Publié le 25 Mai 2015

Monsieur est mort

Karine Silla

Editions Plon

Août 2014

228 pages

ISBN 9782259227469

 

4ème de couverture :

A la mort de son père, Vincent quitte l'Inde où il vit depuis quinze ans pour revenir à Paris. Telle une bombe à retardement, cette disparition fait resurgir du passé des traumatismes enfouis. Ce retour sera-t-il le déclencheur pour que se brisent enfin les tabous, que soient dévoilés les secrets et les non-dits familiaux ? Un roman sur la culpabilité, le pardon et le pouvoir de destruction du silence.

L’auteur :

Karine Silla est née le 6 juillet 1965 à Dakar (Sénégal). Dramaturge, réalisatrice et scénariste. (Le Temps qui passe a été jouée aux Mathurins.) Monsieur est mort est son premier roman.

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Vincent a fui Paris et, surtout, sa famille pour L’inde. La mort de son géniteur l’oblige à revenir en France. C’est ce voyage de retour que Karine Silla nous raconte.

Oui, Monsieur est mort. Je subodore quelques lourds secrets de famille. Je comprends sa peur, ses angoisses. L’écriture se fait lente, lourde. La solitude est pesante tout comme le passé qui remonte à la surface.

Le voici devant le porche de la maison bourgeoise. Impossible d’entrer. Impossible d’ouvrir cette satanée porte comme s’il avait peur d’ouvrir les portes de sa mémoire. Par petites touches, j’apprends à connaître cette famille de grands bourgeois. Le père se fait appeler « Monsieur » par ses enfants « Cela ne me dérangeait pas, je trouvais même cela assez représentatif de nos rapports. ». Oisif, il n’a jamais travaillé, il collectionne les œuvres d’art et autres déviances que je ne dévoilerai pas. Il ne veut pas que ses propres enfants travaillent. « Mon père nous l’avait dit clairement, il tolérait que nous allions à l’école pour nous cultiver, mais il ne voulait pas que ses fils travaillent. » La mère, étrange beauté froide, ne supporte pas que ses propres enfants l’approchent, déguise ses enfants en fille et joue Bach. « J’ai espéré longtemps qu’elle me prenne dans ses bras, contre sa poitrine… A présent, je n’aurais supporté qu’elle me touche. ». Il y a le frère aîné, Gabriel que Vincent aime tant. Ce garçon a supporté en silence les vilénies (le mot est faible) de son père, protégé ses frères, mais n’a pu supporter la découverte de Vincent. Oui, une famille « bien-sous-tout-rapport » que le père a détruite corps et âmes, dont il ne reste que des « zombies » essayant de survivre.

Ce livre, très scénarisé n’a rien de plombant. Karine Silla oppose la richesse de la famille à la misère affective. Les mots sont justes, pas de fioritures inutiles. Comme dans un film, les flash-back entrouvrent les portes de cette famille très bourgeoise et Vincent les ouvrira jusqu’à l’Ultime porte, celle où repose le corps de Monsieur.

Un très bon premier roman qui ne se laisse pas oublier facilement.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions Plon, #Premier roman

Publié le 20 Mai 2015

Parle-moi du sous-sol

Clotilde Coquet

Editions Fayard

Août 2014

216page

ISBN : 9782213681351

 

 

4ème de couverture :

La fable prétend que le travail est un trésor. Mais pour certains, il est seulement alimentaire. Ils sont nombreux, les employés surqualifiés de ce grand magasin de luxe, à enchaîner les contrats d’une semaine. Comme ce démonstrateur de karaoké spécialiste de Baudelaire. Ou cet ancien militaire, embauché comme vigile juste avant Noël pour éviter un attentat au rayon jouets. Caissière depuis peu au niveau - 1 avec un bac + 7, la narratrice ne serait-elle pas en droit d’espérer mieux ? Elle refuse de croire que ses perspectives se résument au fascicule Encaisser sans problème qu’on distribue aux débutants. Un inconnu à la cantine lui a bien promis des jours meilleurs, mais elle ne les voit pas venir. Et si c’était ça, la vraie vie ? Si l’avenir n’avait rien d’autre à lui offrir que cette menue monnaie à ranger méthodiquement dans le tiroir ? S’ils avaient tous passé leur tour ?

Clotilde Coquet est née en 1977. Parle-moi du sous-sol est son premier roman

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Comment parler d’un livre qui m’a ennuyée. Oui, c’est un livre réaliste que d’aucun relie à Zola et Au bonheur des dames, oui, il y a beaucoup d’heures d’observations, oui, c’est réaliste, oui c’est bien écrit… MAIS, voilà, la vie terne de la narratrice n’a pas su m’émouvoir.

Purée, comment peut-elle accepter ce mec qui n’en branle pas une parce que « grand-acteur-incompris », enfin plutôt, gros feignant immature ? Comment ne se bât-elle pas pour réaliser ses rêves ? C’est horrible d’avoir fait toutes ses années d’étude pour se retrouver caissière sans d’autres rêves à réaliser, sans plus aucun rêve et ce, avant d’avoir essayé quelque chose. Je sais qu’il est dur, voire très dur de reprendre son mémoire après une journée harassante, mais d’autres l’ont fait, le fond, alors pourquoi ce postulat ?

Ce livre n’est que tristesse et résignation et je crois que je ne l’ai pas admis. Les renards de la couverture, même attachés, essaieront de se libérer de leurs entraves. Dans le genre, j’ai préféré les tribulations d’une caissière.

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Fayard

Publié le 19 Mai 2015

Dans le jardin de l’ogre

Leïla Slimani

Editions Gallimard

Août 2014

224 pages

ISBN : 9782070146239

 

4ème de couverture :

«Une semaine qu'elle tient. Une semaine qu'elle n'a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d'Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n'a pas bu d'alcool et elle s'est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n'a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s'est introduit en elle comme un souffle d'air chaud. Adèle ne peut plus penser qu'à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d'un pied sur l'autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu'on la saisisse, qu'on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu'elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n'être qu'un objet au milieu d'une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu'on lui pince les seins, qu'on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l'ogre.»

L’auteur :

Leïla Slimani, née en 1981, est journaliste à l'hebdomadaire Jeune Afrique. Elle se spécialise dans l'écriture d'articles sur le Maghreb et le Moyen-Orient. En 2014, elle publie son premier roman, Dans le jardin de l'ogre aux éditions Gallimard.

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Dès les premiers mots, je suis dans le bain (cf. la 4ème de couverture) et quel bain !! Les mots ne se cachent pas derrière des ellipses, ils sont là, crus, durs, violents, froids. J’ai quelque peu peiné au début, puis je n’ai pas pu lâcher le livre.

Une Madame Bovary revisitée à la sauce DSK, une Belle de jour puissance 100, enfin bref, une dévoreuse d’hommes du côté sexe, le sentiment, elle s’en moque. Mariée à un médecin qui bosse dur, peu enclin aux ébats amoureux et mère d’un petit Lucien qu’elle ne sait aimer. « Lucien est un poids, une contrainte dont elle a du mal à s’accommoder. Adèle n’arrive pas à savoir où se niche l’amour pour son fils au milieu de ses sentiments confus. »

En écrivant cette chronique, j’ai en tête la chanson de Marie-Paule Belle où le sexe est joyeux, la nymphomanie gaie. Adèle, Son addiction au sexe ne la rend pas heureuse. Sauf peut-être la période de « chasse ». Toujours il lui faut mentir, toujours jouer la comédie, trouver des plans pour faire garder Lucien et mentir à son mari, toujours cette peur de la grossesse, du SIDA, se contenir devant les autres pour ne pas se laisser deviner. Elle mène une vie de toxicomane qui ne peut faire autrement que subir ses pulsions.

Adèle, super active dans sa sexualité est atone dans la vie courante. Elle m’a donnée l’impression d’une algue qui se laisse flotter au fil du courant. Son métier de journaliste ne lui plaît pas, elle ne cuisine pas, ne s’intéresse à rien ni mari, ni fils, rien. Elle se cogne aux murs d’une vie qu’elle a voulue pour faire comme tout le monde.

Seule sa mère a deviné la bête, l'ogre qui est en elle. Je pense qu’elle sait exactement de quoi elle parle car je la devine comme Adèle.

Un premier roman cru, violent, désespéré mais jamais voyeur, ni accrocheur, et, surtout pas, érotique. Avec son écriture clinique mais vive Leïla Slimani s’impose dans le monde littéraire et c’est une très bonne chose.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Gallimard

Publié le 11 Mai 2015

Le Caillou

Sigolène Vinson

Editions le Tripode

4ème de couverture :

C’est l’histoire d’une femme amoureuse qui voulait devenir un caillou

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Et si ce petit caillou s’appelait Paul ? Oui, on va dire qu’il se nomme ainsi. Oui, on peut, car les choses sont à peu près comme ça. Un caillou, surtout dans la chaussure, dérange, ne se laisse pas oublier. Il en va ainsi de Paul, Paul Overey pour être précise.

Remontons à la source. La narratrice, prof en collège a tout plaqué et s’enferme chez elle. Elle se roule en boule comme un hérisson tous piquants en action pour se protéger. Elle noue des relations avec ses vieux voisins, surtout avec Monsieur Bernard qui vient un jour sonner à sa porte. Féru de sculpture, il n’a de cesse que de sculpter dans la glaise le portrait de la narratrice. Il part très souvent en Corse, mais chut ! Leur amitié ira jusqu’à la mort du vieil homme et même au-delà puisque la narratrice se rendra sur l’île rousse pour retrouver trace de ses passages et y vivre.

Et… Si ce n’était pas tout à fait la vérité. Et si elle avait rêvé sa propre vieillesse. Et si la vérité était beaucoup moins belle. Et si c’était elle qui n’avait pas le beau rôle. Et si….

Sigolène Vinson, d’une écriture alerte, vivante, inventive propose 4 moments de vie : lequel est vrai ? Lequel est fantasmé ?

Et si c’était la narratrice, le petit caillou qui empêche de marcher.

J’ai aimé l’image de la narratrice se fondant dans la roche pour devenir statue.

Merci aux éditions le Tripode et à Julie pour cet excellent voyage au pays des cailloux. Avec la narratrice, j’ai sauté de caillou en caillou, d’une vie à l’autre avec grand plaisir.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions le Tripode

Publié le 10 Mai 2015

 

L’Arabe du futur

Riad Sattouf

Allary Editions

Mai 2014

160 pages

ISBN : 9782370730145

 

4ème de couverture :

Ce livre raconte l’histoire vraie d’un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez Al-Assad

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La 4ème de couverture est un résumé concis et précis de ce roman graphique.

Clémentine, bretonne et Abdel Razak libyen se sont connus à la Sorbonne. Riad nait de cet amour avec la chevelure blonde de sa mère. Son doctorat d’économie en poche, le père obtient un poste de professeur à l’université de Tripoli et toute la petite famille s’embarque pour la Libye.

Les petits-enfants ne se cachent pas derrière les mots, Riad, même très intelligent (épisode du portrait de Pompidou), raconte tout sans fausse pudeur. Cela donne des scènes cocasses comme tous ces gens qui lui caressent les cheveux. Pour lui, dieu, c’est Brassens (suite à une parole de sa mère : « Il est très célèbre, c’est un dieu en France ») et, à chaque fois que quelqu’un cite dieu, on voit la bouille à Brassens ! Je souriais immanquablement.  « Le Guide adore les bananes, ma Sœur, il dit que c’est le fruit du peuple », alors, le peuple affamé passe au régime bananes obligatoire !

En Syrie, lorsqu’il joue à la guerre avec les autres enfants, il est obligatoirement le juif. « Bon ben toi, t’as qu’à prendre les juifs ».  « Les soldats syriens étaient en plastique vert, le même plastique que les chaussures de mes cousins. Ils avaient des postures de guerriers valeureux. Les soldats israéliens étaient en plastique bleu. Ils avaient des poses fourbes et des attitudes de traîtres. ». Riad montre les travers de la Libye et de la Syrie. Les travers de son père pétri de contradictions, de mauvaise foi. Pas facile de revenir à la réalité de son pays natal alors qu’il l’a idéalisé pendant ses études françaises. Par contre, je trouve Clémentine trop muette et effacée.

En prenant le parti pris des souvenirs d’un très jeune enfant, l’auteur veut éviter l’écueil du dramatique tout en étant sérieux.  Ce livre a le rythme de la BD où tout est circoncis en quelques plans. Le ton est décalé, faussement naïf, quelque fois ironique, mais tout est dit entre les mots et les dessins. L’anecdotique se révèle profond. Clémentine ne comprend rien, ni la langue ni les mœurs et je pense que Abdel est également décontenancé car les choses n’ont pas changé en mieux.

J’ai été déroutée par la lecture de ce « livre d’images ». Je crois que j’aurais préféré un « vrai » livre ; On ne se refait pas ! puis j’ai accepté le rythme et j’ai apprécié ma lecture. J’ai aimé le choc des mots et des images. Le retour du père en son pays n’est pas ce qu’il souhaitait, même s’il ne le dit pas. Le retour au pays c’est de la réalité, le souhait d’y retourner un doux rêve. Je pense que les prochains tomes seront du même tonneau, je les attends ; envie de connaître la suite.

Merci Phil pour ce livre voyageur

 

Leurs avis : Philisine - Libfly -

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Rédigé par zazy

Publié dans #BD, #2014

Publié le 5 Mai 2015

A la dérive

Contes divers

Ambrose Bierce

Traduction et préface Thierry Beauchamp

Editions Le Castor Astral

Novembre 2014

190 pages

ISBN : 9791027800056

 

4ème de couverture :

Auteur du fameux Dictionnaire du diable, Ambrose Bierce (1842-1913) reste l’un des auteurs américains majeurs au tournant des XIX e et XXe siècles.

Particulièrement créatif durant l’âge d’or de la presse, il se distingue comme satiriste auprès du public, ses éditoriaux divertissant la haute société américaine. Contemporain de Mark Twain, le polémiste se tourne pourtant vers l’Europe pour puiser ses sources d’inspiration. Swift, Voltaire, Thackeray, entre autres, abreuvent cet esprit survolté au cynisme burlesque inégalé. Il disparaît dans des conditions restées mystérieuses au Mexique, sur les traces de Poncho Villa.

A la dérive témoigne de ses multiples influences, mêlant folklore des pionniers américains aux parodies de contes européens. Ce recueil de nouvelles constitue la seconde partie d’un ouvrage composite, Toiles d’araignées d’un crâne vide, qui comprend également Les Fables de Zambri (Le Dilettante). Il s’agit des premières œuvres de fiction d’Ambroise Bierce. On y retrouve l’humour corrosif, la fantaisie macabre et le réalisme noir qui le caractérisent. L’auteur s’amuse avec délectation à mener ses lecteurs à la dérive, jusqu’à absurde.

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Un régal que de lire ces histoires courtes d’Ambrose Bierce si bien traduites par Thierry Beauchamp!

Il détourne des contes comme Aladin et sa lampe magique, nous narre la fable de l’ours et de son épine. Le conte qui donne son titre au livre est un petit bijou sans queue ni tête, mais avec beaucoup d’eau et fort drôle.

Je ne me suis pas esclaffée pas en lisant ce livre d’Ambrose Bierce, non ! j’ai souri, apprécié avec gourmandise. Quel talent dans l’absurde, quelles chutes, par forcément toutes mouillées ! L’ancêtre de Monsieur Cyclopède, de Jean-Louis Fournier (qui fut à l’origine de beaucoup des sketches du sieur Desproges) est contemporain de Mark Twain.

Oui vraiment, un livre divertissant et saignant plein d’un humour noir comme je les aime. A déguster sans modération et sans componction. Attention, pas en glouton, non vous n’êtes pas ours, mais quelques nouvelles par ci, 3 ou 4 par là, comme ce chien plus long qu’un jour sans pain, ou cet âne acheté, racheté… et j’espère que vous y prendrez autant de plaisir que moi.

Ces écrits, d’une facture très classique, dont la première parution date de la fin du 19ème n’ont pas pris une ride, sauf celles occasionnées par mes sourires ou mes hum, hum !!

Livre lu dans le cadre de la voix des indés organisée par Libfly et les éditeurs indépendants dont le Castor Astral.

 

 

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Publié le 4 Mai 2015

 

L’université de Rebibbia

Goliarda Sapienza

Editions le Tripode

240 pages

Septembre 2013

ISBN : 9782370550026

 

 

4ème de couverture :

L’Université de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans une prison en 1980. Moment critique dans la vie de l’auteur: après s’être consacrée de 1967 à 1976 à l’écriture du monumental roman L’Art de la joie et avoir fait face à un refus général des éditeurs italiens, c’est une femme moralement épuisée qui intègre l’univers carcéral de Rebibbia, la plus grande prison de femmes du pays. Pour un vol de bijoux qu’il est difficile d’interpréter : aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? N’importe. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda va transformer cette expérience de l’enfermement en un moment de liberté, une leçon de vie. Elle, l’intellectuelle, la femme mûre, redécouvre en prison – auprès de prostituées, de voleuses, de junkies et de jeunes révolutionnaires – ce qui l’a guidée et sauvée toute sa vie durant : le désir éperdu du monde.

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Goliarda Sapienza, dans les années 80, est emprisonnée pour vol, sorte de « suicide » pour se sortir d’un cercle bobo-infernal. Il y a de moins dure sortie que celle-ci !

J’ai scindé le livre en trois « actes »

Goliarda entame son incarcération par une période d’isolement, seule dans sa cellule. Une entrée brutale où ce qui la terrorise est « l’anormalité de leur silence » où l’imagination est une ennemie « Il faut que je parvienne à arrêter mon imagination et que je m’en tienne seulement aux gestes et aux pensées qui peuvent m’aide »r à tout dépasser avec le minimum de souffrance. ». « Ne pas se plonger dans la souffrance, autre tentation presque voluptueuse en comparaison de la solitude qu’on sent autour de soi. ».

La violence, la dureté des gardiennes ne l’atteint plus, ne l’humilie plus. « Cette violence blesse mon visage comme une gifle mais ne m’humilie pas. Je m’en étonne, tandis que m’alarme le soupçon atroce que cette non-humiliation soit due au fait que je me sens « condamnable », racaille désormais digne de n’importe quelle insulte de quiconque est en règle avec la loi. » Elle lutte contre toutes « les sirènes carcérales », l’apitoiement sur soi, la non-humiliation… pour résister et rester un être vivant. Il faut tenir mentalement.

La seconde partie est consacrée à son déplacement dans les « camerotti », où elle partage avec une cellule avec deux codétenues. L’une, espèce eunuque féminin et la seconde une droguée, dépressive, droits communs comme elle. Dans ce milieu fermé mais dont les cellules sont ouvertes toute la journée, c’est un va et vient continue. Goliarda est une éponge. Tous sens ouverts, elle découvre « les politiques », les réunions, les discussions, les petits repas improvisés à partir des colis de la famille, l’entraide et finit pas changer de cellule et se retrouver avec des intellos comme elle.

La scène finale et dernier acte, est comme un grand feu d’artifice avec cette gigantesque empoignade à coups de pieds et de poings entre taulardes et gardiens mâles suite à la tentative de suicide d’une détenue.

Dans sa note, l’éditeur précise les conditions pénitentiaires de l’époque avec sa cohorte de suicides et de révoltes Je n’ai pas ressenti cela dans l’université de Rebibbia. Est-ce dû à l’écriture de Goliarda Sapienza ? Pourtant l’auteur raconte la saleté, la promiscuité, la peur et j’y ai trouvé de l’amour, de la solidarité. Elle parle de cette période avec une drôlerie un peu féroce à l’image de la condition carcérale, sorte de comedia dell’arte où les masques tombent, l’humanité de dévoile.

Goliarda Sapienza écrit avec ses tripes, mais sans en rajouter avec juste l’ironie et les saillies nécessaires pour retranscrire ces vies. Elle met en scène son séjour carcéral, ce cours accéléré de la vie. Aussi bizarre que cela puisse me paraître, elle y a trouvé une certaine sérénité. Il faut faire attention à ne pas devenir comme d’autres détenues qui demande à sortir à cors et à cris et, sitôt dehors, se dépêche de faire la connerie qui leur permettra de retourner en cellule retrouver le petit cocon qu’elles se sont fabriquées à l’abri du monde extérieur.

Un superbe bouquin, où les scènes décrites sont très visuelles, où les odeurs, les couleurs sont omniprésentes. Un grand coup de cœur pour cet auteur si longtemps méconnue. J’avais eu également tant aimé « Moi, Jean Gabin ». « L’art de la joie » m’attend sagement sur son étagère.

Je remercie Lucie et les éditions « le Tripode » pour ce livre que je referme avec regret

Petit plus, l’intérieur de la couverture où sont photographiés quelques feuillets du tapuscrit. Sur la couverture, Goliarda nous regarde fumant sa clope avec son regard ailleurs.

 

 

 

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature italienne, #2013, #Editions le Tripode, #Libfly

Publié le 26 Avril 2015

 

La fille aux loups

Eric Pessan

Vu par Frédéric Khodja

Editions du Chemin de fer

novembre 2014

72 pages

ISBN : 9782916130668

 

4ème de couverture :

Anna et ses deux frères se retrouvent pour vider la maison familiale, après la disparition de leurs parents. Confrontés aux non-dits, à l’impossibilité de communiquer, ils renouent, dans le jardin, avec le jeu du loup de leur enfance. Resurgissent alors les fantômes du passé, qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui : une fratrie incapable de faire face aux souvenirs, d’affronter ses fêlures.
À mots couverts et par touches délicates, Éric Pessan excelle à dénouer les fils d’une histoire familiale impossible à surmonter.
À partir de matériaux iconographiques éclectiques, Frédéric Khodja jalonne le texte d’indices, et le blanc de la page, le vide des formes découpées, d’évoquer la pesanteur du silence.

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Eric Pessan met le doigt là où ça fait mal. C’était déjà le cas avec Muette.

Ici, une fratrie en complète déliquescence se retrouve pour débarrasser la maison des parents disparus avant sa mise en vente.

Dès les premières lignes, j’ai ressenti la gêne qu’il y a entre les deux frères et la sœur. Difficile, pour eux, de se réapproprier, ne serait-ce qu’une journée, la maison de leur enfance. Les souvenirs ressurgissent.

J’ai supputé, deviné, mais pas entièrement. Rien n’est dit explicitement. L’attitude d’Anna, toute épine dehors, cette incapacité à se toucher, à se parler, pourquoi ? Et ce jeu du loup, où chacun sursaute lorsque l’autre le touche, ce jeu puéril, joué sans joie, histoire de ne pas se parler, de retarder le moment où. D’ailleurs se parler, ils ne le peuvent pas, plus ?

Par petites touches, Eric Pessan dévoile, sans dévoiler, tout en soulevant le voile de leur enfance commune.

Il y a dans le titre de ce livre un rappel du jeu et de l’expression populaire « voir le loup ». Anna a vu le loup et en reste blessée à vie, tout comme ses deux frères. Le jeu est allé trop loin, beaucoup trop loin. Ils ne peuvent et ne savent comment affronter cette épreuve. « Parler n’a pas été, n’est pas, et ne sera pas possible. Trois loups s’accrochent aux branches d’un roman familial complexe dont le tronc se perd bien au-delà de ce qu’ils savent eux-mêmes. »

Encore cette inaptitude des parents de voir, de supposer ce qui se passait sous leurs yeux, parents effacés, aveugles ou qui ne veulent ou n’osent pas voir et savoir.

Les illustrations de Frédéric Khodja, sa mise en page soulignent l’angoisse, la peur, le silence ; comme cette femme tronquée aux prises avec des mains que l’on devine hostiles.

Cette collection des éditions du Chemin de fer, «vu par », très originale, m’a offert deux petits bijoux de lecture.

 

 

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions du Chemin de fer

Publié le 26 Avril 2015

Jeanne

Patrick Da Silva

Vu par Noémie Privat

Editions du Chemins de Fer

novembre 2014

72 pages

ISBN : 9782916130682

 

4ème de couverture :

On m’a offerte en récompense. On a fait de moi son épouse ; j’ai été son épouse.

Deux ans durant, chaque nuit nous avons partagé la même couche ; et sur ces deux années seuls les trois derniers mois ne furent pas occupés à la guerre. Vous n’ignorez pas, personne dans le royaume ne l’ignore, qu’à sa demande je l’ai suivi de bivouac en bivouac, que l’on m’y a autorisée – nos armées sous ses ordres, souvenez-vous en, défaisaient l’ennemi dans ses propres contrées – que l’on m’a autorisée à loger dans sa tente.

Deux ans durant, chaque nuit, nous avons partagé le lit conjugal. Et que croyez-vous que nous y fîmes nuit après nuit dans le lit conjugal ?

Nous baisâmes vos éminences ! Et plus ardemment encore dans ce temps de la guerre ou mon époux chaque jour risquait sa vie. Il la risquait heure après heure en provoquant ses hommes à soutenir l’étiage de sa témérité. Et moi, chaque jour, moi je tremblais qu’on me le ramenât sur une civière, mort ou agonisant.

Au Moyen Âge, un royaume assiégé de toutes parts est sauvé de la déroute par l’intervention d’un mystérieux chevalier. Pour le remercier, le roi accède à sa demande et lui offre la main de Clémence, sa propre fiancée. À la mort du souverain, c’est le chevalier qui est désigné comme successeur du trône.

C’est à ce moment de l’histoire que Patrick Da Silva construit son récit, à travers les voix de trois femmes : Clémence, reine ardente et éphémère, Mathilde, maîtresse éconduite du roi, et la mystérieuse Jeanne.

Ces trois monologues s’entrecroisent et reconstituent les faits devant un tribunal. Car c’est bel et bien à un procès que nous assistons, tenus en haleine jusqu’à la révélation finale de l’infamie que l’on juge.

Dans une langue incandescente, Patrick Da Silva nous offre un texte nourri des mythes historiques – à commencer par celui de Jeanne d’Arc – pour livrer une réflexion captivante sur le pouvoir, le désir et la féminité.

Noémie Privat glisse avec légèreté ses dessins délicats dans le déferlement du texte, griffe les pages d’enluminures malicieuses, emplit les marges de frises beaucoup moins innocentes qu’il n’y paraît.

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Les premières phrases donnent le ton. Nous assistons à un procès en un siècle passé, le Moyen-âge pour être précise, le vocabulaire en atteste.

Trois femmes, trois monologues qui se percutent les uns les autres, des phrases qui sont comme des flèches enveloppées de haine, de vengeance, de désir.

Clémence que l’on a offerte, c’est le mot qu’elle emploie, au preux chevalier qui a permis la victoire alors qu’elle était la fiancée officielle du roi.

Mathilde, la maîtresse répudiée de ce même roi.

Jeanne, que l’on sent d’une plus basse extraction, femme de caractère.

Clémence et Jeanne font face à des juges. Dès le début je sens ce que ce procès à de crucial.

Jeanne, la rebelle, Jeanne, marquée du sceau de ses maîtres, comme le bétail. Jeanne, celle qui n’a jamais connu le sein maternel dévolu aux filles des maîtres, Béatrice et Clémence. Pourtant, elle a eu un destin hors du commun. Ces hommes, même son roi furent à ses pieds.

Jeanne, quelle est belle dans sa colère ! Elle brûle de sa colère. Petit jeu de mot car l’auteur utilise là le mythe de Jeanne d’Arc.

Clémence n’est pas en reste qui se voit couverte d’opprobre alors qu’elle n’a fait qu’obéir aux ordres de ces « Monseigneurs » dont ses propres frères.

Mathilde a le mauvais rôle. Répudiée par son Roi, pleine d’amertume qui voudrait comprendre, qui cherche le pourquoi et…

J’ai aimé la révolte de ces femmes qui mettent les juges face à leurs contradictions, leur lâcheté, leur hypocrisie. Ces femmes qui osent parler de leur amour avec tant de sensualité, d’audace, qui se battent malgré l’inéluctable.

Les dessins naïfs de Noémie Privat sont comme des enluminures très explicites, à la fois précieuses et coquines. Les dessins appuient le texte. Ainsi, Jeanne et ses cheveux en forme de chèvre, le portrait très altier de Mathilde…

Une collection superbe. C’est un livre-voyageur qui m’a emmené au pays des passions pour mon plus grand plaisir.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions du Chemin de fer

Publié le 23 Avril 2015

Les notes de la mousson

Fanny Saintenoy

Editions Versilio

Avril 2015

ISBN : 9782361321208

 

 

4ème de couverture :

Kanou, un petit prince choyé par tous, grandit dans la douceur et les couleurs de Pondichéry, mais quand sa mère, Galta, remonte le fil de son passé, elle découvre les vestiges d'un secret de famille qui va menacer le monde idyllique de son fils. Seule Angèle, à Paris, connaît l'histoire douloureuse qui les lie tous les trois, une vérité sombre qui changera leurs destinées.

Après le succès de Juste Avant (prix de la Plume d'argent), Fanny Saintenoy explore les liens qui unissent des personnages en quête d'identité à travers plusieurs générations.

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J’ai d’abord cru un livre de nouvelles, tant je ne trouvais aucune relation entre les premiers chapitres. Page après page, surtout en fin de livre, ce qui est normal me direz-vous, le voile se lève, les cercles s’entrecroisent, les sous-entendus deviennent vérité.

J’ai été sensible à l’écriture de Fanny Saintenoy, mais… et oui, il y a un mais ! Je n’ai pas été touchée par cette histoire, je suis restée sur les trottoirs des rues de Pondichéry et de Paris. Je n’ai aucunement été touchée par le destin des personnages de ce roman.

Je suis assez déçue par ce livre trop long pour une nouvelle, trop court pour un roman à rebonds, trop convenu. Fanny Saintenoy ne fait que surfacer les choses, il manque de la matière, alors qu’il y a de quoi ; entre la mort des jeunes mariés, cette enfant recueillie par Colette, le départ brusque, la séparation, Pondichéry tout autour, les parents de Colette... J’aurais aimé des personnages plus approfondis, des détails plus fouillés. La fin brutale m’apparait comme tronquée. Je suis sortie de cette histoire frustrée.

Livre lu dans le cadre d’une opération masse critique de Babelio en lien avec les éditions Versilio

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