Publié le 13 Septembre 2014

 

L’assassinat d’Hicabi Bey

Alpert Canigüz

Mirobole Editions

Traduit du turc par Célin Vuraler

22/05/2014

ISBN : 9791092145236

 

4ème de couverture :

Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

L’Assassinat d’Hicabi Bey n’est peut être pas une énigme métaphysique, mais ça y ressemble. Sauf qu’on rit beaucoup et que, à la fin, on a la réponse.

L’auteur :

Né à Istanbul en 1969, Alper Canigüz y a passé une enfance remplie de bagarres et de livres. Après des études de psychologie à l’université du Bosphore, il a fait paraître son premier roman, Doux rêves.

L’Assassinat d’Hicabi Bey, son deuxième roman, a remporté un large succès populaire.

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"A 5 ans, on est au cœur de l’âge mûr. Ensuite commence la chute". Ainsi parlait Zarathoustra, non Alpert Kamu (ça vous dit quelque chose et bien moi ça me dit que ce patronyme n’a pas été choisi par hasard). Dans ce livre, Zarathoustra hallucinait…

Revenons à nos moutons, plutôt, notre mouton noir. Alpert Kamu, bambin de 5 ans. Bambin vous avez dit ? Non, ce qualificatif ne lui convient pas du tout. Surdoué magistral, parfois tête à claques, cet admirateur de Chostakovitch, Nietzche, connait Wu Zhaoji (et vous ?), J.J. Rousseau comprend les paradoxes de Zénon… S’exprime beaucoup mieux que vous et moi (enfin moi !). Heureusement, il a des réactions d’un gamin de son âge question castagne et jeux de billes et, surtout, son pistolet en plastique Dallas Gold et les balles en même métal. Ce pas-si-gentil gamin va, accessoirement, résoudre une énigme meurtrière dont il est le témoin.

Ce n’est pas possible dites-vous et bien, lisez ce livre et vous saurez. Petite précaution avant d’en entamer la lecture : laissez toute logique au placard sans aucune crainte, le meurtrier ne s’y cache pas, mais l’AEN peut s’y trouver. En entrant dans cette histoire, méfiez-vous des mangemémoires et des champignons

Un livre déjanté. Plusieurs fois, un instant de lucidité me faisait dire : mais non, ce n’est pas possible, un gamin de 5 ans, même surdoué…. Mais si, mais si.

Nonobstant son côté déjanté, Alpert Canigüz a écrit un livre brillant, voire intelligent où il décortique les magouilles de l’administration turque et stambouliote. Ce livre nous offre quelques pensées philosophiques d’Alpert. J’y ai trouvé, avec plaisir, l'existence de cette liberté de culte qui a tendance à régresser.

Alpert Canigüz et les éditions Mirobole m’ont offert un beau voyage en absurdie. Pays que j’avais déjà visité avec « Des mille et une façons de quitter la Moldavie » de Vladimir Lortchenkov. Jamais deux sans trois dit-on…. Je vais continuer à découvrir ce royaume d’absurdie.

Merci à et à qui, dans le cadre m’ont accordé un bon moment de dilatation de rate intelligent.

 

Ils l'ont lu : Yv - Liliba - Encore du noir - D'autres avis sur le site de Libfly

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. A l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un deux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoutait, inexorable, et je vieillissais vite.

J’aime jouer au football. Ce jeu comble mon besoin d’affrontement physique. Rentrer à la maison en sang, couvert de bleus après une partie difficile est un plaisir unique.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs je ne me sens pas vraiment différent. Seulement j’ai la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée.

Pour s’amuser, on peut toujours aller au théâtre. De toute façon, on vient ici pour boire notre souffrance. Le meilleur remède à la souffrance, c’est la souffrance

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature turque

Publié le 12 Septembre 2014

Parabole du failli

Lyonel Trouillot

Actes Sud

Août 2013

192 pages

ISBN 978-2-330-02262-4

 

4ème de couverture :

Alors qu’il semble enfin devoir connaître le succès, Pedro, un jeune comédien haïtien en tournée à l’étranger, se jette du douzième étage d’un immeuble. Dans son pays natal, l’un des deux amis avec lesquels il partageait au hasard des nuits un modeste appartement aux allures de bateau-ivre tente alors, entre colère et amour, de comprendre les raisons de ce geste, au fil d’une virulente adresse au disparu, comme pour remplir de son propre cri le vide laissé par celui qui déclamait dans les rues de Port-au-Prince les vers de Baudelaire, Éluard ou Pessoa, faute de croire aux poèmes que lui-même écrivait en secret et qu’il avait rassemblés sous le titre : “Parabole du failli”.
Un homme est tombé, qui n’avait pas trouvé sa place dans le monde d’intense désamour qui peut être le nôtre : dans l’abîme que crée sa disparition s’inscrit l’échec du suicidé mais aussi de celui qui reste, avec sa douleur et ses discours impuissants. À travers ce portrait d’un homme que le terrifiant mélange du social et de l’intime a, de l’enfance au plongeon dans le vide, transformé en plaie ouverte au point de le contraindre, pour être lui-même, à devenir tous les autres sur la scène comme dans la vie, Lyonel Trouillot, dans cette nouvelle et bouleversante “chanson du mal-aimé”, rend hommage à l’humanité du désespoir, à l’échec des mots qui voudraient le dire mais qui, même dans la langue du Poète, ne parviennent jamais à combler la faille qui sépare la lettre de la réalité de la vie.

Lyonel TROUILLOT

Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Son œuvre est publiée chez Actes Sud.
Récemment : La Belle Amour humaine (Actes Sud, 2011, Grand Prix du roman métis 2011) et Parabole du failli (2013).

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« Une gueulante d’amour et de détestation qui se passe de ponctuation » voici ce que contient le livre de Lyonel Trouillot. Une longue lettre d’adieu, d’amour, de vie et de mort à leur ami Pedro qui, parti avec une troupe de théâtre à Paris, aura le mauvais goût de s’y défenestrer.

Ils étaient trois amis qui partageaient une même infortune. Pedro était le plus disert, racontant ses malheurs, sans jamais s’étonner du silence des deux autres. Pourtant, l’Estropié avait de la matière avec son père surnommé « le méchant ». Le narrateur aurait pu parler de ses parents morts lorsqu’un camion fou a dévalé la pente alors qu’ils revenaient du travail. Du jour au lendemain, il s’est retrouvé seul et encore gamin. Pedro, « Un simple porteur des mots des autres », parlait, parlait, allait vers les autres, leur jouait une comédie pour les faire rire, distribuait les pages d’un livre de poésie. Pedro, encore, Pedro, toujours Pedro parlant, gueulant, mais à tant parler, ne cachait-il pas, justement, son mal-être ? A tant parler, il n’y a plus de place pour les questions des autres.

Le narrateur, dans ce long monologue à Pedro, se raconte, raconte l’Estropié, la misère de leurs vies, la misère des haïtiens. « Toutes ces choses que nous ne t’avons pas dites » C’est un long cri d’impuissance, de rage, de détresse, d’amour et d’amitié. On écoute, on parle, mais écoutons-nous l’autre ? L’incommunicabilité est très présente dans ce livre malgré l’amitié très forte qui unit les 3 amis.

Lyonel Trouillot s’entoure de poètes, paroliers pour crier la mort inévitable, la vie, le manque, l’amitié, la douleur, la misère. Un cri pour essayer de comprendre pourquoi les mots ne peuvent pas sauver.

La langue somptueuse de Lyonel Trouillot donne corps à tous ces âmes habitant en bas de la colline, les sans grades, les miséreux dont on ne parle pas souvent, alors que leurs vies sont tout aussi importantes. La mise en scène de l’Estropié, lors de la cérémonie d’adieu à Pedro, est superbe.

Lyonel Trouillot m’a envoutée avec son livre. Les écrivains haïtiens, Jacques Roumain, Gary Victor ont une poésie dans l’écriture qui me transporte.

Merci Sandrine pour ce prêt. Là aussi, j'aimerais "oublier" de te le rendre. Tu n'es pas entrée dans cette lecture et pourtant, tu en parles si bien.

D'autres l'ont lu : sur Libfly - Jostein - Charybde -

Ici, nous t'aurions rattrapé avant que ton corps touche le sol. Ici, on a appris à amortir les chutes. Et puis, où t'aurais trouvé un immeuble de douze étages! Même les banques et ces saletés de compagnies qui détiennent des monopoles n'en construisent pas de si hauts. Ici, on est déjà par terre et personne ne tombe dans le vide. Nous t'aurions rattrapé. Et puis, toi qui parlais tout le temps, tu aurais pu nous dire. Nous t'aurions suivi. Nous aurions monté la garde autour de toi. Comme ce soir où tu es parti en titubant. Nous savions que ce soir-là nous ne devions pas te laisser seul. Ton père t'avait encore traité de honte de la famille. Mais ce n'est pas la honte que tu portais en toi quand tu courais dans les rues en criant : "Le désespoir est une forme supérieure de la critique."

Tellement perdu dans lui-même et éloigné de sont territoire qu’il ne pose pas de question et croit qu’il est le seul à vivre de tourments. Qu’importe. Vous pardonnez à sa douleur d’être bavarde comme l’égotisme

Choisir un ami, c’est choisir ses faiblesses, sa part d’ignorance

Mais c’était ça Pedro, tu allais vers les autres plus vite que les autres. Et quand on choisit un ami, on choisit aussi ses faiblesses. L’Estropié et moi nous sommes adaptés à ton rythme.

Le deux-pièces, c’était notre bateau. Tu es monté dans le bateau et, le troisième soir, avant de vider la bouteille nous tanguions déjà tous les trois. La mer, ça épuise.

Nous n’avons pas eu le temps de te dire que c’est toujours une faute de se prendre pour une exception.

Dans la vie, c’est ainsi, il est des lieux où les choses sont en trop et d’autres où elles n’existent jamais en quantité suffisante. Au pays de l’insuffisance, on est condamné à l’astuce, aux stratégies d’adaptation.

Je t’en veux de t'être trompé de désespoir. A chercher mal. A rater tes Josette à toi. Mais je ne t’en veux pas d’avoir désespéré. Rien n’est fade et vilain comme les gens qui ne désespèrent pas.

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Publié le 11 Septembre 2014

Tout ce que je sais de l’amour

Michela Marzano

Editions Stock

Août 2014

210 pages

ISBN : 9782234077232

 

4ème de couverture :

Le titre de ce récit qui mêle autobiographie et réflexions philosophiques, dans la lignée du précédent et magnifique livre de Michela, Légère comme un papillon, vient d’un vers d’Emily Dickinson : « That love is all there is, is all we know of love ». C’ »est dire la simplicité et la complexité de toute tentative de définir l’amour, à travers sa présente et son absence.

De la recherche du prince charmant à l’acceptation des limites humaines de l’amour, du désir d’enfant à l’analyse sans cesse recommencée de l’absence d’amour qui fonde parfois nos bancales existences, de la maternité au narcissisme, Michela Marzano aboutit à un constat personnel, où se reflète notre propre expérience universelle : « On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses. Cette fois, c’est différent. Car même si perds tout, je ne me perdrai pas moi-même. Ni cette envie de recommencer. Ni la certitude que personne ne peut plus me voler qui je suis, même si, ensuite, la nuit m’anéantit. »

Un livre transgenre d’une lumineuse évidence, émouvant et féminin.

 

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Michela Marzano s’était déjà penchée sur son mal-être dans un précédent ouvrage où elle parlait de son anorexie. Ici, il est question d’amour, vase sujet pas si léger que cela.

Chaque intermède débute par la citation d’un auteur qui lui permet de dérouler son texte, de débattre, puis d’aller voir du côté de son nombril et de son cœur. Pourtant, cela n’a jamais été ennuyeux. Quelque fois, j’ai dû relire plusieurs fois les paragraphes pour essayer de comprendre (après une journée de chicoufs et des yeux qui se ferment, c’est autorisé par l’article 10 de mon code personnel). Elle convoque tour à tour Stendhal, Fromm, Lacan, Baumann, Pascal….

Michel Marzano dissèque, disserte, énonce, dénonce, pour en revenir au père, encore et toujours à son père. Cet homme trop autoritaire dont elle attend une reconnaissance qui ne viendra jamais. De vouloir répondre, vainement, à ses attentes, il y a de quoi vous démonter. « Ce que nous avons vécu nous accompagne tout au long de notre vie et souvent –trop souvent, toujours trop souvent malgré les efforts déployés pour briser le cercle vicieux de la répétition– nous détermine. » Nous vivons tous avec ce passé qui nous a formés, bon ou mauvais il faut essayer de l’accepter, gros travail.

En amour, il faut lâcher prise, accepter que l’autre ne soit pas le reflet exact de l’image idéale. C’est ce chemin qu’a parcouru Michela Marzano. Accepter de faire confiance « Mais comment cesser de vouloir tout contrôler ? Comment attendre que quelque chose se passe ? », accepter l’Autre. « L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ». Faire confiance, le grand problème de Michela Marzano« On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.» Cette peur qu’on la laisse tomber, qu’elle ne soit plus intéressante, aimable. « Mais s’il n’a ôté son masque que pour quelques instants seulement ? Si lui aussi me trompe, m’abandonne, me bannit de sa vie ? »

Et que dire de ce désir d’enfant avec cette phrase souvent répétée : « Si j’avais un enfant, je devrais me lever tôt le matin pour l’emmener à l’école, pas vrai ? ». De temps à autre, on a envie de lui dire, arrêtez de gratter les croûtes ! VIVEZ… et elle nous répond honnêtement «Que se passerait-il si je devais me lever à l’aube tous les jours pour aller à l’usine ou au bureau, avec un directeur des ressources humaines qi ne me lâcherait pas ? Que se passerait-i si je n’avais pas de travail, si je vivais dans la précarité depuis des années… » Oui, vous n’auriez plus le temps de gémir sur vos amours, sur vous, vous seriez obligatoirement dans le présent et dans le concret.

« Cette fois j’ai appris que je ne dois pas demander ce qu’il ne peut pas m’offrir, que je ne peux pas lui donner ce qu’il me demande.. » Est-ce le commencement de l’acceptation de soi et de l’autre ? Je suppose, comme pour nous tous, qu’il y aura des chutes et des rechutes, mais Michela Marzano commence à construire sur du roc et non sur le sable.

Ce livre-thérapie est fait de pensées, de discussions à partir d’une citation, de confessions. Les paragraphes courts fluidifient une lecture quelques fois ardue mais très cohérente et jamais ennuyeuse. J’ai pris plaisir à le lire car très bien écrit. De temps à autre, j’y trouvais mes propres casseroles.

Je remercie, en partenariat avec et les Editions Stock qui, grâce à l’opération " On vous lit tout" m’ont permis de découvrir un auteur très intéressant.

 

Aujourd’hui, je sais que la vie n’a rien à voir avec les contes de fées. Que la personne aimée ne peut pas nous apporter tout ce que nous n’avons pas eu. Qu’il ne suffit pas de se donner du mal et de faire son devoir.

On reste seule avec ses peurs. Seule avec une autre liste, elle aussi sans fin, pleine de questions sans réponses.

En amour, on ne choisit jamais l’autre sans raison. Il correspond toujours à ce que l’on cherche depuis l’enfance

L’autre n’est jamais exactement comme nous voudrions qu’il soit. Il est toujours différent des rêves que nous portons en nous. Des belles histoires qui nous plaisaient tant, enfant, et qui devaient nous consoler de tous ce que nous n’avions pas et dont nous continuons à déplorer le manque.

La vie se joue presque toujours pendant nos premières années. Lorsque nous ne savons encore rien du monde et de nous-mêmes et que nous nous en remettons aveuglément aux autres. Nous dépendons entièrement d’eaux. Notre confiance est totale.

Pourquoi lui ?
Parce qu’il m’écoute. Parce que avec lui je me sens importante. Parce qu’il me prend au sérieux. Et qu’il me regarde avec les yeux de quelqu’un qui découvre un monde inconnu quand je lui raconte quelque chose. Parce qu’il me dit que j’ai raison quand mes raisons ne servent pas à grand-chose.

L’amour commence toujours après. Quand l’affection succède à la passion. Et que l’on commence à faire confiance. Et que l’on peur « aimer avec l’autre ».

La confiance est toujours un pari. On fait confiance quand on croit en une personne, même s’il n’existe aucune preuve tangible qu’elle soit digne de confiance.
On fait confiance, et on s’abandonne. On fait confiance, et on espère. On fait confiance, et on court le risque d’être trahi.
On fait confiance et c’est tout.

L’homme que j’aime m’apporte mon café chaque matin et chasse les cauchemars de la nuit en passant sa main sur mon visage.
L’homme que j’aime est toujours présent, même quand il est loin. L’amour n’est pas seulement fait de petits gestes, mais aussi du partage de se secret que l’on garde en soi.
L’homme que j’aime est la parole qui berce ma plainte, même quand il me demande de me taire. Car c’est parfois le silence qui nous aide à supporter.

Avec le temps, on finit par apprendre : la joie commence quand on accepte le fait que le passé ne passe jamais ; quand on commence à savoir vivre avec le désordre.

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Publié le 7 Septembre 2014

Découvrez Mykonos hors saison

Richard Gaitet

Editions Intervalles

Juin 2014

80 pages

ISBN : 9782369560029

 

 

4ème de couverture :

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars ? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir...

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

L’auteur :

Richard Gaitet est né en 1981. Admiré dans toute l’Europe pour sa pratique très personnelle du sirtaki, il anime depuis 2011 l’émission « Nova Book Box » sur Radio Nova. Son premier roman, Les Heures pâles, écrit sous le pseudonyme de Gabriel Robinson, est paru en 2013 aux éditions Intervalles.

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Livre lu dans le cadre de l’opération organisé par Libfly et les maisons d’éditions indépendantes dont les que je remercie pour cette découverte.

 

Mykonos est très réputée pour ses fêtes arrosées, enfumées, homos… « Eden touristique généreux en plaisirs universels –sun is shining, danse, chaleur, fête, feta, cocktails, shakés, rencontres importantes ». Pour ça, il convient d’y séjourner l’été. Nos deux compères hétéros (je le souligne vu la réputation de cette île) ne l’ont sans doute pas compris pour débarquer en mars. L’île est déserte, les plages nues, les night-clubs fermés, sauf 1 ou 2 bars ouverts toute l’année. S’ensuivra, il faut bien respecter les traditions, une tournée des rads ouverts d’où ils sortiront fin saouls pour pisser sur le mur d’une église, qu’ils n’avaient d’ailleurs même pas vue. Ils vont passer leurs journées à picoler,  pisser, essayer de draguer. Bref, des vacances hautement joyeuses et animées !! Fiasco sur toute la ligne, ils tombent de Charybde en Scylla (faut bien respecter les lieux et la mythologie !), rien ne leur réussit, heureusement, la carte bancaire fonctionne. Cette partie de l’histoire m’a agacée, ennuyée ; les errances alcooliques de ces deux paumés, très peu pour moi. Pourtant, avec l’arrivée du touriste et sa prédiction, l’histoire prend une autre tournure. Mais, prédiction ou visions d’ivrogne (l’éléphant rose transformé en touriste fou) ?

J’ai peiné à entrer dans l’histoire, je me suis essoufflée à suivre nos deux ivrognes de bars en night-club paumés. Heureusement la seconde partie m’a plus emballée. Richard Gaitet s’est amusé à détourner quelques légendes grecques, des chansons plus actuelles. L’écriture est rapide, alerte. Quelques jeux de mots faciles et éculés comme « Nino rota », mais bon avec nos deux paumés alcoolisés, on ne peut s’attendre à autre chose.

Je suis un peu déçue par ce livre. Que voulez-vous, les errances nocturnes alcoolisées, ce n’est plus de mon âge ! Il s'en est fallu de presque rien, de quelques pages en moins au début pour....

Yves a beaucoup aimé, Pierre beaucoup moins. Leurs avis sur Libfly

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Publié le 30 Août 2014

Pub

Avec l'apparition, obligée, de la pub sur ce blogue, je vais arrêter ma collaboration avec overblog et migrer vers un nouvel hébergeur.

Pour l'instant, maintenant que vous êtes presque tous rentrés, je pars quelques jours,

Je vois tout cela à mon retour

Bonnes et belles lectures à vous tous.

Zazy

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Publié le 29 Août 2014

Marguerite et le colporteur aux yeux clairs

Leïla Sebbar

Editions Elyzad poche

2014

120 pages

ISBN : 9789973580719

 

4ème de couverture :

Un village français. Mère au foyer, Marguerite passe l' été à la ferme familiale. Une vie modeste, résignée, mais elle aime lire. De retour de la guerre d Algérie, son mari ne supporte pas de côtoyer à sa table les saisonniers maghrébins de la ferme. Marguerite à l' inverse est fascinée par leur langue, leur courtoisie, leur étrangeté. Les observant, elle tente de combler les silences de son mari sur l' Algérie et peu à peu elle entrevoit un autre monde... Un roman d' une infinie délicatesse, un cheminement vers l' Autre, l' histoire d un grand amour.

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La guerre d’Algérie qui ne dit pas son nom est derrière lui, mais le mari de Marguerite est revenu détruit. Depuis, il ne supporte plus grand-chose, surtout pas les saisonniers maghrébins que son père embauche. Marguerite passe ses vacances à faire à manger à tous ces hommes sans jamais les regarder, jusqu’à ce qu’elle découvre un homme aux yeux bleus. Les fantasmes sont là, elle se rêve partant avec lui…. Cette femme vieillie avant l’âge se retrouve veuve. Heureusement, il y a les livres, la bibliothèque, la voisine et le colporteur qui a les mêmes yeux bleus que l’ouvrier agricole marocain d’alors. L’amour du colporteur aux yeux clairs la réveillera, la révèlera. Elle se voit bien partir avec lui en Algérie et vivre dans la maison qu’il construit pour elle. Mais, la fin de l’histoire ne sera pas celle-là.

Ce conte noir, ce rêve brisé Leïla Sebbar nous le narre simplement et sa description du monde rural de l’époque est réaliste. Un petit livre par la taille écrit par une grande romancière simplement, sans blablas inutiles comme toujours chez elle.

Oh, Sylvie que je voudrais « oublier » de te rendre ce livre ! Oui, j’aime l’écriture de Leïla Sebbar, j’apprécie également l’écrivain qui me semble comme ses livres, simple et directe.

D'autres avis sur Libfly

 

Lorsque les saisonniers sont allés se coucher après le bonsoir collectif, le Marocain s’est avancé vers elle et il l’a remerciée pour la cuisine. Il l’a regardée en la saluant, puis il est sorti avec les autres.
Il a les yeux clairs.

« Encore des romans à l’eau de rose. Heureusement le bibliobus ne passe pas à la ferme. Tu ferais plus rien de la journée. C’est une maladie. Il faut être malade pour lire comme ça. C’est pas la vie… »

« Mon père m’a dit que les hommes te parlent maintenant ? ça suffit pas de les servir, il faut faire la conversation. Ils vont t’apprendre leur langue, aussi, pourquoi pas ? Ils t’ »ont parlé ? Qu’est-ce qu’ils t’ont dit ? «

Il fit comprendre à sa mère qu’il ne reviendrait pas, tant qu’elle vivrait avec l’Arabe. Marguerite ne revis plus son fils, pendant les sept années où Sélim vécut avec elle, dans la maison de l’oranger.

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Publié le 28 Août 2014

Les enfants de la dernière pluie

Françoise Guérin

Editions du Masque

Avril 2014

ISBN : 9782702441008

360 pages

 

4ème de couverture :

Lors d’une visite à son frère Xavier, hospitalisé en psychiatrie, le commandant Lanester est le témoin d’un brutal homicide, immédiatement suivi d’un suicide. Chargée de l’enquête, son équipe est intriguée par la personnalité atypique du meurtrier présumé, un infirmier connu pour son empathie et son professionnalisme. Comment en est-il arrivé à agresser un patient ? Lorsqu’on découvre qu’il a agi sous l’emprise de puissants psychotropes, l’enquête s’oriente vers le Dr Raynaud, qui mène des recherches pour le compte d’un laboratoire pharmaceutique. Mais il faut se garder des évidences car, dans cet établissement aux mains de puissantes dynasties médicales, nul ne sait qui manipule qui. Grâce à Élisabeth Dassonville, la captivante archiviste, Éric Lanester pénètre peu à peu la logique de l’hôpital. En véritable gardienne du temple, elle lui fait découvrir le personnage fascinant de Théophobe Le Diaoul, le poète de l’aliénation qui a donné son nom à l’établissement. Mais en quoi les vers de ce vieil illuminé peuvent-ils éclairer cette enquête qui ne cesse de rebondir ?

 

Lyonnaise, Françoise Guérin est psychologue et s’est d’abord initiée à l’écriture radiophonique (elle a collaboré à l’émission « Les Petits Polars » pour Radio France), avant de publier trois recueils de nouvelles. Son premier roman, À la vue, à la mort (aux Éditions du Masque), a reçu le Prix Cognac du Festival du Film Policier en 2007 et le prix Jean-Zay des lycéens. Elle a publié Cherche jeunes filles à croquer aux Éditions du Masque en 2012 qui a obtenu le Prix sang pour Sang Polar 2013.

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Cher Commandant Lanester,

Je vois, avec plaisir que votre déprime se porte à merveille et que vos réactions peuvent être en panne au mauvais moment. Assister à une défenestration dans l’hôpital psychiatrique où est votre frère devrait être pain béni pour vous, mais il y a du retard à l’allumage et votre culpabilité revient au galop d’un cheval de compétition. Ok, vous reprenez vite les rênes. Votre curiosité et votre instinct vous poussent à mener une enquête, à gratter pour trouver le début de l’écheveau. Madame Dassonville, à l’esprit très retors vous embrouille dans son propre écheveau. Cela nous vaudra un joli tricotage, puis un détricotage pour finir par une fin, comme toujours, inattendue. Cette fois, j’ai trouvé le meurtrier, et oui, il y a eu meurtres, mais pas les ficelles, votre créatrice est redoutable. Oui, on se doute, mais, pourquoi, comment… ça c’est autre chose et, pour moi, c'est le plus important.

 

Françoise Guérin nous conduit au sein d’une unité psychiatrique où l’enfermement n’est pas que physique. L’espace est clos ; nous fréquentons des salles d’archives obscures, des couloirs sans fin, des caves avec passages… Cette unité fonctionne comme un quartier où malades et soignants vivent en vase clos, dans des espaces pourtant bien délimités qu’il ne fait pas bon de transgresser (cela laisse des séquelles). Ce petit monde est étouffant, fermé.

Comme dans ses précédents romans, Françoise Guérin, maîtresse es labyrinthe nous conduit où elle veut, comme elle veut, mais pas au pas de charge. Elle prend le temps de peaufiner, d’expliquer, de commenter… Bref, elle nous mène par le bout du nez ; une pincée de vérité ici, un soupçon de malaise par là, une cuillérée de mystère par-dessus. Les visites de Lanester à son analyste préférée entrouvrent une porte, une brèche où ce cher commandant s’engouffre.

Quant à Théophobe Le Diaoul, ce poète devenu fou qui donne son nom à l’établissement, il est défendu par une Madame Bassonville qui, telle une araignée ou une mante religieuse, captive et ferre sa proie pour mieux l’ingérer.

Déjà lu et beaucoup apprécié « A la vue à la mort » et "Cherche jeunes filles à croquer ".Chère Françoise Guérin, vous êtes redoutable : vous nous promenez dans vos labyrinthes en compagnie de personnages si humains, jusque dans leurs folies. Merci d’avoir fait voyager ce livre vers ma nuit blanche. J’en redemande !

 

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Publié le 23 Août 2014

Manèges

Petite histoire argentine

Laura Alcoba

142 pages

ISBN : 9782070782031

 

4ème de couverture :

" Maintenant, nous allons vivre dans la clandestinité, voilà exactement ce que ma mère a dit.
Pour la trappe dans le plafond, je ne dirai rien, même si on venait à me faire très mal.
Je n'ai que sept ans mais j'ai compris à quel point il est important de se taire. "

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J’ai rencontré Laura Alcoba au Salon des Dames de Nevers en juin dernier. Je voulais acheter « Le bleu des abeilles » et je suis partie avec « Manèges » pour lire l’histoire dans le bon sens, même si les deux livres peuvent être lus indépendamment l’un de l’autre.

Le temps est venu de raconter, de faire l’effort de mémoire, de remonter le temps, de retourner vers les années 70, celles de l’enfance sous la dictature. La gente des colonels est au pouvoir.

Avec des parents résistants, la petite fille a appris et enregistré la clandestinité et tout ce qui va avec : le secret, se taire, regarder derrière soi sans en avoir l’air, être certaine de ne pas être suivie. Le père est emprisonné ; un nouveau déménagement avec un grand changement à la clé : elle est baptisée mais sans prêtres, comme les premiers chrétiens. Pour ne pas être repérées, elles vont de maison et maison. Personne ne pose de question ; côté rassurant de la chose pour l’enfant.

Elle ira de rencontre en rencontre, ira jusqu’à discuter d’Edgard Poe avec l’ingénieur qui construit une pièce secrète. Bien sûr, tout est enregistré, ne pas faire ceci, ne pas dire cela, mais, lorsque l’on a sept ans, même si on sait,  on ne comprend pas et des bourdes arrivent qui pourraient mettre en danger le groupe. Comment ne pas parler à cette jeune femme si gentille ? Il y a de bons côtés dans la clandestinité, comme les lapins, ou les paquets cadeaux qu’elle crée avec sa mère... pour cacher les journaux sortant de l’imprimerie clandestine.

Laura Alcoba raconte son enfance en Argentine d’une voix douce, avec beaucoup de tendresse. Petite histoire argentine en est le sous-titre, mais le son des souvenirs de Laura Alcoba n’est pas argentin. Les enfants comprennent beaucoup plus de choses que les adultes ne le pensent, même s’ils ne peuvent analyser les faits. Il y a, malheureusement, encore et toujours, de par le monde, des enfants qui doivent vivre cette même vie.

Merci pour votre gentille dédicace, votre charmant sourire et, surtout, pour vos explications lors du « café littéraire » où vous avez parlé de votre livre, « Le bleu des abeilles » que je vais m’empresser d’acheter et, surtout, lire. Oui, j’ai fait un beau voyage au pays de votre enfance. Votre écriture délicate est aussi douce que pudique, tout est dit sincèrement.

 

 

Laura Alcoba - Manèges

Si je fais aujourd’hui cet effort de mémoire pour parler de l’Argentine des Montoneros, de la dictature et de la terreur à hauteur d’enfant, ce n’est pas tant pour me souvenir que pour voir, après, si j’arrive à oublier un peu.

Si nous avons quitté notre appartement, c’est parce que maintenant les Montoneros doivent se cacher. C’est nécessaire parce qu’il y a des personnes qui sont devenues très dangereuses : ce sont les hommes des commandos de l’AAA, la Alianza Anticomunista Argentina, qui enlèvent les militants comme mes parents et les tuent ou les font disparaître.

Pour toi, ce sera comme avant. Il faudra juste que tu ne dises à personne où nous habitons, pas même à la famille.

Souvent, c’est moi qui regarde derrière nous. C’est plus naturel qu’une enfant s’arrête et se retourne ; chez un adulte ce pourrait être un comportement suspect, le signe d’une inquiétude qui risquerait d’attirer l’attention. Moi j’ai appris à glisser ces gestes de prudence dans un jeu.

J’ai bien compris l’idée de l’Ingénieur quand il m’a expliqué comment on pouvait cacher tout en ne cachant pas. Mais les lapins ? Pourquoi faudrait-il accueillir des centaines de lapins pour mieux nous protéger ?

Je comprends alors que si quelqu’un, à la prison, pose des questions, je ne pourrai pas retourner dans la maison aux lapins. Il semble que j’en ai peur. Enfin, c’est encore une de ces choses dont je ne suis pas tout à fait sûre.

Je fais quelques pas en direction de mon père, sans décoller les yeux du canon le plus proche, celui de l’homme qui est juste en face de moi. Je vois bien que ce trou noir arrive au niveau de ma tempe.

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Publié le 20 Août 2014

Phil et Sof

Les Prézados

Christian Maucler

Editions Tartamudo

ISBN : 9782910867454

 

 

4ème de couverture :

Attention, vous ne tenez pas entre vos mains un album BD mais bien une boîte de bonbons multicolores et de toutes les saveurs. Ouvrez, suivez nos deux amis Phil et Sof et dégustez en bonne compagnie selon vos envies aux couleurs du temps. Une collection de gags soigneusement sélectionnés et toujours publiés depuis quinze ans dans l’hebdomadaire Le Journal des enfants ! Avec des Prézados rigolos, juste pour le plaisir de s’amuser à réfléchir.

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Phil est un cossard fini à l’école. Les devoirs… connait pas trop ; les mauvaises notes, pas trop assumées, il est habillé en uniforme  djeuns

Sof bonne élève, déjà BCBG dans ses vêtements.

A priori, rien de les rapproche, pourtant ils sont amis, s’aiment en silence, ont les problèmes des enfants, heu pardon !! des jeunes de leur âge et nous offrent une collection de perles, de réflexions pas idiotes du tout. Phil et Sof sont très attachants et ont fait les délices de ma grande Emilie de 10 ans… Il y a des moments où elle s’est retrouvée avec ses copines et copains. Les jeux de mots, très présents dans cet album, ont fait les délices de la grand-mère

Les dessins, très expressifs, me plaisent beaucoup. Tout est dans l’humour et l’ironie, mais les bons sentiments ne sont jamais loin.

Ce sont des berlingots acidulés et sucrés qui font du bien. Surtout ne pas croquer et laisser fondre sur la langue pour en apprécier la substantifique moelle. Bien sûr, ce livre est parti de mes étagères pour rejoindre celles d’Emilie !

Je remercie Babelio et son opération Masse critique ainsi que les Editions Tartamudo pour cette délicieuse et ironique lecture.

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Rédigé par zazy

Publié dans #BD