ne comprenais pas tout, et souvent, la syntaxe de mon maître m’ensevelissait.

Combien ont tenté de répondre à cette terrible question : à quoi sert la littérature ? Pour bon nombre d’êtres humains, l littérature sert à combler le vide des étagères de bibliothèque.

Pour les lecteurs, les passionnés, Proust aide à vivre, c’est un plaisir. On le garde donc.

Pour les marchands, Proust est un produit que se vend assez bien. Ses livres sont toujours disponibles, on l’adapte partout dans le monde, pour reprendre un terme anglais, il est bankable. Pour les éditeurs, les maisons de production, Proust est rentable.

Proust apporte donc « quelque chose » à celui qui s’en sert (plaisir ou argent).

« Monsieur, s’il vous plait, je ne tiens pas une bibliothèque, grommela le libraire, achetez les livres ou alors reposez-les, si tous les gens suivaient votre exemple, je fermerais boutique. »

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