Publié le 25 Août 2015

 

Encore cinq minutes Maria

Pablo Ramos

Traduction de l’espagnol (Argentine) Bernardo Toro

Editions Métailié

octobre 2013

160 pages

ISBN : 9782864249030

 

4ème de couverture :

Au fond de son lit, à côté de cet homme qui dort comme une pierre, dans la chambre sans fenêtre, Maria retarde le réveil qui va la ramener dans la vie quotidienne difficile de la banlieue populaire de Buenos Aires où elle vit sous le même toit que sa belle-mère, avec un mari coléreux et des enfants séduits par le monde extérieur dangereux. Maria est dépossédée de sa vie, occupée à garder la tête hors de l'eau pour protéger sa famille. Sa vie et sa jeunesse sont passées trop vite, cet homme est sa mort. Encore cinq minutes pour essayer de comprendre comment la jeune femme aimée qu'elle a été est devenue amère et frustrée. Encore cinq minutes pour elle toute seule.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Pablo Ramos est né en 1966 dans une banlieue de Buenos Aires. Après une enfance difficile dans la rue, il a connu l’alcool et la drogue, et changé de vie en 1999. Il se consacre désormais à l’écriture. Poète, musicien de jazz il a reçu le Prix Casa de las Américas à Cuba.

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« Encore cinq minutes monsieur le bourreau » pour parodier la Comtesse du Barry. Oui, encore cinq minutes avant que Maria ne se lève… Plusieurs, beaucoup de fois 5 minutes dans ce long soliloque. Entre sommeil et veille, les vieux souvenirs refont surface.

Pourtant, son histoire avait bien commencée entourée par une famille aimante, une famille castillane qui a fui la dictature franquiste. Puis elle s’est mariée avec le negro, d’origine italienne. L’amour était beau jusqu’au jour où leurs deux caractères emportés, jaloux, excessifs prennent le dessus, surtout lorsqu’il s’agit de cette poufiasse de Tumbeta. Cela s’est terminé par une paire de claques du Negro devant tout le monde. Bien sûr, avant il y eut des disputes terribles, peut-être un jeu pour eux, mais pas pour les enfants. Depuis, le seul mot de «mari» ne peut franchir sa gorge, il est devenu « cet homme », qu’elle subit plus qu’elle ne l’accompagne.

Gabriel le tant aimé a reçu de plein fouet les relations houleuses de ses parents et hait son père pour ce qu’il a fait endurer à sa mère. Depuis, il fait des allers-retours entre la drogue et les cures. Alejandro, son autre fils, se retrouve seul avec un fils et est revenu à la case maman. Maman qui n’en peut plus, qui aimerait tant retrouver un peu de soleil dans sa vie.

Ce livre est très touchant. Je l’ai reçu comme une confession que Maria a faite à l’illustre inconnue que je suis. Peu de soleil, quelques moments de joie, beaucoup de privations, beaucoup de « mouchoirs dessus » les désillusions. Oui, c’est un livre triste car Maria n’est que frustration, désillusion, douleur. Heureusement, les souvenirs du père mettent un peu de chaleur dans sa vie, heureusement que son amie Teresa, la prostituée, sont là.

Allez, Maria, il faut vous lever, affronter le corps qui est allongé à vos côtés. Allez, Maria, qui sait…

Je remercie sincèrement Jérôme pour ce beau cadeau. Un livre humain, prenant, pesant que j’ai lu jusqu’à la fin avec, de temps à autres, la gorge nouée. J'ai aimé mes rendez-vous  avec Maria dans le silence de la nuit. J’ai rapproché ce livre de celui  d’Atiq Rahimi "Syngué Sabour" où la femme veille son mari mourant.

 

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Publié le 22 Août 2015

A mon tour

Oui, à mon tour de partir en vacances. Les petits retrouvent leurs parents et... Départ lundi soir pour....

En attendant, elles veillent !!

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Rédigé par zazy

Publié le 15 Août 2015

L’emprise

Marc Dugain

Editions Gallimard

Avril 2014

320 pages

ISBN : 9782070141906

 

4ème de couverture :

Un favori à l'élection présidentielle, le président d'un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue... Qu'est-ce qui peut les relier?
Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l'Irlande, pourra-t-elle y parvenir? Rien n'est moins certain.
Neuf ans après La malédiction d'Edgar, Marc Dugain nous offre une plongée romanesque sans concession au cœur du système français où se mêlent politiques, industriels et espions.

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Certains films mentionnent,  "toute ressemblance avec des personnages existants…" Dans ce livre, c’est tout le contraire, rien de fortuit à mon avis, mais tous pourris. Tous jouent au jeu de « je te tiens par la barbichette », pas de sourire à la fin, mais la mort physique ou politique programmée. Chacun a connaissance des casseroles de l’autre.

Au fil des pages, même l’homme, soi-disant, intègre, ou, peut-être le moins pourri, Philippe Launay, s’avère devoir naviguer à vue et perdre, petit-à-petit, l’once de liberté qu’il pensait avoir. Comme a dit Voltaire : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !"

Marc Dugain démontre comment une information, en enquête, petit à petit devient connue de tout le monde par des chemins détournés et ou des interlocuteurs divers. Chacun y ajoutant, bien sûr, une petite nouveauté de derrière les fagots.

L’affairisme mène au pouvoir ou le pouvoir mène à l’affairisme, c’est selon votre base de départ. Le tout est de savoir nager en eau trouble et de mener sa barque sans s’occuper du bateau (l’Etat) qui sombre, d’autant qu’il est question d’un porte-containeur.

L’écriture de Marc Dugain, toujours aussi belle et précise dans ce thriller politique très véridique. J’ai pu, hélas, le découvrir au petit niveau de notre canton.

La construction donne un sacré rythme à ce roman très visuel qui devrait se transformer en une série télévisée.

Un livre, efficace, que j’ai dévoré en juin et qui ne s'oublie pas.

 

 

 

 

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #thriller, #2014, #Editions Gallimard

Publié le 14 Août 2015

Le bleu des abeilles

Laura Alcoba

Editions Gallimard

128 pages

Août 2013

ISBN : 9782070142149

 

 

4ème de couverture :

La narratrice a une dizaine d’années lorsqu’elle parvient à quitter l’Argentine pour rejoindre sa mère, opposante à la dictature réfugiée en France. Son père est en prison à La Plata. Elle s’attend à découvrir Paris, la tour Eiffel et les quais de Seine qui égayaient ses cours de français. Mais Le Blanc-Mesnil, où elle atterrit, ressemble assez peu à l’image qu’elle s’était faite de son pays d’accueil.
Comme dans son premier livre, Manèges, Laura Alcoba décrit une réalité très dure avec le regard et la voix d’une enfant éblouie. La vie d’écolière, la découverte de la neige, la correspondance avec le père emprisonné, l’existence quotidienne dans la banlieue, l’apprentissage émerveillé de la langue française forment une chronique acidulée, joyeuse, profondément touchante.

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J’ai eu le plaisir de rencontrer Laura Alcoba au « Salon des dames » de Nevers. J’ai trouvé une personne charmante, souriante qui m’a gentiment dédicacé « Manèges » que j’ai voulu lire avant celui-ci pour suivre l’ordre chronologique.

Dans cet opus, la narratrice arrive en France, retrouver sa mère. En vue de cet exil, la petite fille a suivi des cours de français. Elle rêvait Paris et se retrouve en banlieue. Elle rêvait d’un tête-à-tête avec sa mère et la voici avec une colocataire en plus. Elle pensait maîtriser peu près le français, la voici en face de difficultés.

La voici mise dans le bain. Inscrite à l’école de la république, elle découvre la vie d’immigrée, qui n’est pas une sinécure ; accent, langage, cohabitation, la crainte de la différence, la peur d’être montrée du doigt. Par ailleurs, c’est une plongée dans les années 70 avec ce fameux papier peint « pop’art » qui tapisse les murs de l’appartement, les débats télévisés avec Georges Marchais, les meubles et bibelots suédois…

J’ai beaucoup aimé le passage concernant le e muet. Chose évidente pour nous, mais qui, pour Laura relève du mystère « une voyelle qui est là et qui se tait, ça alors ! ». Il y a « Magnolia for ever » et la tristesse de Nadine lorsqu’elle a compris que Laura est arrivée après la mort de son idole «Ses yeux semblaient une nouvelle fois humides, mais ce qui a rendait triste désormais, c’est que j’aie pu rater cette époque-là, le temps où Claude François était de ce monde. Que je sois venue après, trop tard. »

L’intégration prend des chemins de traverse ou, ici, de montagne. Imaginez Laura goûtant pour la première fois du Reblochon. Un très bon moment que je visualisais en souriant.

Avec une écriture très légère, pleine de pudeur, de délicatesse et d’humour Laura Alcoba parle de l’exil et de ses difficultés, et tout est dit. Ne nous y trompons pas, il y a toujours, en arrière-fond, l’absence du père, le lien qui les unit grâce aux lettres qu’ils s’écrivent, la prison, la difficulté de lui envoyer cette 5ème photo, qu’il voudrait punaiser sur le mur de sa cellule. La construction du livre permet une lecture ludique. Chaque chapitre est comme une saynète, un épisode du film de la vie de Laura.

Un livre aussi délicat que son auteur

Ce qui est bien avec les lettres, c’est qu’on peut tourner les choses comme on veut sans mentir pour autant. Choisir autour de soi, faire en sorte que sur le papier tout soit plus joli.

Car, de même qu’il n’a le droit de lire qu’en espagnol, mon père n’a pas le droit d’écrire dans une autre langue, pas même un mot. Pour moi, c’est la même chose, quand je lui envoie des lettres, je n’ai pas le droit d’y glisser ne serait-ce qu’un tout petit bout de français.

C’est que ma mère ne jure que par l’immersion. Elle attend de moi que je réussisse cette histoire de bain linguistique, que je me débrouille le plus vite possible. Elle serait très déçue du contraire, et moi aussi. Je crois même que je trouverais cela humiliant après tout ce qu’elle m’a dit à propos de l’importance de réussir ce premier bain français.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2013, #Editions Gallimard

Publié le 4 Août 2015

 

Suréquipée

Grégoire Courtois

Le Quartanier

Avril 2015

150 pages

ISBN / 9782896981175

 

4ème de couverture :

Il y a quelques années, les laboratoires de Renault-PSA dévoilaient la BlackJag, une voiture révolutionnaire, entièrement organique et vivante, résultat d’années de recherches croisant plusieurs disciplines scientifiques. Aujourd’hui, le professeur Fransen, l’ingénieur généticien à la tête du projet, voit revenir l’un des tout premiers modèles, le prototype, envoyé par la police pour interrogation. Pendant dix ans, c’est ce modèle qui a servi aux démonstrations devant public partout dans le monde, avant d’être mis en vente. Or son propriétaire, Antoine Donnat, vient de disparaître, et la BlackJag est la dernière à l’avoir vu. Sous la supervision de l’huissier Klein, Fransen va interroger la mémoire synthétique de la voiture pour essayer de reconstituer les événements des derniers mois. C’est la BlackJag qui parle, témoin direct du quotidien de la famille Donnat, c’est elle qui au fil des enregistrements raconte son histoire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né le 20 janvier 1978, Grégoire Courtois vit et travaille à Auxerre (en Bourgogne), où il s’occupe de la librairie indépendante Obliques, qu’il a rachetée en 2011. Il est l’auteur de deux romans au Quartanier, Révolution (2011) et Suréquipée (2015).

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Nous sommes dans les années 90 (2090 bien sûr) Suis-je entrée dans la 4ème ou la 5ème dimension, je ne sais, et je me demande si la BlackJag n’a pas un 6ème sens. Au fait, C’est quoi la BlackJag ? Pour le savoir entrons dans le laboratoire du Professeur Fransen et, pourquoi pas, en suivant l’huissier Klein. Soyons discrets et nous en apprendrons beaucoup.

Je lève un coin du voile. BlackJag est une voiture organique et son créateur n’est autre que Fransen, ingénieur généticien ! Ingénieur généticien concepteur d’une voiture ?? L’auteur est tombé sur la tête me direz-vous. Oh ! Que non, cette idée qui parait saugrenue au début (et qui le reste !) est très logique, d’une logique S.F. bien entendu.

Fransen et son équipe ont pris ce qu’il y a de meilleur chez certains animaux, la nature, l’humain… pour le mettre au service de BlackJag. Un petit exemple : le pare-brise a la même « constitution » que notre cornée, toujours mouillé pour éviter que les saletés diminuent la visibilité… C’est lors de l’accident que je découvre que cette voiture (créature ?) est faite de sang, os, chair, poils et qui sera remise sur pied (je dis bien pied et non roue !) par un médecin.

Oui, mais pourquoi un huissier ? Parce que son dernier propriétaire a disparu (je vous recommande la lecture de l’enregistrement n° 2109-12-25-001) et que BlackJag est la dernière à l’avoir vu. Alors, cette voiture parle, se souvient ? Je nage en plein délire ? Depuis le début, Fransen fait écouter à l’huissier les enregistrements de BlackJag. Elle a une sacrée mémoire que l’on peut consulter et Jane vous envoie le son. Soyons clairs, comme nous en informe Fransen : « Le bureau éthique vous interdirait probablement d’appeler ça des pensées. Ils parleraient de « données » ou de « flux informationnel », mais oui, dans les faits, c’est très proche. La seule chose qui distingue sa pensée de la vôtre, c’est qu’elle est incapable de formuler seule un langage. C’est là que Jane intervient ».

Fransen a tout du savant fou. Je le crois amoureux passionnel de sa création. La fin du livre réserve une surprise. Grégoire Courtois a transposé les relations passionnelles que quelques humains, souvent masculins, pour leur véhicule. Et si, par hasard, cette fiction devient réalité, je suis sûre que certains auraient le comportement du propriétaire (que je ne vous révèlerai pas) et du créateur.

Le livre de Grégoire Courtois est quelque peu dérangeant autant par le contenu que par l’écriture. Chaque chapitre est un enregistrement de la « boîte noire » donc, théoriquement, sans affect de la BlackJag. Tout pousse vers une réflexion sur la bioéthique, sur la technologie humanoïde, intelligente, entre les mains de savants fous et de sociétés avides de gagner de l’argent sans le garde-fou que peut représenter les penseurs et autres philosophes. Attention Fransen-Frankenstein, ta créature peut t’échapper !!

Un très bon livre et un auteur que j’ai découvert grâce à la Voie des Indés organisée par

Merci aux Editions québécoises du Quartanier (le quartanier est un sanglier de 4 ans)

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Publié le 1 Août 2015

 

Pas pleurer

Lydie Salvayre

Editions du Seuil

Août2014

288 pages

ISBN : 9782021116199

 

4ème de couverture :

Deux voix entrelacées.

Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ».

Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie.

Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Lydie Salvayre a obtenu le prix Hermès du Premier roman pour La Déclaration, le prix Novembre (aujourd’hui Prix Décembre) pour La Compagnie des Spectres et le prix François Billetdoux pour BW. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues. Certains ont fait l’objet d’adaptations théâtrales.

Pas pleurer a obtenu le prix Goncourt 2014

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« On est en Espagne en 1936. La guerre civile est sur le point d’éclater, et ma mère est une mauvaise pauvre. Une mauvaise pauvre est une pauvre qui ouvre sa gueule. Ma mère, le 18 juillet 1936, ouvre sa gueule pour la première fois de sa vie. Elle a quinze ans. Elle habite un village coupé du monde où, depuis des siècles, de gros propriétaires terriens maintiennent des familles comme la sienne dans la plus grande pauvreté. »

Au même moment, le fils de Georges Bernanos s’apprête à se battre dans les tranchées de Madrid sous l’uniforme bleu de la phalange. Durant quelques semaines, Bernanos pense que l’engagement de son fils auprès des nationaux est fondé et légitime. Il a les idées que l’on sait. Il a milité à l’Action française. »

Tout va basculer.

Lydie Salvayre plonge dans les souvenirs de sa mère Montse, espagnole qui a connu le vent de la liberté en 1936. Montserrat Monclus Arjona, dite Montse, habitant la Catalogne a 15 ans et le poids de la tradition sur les épaules. Elle suivra son frère José qui s’est engagé auprès des libertaires. Commence une parenthèse enchantée, pour cette jeune adolescente, pleine de folies, d’un immense espoir et d’amour. Las ! Sa relation avec un jeune poète français a porté ses fruits et sa mère reprend son rôle pour la marier avec un bon parti. Ceci fait partie de l’histoire de Montse dans l’Histoire. J’ai découvert cette guerre fratricide entre gens du même bord mais avec des obédiences différentes. Beaucoup d’actions ont leur départ loin de Barcelone, du côté de l’Italie, de l’URSS, en France… Tout le livre s’enroule autour de Bernanos, catholique de droite, auteur des « Grands Cimetières sous la lune », Il découvre avec horreur ce qui se déroule à Majorque et bascule de l’autre côté « Lucide contre la lâcheté et le silence ». Toutes ces exécutions perpétrées par les troupes franquistes à l’encontre des républicains, avec la bénédiction de l’église catholique et du pape. Ne croyez pas que tout est rose et pur de l’autre côté. Lorsque José, à une terrasse, écoute deux comparses discuter de « leur fait de guerre » : l’assassinat sauvage de « deux curés butés », « il est terrassé, comme Bernanos est terrassé au même moment à Palma, et pour des raisons similaires. » Chaque nuit des expéditions punitives contre des fascistes ou prétendus tels, tout comme les chemises bleues raflent de bons pères de famille pour faire des exemples. Le fils de Bernanos désertera après avoir assisté à l’assassinat de pauvres bougres.

Lydie Salvayre décrit ces exactions bénies par les prêtres « L’image de ces prêtres, le bas de leur surpris trempant dans le sang et la boue, et donnant leur viatiques aux brebis égarées qu’on assassine par troupeaux ». J’ai beaucoup aimé sa « petite leçon d’épuration nationale », encore et toujours valable, malheureusement, de nos jours.

Cette année 1936, pour Montse, restera toujours le meilleur moment de sa pauvre vie. Elle a connu la liberté, l’amour, dans la joie, l’euphorie et le bonheur alors que Bernanos a découvert le pire, les exactions, une remise en cause de sa croyance en Dieu.

Un livre noir, ensoleillé par les jurons et le sabir de Montse, ce « fragnol » que l’auteur a détesté dans sa jeunesse. Un livre qui m’a fait découvrir que la guerre d’Espagne avait ses ombres, ses noirceurs dont jamais personne n’a parlé, le silence de pays dits démocrates, le rôle ambigu de Staline. Le style à la fois très travaillé, maîtrisé mais vivant fait de colère, de passion, de drame, de comédie, a fait que je n’ai pas pleuré. Un livre à garder pour ne pas oublier la folie des hommes, un livre très actuel. Peut-être aurais-je le courage de lire "Grands cimetières sous la lune" de Bernanos

 

Du reste, presque tous les pères du village en 1936 sont malheureux car leurs fils ne veulent plus de leur Sainte Espagne. Ils ne veulent plus supporter le poids de censure dont le curé don Miguel les écrase et dont ils tentent de s’alléger en pissant sur les géraniums de son jardin, ou en salopant, à l’heure de la messe, dans des rires étouffés, le Padre Nuestro

Bernanos apprend que les croisés de Majorque, comme il appelle les nationaux, exécutent en une nuit tous les prisonniers ramassés dans les tranchées, les conduisent « comme un bétail jusqu’à la plage » et les fusillent « sans se presser, bête par bête ». Le travail achevé, les croisés mettent « les bestiaux en tas –bétail absous et on absous », puis les arrosent d’essence. »

Il faut que tu comprends qu’à cette époque-là, me dit ma mère, les racontages remplacent la télévision et que les villageois, dans leur appétit romantique de disgrâces et de drames, y trouvent matière à rêves et à inflammations.

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Publié le 28 Juillet 2015

ëlle Losfeld

Cinq femmes chinoises

Chantal Pelletier

Editions Joëlle Losfeld

Février 2013

136 pages

ISBN : 9782072483424

 

 

4ème de couverture :

Cinq vies de l'enfance à la maturité, cinq portraits de Chinoises d'aujourd'hui, qui s'extirpent des noirceurs d'une Chine secouée par les guerres, les famines, les atrocités pour accéder à une modernité clinquante et contemporaine. Suivant les destins croisés de ses héroïnes, Chantal Pelletier donne un aperçu de l'élan et du dynamisme qui sont en train de transformer la Chine en pays le plus riche du monde, et du prix fort que les individus ont à payer dans ce combat sans pitié.
Sont évoqués avec réalisme des sujets rarement abordés à propos de la Chine contemporaine : l'accession des femmes à des postes à responsabilités, la sexualité et l'homosexualité, la dureté des rapports familiaux...

L’auteur (site de l’éditeur) :

Voyageuse en écriture comme dans la vie, Chantal Pelletier navigue avec bonheur des nouvelles aux polars, du théâtre (elle a été une des Trois Jeanne) aux romans, dont trois ont été publiés aux Éditions Joëlle Losfeld (Paradis andalous, 2007, De bouche à bouches, 2011, Cinq femmes chinoises, 2013). Ce dernier (prix Printemps du roman 2013) a reçu un très chaleureux accueil de la part des lecteurs et de la presse.

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Cinq vies, cinq parcours de vie.

Xiu est chassée de son école de gymnastique bien que la meilleure de sa classe car On a décrété son père traite au Parti. Elle veut sa revanche et l’aura. Elle deviendra une femme d’affaire très riche. Daxia, sa fille en fera tout autant, comme les 3 autres. Que dire de ces femmes qui ont eu une vie hors toute sentimentalité. Tiziano Terzani l’écrivait dans son excellent livre «Un devin m’a dit »: les chinois sont pragmatiques. Ces cinq vies en sont la preuve parfaite. Foin de tout sentimentalisme, il faut arriver, se sortir de la fange, de la misère, survivre avant de vivre. Mais je ne puis pas dire que ces femmes soient heureuses. Elles marchent en regardant devant, loin devant, jamais en arrière ou simplement pour voir le chemin parcouru et aller encore plus loin. Elles ont fait fortune. Elles ont sacrifié à leur nouveau Dieu : le Dollar. Elles sont homosexuelles dans un pays où cela est très mal vu et punissable, mais, les autorités « tiédissent » (bien sûr, c’est de l’humour) et la chose est tolérée. Le thème le plus fort de ce livre est leur incapacité à montrer leurs sentiments, aveu de faiblesse. Faibles avec leurs enfants mâles, elles sont sans pitié avec leurs filles. Est-ce pour démontrer cela que ce ne sont que des portraits de femmes réussissant leurs vies professionnelles ? Oui la Chine est malade de son pragmatisme, de sa folie de la réussite en laissant derrière elle, l’humanité.

Chantal Pelletier ne s’embarrasse pas de sentiments pour décrire ces vies. C’est âpre, rude, dur. Les phrases sont sèches, pas de romantisme du tout dans ce livre. La Chine s’est éveillée au communisme, elle s’éveille maintenant au consumérisme, mais toujours point de romantisme ! Ce livre est, je pense, une très bonne approche de la Chine moderne, sur l’émancipation féminine et leur arrivée à des postes de décision.

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2013, #Editions Joëlle Losfeld

Publié le 25 Juillet 2015

Le dernier gardien d’Ellis Island

Gaëlle Josse

Editions Notabilia

Septembre 2014

176 pages

ISBN : 9782882503497

 

 

4ème de couverture

New York, 3 novembre 1954. Dans quelques jours, le centre d’immigration d’Ellis Island va fermer. John Mitchell, son directeur, reste seul dans ce lieu déserté, remonte le cours de sa vie en écrivant dans un journal les souvenirs qui le hantent : Liz, l’épouse aimée, et Nella, l’immigrante sarde porteuse d’un très étrange passé. Un moment de vérité où il fait l’expérience de ses défaillances et se sent coupable à la suite d’évènements tragiques. Même s’il sait que l’homme n’est pas maître de son destin, il tente d’en saisir le sens jusqu’au vertige.

À travers ce récit résonne une histoire d’exil, de transgression, de passion amoureuse, et de complexité d’un homme face à ses choix les plus terribles.

Gaëlle Josse a reçu le prix 2015 de littérature de l’Union européenne pour « Le dernier gardien d’Ellis Island ».

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Ellis Island ; île tremplin pour une nouvelle vie, aube pleine de promesse pour beaucoup ou arrêt et retour à la case départ pour quelques uns.

John Mitchell en est le dernier, l’ultime gardien puisque le centre d’accueil pour migrants est maintenant fermé. Pour ne pas oublier, John Mitchell note tout sous la forme d’un journal. Sa vie, ses amours, ses joies, ses peines, sont intiment liées à ce centre.

Tous ces migrants débarquent de la cale après des jours ou des semaines de voyage dans la promiscuité, la misère, la puanteur, les petites bestioles et les maladies. C’est le typhus qui emportera Liz, son épouse tant aimée, infirmière dans le centre.

De tout ceci John se souvient, comme il n’oubliera pas Nella, l’immigrante sarde dont il tomba amoureux.

Gabrielle Josse, de son écriture précise, d’une grande maîtrise, raconte le quotidien, quelque fois sordide, fait de marchandages, de petits compromis, d’espoir, de peur, de drames. Ces vies qui se jouent sur une croix dessinée sur un manteau… C’est un roman d’une grande humanité. La poésie côtoie la misère, l’espoir, le désespoir. Une superbe lecture, un bel écrivain.

Pendant quarante-cinq années –j’ai eu le temps de les compter-, j’ai vu passer ces hommes, ces femmes, ces enfants, dignes et égarés dans leurs vêtements les plus convenables, dans leur sueur, leur fatigue, leurs regards perdus, essayant de comprendre une langue dont ils ne savaient pas un mot, avec leurs rêves posés là au milieu de leurs bagages.

Et s’ouvre la Porte d’Or… Pour beaucoup, elle n’aura été qu’un portail grinçant et ils n’auront cessé de l’embellir pour les générations à venir. Car aucun miracle ne les attendait ici, sauf celui dont ils seraient les seuls artisans.

Depuis Ellis, j’ai regardé vivre l’Amérique. La ville, si près, si loin. L’île avait fini par en constituer pour moi le poste avancé, la tour de guet, le rempart contre des invasions dont j’étais la sentinelle.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2014, #Editions Notabilia

Publié le 14 Juillet 2015

Gil

Célia Houdart

Editions P.O.L.

janvier 2015

240 pages

ISBN : 9782818021248

 

 

4ème de couverture :

L’été de ses dix-huit ans, un jeune pianiste reconnaît une chanson que diffuse un autoradio. Il se met à chanter.

Une voix monte, des orages éclatent

L’auteur (site de l’éditeur) :

Après des études de lettres et de philosophie et dix années dédiées à la mise en scène de théâtre expérimental, Célia Houdart se consacre à l'écriture. Depuis 2008, elle compose en duo avec Sébastien Roux des pièces diffusées sous la forme d'installations ou de parcours sonores. Elle a été lauréate de la Villa Médicis hors-les-murs, de la Fondation Beaumarchais-art lyrique, du Prix Henri de Régnier de l'Académie Française (2008) pour son premier roman Les merveilles du monde et du Prix Françoise Sagan (2012) pour Carrare.

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Ce livre n’est pas sans me rappeler le livre de Frank Conroy « Corps et âme ».

Gil de Andrade, jeune pianiste se découvre une passion pour le chant. Il bifurque, prend des cours de chant et devient un ténor mondialement reconnu. J’ai suivi l’avancée de Gil avec grand plaisir. La réussite de Gil est contrebalancée par Lucile, sa mère, internée en Suisse. Beaucoup d’humanité dans ce livre qui m’a donné beaucoup de plaisir. Peut-être pas si anodin que cela. Gil, personnage effacé lorsqu’il joue du piano, se retrouve sur le devant de la scène avec un immense talent.

La rencontre des bons professeurs et du talent est une alchimie infaillible si le travail et une certaine abnégation sont là. Roberto Alagna en est un vivant exemple.

L’écriture de Célia Houdart, dont c’est le premier livre que je lis, est finement ciselée. Comme quoi, d’un roman simple, peut surgir une belle musique.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions P.O.L.

Publié le 11 Juillet 2015

 

Les mains gamines

Emmanuelle Pagano

Editions P.O.L.

août 2008

176 pages

ISBN : 978-2-84682-273-2

 

4ème de couverture :

Les Mains gamines est le troisième roman que nous confie Emmanuelle Pagano. Comme ça, à première vue, ce titre plaisant, presque charmant, semble annoncer une histoire agréable et poétique, pleine d’enfance. Et, de fait, l’enfance est présente dans ce livre et une certaine forme de poésie n’en est pas absente – une forme étrange, d’ailleurs qui, tout en évitant soigneusement la métaphore fait surgir à l’esprit du lecteur des images, des couleurs et des atmosphères souvent splendides.
Mais, en réalité, Les mains gamines racontent une histoire terrible. Celle d’une enfant qui pendant une année scolaire tout entière, en CM2, est tous les jours systématiquement violée par les garçons de sa classe – tous les garçons sauf un. Ils sont trop petits Sans doute. Alors ils se serviront de leurs mains.
Aujourd’hui, le temps a passé. Elle est domestique de l’un de ses anciens tortionnaires. Elle écrit dans un carnet, elle essaie de dépasser cette histoire qui est aussi un secret collectif, elle n’y arrive pas, elle y revient toujours allant même jusqu’à suggérer à son patron d’organiser une fête avec tous les anciens de la classe…
Quatre personnages, porteurs conscients ou non de ce secret, vont tour à tour nous permettre d’en prendre la mesure. Des femmes, seulement des femmes, des femmes qui se sont tues alors qu’il aurait fallu parler, ou qui ne savent pas mais se doutent, comprennent et spécialement dans leur corps, par leur corps, que quelque chose est là tout autour qui ne peut se dire.
À travers de très habiles et très émouvants flux de conscience Emmanuelle Pagano, à la fois révèle le secret et en décrit l’enfouissement. Elle le fait dans une langue magnifique et implacable, précise, sensuelle.

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Une femme, épouse d’un propriétaire viticole, qui ne se sent pas à sa place. Une autre, domestique, qui garde sa place, mais se déplace. Une grand-mère qui a sa place, mais dans le grenier de la grande maison familiale au cœur de la châtaigneraie. Une petite-fille, sa petite-fille qui ne sait où est sa place. Une ancienne institutrice enfermée dans sa maison de retraite et son silence. Toutes ont en commun de se heurter à des murs, des murmures, des non-dits. Des hommes gravitent autour de ces femmes, des hommes qui furent des petits garçons, qui furent tous dans la même classe de CM2, des mains gamines qui commirent, pendant toute une année, un viol, avec leurs mains scélérates de petits garçons, sur une petite fille de leur classe. Enfin, tous sauf un. Ils n’ont jamais rien dit. Pire, l’institutrice, celle de la maison de retraite, qui voyait la scène se renouveler à chaque récréation, s’est tue.

Maintenant, cette petite fille, Emma, est la domestique d’un propriétaire viticole, l’un des violeurs.

Pour exister, Emma écrit, dans un carnet, des poèmes violents, durs, « des sortes de poèmes hards » sur des sexes cousus, protégés par des vers à soie ou des sexes bogues, rétractibles qui se hérissent. L’épouse du propriétaire viticole et violeur les a lus, pour moi un second viol qu’elle ne relèvera pas plus que le premier et qu’elle laissera faire, voire favorisera.

Emma va aider le propriétaire viticole à préparer une soirée où il reçoit tous ses copains de CM2, donc, les petites mains scélérates. Que va faire Emma ? Aurons-nous du suspens, va-t-elle en profiter pour… Et bien, non. Emmanuelle Pagano avec une écriture aussi piquante que les bogues des châtaignes, aussi sensuelle et rude que les paysages de l’Ardèche qu’elle décrit si bien ; d’une plume sensible, poétique, précise, sans voyeurisme ni violence gratuite donne à lire le remord, l’impunité, la revanche silencieuse. Tout est intériorité sauf les otalgies.

Est-ce que le remord donne des problèmes auditifs, sont-ce les cris, les bouches qui se taisent ? Entre celle qui a une bête dans le conduit auditif, celle qui est sourde, les problèmes d’otalgie, je pourrais le penser.

Il y a des cris silencieux qui nous vrillent le cerveau. Personne ne crie au scandale dans ce livre. Comme le dit Claude, les enfants ne paient jamais.

Un livre écrit à voix basse avec des silences assourdissants. Un superbe livre. Après avoir lu et aimé « En cheveux », j’au eu envie d’aller plus loin. Par contre, j’ai arrêté la lecture de « L’absence d’oiseaux d’eau »

Je ne peux pas m’occuper de mon propre espace, chez moi, puisqu’il m’interdit de le faire. Je ne peux pas occuper mon propre espace, mon corps, puisqu’il m’interdit de nettoyer.

Ce n’était pas des poèmes de couchers de soleil, de fleurs assorties, de midinettes… une grammaire, réinventées à chaque phrase pour parler de mains obsédantes, des mains gamines, et d’un sexe aux lèvres cousues, d’un sexe de toute jeune fille hérissé de piquants, une bogue protégeant son fruit encore trop immature, de petites lèvres enfouies sous des fils de soie, tissés entre les poils pubiens par des chenilles apprivoisées. Du délire.

Les écorces sont des plaies, qui gouttent quand il faut en finir

Elle ne copiait personne.
Elle était la meilleure de la classe.
Elle était aussi pas très sage, elle répondait avec insolence, elle s’agitait.
Elle était nature, comme on dit.
Elle était nature, désinvolte, sans pudeur, à cause de ses parents babas cool.
Elle était nature, sans pudeur, et c’est pour ça, c’est à cause de ça je crois, mes pèques ont ceux qu’ils pouvaient plonger à pleines mains dans sa nature.

Elle aurait voulu dire autre chose, mais comment parler à travers une vitre maçonnée cristaux par cristaux, par des gestes répétés chaque jour, des agressions accumulées, quotidiennes, s’agglutinant et coagulant autour d’elle. De la buée à peine, quand elle soufflait.
Quand elle murmurait non.
Quand elle disait non.
Quand elle criait non.
Quand elle voulait dire non.
Quand elle ne pouvait plus le dire.
Quand elle ne le disait plus, non.
De la buée quand elle soufflait pour supporter.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2008, #Editions P.O.L.