Publié le 18 Avril 2014

Ce matin, le menuisier est venu installer les étagères que nous lui avions commandées. Des étagères en chêne bien solides pour.... et oui, mettre des livres.

Et voilà, 3 heures après...

Je suis quand même sympa, j'ai réservé une étagère pour que mon mari puisse mettre ses propres livres. Je n'en reviens pas de ma grande, voire immense, mansuétude !!!

Nouvelle bibliothèque

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Publié le 17 Avril 2014

 

L’hôtel hanté

Un mystère de la Venise moderne

W. Wilkie Collins

Traduction Henry Dallemagne

Editions Grand Caractère

2006

330 pages

ISBN 9782744406645

 

4ème de couverture :

Fiancée humiliée, veuve manipulatrice et soumise évoluant dans une famille en apparence respectueuse des usages de la haute société victorienne... Qui est vraiment la comtesse Narona ? Une intrigante prête à tout pour toucher une prime d'assurance sur la vie de son époux, ou bien la victime de craintes superstitieuses sur laquelle le destin semble s'acharner ?

Entre Londres et Venise, Collins campe des personnages aux facettes multiples et complexes qui seront, consciemment ou non, les complices d'une mort naturelle qui ne tardera pas à se révéler suspecte.

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J’ai retenu ce livre à la bibliothèque où il n’existe qu’en gros caractères. Pratique pour les personnes qui ont un problème de vue, mais un peu gênant au début.

Un polar que je n’ai pas lâché jusqu’au mot fin. L’écriture classique me convient parfaitement, mais moderne à la fois car ce n’est qu’à la fin que j’ai remarqué qu’il avait été écrit au 19ème siècle ! Est-ce un vrai polar ? Certainement, puisqu’il y a mort d’homme. Un soupçon de revenants, juste pour pimenter, comme il sied au 19ème siècle, une bonne étude de la société bourgeoise, où la disparition d’un domestique ne vaut pas la peine de s’y attacher, et vous avez les ingrédients d’un bouquin, agréable à lire.

Ce livre a rempli son contrat : me faire passer un bon moment, même si je ne suis pas certaine de le garder en mémoire. Qu’importe puisque le plaisir fut présent le temps de la lecture.

 

 

 

 

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Publié le 9 Avril 2014

Assan

Vladimir Makanine

Traduction Christine Zeytounian-Beloüs

Editions Gallimard

07-03-2013

480 pages

ISBN : 9782070128570

 

4ème de couverture :

«Faire la paix avec les Tchétchènes, ils ne seraient pas contre non plus. Une très longue paix... Les Tchétchènes sont des gens comme les autres. Les soldats pourraient aller à la pêche. Il paraît qu'il y a beaucoup de poisson dans les rivières de montagne, du bon poisson, pas bien gros, il est vrai. Malgré tout, l'opinion générale penche du côté de la guerre.» Alexandre Jiline est commandant de l'armée russe en Tchétchénie, chargé de l'approvisionnement des troupes en essence. Un poste stratégique, qui lui permet de se livrer à un trafic de barils avec l'ennemi tchétchène. Mais Jiline a aussi bon cœur, et les villageois l'apprécient pour cela. En signe de respect, ils transforment alors son prénom en Assan : dans le folklore tchétchène, Assan est une idole de la période préislamique du Caucase qui incarne la vengeance. Mais son histoire personnelle prend un tournant décisif quand il décide de prendre sous son aile deux jeunes soldats devenus inaptes au service en les planquant dans un de ses dépôts de carburants... Assan évoque avec brio la sale guerre de la Russie en Tchétchénie, mais ce cadre contemporain, très précis, contient aussi un roman universel qui dépeint avec force les contradictions de tout être humain dans des situations extrêmes.

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Nous appelons cela de la corruption, du détournement. Le commandant Jiline préfère parler d’organisation. Mais comment éviter le chaos ? Quelle solution pour sauver sa peau dans ce bourbier où se trouve le commandant lâché par ses supérieurs ?

Quelle est cette guerre ? Les ennemis peuvent devenir les « amis », les alliés, tomber dans le camp adverse. Où est l’armée russe, où est le commandement suprême ?

Les premières pages sont édifiantes, cocasses avec ce convoi de troufions ivres qu’aucun officier n’accompagne ni ne réceptionne. Les voici montant dans les camions, s’interpellant, au premier barrage, montrant leurs culs !!! et c’est tout l’équilibre précaire des marchés et autres arrangements qui risque de tomber, surtout qu’un tchéchène est tué.

Jiline, commandant de l’armée russe, est chargé de l’approvisionnement, sur son secteur, les troupes russes en essence. Il gère ce stock d’une façon drastique et équilibrée. Dans ce pays en guerre, le commandant Alexandre Jiline, encore appelé Sacha, Sachik, Assan Sergueitch, ou Assan tout court, selon ses interlocuteurs se fait respecter. Ses interlocuteurs, plutôt ses « clients » tiennent leurs paroles, enfin presque. Il détourne un baril sur dix qu’il revend aux Tchétchènes. Cette monnaie d’échange permet à ses convois de passer sans trop de perte. Il en vend également de temps à autres, aux paysans pour les travaux agricoles.

Oui Assan est un homme d’honneur. Ils ne violent pas les femmes. (Certaines pages concernant des mères parties à la recherche de leur fils prisonniers des Tchètes sont édifiantes), ne fait par de marchés avec les armes. Lorsque des soldats russes ont échappé par miracle à une embuscade où tous ont été tués, il les prend avec lui. Bien sûr, ils doivent travailler pour lui quelques temps, mais, respectant sa parole, il recherche leurs régiments. C’est ainsi qu’il s’est pris d’une certaine amitié pour deux jeunes gars traumatisés suite à un guet-apens.

Dans ce livre, Vladimir Makanine dénonce cette guerre où les jeunes appelés servent de chair à canons pendant que le commandement fait des affaires loin des fronts. Ces chefs peuvent même vendre un des leurs (un général inoffensif en l'occurrence) pour soulager la vindicte de Tchéchènes sans aucun remords. Là-bas, l’autorité ne respecte pas les lois, elle les arrange à sa sauce. Une guerre où les lois commerciales ne sont aucunement entravée par la guerre, où l’on tue et commerce sans aucun problème des deux côtés.

Vladimir Makanine nous offre un livre fort et dense, où l’humour est présent. Beaucoup phrases non terminées, ponctuées par des points de suspension donnent du nerf à l’écriture. C’est une lecture exigeante. L’auteur a un style direct, sans fioriture, très fort. Bref, il ne tourne pas autour du pot et cela m’a beaucoup plu. Je pense que la traduction de Christine Zeytounian-Beloüs y est pour beaucoup. Une lecture qui restera longtemps entre mes deux oreilles.

Quelques extraits :

Sur les rails désertés… En ce lieu désormais vacant, ils sont seuls, en foule, les jeunes soldats. Personne d’autre… Ils se virent soudain eux-mêmes, tels qu’ils sont. Voyez comme nous sommes ! Nombreux !... Quant au train (deux wagons seulement) qui les a transportés, ce modeste petit convoi est aussitôt reparti à grand bruit on ne sait où. C’est la guerre !

 

Réduit en bouillie.

Et Dieu me reproche cette bouillie et m’arrête. Ne te bats pas… Dieu me souffle une troisième voie.

Assez de sang, commandant Jiline… Tu n’es pas un guerrier ni un vengeur. Tu es une une honnête petite merde. Et bien que tu ne sois rien ni personne, tu ne crèveras pas tout de suite dans ce bordel sanglant et imprévisible qui a déjà commencé… Négocie… Le commerce, c’est ta seule chance de survie.

Propose… et vends… C’est la seule façon de s’y prendre avec ceux qui s’agitent… Ta mission sur cette terre !

 

Comment un bibliophile aussi inutile qu’inoffensif a-t-il pu périr si tragiquement. ?... C’est le grand Rous qui apporte la réponse : on l’a vendu.

Incroyable. Selon le code militaire, livrer un des siens est considéré comme un acte particulièrement odieux. Il peut arriver qu’un fédéral indique aux Tchétchènes un convoi en formation. Ou le circuit emprunté par de jeunes soldats… Mais on ne trahit jamais une personne précise…

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Publié le 7 Avril 2014

L’extravagant voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Romain Puértolas

Editions le Dilettante

21/08/2013

253 pages

ISBN : 9782842637767

 

 

4ème de couverture :

Un voyage low-cost … dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste. Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.


L’auteur :

Romain Puértolas est né à Montpellier en 1975. Ballotté entre la France, l'Espagne et l'Angleterre, il devient DJ turntablist, compositeur-interprète, professeur de langues, traducteur-interprète, steward, magicien, avant de tenter sa chance comme découpeur de femmes dans un cirque autrichien. Évincé à cause de ses mains moites, il s'adonne alors à l'écriture compulsive. Auteur de 450 romans en un an, soit 1,2328767123 roman par jour, il peut enfin ranger ses propres livres sur les étagères de sa bibliothèque Ikea et en cacher ainsi les affreuses fixations en plastique.

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Une nouvelle couverture jaune et un livre tout aussi déjanté que « La dame à la camionnette » d’Alan Bennett, mais dans un autre genre, quoi que l’on y parle également des laissés pour compte.

Au premier degré, c’est un livre d’aventures, hautement improbables. Ajatashatru Lavash Patel «prononcez J’arrache ta charrue, la vache ». Quant à son prénom, vous pouvez dire « achète un chat roux», quoique vous pouvez prononcez également « J’ai un tas de short à trous ». Avouez que c’est plus pratique pour nous, enfin pour moi, sauf que parmi toutes les prononciations possibles, j’ai dû lire à deux fois avant d’être certaine.

Revenons-en à nos moutons à notre fakir. Oui, parce que IL est fakir dans son pays l’Inde. Tous ses amis se sont cotisés pour lui offrir ce voyage dans le SEUL but avoué, de s’acheter une lit à clous vendu chez Ikea. Le commander et se le faire livrer eussent été plus simple. Oui mais voilà, il n’y aurait pas eu de bouquin.

Donc, le voici débarquant à Roissy pris en charge par un taxi inénarrable. L’aventure commence. Attachez vos ceintures, éteignez vos cigarettes, bien que je crois que l’on ne puisse plus fumer dans les avions, le décollage est imminent.

Pour des raisons tout à fait évidentes, « J’arrache ta charrue, la vache » va devoir se cacher dans une armoire Ikea, of course. Vous pensez à un Vaudeville et attendez le mari ? Vous n’y êtes pas du tout. Tout ce que je peux vous dire c’est que « achète un chat roux» va visiter l’Europe et même plus, car il y a affinité, en choisissant des moyens de transports très originaux.

J’oubliais, nous sommes dans un scénario à la Bollywood et il y a une histoire d’amour pétillante qui finira bien et un livre dans le livre.

Entre temps, « J’ai un tas de short à trous » rencontrera la misère des sans-papiers, de ceux qui veulent absolument aller en Angleterre et qui ne veulent retourner chez eux sans avoir réussi.

Un roman où plus c’est gros, plus ça marche où le loufoque côtoie l’amour, la misère, la filouterie… bref, un moment d’humour qui fait un bien fou. Un premier roman où l’on traite mieux les armoires que les hommes, qui n’est pas passé inaperçu.

Merci Phil de l’avoir fait voyager jusque chez moi. Je tiens à préciser que le livre a été acheminé normalement par les services postaux français sans passer par la case Ikea, mais dans la camionnette JAUNE de ma factrice !!

D’autres avis sur Libfly

 

 

 

 

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Publié le 4 Avril 2014

 

La dame à la camionnette

Alan Bennett

Traduction : Pierre Ménard

Editions Buchet Chastel

06/02/2014

ISBN : 9782283027332

 

4ème de couverture :

Miss Shepherd, vieille dame excentrique, vit dans une camionnette aux abords de la résidence londonienne d’Alan Bennett. Victime de l’embourgeoisement du quartier et de quelques vauriens, elle finit par installer son véhicule dans la propriété de l’auteur.
Commence alors une incroyable cohabitation entre la marginale et la célébrité, qui durera près de vingt ans.
Entre disputes, extravagances et situations drolatiques, la dame à la camionnette n’épargne rien à son hôte ni au lecteur. Bennett, en excellent conteur, saisit leur duo et livre, au-delà des anecdotes, un tableau très juste du Londres des années 1970 et 1980, de sa bourgeoisie progressiste et de ses exclus.
Un récit d’une grande humanité qui croque avec humour les travers de la société britannique contemporaine.

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Ce matin, un livre mystère est arrivé chez moi. Je me suis conformée en tout point aux « directives » de Jérôme. J’ai décidé de satisfaire ma curiosité et la véranda ensoleillée nous a accueillis, le livre, un transat et moi.

Non ? Monsieur Bennett, vous l’avez vraiment fait ? Vous avez vraiment installé la Bergère chez vous ? OK, la morale est sauve, précisons, vous avez installé le camion de Miss Shepherd dans votre jardin… Début d’une odorante cohabitation d’une dizaine d’années. Je pensais que le sentiment de culpabilité était l’essence même d’une éducation judéo-chrétienne alors que, vous le dites vous-même "Je n'aurais jamais pu être catholique, je suis bien trop snob pour ça.". Or, vous n’avez pas été snob du tout pour accomplir cet acte héroïque vu l’état de la dame et de sa camionnette.

Il faut dire que ce véhicule, délabré, repeint en jaune fait tâche dans ce quartier en pleine mutation. Comprenez en plein embourgeoisement. Je ne vous parle même pas de sa propriétaire d’une saleté repoussante.

 

S’en découlent des situations ubuesques, difficiles à comprendre pour les autres, si bien qu’à la fin, vous n’expliquez plus rien du tout. La fée du logis l’a oubliée dans sa distribution, elle ne fleure pas le parfum suave du 5 de Chanel, c’est le bordel dans son sweet home. La cohabitation n’a rien de glamour, mais, cahin-caha…

Vous nous racontez les épisodes marquants de cette cohabitation avec une Miss Shepherd de plus en plus crasseuse, mais toujours aussi vindicative. C’est qu’elle a du caractère la Bergère ! « Il était rare qu’on lui rende le moindre service sans avoir en même temps envie de l’étrangler »

Ces rendez-vous avec votre carnet sont drôles, très pince-sans-rire, foldingues, mais emprunts d’amour, même si vous vous en défendez. Le remords vous tenaille lorsque vous voyez ces personnes du service social entrer dans la camionnette de Miss S. sans problème, alors que vous ne pouvez le faire.

Après sa mort, vous vous êtes décidé à entreprendre les travaux d’archéologie à l’intérieur du sweet home. J’ai aimé que vous ayez nettoyé la camionnette avant que le récupérateur ne vienne l’enlever. Une sorte de toilette mortuaire, un adieu définitif. Fidèle à elle-même, la Bergère vous a légué un bel héritage… des mites. Allez, j’y vais de mon mauvais jeu de mots : des mites laissées par un mythe.

Merci Monsieur Bennett pour ce délicieux moment de lecture. Vous n’avez pas la pareille pour vous moquer gentiment de vos concitoyens. Pourtant votre Bergère ressemble comme deux gouttes d’eau, la camionnette en moins à une voisine décédée il y a une dizaine d’années.

J’ai rapidement su de quel livre il s’agissait pour en avoir lu une chronique tentante de Clara. Merci Alex pour ce délicieux livre mystère. J’ai aimé cette couverture jaune, comme LA camionnette. L’illustration de la couverture est en accord avec le livre.

Vous êtes tentés par l’expérience, alors cliquez ici et inscrivez-vous.

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Publié le 2 Avril 2014

Au courrier de ce matin, un paquet. A sa forme, je savais qu'il s'agissait d'un livre. Comme je ne sais plus très bien où j'en suis des L.V., je n'ai pas été étonnée.

J'ouvre et en premier une enveloppe avec écrit dessus : "A n'ouvrir qu'en fin de lecture..."

Je viens donc de recevoir MON livre mystère. Le papier couvrant ce livre ne m'est pas inconnu, mais...

Petit rappel. Jérôme du blogue : d'une berge à l'autre, est l'instigateur de cette lecture à l'aveugle.

Nous devons lire le livre sans déchirer le papier occultant pour voir LA couverture, (Certains découpent les pages du titre, d'autres les incluent dans le "protège-livre"), sans essayer d'en connaître le titre.

La curiosité m'ordonne de me dépêcher de lire ce livre. Donc, je vais lui obéir.

Messieurs Vladimir Makanine et Romain Puértolas, je vous remercie de faire une petite place sur ma table de chevet pour cette L.E.A..

Ainsi commence le livre :

- J'ai croisé un serpent cet après-midi, me dit Miss Shepherd. Il remontait Parkway. Un serpent gris, très long -un boa constrictor selon toute vraisemblance... Il avait l'air venimeux.

Pour en savoir plus, il vous faudra attendre la fin de cette lecture. NA !!

Livre mystère

Un bon prétexte : une bronchite qui n'en finit pas, une série de piqûres d'antibiotique, une fatigue.... et hop, lecture dans la véranda ensoleillée !!!

J'ai terminé ma lecture. J'ai su rapidement de quel livre il s'agissait car je l'avais noté suite à un commentaire enthousiasmant chez Clara. Bravo Alex pour ta perspicacité.

Merci pour cet amusant après-midi de lecture. Une chronique suivra bientôt

OK, je bavasse, mais alors.... c'est quoi ce livre ?????????

Trente secondes, le voici :

Livre mystère

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Publié le 26 Mars 2014

Monsieur

Jean-Philippe Toussaint

Les Editions de Minuit

111 pages

1986

ISBN : 9782707310965

 

Résumé de l’éditeur :

 

Monsieur, qui ne voulait pas d'histoires, n'aimait pas tellement raconter ce qu'il faisait. Il faisait de son mieux, en général et, après réflexion, parvenait à trouver une solution, élégante parfois, souvent mathématique, pour chaque difficulté de la vie – héler un taxi, par exemple – qui se présentait à lui au jour le jour. La nuit, dans son esprit, tout paraissait plus simple encore.

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Le génie de Jean-Philippe Toussaint ? Arriver à faire un livre où il ne se passe rien, pardon, si à la fin il y a UN évènement ! Et que ce soit un grand bonheur que de le lire.

Monsieur, oui, le « héros » du livre n’est pas nommé autrement. Monsieur parle de lui à la 3ème personne, drôle de construction. Monsieur est bonhomme, monsieur est placide (non ce n’est pas son prénom), Monsieur fait l’éloge de la lenteur. En lisant ce livre, j’avais l’impression de voir se mouvoir un paresseux.

Donc Monsieur est nommé directeur commercial chez Fiat-France, prend possession de son bureau. Monsieur vit chez les parents de sa fiancée “ Monsieur, comme Paul Guth, le gendre idéal ” qui est devenue son ex, mais il ne sait pas comment “ Il avait assez mal suivi l'affaire, se souvenant seulement que le nombre de choses qui lui avaient été reprochées était considérable ”. Il déménage donc pour se retrouver empêtrer de son voisin qui lui saute dessus pour dactylographier sa thèse sur les minéraux… et c’est l’engrenage. Mais, il ne résiste pas. La force d’inertie et lui c’est la même chose. Il a bien une velléité de déménager, mais les inconvénients lui paraissent plus importants qu’auparavant et, il n’aime pas trop les changements brusques et revient dans son appartement. De temps à autre, il arrive à sortir de sa torpeur à « s’énerver » et ainsi, gagner une partie de ping-pong lors d’un week-end très ennuyeux.

Une digression amusante sur l’interprétation de Copenhague. Ne me demandez pas de quoi il s’agit, c’est de la mécanique quantique. Un vrai cantique pour Monsieur qui, au lieu d’être derrière Ludovic, se trouve en bas de l’immeuble à le regarder.

Monsieur est comme un roseau qui plie mais ne rompt pas, comme une feuille dans un cours d’eau qui suit les mouvements du courant jusqu’à l’arrêt salvateur d’un obstacle. « Monsieur, oui, en toutes choses, son mol acharnement ».

Monsieur, au cours d’une de ces soirées insipides et mortelles rencontrera une certaine Anna. La soirée au restaurant est superbe et le règlement de l’addition un petit bijou de l’Absurde.

Ainsi va la vie pour Monsieur qui est un jeu d’enfant.

J’ai retrouvé sur mes étagères (comme quoi le grand ménage de printemps après travaux sert !) Fuir du même Jean-Philippe Toussaint. Je me souviens d’une belle lecture. Je l’ai donc ressorti pour l’installer dans la pile à (re)lire.

Merci à YV qui, par ses commentaires élogieux, m’a fait me pencher sur cet auteur que je ne vais pas lâcher en si bon chemin. Je vous propose de faire comme moi. Cheminer en sa compagnie est une chose très agréable, divertissante, mais qui est prenante à force de placidité avec un humour discret. Jean-Philippe Toussaint me fait penser à Modiano dans sa façon d’installer une atmosphère.

 

Quelques extraits :

La fiancée de Monsieur, maintenant, depuis qu’elle fréquentait un certain Jean-Jacques, homme d’affaires d’âge mûr et marié, commençait à découcher de plus en plus souvent et, quand il lui arrivait encore de venir dîner à la maison, elle restait très froide avec Monsieur, presque distante.

Hugo jouait d’une manière très technique, souple et mobile, liftant, liftant, smashant –imparable. Furieux, Monsieur, un autre homme, le regard épouvantable, releva les jambes de son pantalon, puis enleva sa montre pour reprendre son souffle un instant. Quand, vers la fin de la partie, il parvient à endiguer certains de ses smashes pour finir par gagner quelques points d’affilée, Hugo lui concéda qu’il avait pu être assez bon au ping-pong dans ses plus belles années.

Peut-être que voyant Monsieur là, dans la ruelle, devant lui sur le trottoir, alors qu’il aurait dû être derrière lui, dans la chambre Ludovic, pris de vertige, se représenterait-il que Monsieur, qui ne pouvait évidemment s’accomplir qu’à l’état stationnaire, se déplaçait apparemment sans transition et que son énergie, comme celle de l'électron du reste, dans ces passes de bonneteau, hip hip, effectue des sauts discontinus à certains moments, sans qu'il soit possible de déterminer lesquels, car il n'y a pas de raison, selon l'interprétation de Copenhague, qu'il se produise à un moment donné plutôt qu'à un autre.

Finalement, proposant de couper la poire en deux, Monsieur, ne s'en sortant pas, suggéra de diviser l'addition en quatre et de payer lui-même trois parts (c'est le plus simple, dit-il, d'une assez grande élégance mathématique en tout cas)."

 

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Publié le 23 Mars 2014

En kit

Laure Naimski

Editions Belfond

Février 2014

176 pages

ISBN : 9782714456670

 

4ème de couverture :

Parce que Samuel l'a quittée, Hélène plante sa tente au milieu de son salon et s'y met à l'abri avec son chat d'Artagnan. Mais elle n'est pas au bout de ses peines : double toit ou pas, l'extérieur s'incruste...

Entre une mère hôtesse de l'air qui change d'amant comme de coiffeuse, un père juif rescapé de la Shoah, très pratiquant mais pas toujours moralement nickel, et les ouvriers sans papiers qui circulent devant ses fenêtres, Hélène n'a pas une seconde à elle.

Par touches cocasses ou graves, Laure Naimski dessine le monde un peu piqué d'une femme au bord de la crise de nerfs. Une fable tendue, caustique et désopilante sur la précarité et l'incohérence contemporaines.

Laure Naimski est née en région parisienne en 1971, En Kit est son premier roman.

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- OK Hélène… Oui, je sais, c’est votre vrai prénom que vous n’avez pas changé car vous n’avez pas peur des représailles. Vous venez de vous faire larguer par votre mec, votre mari.

Pensez-vous votre réaction normale ? Planter une tente (sardines enfoncées dans le parquet) au milieu de votre salon, enfin du salon de l’appartement généreusement prêté par votre mère, cela vous parait abouti ?

Ah bon, « Les marmottes plient bien le papier argent des tablettes de chocolat, alors pourquoi par une tente au beau milieu d’un salon. » Oui, dans ce cas là….

- Diriez-vous que cette tente représente une sorte de matrice maternelle ?

Oh, doucement, ne montez pas sur vos grands chevaux lorsque je parle de votre mère. Oui, elle est hôtesse de l’air et aime s’envoyer en l’air, quel jeu de mots Hélène, vous êtes en forme !

-Mais pourquoi vous taillader les veines, vous risquez gros, d’ailleurs, une fois cela a failli mal tourner.

Je comprends, les pompiers sont à vos petits soins, oui mais voilà, vous êtes sur la liste rouge maintenant. S’il vous arrive quelque chose, ils risquent de ne pas venir.

- Et puis tous ces gens bizarres autour de vous. Ils ont tendance à mourir de mort violente. Etes-vous certaines qu’ils existent vraiment, j’en doute parfois. Ne seriez-vous pas un peu mythomane ? Je pourrais même rajouter parano puisque vous changez les noms de certaines personnes pour ne pas qu’ils aient d’ennuis avec la police ou je ne sais quoi !

Non, non, ne vous fâchez pas c’était juste une supposition.

- A 35 ans, ne pensez-vous pas que votre vie devrait prendre une autre orientation, d’écouter la conseillère de Pôle Emploi, votre mère et… de retravailler, vous n’êtes plus une enfant que diantre.

« Je n’ai jamais su m’occuper de quelqu’un d’autre que de moi-même. Et encore, j’ai parfois le sentiment tenace d’être cet enfant que je n’ai pas voulu avoir. »

En plus, vous faites du nombrilisme !!!

- Parlons un peu de votre mari. Samuel. Ce n’est vraiment pas l’homme parfait. Le jour où vous l’avez rencontré, il baignait dans sa soulographie et dans le caniveau, cela aurait dû vous mettre la puce à l’oreille. Mais non, vous avez foncé.

Oui, je sais, il avait fait disparaître votre peur.

- Allez chère Hélène, vous m’avez fait sourire et même rire avec vos histoires à dormir debout (non, je ne fais plus de camping, avec mes vieilles douleurs, dormir au ras du sol…). Vous êtes la reine des calembredaines, de l’ironie du désespoir.

Ce que je viens d’écrire fait penser à une femme immature, ce qui est vrai. Prenons cette lecture autrement, il s’agit d’une jeune femme en pleine dépression, une boule d’angoisse, une malade de solitude, une malade de la vie qui aimerait tant qu’on l’aime mais qui s’y prend mal. Elle aimerait tant, mais…. malgré quelques accès de lucidité, elle s’enfonce lentement dans sa détresse.

Je remercie Anny Poughon des éditions Belfond qui m’a gentiment proposé cette lecture amusante. Laure Naimski trempe sa plume dans une encre caustique, un peu décalée, un peu ou beaucoup déjantée, pour nous décrire les maux d’Hélène. Une jolie réussite pour ce premier roman

 

Quelques extraits :

- c’est un congé de séparation. Ne fait pas cette tête-là. Il existe un congé de maternité. Je ne vois pas pourquoi il n’existerait pas un congé de séparation.

- Quel est le rapport ? Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire de séparation ? Ne me dis pas qu’il t’a encore quittée.

- Si maman. Il est parti. Et cette fois je dois prendre le temps de faire mn deuil.

- Un deuil, quel deuil ? Samuel n’est pas mort au moins ! ?

- Je parle du deuil de mon amour, maman. Je dois mettre mon amour à mort si tu préfères.

J’aurais dû proposer à Samuel de mettre en place un système de garde féline alternée. Je n’ai jamais su m’occuper de quelqu’un d’autre que de moi-même. Et encore, j’ai parfois le sentiment tenace d’être cet enfant que je n’ai pas voulu avoir.

Je m’en grille une en observant le rocher du zoo de Vincennes et je m’interroge. Qu’est-ce qui a poussé Samuel à m’abandonner ? Au font, je préfère ne pas trop creuser. Je referme la fenêtre et retourne sous ma tente.

Quand je sens l’angoisse qui recommence à faire des trous d’air ou, pour dire mieux, des dos-d’âne dans ma poitrine. J’appelle les pompiers après m’être tailladé les veines avec le vieux Laguiole rouillé de Samuel.

 

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Publié le 18 Mars 2014

 

Le confident

Hélène Grémillon

Editions Plon

Août 2010

300 pages

ISBN : 9782259212519

 

 

 

4ème de couverture :

Au milieu des mots de condoléances qu'elle reçoit à la mort de sa mère, Camille découvre une étrange lettre envoyée par un expéditeur inconnu. Elle croit à une erreur mais, les semaines suivantes, une nouvelle lettre arrive, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend que cette correspondance recèle un terrible secret qui la concerne.

Machination diabolique sur fond de Seconde Guerre mondiale, ce roman mêle récit historique et suspens psychologique dans un scénario implacable. Hélène Grémillon a 32 ans. Le Confident est son premier roman.

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J’ai lu tant de bonnes chroniques sur ce livre que, lorsqu’il fut disponible, je le pris. Bien m’en a pris car j’ai passé un excellent moment de lecture et… n’ai pas lâché le livre jusqu’au dénouement final.

Je n’en ferai pas le résumé, la 4ème de couverture y pourvoit fort bien et si je lève le voile ou plutôt, je décachète trop les enveloppes, il n’y aura plus de suspens.

Hélène Grémillon d’une écriture limpide, vivante et précise fait monter la sauce petit à petit, lettre après lettre, découvertes après découvertes. Pour nous faciliter la tâche, chaque interlocuteur a une police dédiée et, suprême habileté et agilité d’espris, un changement de style d’écriture.

Ses personnages, même les époux M., surtout, Madame M. ont un je ne sais quoi qui nous les rendent sympathiques. La G.P.A. existait déjà (mon dieu, j’en ai trop dit !!). Qu’est-ce être mère ? Mettre au monde un enfant ? L’élever ? Jusqu’où aller ou ne pas aller dans son désir d’enfant ? Hélène Grémillon nous offre une piste sans pour autant porter un jugement. Au fait une concierge peut être plus qu’une gardienne d’immeuble !

Ce récit est un entrelacs de mensonges, de naïveté ( ?), de calculs, d’amour, de générosité, de silences, de secrets, bref de vie. La vérité du début sera-t-elle la vérité finale ? Bref un bouquin que vous commencez gentiment le soir, bien calée dans vos oreillers et que vous finissez vers 4 heures du matin. Vous êtes avertis, mais, surtout, succombez à ce roman dont le dénouement final est inattendu.

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Rédigé par zazy

Publié le 18 Mars 2014

Un enfant de l’amour

Doris Lessing

Traduction Isabelle D. Philippe

187 pages

3 septembre 2007

ISBN : 9782081201149

 

4ème de couverture :

Londres, été 1939, James Reid, jeune homme rêveur et qui ne vit que par les livres, embarque pour l’Inde avec son régiment. Un voyage infernal, entre solitude, ennui et maladies, commence. Pourtant, lors d’une escale au Cap, sa vie bascule : il croit trouver en Daphne, épouse de militaire qui l’héberge, la femme idéale, l’ange dont il rêvait, le grand amour dont la littérature lui a inspiré le désir quasi mystique. La réalité est tout autre.
Dans ce court roman, Doris Lessing met toute sa puissance de conteuse au service de ses thèmes de prédilection : les désillusions de l’amour, le fossé entre fantasme et réalité, et la démission des hommes, plus à l’aise dans le monde des idées que dans la vraie vie.

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Quand ça ne va pas, je prends un livre de Doris Lessing. J’aime retrouver sa plume.

Le titre du livre et le thème pourraient faire penser à un roman de B.C.. C’est sans compter sur la plume et les mots de Doris Lessing.

J’y retrouve certaines thématiques de l’auteur : l’idéalisation (et non l’idéalisme) confrontée à la réalité, la confrontation de milieux sociaux différents, la démission masculine.

James, issu d’un milieu modeste, taiseux, est pris en charge par Donald qui lui sert de pygmalion. Grâce à lui, il s’ouvre à la politique et à littérature et Kipling ne le lâchera plus.

Arrive la mobilisation et le voici parti en Inde sur un bateau de croisière réarmé pour une traversée qui n’aura rien d’idyllique.  Doris Lessing ne nous épargne aucun détail sanitaire pour nous faire ressentir l’état mental et physique de ces hommes à leur arrivée au Cap où ils font escales. Accueillis par les « bonnes familles » qui les reçoivent chez eux pour les remettre sur pied, James Reid tombe foudroyé d’amour pour une jeune anglaise mariée. Une brève idylle nait entre eux puis c’est le départ pour L’inde où il mourra d’ennui coincé derrière un bureau au lieu de guerroyer tel un chevalier des temps modernes.

Là aussi, la plume de Doris Lessing dépeint avec une grande habilité l’ennui, la chaleur, les anglaises couperosées, les colons tous puissants.

L’ennui étant source de tous les vices, James s’enferme dans une douce rêverie et écrit des lettres à sa dulcinée, lettres restées sans réponse directe.

Et cet « enfant de l’amour » qu’en est-il ? Et bien oui, il existe. Une semaine d’un tête-à-tête amoureux et torride a laissé un fruit : un petit garçon que James idéalise.

Tout ceci fera que le jeune homme ne vivra jamais sa vraie vie. Bien sûr, il se mariera, mais restera toujours prisonnier des filets qu’il s’est tressé dans la mémoire et le cœur. Il sera incapable de rebondir. Toujours à attendre à rêver sa vie plutôt que de la vivre ; il en résulte une vie d’ennui et de frustration.

Oui, j’ai aimé ce livre de Doris Lessing qui fouille l’âme humaine dans ses lâchetés et ses compromis.

 

 

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Rédigé par zazy