Publié le 13 Avril 2015

Chambre 12

Pascal Garnier

Editions Flammarion

140 pages

Août 2000

ISBN / 9782080679512

 

4ème de couverture :

Charles est veilleur de nuit dans un modeste hôtel du treizième arrondissement. Une vie minuscule, que rythment les " bonjour-bonsoir " - ceux des clients, représentants ou étudiants fauchés, ceux de Malika la caissière, ceux de ses copains du Balto. Une vie entre parenthèses, une vie à l'abri de la vie. Puis un soir " elle " arrive, improbable dans son grand manteau blanc, anonyme derrière les verres fumés de ses lunettes, protégée par le casque de ses cheveux métal, la locataire de la chambre 12. Sans savoir qui elle est, chacun croit la connaître, car elle est celle que nous attendons tous... Charles va lui prendre la main pour ne plus la lâcher.

L’auteur :

Pascal Garnier,  né en 1949 est décédé le 5 mars 2010. Après deux recueils de nouvelles parus chez POL, il construit une œuvre originale, aux marges du roman noir (" La Solution esquimau " ; " Trop près du bord, Fleuve noir " ; " L'A 26 ", Zulma, 1999) et saluée par la critique pour " sa poésie noire ", " cet art déchirant de dire en quelques traits aussi aigus que tendres les petites gens. " (Michel Abescat, Le Monde des Livres).

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Charles se réveille au son de son radioréveil et commence alors une journée morne qu’il continuera comme veilleur de nuit dans un hôtel du 13ème arrondissement parisien. Rien de fringant chez cet homme fatigué, qui vivote plus qu’il ne vit. Sa seule passion : la lecture. Passion qu’il a contractée en prison. Oui, c’est un ancien taulard qui se méfie de la vie. « Toutes les vies, même la plus nulle, lui paraissaient cent fois supérieures à la sienne. D’ailleurs, il l’avait oubliée. »

Charles vit entourés de paumés comme lui, sans passé, ou un passé à oublier, au présent terne rien à quoi se raccrocher. Quant à l’avenir, n’en parlons même pas, rien à dire, rien à signaler, ou si peu. Pourtant, ils auront leur petite étincelle de joie, leurs petits bonheurs. C’est peut-être ça qui leur permet de supporter leurs mornes existences… ou pas.

Rien de bien passionnant et pourtant, Pascal Garnier réussit à m’intéresser à Charles qui est l’archétype du raté. Ce que j’ai aimé dans ce livre ? C’est sa façon d’écrire, de décrire des riens, les gens, de son écriture imagée, sans jamais que ce soit vulgaire. Ainsi la description d’Arlette page 47 « Arlette portait une robe vert pistache auréolée de sueur sous les aisselles, une paire de lunettes noires à monture dorée et un sourire qui la faisaient ressembler à une grenouille épanouie accoudée au guéridon comme à une feuille de nénuphar. Ses chaussures, déformées par tant d'allées et venues, s'étalaient sous la table telle une paire de palme. C’est la description d’un monstre de vulgarité, mais à lire ces lignes, J’ai aimé Arlette. A l’opposé d’Uta, celle que nous attendons tous (4ème de couverture) « Elle était très grande, portait des cheveux blonds cendrés, presque argent, coupé au carré comme un casque, et des lunettes noires. Sa voix teintée d’un léger accent germanique, semblait venir de très loin, grave, plus grave que celle de beaucoup d’hommes. »

Un très bon livre dans la lignée de « La théorie du panda ».

 

Derrière la vitre de l’hôtel, il vit disparaître sa patronne, semblable à Mary Poppins, accrochés des deux mains à son parapluie.

Uta était accompagnée d'un type dont la jeunesse ne semblait avoir fait qu'une brève apparition dans sa vie, flou de la tête aux pieds, plus beige que gris. Ses oreilles diaphanes et son nez pincé prouvaient qu'il n'avait pas beaucoup de temps pour faire des projets d'avenir. Ses yeux regardaient en dedans, pareils à des nœuds de bois.

Charles vida la moitié de la sienne d’un trait. Une goutte glissa de sa bouche à son menton, de son menton à sa poitrine, et se perdit dans les poils. Il ne chercha pas à l’essuyer, la laissai le chatouiller comme une coccinelle. Arlette s’était laissée aller, appuyée sur un coude, sa bouche ventouse tétant le goulot de la bouteille. Sa robe verte découvrait le haut de ses cuisses, laissant entrevoir la coque blanche de sa culotte.

De l’hôtel à son appartement, Charles compta huit cent treize pas, exactement autant que de chez Raskolnikov au domicile de l’usurière.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2000, #Editions Flammarion

Publié le 10 Avril 2015

 

Claudie Pernusch

L’inattendu

Editions Belfond

Avril 2015

181 pages

ISBN : 9782714460349

 

4ème de couverture :

Qui est la jeune fille que Viviane aperçoit dans les collines de Montbury ? Pourquoi n'est-elle pas en classe et que fait-elle, seule, dans la fraîcheur de l'automne ? Lorsque l'étrange adolescente apparaît dans son jardin, l'instinct maternel de Viviane se réveille : des enfants, elle en a rêvé mais n'en n'a jamais eu. Pourquoi n'hébergerait-elle pas celle-ci ? Le chalet de Viviane est un refuge apaisant pour Cosima, qui s'y installe très vite.

En secret, Viviane se délecte de son bonheur et du lien qu'elle s'applique à tisser... Et le ravage maternel peut commencer : les liens du sang ne sont pas indispensables au désir d'être mère. Mais à une parfaite inconnue peut-on vraiment imposer jusqu'à l'étouffement la démesure de son amour ?

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Claudie Pernusch est plus connue sous le nom de Sandrine Pernusch, auteur de livres à succès pour la jeunesse chez Bayard, Hachette, Grasset, Magnard, Casterman, Hatier, comme Mon je me parle (Casterman, 1996), au programme des écoles, et Faustine et le souvenir (Casterman, 1998) ou encore Un Fantôme en Classe Verte (éditions Rageot, 1995). Beaucoup sont traduits en plusieurs langues.

Elle a ensuite décidé d'écrire pour les adultes et publié deux romans chez Albin Michel, Le Destin de madame Picmol (2006) et Le Cartable à musique (2009). Une visite surprise est paru en 2013 aux éditions Belfond. L'Inattendu est son nouveau roman.

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Un chat abandonné se choisit une nouvelle maison plus qu’un nouveau maître. C’est ce que fait Cosima avec la maison de Viviane.

Viviane, alerte retraitée, vivant seule dans son chalet recueille donc Cosima, petit chat écorché un soir d’automne. Viviane, cette femme mûre qui n’a jamais pu fonder une famille et avoir les enfants qu’elle aurait tant voulu avoir. Alors, ce petit bout de femme, à peine sortie de l’adolescence, pourquoi ne pas l’accueillir chez elle, hein, pourquoi ? Elle a de la place, du temps libre, de l’amour à revendre.

Cosima va faire sa petite pelote chez Viviane, mais restera chaton, refusant toute entrave à sa liberté.

Comment faire lorsque l’on a un trop plein d’amour à déverser, un amour maternel tout neuf, pour ne pas étouffer le chaton ? Viviane décide, qu’après tout, on ne meurt pas de trop d’amour et court le risque. Elle vit sur un nuage lorsqu’elle apprend que Cosi est enceinte et que d’un seul coup, elle va devenir mère et grand-mère ! Claudie Pernusch décrit les affres de l’amour, de la jalousie, du besoin de l’autre. Souvent le petit nuage se transforme en gros nuage orageux. On ne met pas un petit chat sous un globe de verre comme le bouquet de mariée de nos grands-mères.

Cosima enceinte, a besoin que quelqu’un s’occupe d’elle et elle a très bien ciblé Viviane. Est-ce une opportuniste ? Peut-être, d’autant que Claudie Pernusch donne l’impression que, de la part de la jeune femme, tout est calculé, pensé dans ses relations avec Viviane, comme son carnet dépassant du matelas.

Cosi avait besoin de se refaire une santé, sans vouloir s’attacher. De toute façon, lorsque l’on n’est pas bien dans sa tête et dans son corps, on ne peut donner de l’amour, on ne peut que recevoir pour rassembler les morceaux du puzzle. C’est ce que fait la jeune femme sans vouloir prêter attentions aux ravages qu’elle fait autour d’elle.

Peut-être la petite graine de l’amour maternel de Viviane poussera-t-elle plus tard.

Comme dans son précédent roman, une visite surprise, Claudie Pernusch s’interroge sur la parentalité. Les descriptions de la nature autour du chalet sont belles, c’est un régal de se promener avec Viviane dans la lande.

Je remercie les Editions Belfond pour ce très agréable moment de lecture.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions Belfond

Publié le 9 Avril 2015

Lava

Rémi David

Editions le Tripode

Janvier 2015

128 pages

ISBN : 9782370550392

Parution: 29 janvier 2015

 

 

4ème de couverture :

L’av n’

Savait pas. Qu’elle avait.

Un baba. Dans l’bidus.

L’auteur :

Rémi David est né en 1984. Lava est son premier texte publié.

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Un tout petit livre que j’ai mis, pourtant, un certain temps à lire. Je ne pouvais pas en lire plus de 4 à 5 pages par jour tant l’émotion me prenait à la gorge. A suivre la ponctuation, qui montre le désarroi de Lava, je me suis surprise à déclamer à haute voix les mots de Rémi David. Parlons-en de ces mots inventés, broyés, que l’on reconnait pourtant par leurs proximités avec leurs « synonymes » en bon français. Quelle douleur, quel désarroi à travers ces mots tronqués, ces phrases hachées, comme la vie de Lava.

Cette jeune femme instruite et intelligente ne peut sortir, je voudrais presque dire accoucher, de sa souffrance que par ce langage tripal. Elle ne sait dire autrement les faits. Raconter son père qui a abusé d’elle, son frère mort, sa passion pour le Lièvre qui tourne à la tiédeur. Et puis son corps, qui refuse le baba qui pousse en elle, comme si ce corps, trop tôt abusé, ne lui appartenait plus. La naissance du baba et… l’indicible. Lava est seule, terriblement, horriblement seule devant le mur des gens, les murs de la prison, ses propres murs qu’elle a érigées. Ce long monologue est une longue déchirure, une lente introspection.

Un livre qui, de prime abord, désoriente mais qui laisse une empreinte profonde dans mon ventre reptilien et mon esprit. Les mots inconnus, la ponctuation ont accentué mon écoute de Lava.

 

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions le Tripode

Publié le 6 Avril 2015

La dictature des ronces

Guillaume Siaudeau

Alma Editions

Mars 2015

184 pages

ISBN : 9782362791475

 

4ème de couverture :

Un petit bout de terre perdu au milieu de la mer, un bouchon dans l’eau qui attend que ça morde. C’est là, sur l’île de Sainte-Pélagie, que s’installe un été le narrateur. Son ami Henri parti en voyage lui a confié la garde de la maison, du chien et du jardin. Une aubaine pour le narrateur qui s’ennuyait ferme. Bien décidé à sauver le potager des ronces et sa vie de l’atonie douce, il prend ses marques, observe le paysage, arpente ce nouveau territoire. Et fait d’étranges rencontres : un enfant inconsolable, un maire iconoclaste, un voisin au lourd secret, deux chasseurs d’étoiles… Petit à petit il prend d’affection pour cet endroit unique et surprenant. L’île pourrait tout aussi bien être un bouchon dans l’eau qui attend que ça morde qu’une planète perdue dans l’espace…

L’auteur (site de l’éditeur) :

Guillaume Siaudeau est né le 16 décembre 1980. Il vit à Clermont-Ferrand. Son premier roman, Tartes aux pommes et fin du monde, est paru en 2013.Né le 16 décembre 1980, Guillaume Siaudeau vit à Clermont-Ferrand. Après Tartes aux pommes et fin du monde (Alma, 2013), son premier roman La dictature des ronces (rajouter le lien) est son deuxième roman.

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La dictature des ronces, je connais, je la subis dans mon jardin, alors ce livre avait de quoi me plaire. Une grosse envie de savoir comment le narrateur allait s’en sortir.

C’est qu’il en est plein de ronces notre narrateur ! Les ronces du désespoir, les ronces du désarroi, les ronces du renoncement, les ronces de l’ennui. Oui, tout allait mal chez lui. Son meilleur ami du moment, enfin, plutôt celui de ses fesses : un canapé. Il s’y enfonce au propre et au figuré. Heureusement, Harry, en lui proposant de garder sa maison et son chien, sur l’île de Sainte Pélagie, va lui permettre de rompre la relation très étroite qu’il a avec ce meuble. Sainte Pélagie, dans les temps anciens, était une prison. Quitter la prison de son canapé pour la prison d’une île, est-ce bien raisonnable ?

Cette île a une réputation bizarre, même le maire, rencontré à l’embarcadère, n’y recommande pas les séjours, c’est dire.

Outre Snoopy, capitaine du navire faisant la navette avec le continent toujours plus que moins ivre, il fait de très curieuses rencontres. Un petit garçon aveugle qui, assis sur la jetée, appelle son père dès qu’il entend un bruit. Il se soule avec Snoopy et ses copains qui l’emmènent sur une île mystérieuse pêcher des étoiles. Il fait la connaissance d’une bibliothécaire qui ne prête que des livres tristes et joint au prêt un mouchoir en papier, d’un lanceur de couteaux en mousse… Il se promène avec le chien à trois pattes d’Harry et découvre l’île qui, petit à petit, le prend dans ses bras. Il désherbe le jardin d’Harry, ôte les fameuses ronces, subit une grosse tempête, fait connaissance avec son curieux voisin… Tant et si bien que le mois passe à une vitesse folle et qu’arrive le retour de son ami. Il a débarrassé le jardin d’Harry de ses ronces et son esprit se libère, après en avoir récolté les mûres qui ont la saveur d’un bon livre, de ses propres ronces.

« Bonjour Monsieur, vous avez pensé à mettre du sable dans vos chaussures ? » le gamin qui lui pose cette question au début de son séjour peut paraître farfelu, mais…

Une lecture qui m’a enchantée. Une jolie façon d’évoquer le spleen du trentenaire ne quittant pas son nombril des yeux. L’écriture de Guillaume Siaudeau est charmante, délicate, teintée d’humour, d’ironie. Une jolie découverte lue en une soirée.

Il ne me reste qu’à m’attaquer aux ronces qui commencent à emprisonner le sapin. J’avais apprécié, toujours du même éditeur « La fractale des raviolis » de Pierre Raufast.

Merci Aifelle pour cette très agréable lecture.

 

"Bonjour Monsieur, vous avez pensé à mettre du sable dans vos chaussures.
J’ai hésité à m’enfuir.
- Du sable dans mes chaussures ?
- Oui, du sable dans vos chaussures.
Il a enlevé une de ses chaussures dont le fond était tapissé d’une couche de sable de quelques centimètres.
Vous voyez, monsieur, comme ça on ne va plus nulle part à reculons. Maintenant quand je vais à l’école, j’ai l’impression d’aller à la plage. Vous deviez essayer, monsieur."

Tous les livres que nous prêtons sont des livres qui se terminent très mal ou qui ont de fortes chances de vous inciter à pleurer. Si bien que nous offrons le mouchoir en papier avec chaque emprunt.

Une journée de petites souffrances et de modiques réparations. A combler la terre et à se remettre les idées en place. A prendre conscience que la fatigue n’était finalement qu’une récompense du courage. La sueur de l’essence de rêve.

J’ai ôté mes chaussures et en ai tapissé le fond de sable. J’en ai mis une bonne couche puis j’ai plongé les pieds dedans et les ai lacées. Je me suis levé et les premiers pas ont dit la vérité. C’était divin, incroyable

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions Alma

Publié le 4 Avril 2015

 

Un homme de peu

Elisabeth Alexandrova-Zorina

Traduction de Christine Mestre

Editions de l’Aube

Février 2015

352 pages

ISBN : 9782815909808

 

4ème de couverture :

« L’important, c’est de ne pas oublier que la vie n’a aucun sens et que c’est précisément son sens principal. »

Au-delà du Cercle polaire, une petite ville russe est aux mains de la plus terrible des mafias, de mèche avec les autorités locales corrompues jusqu’à la moelle. Ces hiérarchies sont parfaitement respectées jusqu’au jour où, sans l’avoir vraiment décidé, Savel Férosse le mal nommé, l’homme de peu, intervient pour arracher sa fille aux pattes des voyous. Et c’est bien malgré lui qu’il devient dès lors une sorte de justicier lancé dans une longue cavale, riche en rencontres et en péripéties. L’auteure mène avec une grande maîtrise un roman aux accents de polar qui pose la question de l’attitude individuelle face à la violence sociale, flirte avec le fantastique et met en scène des personnages emblématiques, admirablement campés.

 

« Voilà un roman social original et brillant sur la ­Russie actuelle, écrit dans une prose puissante par une jeune femme pleine de talent. » Zakhar Prilepine

 

« Elisabeth est une écrivaine fabuleuse, avec un univers d’une originalité typiquement russe. » Bernard Werber

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Elisabeth Alexandrova-Zorina est née à Leningrad en 1984. Elle a grandi sur la péninsule de Kola, au-delà du Cercle polaire. Elle travaille dans l’édition à Moscou et prend une part active dans la vie politique russe. Un homme de peu est son premier roman, ­sélectionné pour les prix Debut et NOS, déjà traduit en anglais.

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Vous entrez dans le Fareast, ici, laissez toutes vos illusions, tous vos espoirs.

Savel Férosse, un nom qui sonne viril, mâle, violent, enfin, vous m’avez compris. Savel est timide, effacé, bègue, inexistant, rampant. Donc tout le contraire. Savel Férosse n’est pas féroce mais là où il habite la férocité est comme art de survie.

Ce petit employé de la grande usine minière de la ville où il habite est marié à une femme qui l’écrase, le trompe… et père d’une adolescente rebelle qui changera le cours de sa vie. « Partout et avec tous, Férosse était comme la cinquième roue du carrosse : de trop. »

Tout ceci se passe au-delà du cercle polaire dans une petite ville russe, plus proche de la frontière finlandaise que de Moscou. La pègre est aux ordres d’oligarques moscovites. Composée de brutes épaisses prises très jeunes dans l’orphelinat où le chef va faire ses « emplettes » fait la loi, elle fait peur aux habitants. La Tombe, puis Sam dictent aux juges, maires, policiers la conduite à tenir et les lignes à ne pas franchir. Tout le monde s’accommode plus ou moins bien de ces « arrangements entre amis », jusqu’au jour où Férosse…

Ce livre est un roman noir au pays des tous pourris, même la justice et la police. Cette région est oubliée. Poubelle radioactive, les habitants sont laissés à eux-mêmes et comme la nature a horreur du vide et les humains, besoin d’un certain ordre, la mafia s’en donne à cœur joie et en plein jour. En arrivant dans cette ville, vous laissez toutes vos espérances, vous entrez dans le pays de la désespérance, de la noirceur, aucun espoir n’est permis. Pourtant, une petite lueur dans toute cette noirceur baignée de mauvaise vodka  ; La forêt qui a accueilli et caché Férosse. Il y a mené un dur combat pour ne pas mourir, mais combat je dirais presqu’équitable et humain. Dans la taïga il fera une rencontre très importante, les Samis qui lui sauveront la vie et lui donneront le désir de continuer. Ce peuple a décidé de fuir l’occidentalisation, le progrès et vivent comme leurs ancêtres. Quelle différence entre ceux deux « peuplades ». Les Samis vivent au plus près de la nature, son simples et bienveillants, ne connaissant, apparemment, pas l’envie, le vol… et vivent en communauté. Les russes, âpres au gain, tueraient pour rien, où écraseraient le plus faible, le plus démuni. Dans ce livre, Elisabeth Alexandrova-Zorina par métaphores interposées nous raconte et critique la Russie actuelle livrée aux gangs, où il ne fait pas bon vivre lorsque l’on est intègre ou honnête et humain.

Chers amis, ne prenez pas peur. Bien que dur, ce livre se lit comme un polar, ce qu’il est un peu par l’intrigue (lire la 4ème de couverture). Elisabeth Alexandrova-Zorina a un humour décapant, ironique, âpre qui donne un je-ne-sais-quoi qui fait que je n’ai pu lâcher le livre. Un premier roman brillant, maîtrisé de bout en bout.

J’espère vous avoir donné envie de lire ce livre qui m’a fasciné.

Yv a aimé

C’est m, c’est ma, c’est ma fi, c’est ma fille !
- On te la prend pour la nuit ! Ricana La Tombe en frottant ses yeux bouffis. On te la rendra demain matin. »

Dans la vie, certains sont nés pour jouer les tire-bouchons et d’autres les bouteilles.

« Il n’y a que dans les séries policières que le bien triomphe du mal » lui disait le vieux juge d’instruction en rigolant et en lui donnant une petite tape sur la tempe. Lui avait gravi deux par deux les échelons de sa carrière.
« Et dans la vie ? C’est le mal qui triomphe du bien ? » Pitchouguine le défit du regard.
« Dans la vie, ils sont de mèche ! » L’autre lui riait au nez.

La ville était si petite que la pègre pouvait la tenir dans son poing. Pour ceux qui n’étaient pas d’accord avec elle, il restait la forêt ; dès lors, c’était le chasseur borgne qui partait à leur recherche. Il lâchait son chien sur les gens comme d’autres sur les animaux, préférant aux peaux de renard les billets poisseux et gras qu’il rangeait, aussitôt les voyous partis, dans la cachette qu’il avait lui-même aménagée sous le plancher.

Si tout le monde affirmait que j’étais le pape, si c’était écrit dans les journaux, si c’était annoncé à la télé, est-ce que vous ne le croiriez pas, capitaine ? Il accompagna sa question d’un clin d’œil.

« Les gens sont malheureux, c’est pour ça qu’ils sont méchants, dit Sevriouga en lui prenant la photo des mains.
- Les gens sont méchants et c’est pour ça qu’ils sont malheureux » répondit Férosse en hochant la tête.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature russe, #2015, #Editions de l'Aube

Publié le 2 Avril 2015

Avaler du sable

Antônio Xerxenesky

Editions Asphalte

Traduit du portugais (Brésil) par Mélanie Fusaro.

Février 2015

ISBN : 9782918767459

 

4ème de couverture :

Mavrak est une petite ville du Far-West peuplée de pistoleros et de filles de joie, située au milieu d'un désert de sable brûlant. Ici, la sobriété est déraison. Depuis toujours, deux familles, les Marlowe et les Ramirez, s'opposent en une rivalité assassine. Celle-ci se voit bientôt ranimée par le meurtre lâche d'un des fils Ramirez. D'autant qu'un shérif est envoyé à Mavrak pour faire régner la justice dans cette zone de non-droit.

Les haines ancestrales vont se déchaîner, jusqu'à provoquer la résurrection des morts dans une atmosphère de fin du monde pleine de sable et de sang.

L’auteur (site de l'éditeur) :

Antônio Xerxenesky est né à Porto Alegre en 1984. Avaler du sable est son premier roman. Il a collaboré à des journaux, magazines et sites lusophones et anglophones tels que Jornal do Brasil, The New York Times, Newsweek. En 2012, il a été désigné par la revue britannique Granta comme l'un des meilleurs jeunes écrivains brésiliens.

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Mavrak, ville en vrac en plein Far West avec tout ce qu’il faut de clichés comme dans les westerns spaghettis (les seuls que je connaisse !). Deux familles se haïssent, les Marlowe et les Ramirez. Pour le bonheur du livre et le malheur de Mavrak, Un fils Ramirez est tué. Vous vous doutez bien par qui…. Un Marlow bien sûr !! Enfin c’est ce dont le père Ramirez est persuadé. Cette ville possède son saloon à portes battantes, avec le patron Mac Coy et sa très charmante et avenante épouse Mari, maquerelle à (toutes) ses heures. Cette ville (un bien grand mot) n’avait même pas de shérif. Heureusement Thronton débarque, plutôt arrive sur « un chariot tiré par deux chevaux musclés et déterminés » (hé, hé, Zorro est arrivé-é-é…), pour réparer cet oubli et mettre un peu d’ordre dans la cité, mais « invité » par qui ?

Pour en revenir à nos classiques, Antônio Xerxenesky, enfin l’auteur (ce n’est peut-être pas le même) décide que Vienna Marlow et Juan Ramirez s’aime. Une grande pensée pour Roméo et Juliette ou, plus récent, Tony et Maria (West side story).

La haine entre les deux familles est si intense que l’auteur très imbibé de tequila (attention, de la bonne !) convoque le chaman dans son livre. Là, le feu d’artifice de l’enfer débarque. Les morts-vivants se saoulent du sang des vivants-morts, qu’ils tuent dans un joyeux délire, pour en faire des morts-vivants qui…. « Et les morts reviendront à la vie » dixit le chaman. A cet instant du bouquin, je pensais à «La piste des sortilèges » de Gary Victor.

Enfin bref, à la fin de l’histoire, il ne reste que le shérif, la belle Maria et Sergio un petit Ramirez qui se trouve être l’aïeul de l’auteur. Attention je n’ai pas dit d’Antônio Xerxenesky !

Un bouquin à ne pas lâcher. J’ai bouffé du sable, vous savez celui qui crisse sous les dents (ce qui n’a rien d’agréable) à m’en faire sauter l’émail des molaires et j’ai aimé. Ce livre pour déjanté qu’il soit, et il l’est, je vous rassure, est très bien écrit. Cerise sur le gâteau ou plutôt chevrotine dans la carabine, l’écriture, très visuelle plante le décor western dès le début. Même l’arrivée des morts-vivants, pour aussi incroyable qu’elle puisse être, est menée de main de maître-diable.

Les éditions Asphalte m’avaient déjà régalée avec « La vie est un tango » de Lorenzo Lunar. Avec eux, je voyage en classe « tourisme » et j’en redemande!

Merci Pierre

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature brésilienne, #2015, #Editions Asphalte

Publié le 29 Mars 2015

 

L’effervescence du pianiste

Emmanuelle Cart-Tanneur

Editions Jacques Flament

Décembre 2014

164 pages

ISBN : 978-2-36336-153-0

 

 

4ème de couverture :

Je vous parle d’un autre monde.
Dans ce monde que j’ai inventé, les vieux papiers discutent, les saisons prennent le large, les vents fleurent bon le passé et les arbres s’évadent de prison…
Dans ces drôles de vies-là, que l’on soit enfant ou vieillard, riche ou pauvre, de chair et de sang ou bien inanimé, on n’aspire qu’à une chose : le bonheur.
Et si ce bonheur tend à se cacher parfois, tous finissent par le toucher du doigt, du bout du cœur, du pinceau ou même, pourquoi pas, de l’oreille, car il suffit de rester à l’écoute pour ne pas le rater. Alors, éclateront les couleurs, s’envoleront les carcans et résonneront les hymnes à la joie de revivre.
Des contes de fées pour adultes consentants – parce que les happy ends existent, si l’on veut bien y croire.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Emmanuelle Cart-Tanneur est biologiste médicale à Lyon mais a laissé, depuis quelques années, sa passion pour l’écriture prendre son envol.
Ses nouvelles, tantôt noires, tantôt folles, flirtent parfois avec le surnaturel sans jamais s’éloigner pourtant du domaine des possibles.

 

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En fin d’année 2014, je recevais un courrier électronique d’Emmanuelle Cart-Tanneur m’annonçant la sortie de son nouveau recueil de nouvelles. Impressionnée par le précédent « Et dans ses veines coulent la sève », je me suis empressée de le commander.

Je l’ai lu à son arrivée et, tellement persuadée que je l’avais chroniqué, je l’avais rangé. Or, il n’en était rien ! Je me suis fait un plaisir d’une relecture et suis retombée sous le charme.

Ici, il faut laisser son côté cartésien au placard et se laisser bercer par les mots.

Une marchande de quatre saisons décide de vendre son étal aux enchères et, les quatre saisons, mécontentes d’être séparées, s’envolent à la recherche de la marchande. Cette nouvelle, je l’avais lue et approuvée lors d’un concours de nouvelles.

Peut-être ne le saviez-vous pas, mais les factures ont une âme, si, si, je vous le promets. Les voyages en mer peuvent révéler des failles lorsque l’on est un marin rêveur. Les fleurs, les notes de musique volent au secours d’un immense chagrin. La nuance et le ton se donnent la main pour sortir le monde de l’uniformité et réveillent le flou. Dans ce recueil vous trouverez des retours à l’enfance tentateurs et des petites filles tentatrices... Même la Vénus de Milo connaîtra le prix de la liberté.

J’aime le monde d’Emmanuelle Cart-Tanneur où les objets inanimés ont une âme, nous l’offrent avec, en prime, beaucoup de poésie. Dans ce recueil, la musique joue un grand rôle, que ce soit avec les notes ou avec les mots. J’aime beaucoup la photo de la couverture (photo de Michaël Tirat) bien qu’elle ne reflète pas la poésie, le côté positif et parfois mutin de ces nouvelles.

Merci Emmanuelle Cart-Tanneur pour ces très moments de folie douce et d’espoir. Je comprends que vous aimiez les nouvelles de Bernard Quiriny que j’ai moi-même beaucoup apprécié dans « L’angoisse de la page blanche ». Merci pour votre gentille dédicace. J’ai aimé vos bulles de légèreté.

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Publié le 27 Mars 2015

De haute lutte

Ambai

Editions Zulma

Février 2015

224 pages

ISBN 9782843047022

 

4ème de couverture :

« Ce n’était pas à une forêt ordinaire que Chentiru pensait, mais plutôt à la forêt des poèmes classiques tamouls, au cœur de laquelle une eau pure comme le lait se jette en cascade entre des parois rocheuses où s’accrochent des ruches sauvages. Elle voulait séjourner dans une forêt. Une forêt pour laisser derrière elle les bruits de voitures, de conversations, de pas, d’appareils ménagers. »

C’est ainsi qu’on entre, par la puissance du verbe et de l’image, dans l’univers si singulier d’Ambai. Qui nous mêle sans crier gare à la destinée de femmes on ne peut plus habitées – écrivain, musicienne, éditrice, ou femme au foyer par accident –, bousculant soudain, à la faveur d’un geste, d’un départ, d’un renoncement, leur monde tel qu’il est.

Avec son écriture limpide soudain balayée par un trait percutant, Ambai donne au short cut toute l’ampleur du temps romanesque.

 

L’auteur (site de l’éditeur)

Née au Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde, Ambai vit à Bombay. Écrivain, traductrice, universitaire reconnue, elle compose patiemment une œuvre de fiction, qu’elle a choisi d’écrire en tamoul.

À travers les quatre longues nouvelles qui composent De haute lutte, Ambai explore avec une finesse infinie – et une étonnante liberté de ton – toute la complexité du statut des femmes dans l’Inde d’aujourd’hui.

Inédite en français, l’œuvre d’Ambai est une immense découverte.

 

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4 nouvelles qui me font entrapercevoir la vie de 4 femmes Tamoules. Chentaramai, Châyâ, Cempakam et Chentiru ont pour elles une certaine culture ou une culture certaine et de se trouver mariées à des hommes qui, en toute logique indienne, les étouffent. Une fois mariée, elles n’existent plus, perdent toute importance, deviennent quasi invisibles.

Que la femme indienne tamoule soit jeune ou dans la force de l’âge, elle doit lutter contre la tradition, contre l’enfermement moral Quelle qu’elle ait été avant son mariage, une fois unie au destin d’un homme, elle n’est plus rien que son ombre.

 

Chentaramai découvre, ce qu’était, dans la vraie vie, son père, poète reconnu et renommé, ses agissements envers sa femme et la maison d’éditions que son père lui avait léguée.

Châyâ élabore des lois dans sa tête à l’encontre des maris comme le sien. C’est le moyen qu’elle a trouvé pour supporter le quotidien avec un homme méprisant à son encontre, grippe-sou. La pensée, le rêve, d’un possible divorce lui a traversé l’esprit.

 

« Dites-moi ce qu’il y a de révolutionnaire à dire qu’une veuve ne peut espérer retrouver l’accès à une vie digne de ce nom qu’en se remariant ? Nous devrions plutôt l’aider à étudier et à trouver un travail. »

« Quand vous affirmez qu’il est nécessaire de lui associer un homme pour lui offrir un nouvelle vie, c’est comme si vous disiez qu’elle doit toujours rester sous le contrôle d’un représentant du genre masculin, qu’elle doit se glisser dans son ombre, qu’il est son seul refuge possible. » Ces tirades de Râmasâmi, mère de Chentaramai me paraissent être un très bon raccourci aux quatre nouvelles d’Ambai.

Cempakam, chanteuse et musicienne hors pair, reconnue, élue par son maître Ayya ne chantera plus en public une fois mariée au fils de celui-ci et contre son avis. Mais…

 

Chentiru, elle, est soutenue par son mari mais préfère, les enfants élevés, s’enfoncer dans la forêt pour ne vivre que de poésie et de nature. Dans cette nouvelle s’entremêle la vie de Chentiru, ce qu’elle écrit et la légende.

 

Ces portraits de femme sont très intéressants et montrent qu’il est très difficile, malgré quelques avancées, d’être femme en Inde, de vouloir vivre sa propre vie. Certaines osent se révolter, certaines trouvent des palliatifs pour supporter leurs vies. Comment faire pour respecter la tradition alors que vous voudriez crier à l’injustice ? Comment ne pas se révolter alors que vous avez un don, beaucoup d’instruction et que l’Autre, le mari, veut et doit briller à votre place ? Comment ne pas se révolter alors que vous êtes chef d’entreprise et que les hommes ne veulent pas avoir à faire à vous et vous ignorent ? Comment ne pas réagir face à ces maris, sont toujours en train de récriminer contre leurs femmes, trop chaud, trop de ceci, pas assez de cela, trop cher, tu es la femme de qui… ? Pourquoi cette si grande distance entre les agissements des pères et des maris ? Ces 4 femmes sont très attachantes et montrent, une fois de plus, le poids écrasant de la tradition et la complexité très grande de la femme dans ce pays. Comme souvent, la vie maritale est faite de petites victoires et de grands désenchantements.

L’écriture d’Ambai est belle, poétique, fine, fluide, subtile avec juste ce qu’il faut d’ironie pour ne pas plomber le livre. Aucune pleurnicherie ne vient altérer les descriptions. J’ai aimé sa façon de parler de la musique et de la littérature tamoules, de sa richesse, de son importance. J’ai aimé les traductions de quelques rimes des chants traditionnels. Mon seul regret ? Le glossaire des noms tamouls en fin de livre que je n’ai découvert qu’à la fin de ma lecture.

Les Editions Zulma, grâce à leur volonté éditoriale,  m'ont souvent permis de très belles découvertes

Une belle découverte. Merci Yves

Jostein a aimé

Une fille devrait au moins être capable de cuisiner ! Elle ne sait même pas faire cuire du riz !
Ses études d’abord. Cuisiner, c’est secondaire. Quand elle aura faim, elle apprendra d’elle-même.

Tout homme coupable d’avoir contraint une épouse à céder à ses avances sera assigné à perpétuité dans les quartiers de prostituées !

Il faudrait promulguer une loi qui expose les réalisateurs de films tamouls à des poursuites judiciaires lorsqu’ils représentent la femme en martyre

Comme un élastique étiré jusqu’à la limite de sa résistance, son endurance se brisa net et elle se sentit plus légère.

On l’avait offerte à Bhâskaran, un homme plus âgé qu’elle et plus fort physiquement. Elle était sa propriété au même titre que le sofa et ses coussins. Si son mari mourait, on tirerait un trait sur elle. Rideau. « FIN ». Dans ces conditions que pouvait lui apporter d’avoir lu Freud ?

Alors comme ça, tu as commencé à te faire enseigner par une femme ? Au point où tu en es, pourquoi ne portes-tu pas des bracelets comme elle ?

Il ne connait pas les us et coutumes de notre milieu… Il a engagé des femmes au violon comme au ghâta. Qu’allons-nous faire ?

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature indienne, #2015, #Editions Zulma

Publié le 23 Mars 2015

 

Une larme de rhum dans le thé

Yolaine Von Barczy

Editions Baudelaire

Octobre 2014

62 pages

ISBN : 9791020305084

4ème de couverture :

S’éteint-on forcément avec l’âge ? Rien n’est moins sûr. À condition de savoir parfois faire resurgir le croustillant du passé.

Les vieilles dames de ces nouvelles ont toutes délicieusement flirté avec les limites. C’est ce qui les rend si lumineuses. Tour à tour malicieuses, courageuses ou amoureuses, elles nous offrent ce qu’elles ont de plus secret et de plus humain : un soupçon d’indignité.

L’auteur :

Yolaine Von Barczy, 45 ans, est directrice des ressources humaines et passionnée par les rapports humains. Elle a participé à beaucoup de concours de nouvelles dont certaines ont été primées.

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Ah que j’aime les vieilles dames indignes ! Yolaine Von Barczy en 12 nouvelles courtes nous offre un panel de choix !

Quelles soient châtelaine, mère de famille, bourgeoise… ces femmes ont un dénominateur commun : la force de caractère.

La première nouvelle « star system » donne le ton. Surtout ne pas se fier à leur air de personne bien sous tous rapports. Elles ont des petits arrangements avec la vie, que ce soit pour monnayer leur savoir ou « s’amuser » avec des pincées, à dose homéopathique, d’arsenic. Que n’ai-je eu l’inventivité de Yolaine Von Barczy dans la nouvelle « Motivations » superbe qui aurait fait du bien à certains employeurs potentiels qui jugeaient mon âge « avancé ». Jubilatoire. Le petit tablier blanc peut avoir plusieurs significations

Toutes ces dames devant la fadeur de leurs vies y ont mis un soupçon d’indignité, même sur la voie publique. J’ai souri en lisant la fin de cette nouvelle.

Un petit livre qui se lit vite, qui m’a fait sourire,  m’a émue. Un vrai bon moment de lecture.

Merci Jostein.

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Rédigé par zazy

Publié le 22 Mars 2015

Pourquoi le saut des baleines

Nicolas Cavaillès

Editions du sonneur

Mars 2015

72 pages

ISBN : 9782916136844

 

4ème de couverture :

Ce court ouvrage, qui tient autant de l’essai cétologique que de la fantaisie littéraire, s’attaque à l’un des mystères les plus coriaces et les plus fascinants du règne animal : les bonds prodigieux qu’effectuent parfois les grands cétacés hors de l’eau. Beaucoup d’hypothèses ont été formulées à ce sujet par les biologistes du comportement, aucune n’a convaincu. L’auteur explore une piste personnelle et théorise sur ce que les baleines se tordant au-dessus de l’océan doivent à l’ennui et à l’absurde ; il invite à considé­rer leur saut comme une victoire sur l’insupportable et comme une manifestation exemplaire de la plus haute des libertés.
« Nous ignorons pourquoi les baleines et autres cétacés effectuent parfois ces sauts stupéfiants au-dessus des mers et des océans, mais les hypothèses ne manquent pas, elles se renforcent même du seul fait que la question n’a pas été tranchée. On dit qu’elles bondissent dans les airs pour déglutir, se débarrasser de leurs parasites, communiquer, séduire en vue d’un accouplement, pécher en gobant, chasser en catapultant, fuir des prédateurs sous-marins comme l’espadon ou le requin, s’étirer, s’amuser, en imposer, ou encore ponctuer un message, une attitude. Aucune de ces explications ne convainc : fâcheusement partielles ou intolérablement saugrenues, toutes ont été contestées. Comme c’est le cas face aux grandes interrogations métaphysiques, elles semblent toutes buter contre l’étroitesse du cerveau et de l’imagination qui les échafaudent. La question serait-elle insoluble ? […] Ivresse, libération, secousse non moins absurdes, en dernier lieu, futiles, qui n’apaisent qu’un moment, qu’il faut toujours recommencer, et dont la baleine doit savoir en son for intérieur, dans ce magma d’instincts, de mémoire et d’analyse, la grande vanité. Mais en un monde qui n’est que poussière d’étoile remuée dans un trou noir, la créature, même bardée de ses instincts, gènes et neurones, même flattée par l’héritage multimillénaire de la sélection naturelle, peut goûter un acte aussi gratuit que la totalité dans laquelle elle baigne. Ainsi la baleine sauterait-elle quia absurdum, parce que c’est absurde ? »

 

L’auteur (source de l’éditeur)

Né en 1981, Nicolas Cavaillès est l’éditeur de Cioran dans la Pléiade (Gallimard, 2011) et l’auteur de Vie de monsieur Leguat, paru aux Éditions du Sonneur et qui a remporté le prix Goncourt de la Nouvelle 2014.

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72 pages que je n'ai pas voulu lire d’une traite ou, plutôt, d’une nageoire. Pour essayer de percer le mystère du saut des baleines, Nicolas Cavaillès ne convoque pas moins que Nietzche, Glen Gould, Dostoïevski ! J’ai appris, de façon très ludique et drôle,beaucoup de choses sur les cétacés… mes connaissances en ce domaine sont voisines de zéro. Dans tous les cas, notons-le bien, "les bonds s’offrent comme l’image d’une quête angoissée de liberté" ; j’aime la théorie de la liberté. Quelques questions « métaphysiques » comme celle des limites des océans « Réclusion d’autant plus redoutable qu’elle est abstraite, ne se heurte-t-on pas constamment à l’impossibilité de se cogner contre quoi que ce soit ? » De temps à autre, j’ai côtoyé l’absurde comme l’explication de « la poussée d’Archimède exaspérée ». Un grand moment au pays de l’Absurdie.

Alors, pourquoi le saut des baleines ? Pour un grand moment de liberté, pour déglutir, pour séduire, chasser, s’amuser…. ? Toutes les théories se défendent. Mais chut, pourquoi tout analyser, rationaliser, expliquer. Laissons les baleines sauter pour leur plus grand plaisir et celui des privilégiés qui assistent à ces spectacles.

Nicolas Cavaillès qui dédie ce livre à Gennadi Gor, poète russe, utilise le nous et une écriture un brin surannée, quelque fois savante, toujours maîtrisée qui donne à cet essai un second degré très agréable, oui j'y ai vu de second degré.

Un livre surprenant, une lecture sautillante (c’est la moindre des choses puisqu’il y est question de sauts), brillante. Un très bon moment de lecture que je dois à Libfly et aux éditions du Sonneur que je remercie.

Déjà lu des éditions du Sonneur, dont j’aime la couverture sobre : « Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire» et « Mousseline et ses doubles » de très bons moments de lecture.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #2015, #Editions du Sonneur