Publié le 26 Janvier 2015

 

La femme parfaite est une connasse

Anne Sophie et Marie-Aldine Girard

Editions J’ai Lu

 

 

4ème de couverture :

Ce livre est LE guide pour toutes les femmes imparfaites (c’est-à-dire grosso-modo pour toutes les femmes*). Vous y apprendrez notamment comment garder votre dignité quand vous êtes complètement bourrée, qui sont ces filles qui ne mangent qu’une salade par jour, les questions qu’il ne faut pas poser à un homme si vous ne voulez pas entendre la réponse, ou ce qu’il faut faire de toute urgence si votre mec veut s’acheter des Crocs.

* Il peut également être lu par les hommes qui n’ont pas peur de découvrir ce que les filles se racontent entre elles dès qu’ils ont le dos tourné..

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Partie pour 3 jours, je suis restée une semaine en ma qualité de garde-petits-enfants-malades parfaite experte. Le problème c’est que je n’avais pris assez de livres et que j’allais me trouver en manque. Heureusement, j’ai trouvé ce livre sur une étagère. Pourtant, je n’avais pas trop envie… mais faute de grive, on mange des merles dit le dicton.

Je l’ai ouvert, pour voir comme ils disent, et, ma foi... Les gros mots ne m’ont aucunement embarrassée, j’en dis suffisamment pour ne pas me la jouer pimbèche. Ce qui m’a le plus agacée, ce sont ces chapitres, trop nombreux, sur le trop d’alcool (avez-vous vu comme en des termes choisis, cette chose-là est dite !!). A part de (gros) bémol, je me suis dit : « enfin ; je me sens moins seule ! »

Ce petit bouquin n’ a pas d’autres prétentions que de nous divertir et le pari est gagné. Bien sûr, j’ai joué au petit jeu « tiens, ça me rappelle quelqu’un ». Ah ! La star du collège ou du lycée qui vieillit mal… Et bien, j’ai connu ça !! Mais non ce n’est pas moi qui vieillit mal, je suis comme le Bordeaux, je m’améliore avec l’âge, non mais des fois ! Quel plaisir, quelle revanche sur les humilités subies. Non, c’est pas bien, c’est pas charitable… M’en fous puisque je ne suis pas une femme parfaite !

Je vais garder mon jean taché, mes chaussures non cirées, mes cheveux en pétards…. De toute façon j’ai choisi l’option « grand-mère indigne » à la naissance de mes petits-enfants. A moi les courses folles (enfin pas trop !), les pieds dans la gadoue… Je peux piquer les carambars sans honte… le pied.

Ce bouquin se lit très, très vite, , j’ai souri de temps à autre, ce fut, pour moi une récréation. Il a bien rempli son rôle. Pourtant, ce n’était pas gagné, Il faut dire que le genre trentenaire-bourré-fêtard-nombriliste m’agace beaucoup, mais là, j’ai apprécié le 35ème degré alors que j’aurais pu être sous mon 36ème dessous.

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Rédigé par zazy

Publié le 26 Janvier 2015

L’angoisse de la page blanche

Bernard Quiriny

Editions Phebus

Janvier 2005

192 pages

ISBN : 9782752900395

 

4ème de couverture :

Seuls les lecteurs de Chronic'Art (et d'Epok) connaissent Quiriny et s'en enchantent. Il nous offre ici son premier livre - une quinzaine de nouvelles nées au confluent du fleuve Borges et de la rivière à truites Marcel Aymé. Il y a longtemps qu'on n'avait pas eu affaire, en littérature, à un si bon fourbisseur - ou démolisseur, c'est tout un - de logique. Affirmer qu'on en sort réconforté serait un brin abusif, car si l'on rit, c'est sur le mode jaune. En tout cas les drames de l'existence ici évoqués. S'ils gardent toute leur charge dramatique, explosive souvent, ils perdent beaucoup de leur sérieux.

 

L’auteur (Editions Phebus) :

Bernard Quiriny est né le 27 juin 1978. Ecrivain belge, docteur en droit, critique et professeur universitaire de philosophie et de droit à l’Université de Bourgogne, il écrit régulièrement pour Chronic’art, dont il est le Responsable Livres. En 2008, il remporte le prix Marcel Thiry et le prix Rossel pour Contes carnivores. Son œuvre est souvent comparée aux nouvelles fantastiques de Jorge Luis Borges et d’Edgar Allan Poe.

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Des nouvelles superbement écrites dans un français classique que j’aime tant. Toutes ont un lien avec le paranormal et pour personnage récurent Paul Gould.

Gould connait les affres de la première phrase parfaite, celle qui donne envie de continuer. Qu’à cela ne tienne, il commence par la deuxième phrase ! Le problème se renouvela lorsqu’il écrit son dernier livre. Le problème de la dernière phrase apparait. Pour contourner le problème, il désécrit ses romans ! Ainsi, après avoir tricoté ses livres, il les détricote.

Le même Gould, tout en étant un autre, ne veux qu’écrire qu’un seul livre et trame une histoire où il a tout calculé pour ce faire, mais…

Je fus impressionnée par « Le knudisme, une imposture » qui résonne douloureusement à mes oreilles. Gould, encore et toujours, a connu l’opprobre, la déchéance, la prison même parce qu’il a osé écrire un livre démontant la machine knudesque. Il le paiera de sa vie. Cela ne vous rappelle rien ?

Pour en revenir à plus léger, Gould rencontre un arrosoir où la paroi que l’on ne voit pas n’existe pas. Un vrai problème existentiel. Au fait, si vous êtes cycliste, prenez garde à votre bicyclette qui pourrait… Quant à la mensongerie, je n’ai aucune inquiétude sur l’essor et la pérennité de cette entreprise !

Un joli hommage à Marcel Aymé avec « dans mon mur ». Gould, passant d’une histoire à l’autre, ne serait-il pas aussi un hommage à cet auteur ?

Bernard Quiriny nous offre des nouvelles oscillant entre la loufoquerie, le sérieux, voire le tragique, le surnaturel, le cynisme... Tout ceci servi par une écriture travaillée, délicate, subtile. Je me suis régalée de ses mots.

Je pensais à un écrivain d’âge mûr, mais en cherchant la bio de Bernard Quiriny, j’ai eu la grande surprise de découvrir un jeune homme.

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Publié le 15 Janvier 2015

 

Attention au parquet

Will Wiles

Editions Liana Levi

Traduit de l’anglais par Françoise Pertat

Mars 2014

304 pages

ISBN : 9782867467165

 

 

4ème de couverture :

Murs immaculés, meubles design et parquet en chêne. Un appartement minimaliste et lisse où rien n’accroche le regard. Quoi de mieux pour passer quelques jours paisibles consacrés à l’écriture, loin de Londres, loin de tout? Surtout si cela permet de rendre service à un vieil ami qui souhaite partir régler son divorce à l’autre bout de la planète. Après tout il s’agit juste de prendre soin des lieux et des chats. Notre écrivain n’ignore rien de la maniaquerie obsessionnelle de son ancien camarade d’université, mais il ne s’attend pas à découvrir dans chaque recoin de l’appartement des messages de recommandations concernant le contenu des tiroirs, les produits d’entretien, le piano, les chats et surtout le précieux parquet... Il ne s’attend pas non plus à ce que tout dérape très vite, y compris l’image qu’il se fait de son ami Oskar...
Absurde, cruel, kafkaïen, Attention au parquet! est une mise en garde drôlissime contre cet étrange besoin de perfection qui sommeille en chacun de nous.

 

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Bon, comment dire… je n’ai pas été sensible à l’absurde, à la cruauté, au charme kafkaïen décrit dans la 4ème de couverture.

Pour moi, ce livre fut pesant, trop de pages inutiles. Trop de post-it tuent le message. Et puis, le narrateur trop à l’opposé d’Oskar, nous sombrons dans la caricature. Les protagonistes auraient mérité d’être moins caricaturistes pour mieux m’impressionner, me plaire. Trop de trop négatifs dans ce livre pour me plaire.

Je n’ai pas dansé sur ce parquet, je me suis

Mais, je le précise, ce n’est que ma propre opinion !!!

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Publié le 9 Janvier 2015

 

Rêves oubliés

Léonor de Récondo

Editions Sabine Wespieser

Janvier 2012

176 pages

ISBN : 978-2-84805-107-9

 

4ème de couverture :

Quand il arrive à Irun où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays Basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères sont des activistes.

Informé par une voisine, il parvient à retrouver les siens à Hendaye. Ama, leur trois fils, les grands-parents et les oncles ont trouvé refuge dans une maison amie. Aucun d'eux ne sait encore qu'ils ne reviendront pas en Espagne.

Être ensemble, c'est tout ce qui compte : au fil des années, cette simple phrase sera leur raison de vivre. Malgré le danger, la nostalgie et les conditions difficiles - pour nourrir sa famille, Aïta travaille comme ouvrier à l'usine d'armement, lui qui dirigeait une fabrique de céramique.

En 1939, quand les oncles sont arrêtés et internés au camp de Gurs, il faut fuir plus loin encore. Tous se retrouvent alors au cœur de la nature, dans une ferme des Landes. La rumeur du monde plane sur leur vie frugale, rythmée par le labeur quotidien : les Allemands, non loin, surveillent la centrale électrique voisine, et les oncles libérés, poursuivent leurs activités clandestines.

Ecrit comme pour lutter contre la fuite des jours, le carnet où Ama consigne souvenirs, émotions et secrets donne à ce très beau roman une intensité et une profondeur particulières.

Léonor de Récondo, en peu de mots, fait surgir des images fortes pour rendre à cette famille d'exilés un hommage où une pudique retenue exclut le pathos.

Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne 2013

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« Etre ensemble, c’est tout ce qui compte. » Cette phrase est le leitmotiv de ce très beau livre.

L’arrivée du franquisme en Espagne oblige Ama et les siens à quitter leur confort bourgeois pour un exil de l’autre côté de la Bidassoa, à Hendaye. La seconde guerre mondiale les enfonce un peu plus sur le sol français et ils s’installent dans une ferme les Landes. De servie, Ama devient la servante des autres. Aïta devenu métayer, cultive la terre qu’il aime tant travailler qui lui permet de nourrir sa famille. Ils ont vécu tout cela chacun de leur côté. Surtout ne pas alarmer l’autre, rester unis. Aïta garde pour lui ses soucis, ses peurs. Ama les écrit dans un cahier qui la suit partout jusqu’au jour où… Ce cahier est sa soupape, un souffle absolument indispensable pour ne pas tomber comme lorsqu’elle découvre sa grossesse et ce qu’il adviendra. Ils ont chacun leur béquille à elle le cahier, à lui le travail de la terre.

Etre ensemble pour supporter le déracinement, pour supporter la peur, pour supporter le bouleversement, le changement radical de vie… Etre ensemble pour se réchauffer le cœur.

Ce socle d’amour leur permet d’accepter la dégradation de leurs conditions de vie, de continuer à vivre, de se réinventer une nouvelle vie. « Je ne regrette pas d’avoir rencontré celle que je suis aujourd’hui. La vie s’est montrée à moi sous un nouveau jour, parfois sombre, mais toujours instructif et riche »

J’ai aimé le passage où Otzan, le frère aîné raconte un conte à ses frères. « Otzan de bonne grâce, ne bride pas son imagination et ridiculise autant qu’il le peut ce dictateur qui a obligé des familles entière à se séparer, à se haïr, à s’entretuer. »

Les pages du carnet d’Ama donnent à ce livre une simplicité, une profondeur émouvante.

Léonor de Récondo est musicienne et cela se sent dans son écriture. Ce livre est une pure merveille de retenue, de beauté. Léonor de Récondo m’a de nouveau faite vibrer avec ce livre fort, émouvant, rarement gai, souvent triste, sans aucune emphase, simplement superbe.

J'avais énormément apprécié "Pietra viva", j'ai encore plus aimé celui-ci

Nous nous sommes exilés au chaud de notre terre intérieure, ce royaume inconnu des autres dans lequel nous ne pouvons pénétrer qu’à deux.

Avant, nous étions ailleurs. Là-bas, j’étais une femme heureuse de porter la vie. Ici, je ne fais que la supporter.

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Publié le 8 Janvier 2015

 

Le singe de Hartlepool

Scénario Wilfrid Lupano

Dessin Jérémie Moreau

Editions Delcourt

Septembre 2012

ISBN : 9782756028125

 

4ème de couverture :

1874, au large des côtes du petit village anglais de Hartlepool, un navire de la flotte napoléonienne fait naufrage lors d'une tempête. Au petit matin, sur la plage, les villageois retrouvent un survivant parmi les débris. C'est un singe qui jouait le rôle de mascotte à bord du vaisseau, et qui porte l'uniforme français. Or les habitants de Hartlepool Détestent les Français, même s'ils n'en ont jamais vu en vrai. D'ailleurs, ils n'ont jamais vu de singe non plus. Mais ce naufragé arrogant et bestial correspond assez bien à l'idée qu'ils se font d'un Français... Il n'en faut pas plus pour qu'une cour martiale s'improvise. Inspiré d'une légende tristement célèbre du Nord de l'Angleterre, Le Singe de Hartlepool est une fable tragi-comique qui parle de nationalisme va-t-en-guerre et du racisme ignorant qui ne connaît pas de frontières...

Le singe de Hartlepool a obtenu le Prix Château de Cheverny de la BD historique et le Prix des Libraires section BD en 2013.

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Une bande dessinée qui démontre que la connerie a toujours existé. Je ne peux que faire le rapprochement avec la tragédie, la tuerie d’hier 7 janvier 2015.

Il y est également question des thèses d’un certain Darwin.

Les dessins de Jérémie Moreau sont en adéquation totale avec le ton du scénario, très expressifs, les couleurs ajoutent à la tragédie. J'aime tout particulièrement le dessin de la couverture. Le singe avec un papillon sur le doigt, image de la sérénité.

Merci à Lupano et Moreau de l’avoir créée.

A lire et faire lire

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Publié le 6 Janvier 2015

 

Les pays

Marie-Hélène LAFON

Editions Buchet Chastel

Septembre 2012

208 pages

ISBN 978-2-283-02477-5

 

4ème de couverture :

A la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n’avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquets et de barbelés entre des prés.

Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n’oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie.

Les Pays raconte ces années de passage

L’auteur :

Native du Cantal, Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.

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Nous suivons Claire qui, petite fille, « monte » à Paris avec ses parents pour le Salon de l’Agriculture. Une fois jeune fille, elle quitte définitivement son Cantal natal pour étudier les lettres classiques à Paris. Devenue enseignante, nous la retrouvons à travers le regard de son père.

Marie-Hélène Lafon évoque la vie estudiantine de Claire, du fossé qui la sépare, elle dont la culture est pratique, aux autres étudiants citadins. Elle bûchera comme un paysan sa terre, sans aucune des fioritures que sont le cinéma et autres futilités. « Claire n’allait pas au café, Claire ne se divertissait pas elle ne savait pas le faire et elle n’en avait pas besoin. »

Claire s’est trouvé un pays en la personne d’Alain magasinier à la bibliothèque qu’elle fréquente assidument. Pays, quel joli mot, qui permet de parler à l’autre avec le langage de là-bas. Lui, aura sa mutation loin de cette capitale où il se considérait en transit avant le retour au pays. Claire, elle n’y pense pas. « Elle prendrait avec Alain la mesure d’une distance déjà creusée entre elle et ceux qui, comme lui, continuerait à vivre à l’unisson des parents et amis demeurés à l’épicentre du séisme » Non, elle restera à Paris, même pendant les vacances d’été où elle travaillera dans une banque.

Le Cantal emplit ce livre malgré la vie parisienne de Claire. Mais est-t-elle pour ça devenue parisienne ? Je ne le pense pas, elle devient transfuge car elle n’appartient plus au Cantal, mais n’est pas pour cela parisienne. C’est un livre sur l’exil choisi. Le Cantal est à jamais dans le cœur de Claire qui y retourne souvent.

C’est également le récit, d’une initiation, de l’apprentissage d’un changement radical dans le rapport aux éléments. Du végétal, Claire passe au minéral ; du cake maison au jambon fade, de l’espace à la promiscuité… enfin bref, de la campagne à la capitale. « Elle avait dû apprendre à l’arraché cet entassement de l’immeuble où croissaient, vivaient, s’étiolaient dessus dessous et sur les côtés d’autres corps, que l’on ne connaissait d’abord pas, que l’on frôlait ensuite, parfois, dans l’ascenseur ou dans le couloir. »

Comme dans Tunis Blues, nous avons cette dualité entre l’ancien et le nouveau, la tradition et la modernité. Ici aussi, ils sont étroitement mêlés. Marie-Hélène Lafon parle d’un monde qui disparait ou a disparu : la paysannerie. Je ne parle par des agriculteurs, mais bien des paysans. La réussite de Claire l’éloigne à jamais de la vie que son père a connue.

On pourrait penser que ce livre est ennuyeux. Et bien non, Marie-Hélène Lafon, l’air de rien m’a petit à petit envoutée avec son écriture. Marie-Hélène Lafon, outre son Cantal, a un pays de prédilection : l’écriture. Ses phrases longues sont souples sans jamais être ennuyeuses. J’ai aimé son écriture, son style. Le passage de Claire entrant dans une librairie acheter des livres est un petit bijou, tout comme son travail d’été dans une banque.

Je l’ai découverte lors de l’émission de François Busnel, sur « Les 20 livres qui ont changé votre vie » ; un grand plaisir de l’écouter parler du « Grand Meaulnes » d’Alain Fournier, qui fut mon livre de chevet toute jeune fille et que je garde dans mon cœur. J’ai aussitôt sorti son livre de mes étagères pour découvrir l’auteur. Comme j’ai bien fait !

Lucie avait expliqué qu’elle avait remarqué ce cake, l’avait humé déjà, un autre lundi, avait pensé que cette nourriture ne venait pas de Paris, comme son camembert déniché pour elle par son père chez un fermier.

Elle avait dû apprendre à l’arraché cet entassement de l’immeuble où croissaient, vivaient, s’étiolaient dessus dessous et sur les côtés d’autres corps, que l’on ne connaissait d’abord pas, que l’on frôlait ensuite, parfois, dans l’ascenseur ou dans le couloir.

Longtemps Claire avait tu ses enfances, non qu’elle en fut honteuse ni orgueilleuse, mais c’était un pays tellement autre et comme échappé du monde qu’elle n’eût pas su le convoquer à coups de mots autour d’une table avec ses amis de Paris. Elle avait laissé les choses parler pour elle.

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Publié le 4 Janvier 2015

Tunis blues

Ali Bécheur

Elyzad éditions

Juin 2014

295 pages

ISBN : 9789973580689

 

4ème de couverture :

Quand l'été n'est plus que cendres, Tunis a le blues... et le monde n'est plus qu'un piano désaccordé. Le temps d'une saison, Jimmy, le déraciné, oiseau de nuit en quête d'aventures, croise le chemin d'Ismaïl, le juge solitaire et rigoriste, exaspéré par le comportement de ses concitoyens et leurs mœurs ostentatoires. Le destin les guidera vers des amours improbables avec Lola, la voyante au grand cœur, Elyssa la jeune bourgeoise passionnée, et Choucha, la journaliste, femme libre et intransigeante. Une partition à cinq voix où vibrent, du vieux quartier de La Fayette à la colline de Sidi Bou Saïd, l'âme de la ville, les blessures de la vie et l'appel d'un monde à inventer. À lire comme on écoute du Miles Davis...

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Ali Bécheur nous offre un instantané de la Tunisie actuelle avec ses tenants de la tradition et ceux de la modernité et toute une faune qui tourne autour de cela. A travers les personnages de ce roman qui se croiseront à un moment ou un autre, il nous fait entendre cette voix tunisienne.

Il parle de la relation des tunisiens avec la liberté, la démocratie. « La raison n’est pas notre domaine. Nous, nous campons plus volontiers dans les marges du rationnel, dans l’avant et l’après, je ne sais, nous guettons des signes venus d’en haut, de très loin, de l’Autre Monde – avertissements ou sanctions – les yeux levés au ciel, le front contre les étoiles. Nous aimons les décrets : ils nous rassurent, nous exonèrent de l’écrasant fardeau de la liberté. »

Jamel, alias Jimmy, le Rebeu revenu de France entre deux gendarmes continue ses trafics en tout genre plus son délire du samedi : brûler les voitures des nantis des beaux quartiers. Ismaïl, le juge, fils de cadhi, ancré dans la tradition ne supporte pas cette façon d’agir, de ne pas respecter les codes de la vie civile.

Les femmes sont sur tout autre registre. Lola, la voyante, de par ses origines, représente la liberté et essaie de faire passer sa philosophie de la vie. C’est une personne aimable c’est-à-dire qu’on ne peut que l’aimer. Elle allège le fardeau des personnes qui viennent la voir. Elyssa, la femme d’un nanti qui a réussi échangerait bien son argent contre un peu de bonheur et de liberté.

Les femmes feront éclater cette dichotomie entre tradition et modernité, religion, liberté et démocratie. Elyssa en quittant ce mari qui a réussi dans les affaires  voue un culte au dieu argent. Choucha, journaliste autonome et indépendante, est la plus avancée sur la route de la liberté, même si elle en paie le prix chaque jour. Tout en écoutant Louis Amstrong, dans un article qui ne sera jamais publié, elle ose cette longue déclaration

« Nous sommes emmurés. Tous, hommes et femmes, cloîtrés, nos esprits cadenassés, fermés à double tour et nous ne le savons même pas. Un confinement millénaire. Une réclusion aux barreaux invisibles nous tient prisonniers à perpétuité. C’est comme une condamnation que nous aurions rendue contre nous-mêmes, contre notre liberté. Un verdict sans appel. Et à longueur de temps, nous nous heurtons aux murs de la geôle que nous avons édifiée à seule fin de nous y terrer. Pour nous protéger de la vie, de ses appétits et de ses faims, de ses envolées et de ses bassesses. Pour nous protéger de nous-mêmes. Pourquoi ? Parce que la peur nous enchaîne, pieds et poings liés. Peur de nos corps, de nos désirs que, surtout, nous ne voulons pas connaître. Peur de nos sexes, des passions qui pourraient nous emporter au fil de leur courant, nous rouler dans leurs remous. Peur de notre liberté. Peur de l’appel de cet espace trop vaste pour nous, trop démesuré, sans bornes et sans repères, où il faudra s’inventer. Peur de s’aventurer, d’abandonner nos tuteurs, nos béquilles et de nous élancer. Peur de ce saut sans filet. On nous a appris à rogner les ailes qui nous empêcheraient de marcher dans le droit chemin, comme un troupeau tenu en lisière par des chiens de berger ».

Tout le livre est empli de cette dichotomie entre la tradition et la modernité, la religion et la liberté, la démocratie… A tous, il leur faudra dépasser les grandes blessures qu’ils portent en eux

« Maintenant, je sais qu’il faut la mériter, la liberté. Je sais que la seule loi qui vaille, c‘est la loi qu’on se donne à soi-même. » dit Ismaïl. A méditer.

Un livre superbe servi par une écriture classique éblouissante avec quelques mots délicieusement suranné qui ont fait mon bonheur. J’avais déjà eu un coup de cœur pour Chems palace. Tunis blues le rejoint. Quel auteur, quelle écriture !

D'autres avis : Pasdel - Ramettes - Libfly

 

Ils ont érigé la fierté en culte, mais ils ne sont qu’arrogants, ils se croient intelligents et ils ne sont que rusés.

L’ostentation partout et toujours, l’esbroufe comme règle de vie, la montre comme credo. Les premiers producteurs au monde de poudre aux yeux, ne cherchez plus, c’est nous.

Soudain dévoilé, le royaume de la lumière s’échancre à mes yeux éblouis, c’est une baie, un golf étincelant que borne la silhouette déchiquetée d’un rideau de cyprès, dressée, noire, contre l’horizon.

Contre qui protéger la misère, sinon contre elle-même.

J’ai enfin compris que la loi n’est pas une éthique, elle ne se soucie pas du juste ou de l’injuste, non, elle est norme, c’est-à-dire la règle qui expose celui qui l’enfreint à un châtiment, disons technique.

Oui, voilà : insoumise. Alors je comprends combien la révolte c’est important, c’est crier qu’on n’est pas mort et même si on vous a écorché vif, que vous êtes encore vivant.

Si mes racines m’empêchent d’avancer, alors je les arrache.

D’une part, nous nous accrochons à des traditions obsolètes, nous nous agrippons à des rites désuets, désormais dépourvus de toute signification et, d’autre part, nous troquons nos valeurs ancestrales contre le culte de l’argent.

Entre l’Occident et l’Orient, nous prenons le pire dans chaque camp, privilégiant la lie de nous-mêmes –la soif de pouvoir, l’appât du gain, la convoitise- sur le meilleur. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

Oui, rigide, je veux dire enfermé dans un carcan, enfermé dans votre statut professionnel, enfermé encore dans votre statut social et, en plus, vous voulez m’enfermez dans un prétendu statut de femme.

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Publié le 3 Janvier 2015

Prison avec piscine

Luigi Carletti

Edition Liana Levy

Traduit de l’italien par Marianne Faurobert

Mai 2012

256 pages

ISBN : 9782867465994

 

4ème de couverture :

Une piscine tranquille, au cœur d'une sage résidence romaine. Une piscine vers laquelle convergent tous les regards, parfois indiscrets. Une piscine où Filippo consent à descendre de temps à autre sur son fauteuil roulant, accompagné de "l'Indispensable", le fidèle Péruvien au service de sa famille depuis des lustres. Villa Magnolia est semblable à un petit bourg, tout le monde s'y connaît... Mais lors d'une chaude matinée d'été, survient un inconnu, un nouveau locataire. Au bord du bassin, l'homme exhibe son dos traversé par trois horribles cicatrices. Quelques jours plus tard il intervient manu militari pour défendre une résidente agressée par deux voyous que l'on retrouvera par la suite carbonisés dans leur voiture... Mais qui est cet énigmatique individu? Et pourquoi devient-il peu à peu nécessaire à tous? Avec ce roman brillant, Luigi Carletti nous entraîne dans une comédie à l'italienne qui flirte avec le polar.

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Il y a toute sorte de prison, celles où l’on s’enferme soi-même et l’autre, comme punition. Quoique, à bien y penser s’enfermer soi-même équivaut à une autopunition. Mais laissons-là ces digressions pour passer au livre.

La 4ème de couverture résume ce livre, aussi mettrai-je plus l’accent sur de huis clos jusqu’alors paisible transformé en un maelstrom (n’ayons pas peur des mots) où tout un chacun succombe aux charmes ravageusement dangereux de ce prisonnier très spécial. Les deux hommes, Luigi et Lui, vont s’affronter, trouver et exploser les limites de l’autre comme deux lions en cage. La parodie n’est jamais très loin, nous sommes en Italie !

 

Une lecture agréable pour les soirées estivales, mais nous sommes en hiver, je l’ai donc lu d’une traite sous la couette. Comme Rodolfo, je me suis évadée, même si le tragi-comique a trop pris le dessus. Il manque, à ce livre, un petit quelque chose, je suis restée au bord de la piscine (pas grave au vu des températures extérieures !).

 

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Publié le 3 Janvier 2015

Syngué Sabour

Atiq Rahimi

Editions P.O.L.

août 2008

160 pages

ISBN : 978-2-84682-277-0

 

4ème de couverture :

Syngué sabour, n.f. (du perse syngue «pierre», et sabour «patiente»). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.

Bio de l’auteur (site de l'éditeur) :

Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), il vit et travaille aujourd’hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l’université (section littérature).

En 1984, il quitte l’Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis demande et obtient l’asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne. Il réalise des films documentaires et adapte en 2004 son roman Terre et cendres, qui, présenté à au festival de Cannes obtient le prix « Regard sur l’avenir ».

Ce livre a obtenu le prix Goncourt en 2008

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Elle veille son mari mourant, une balle dans la nuque, en égrenant son chapelet et ânonnant « Al-Qahhâr, Al-Qahhâr, Al-Qahhâr », se calquant sur la respiration du moribond. Le silence de la chambre rend les bruits, la présence de la guerre encore plus insupportables. Le temps s’écoule au rythme de la respiration du mari, des alertes, du couvre-feu, des gouttes de collyre et du goutte-à-goutte. Un rythme lent, un quasi silence qui éclatera en morceaux avec les paroles de la femme.

Petit à petit, une impatience sortie de ses entrailles nait, une audace la tenaille. Elle ose s’insurger contre lui, ose parler du désir, des humiliations, de son père, de parler de toutes ces choses interdites qu’elle tenait enfermée au fond d’elle-même. Petit à petit, les mots se font plus osés, plus durs, plus crus. La soumission n’est plus de mise, elle ose parler d’elle, elle accouche, enfin, de sa féminité.

Dans ce conte, Atiq Rahimi, écrivain afghan, ose s’emparer de la féminité, des souffrances, des désirs d’une femme dans un livre toutes tripes sorties. Cette veilleuse défiera son époux inconscient, se vengera de lui et de sa famille en provoquant deux hommes armés venus se réfugier chez elle se déclarant putain pour ne pas subir le viol. « J’étais obligée de lui dire ça, sinon, il m’aurait violée » Elle osera dépasser les tabous « Je vends ma chair, comme vous vendez votre sang. » en assumant ce rôle de putain. Elle osera se rebeller contre l’hypocrisie, contre cette guerre fratricide qui dure depuis si longtemps, se dévoiler.

Celle qui n’était qu’effacement, fantôme sous son tchadari va se libérer, la pierre de patience va éclater dans une grande violence. « Tu lui parles, tu lui parles et la pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines. »

Un livre âprement superbe. La violence des mots d’Atiq Rahimi n’est pas sans me rappeler Anima de Wajdi Mouawad. Un coup de cœur.

La pierre t'écoute, éponge tous tes mots, tes secrets, jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate. Et ce jour-là, tu es délivré de toutes tes souffrances, de toutes tes peines.

Donc violer une pute, ce n’est pas un viol. Mais voler la virginité d’une fille, violer l’honneur d’une femme ! Voilà votre crédo.

Cette voix qui émerge de ma gorge, c'est la voix enfouie depuis des milliers d'années

Tiens, voilà ton honneur baisé par un jeune de 16 ans ! Voilà ton honneur qui baise ton âme !

Ton honneur n'est plus qu'un morceau de viande ! Toi-même tu employais ce mot. Pour me demander de me couvrir, tu me criais : cache ta viande ! En effet, je n'étais qu'un morceau de viande où tu enfonçais ta sale bite. Rien que pour la déchirer, la faire saigner ! »

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