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ZAZY - mon blogue de lecture

Laurence Cossé - La Grande Arche

5 Février 2016, 22:52pm

Publié par zazy

La Grande Arche

Laurence Cossé

Editions Gallimard

Janvier 2016

368 pages

ISBN : 9782070142040

 

 

4ème de couverture :

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-arts de Copenhague.

Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.

Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.

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Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

Ici, l’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.

Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »

Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.

L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.

« Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !

Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.

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Michaël Uras - Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

2 Février 2016, 22:06pm

Publié par zazy

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

Michaël Uras

Editions Christophe Lucquin

Mai 2014

224 pages

ISBN : 9782366260144

 

4ème de couverture :

Chroniques d'une enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse, et le quotidien gris du nord de la France. On suit l'enfant qui découvre le monde, puis l'enfant dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. C'est un roman sur le souvenir, un roman de la nostalgie. A la question posée à la fin du livre, "La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils?", peut-être est-il sage de répondre par cette supposition : l'accès au bonheur ne serait-il pas favorisé par l'effacement des repères inculqués tout au long de l'enfance, et par la valorisation plus importante de nos rêves d'enfant?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Michaël Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s’installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône-et-Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne…

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Le livre débute et finit par un chapitre portant le même nom : « Chronique ».

« Chronique, comme ces instants dérobés à l’oubli. Un fait, un geste, un mot entendu, prononcé, déformé en somme, pêché dans la tourbe de l’existence. », Jacques, (le même que dans « Chercher Proust ») vous vous êtes donc « collé à tout ça ». Le résultat, ce sont des souvenirs cahotant autour d’un calendrier très désordonné où, bien que nous ne soyons pas de la même génération, vous avez l’âge de mon fils, j’y ai trouvé quelques sensations, souvenirs de ma propre enfance ou adolescence. Ce qui montre l’universalité de ces états qui nous amènent de l’enfant à l’adulte. J’ai souri à vos petites couardises, j’ai eu une folle envie de gifler la voisine insultant le pane de la grand-mère ramené des vacances en Sardaigne chez vos grands-parents.

Jacques n’est ni gros ni petit, binoclard, ce qui est totalement rédhibitoire auprès des filles à séduire. Surtout, il aime lire. Il pousse le vice jusqu’à faire sonner son réveil une demi-heure plus tôt pour avoir le plaisir de lire. Il vit cahin-caha sa vie d’écolier puis de collégien. Ah, la journée découverte au côté de Volcan !

Le voici en train de passer l’ultime étape, enfin plutôt sa femme, qui fera de lui un père.

Chaque souvenir est une petite histoire qui peut être émouvante, rigolote, cocasse, tendre, nostalgique, beaucoup d’amour … Je suis passée par tous ces sentiments au fil des pages.

Cocasse ? La rencontre de ses parents… devant (si l’on peut dire) la vitrine du pâtissier.

Emouvante ? La dernière promenade en voiture de sa tante

Tendre ? Lorsqu’il compose un poème à la Eluard pour Mélanie.

Gaie ? L’histoire du berceau de son père, alors que le sujet n’a rien de drôle pour l’époque

J’ai aimé « Chercher Proust ». Je retrouve, dans ce nouveau livre, l’écriture simple, agréable, travaillée, alerte de l’auteur. Beaucoup de sourire, alors que la nostalgie est très présente (normal pour un livre de souvenirs).

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? » Prenez vos copies, vous avez deux heures pour développer !

Merci Michaël Uras pour cette belle lecture.

« Nos souvenirs flottent dans une pare poisseuse. A trop vouloir se pencher pour les appréhender, nous finissons par y tomber. Péché d’orgueil fatal. Désir d’embrasser le temps, désir d’omniscience, désir de puissance. »

« La possibilité de n’être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ? »

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Sébastien Fritsch - Le sixième crime

30 Janvier 2016, 15:53pm

Publié par zazy

 

Le sixième crime

Sébastien Fritsch

Editions fin mars début avril

2012

94pages

ISBN 9782953767728

 

4ème de couverture :

Lex, le plus talentueux des écrivains francophones contemporains, vit depuis plus de quarante ans dans un hameau isolé de la Drôme provençale. Coupé du monde, sans autre compagnie que celle d'un piano de concert, il reçoit journalistes et curieux avec cette même phrase : «Quand je souhaite m'exprimer, j'écris.»

Mais le Maître restera-t-il aussi impénétrable face à un commandant de la police judiciaire ? Car il n'est plus question de littérature à présent : il est question de meurtres. Des meurtres inspirés par une série de polars aussi sinistres que mal écrits. Leur auteur est tout l'opposé du grand écrivain. Pourtant, le commandant Jérôme Babalnic, piétinant depuis des mois dans son enquête, ne voit plus d'autre solution que de solliciter l'expertise de Lex pour résoudre cette "énigme littéraire". Car cinq romans noirs ont déjà été mis en scène par l'assassin.

Qui sera la victime du sixième crime ?

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Suite à un concours, heureusement gagné, j’ai reçu les 5 livres de Sébastien Fristch. Le challenge est d’en lire dans le mois suivant la réception de cet agréable cadeau.

Mon choix est tombé sur celivre dont j’ai aimé la couverture.

Un roman noir, un polar puisqu’il y a un inspecteur prénommé Jérôme Babalnic. Une enquête sur fond de polars trash, sur 5 meurtres commis et mis en scène selon les 5 livres de Jacob Lieberman, obscur écrivain que personne ne connait. Jérôme a besoin des lumières de Lex (voir la 4ème de couverture). Pourquoi Jérôme Babalnic accepte t-il l’hospitalité de Lex ? Pourquoi peut-il s’absenter si longtemps de son lieu de travail ? Pourquoi est-il seul ? Normalement, dans les polars, ça ne se fait pas.

S’ensuit une bataille de mots pour ce roman noir à tiroirs, à jeux de mots, à énigmes. Pour éclairer le drame sous-jacent, la Drôme provençale, soleil, chaleur, mauresques, autant de trouées de lumières qui, peut-être, ont pour but de nous égarer.

Un seul mot d’ordre, méfiez-vous des apparences. Roman psychologique plus que polar. Ce huis-clos est menée de main de maître, mais outre l’auteur qui nous manipule, qui mène le bal au son d’un piano jouant Debussy ?

J’ai apprécié ce livre où le suspens n’est pas tant dans le fait de trouver l’auteur des 5 crimes que de suivre les méandres des réflexions de Lex sur l’écriture. Aucune animosité entre les deux hommes,  une atmosphère pesante, angoissante, pourtant très polie, très civilisée. Le dénouement m’est apparu presque en fin de livre lorsque Lex annonce sa découverte aux jeux des lettres.

Bref, un roman à l’écriture ciselée, travaillée mais qui parait spontannée, où Sébastien Fritsch joue avec et sur les mots.

Sébastien Fritsch signe là un roman qui n’a rien à voir avec « Se retenir aux brindilles » que j’avais beaucoup apprécié également.

Il me reste à découvrir les autres livres, mais je ferai cela à petite dose pour ne pas rompre le plaisir de la découverte.

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Mathias Malzieu - Métamorphose en bord de ciel

30 Janvier 2016, 15:43pm

Publié par zazy

Métamorphose en bord de ciel

Mathias Malzieu

Editions Flammarion

Mars 2011

160 pages

ISBN 9782081264649

 

4ème de couverture :

Métamorphose en bord de Ciel Tom Cloudman est sans conteste le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige involontairement comiques le propulsent au sommet de la gloire. Jusqu'à ce qu'un médecin qui le soigne pour une énième fracture décèle chez lui une maladie incurable. Commence alors pour Tom un long séjour hospitalier pour tenter de venir à bout de ce qu'il appelle « la Betterave ». Lors d'une de ses déambulations nocturnes dans les couloirs de l'hôpital, cet homme qui a toujours rêvé de voler rencontre une étrange créature, mi-femme mi-oiseau, qui lui propose le pacte suivant : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquences. Pour déclencher votre métamorphose vous devrez faire l'amour avec moi. De cette union naîtra peut-être un enfant. Un risque à accepter. » Dans la tradition de ses contes pour grands enfants, Mathias Malzieu nous raconte l'histoire merveilleuse d'un homme qui veut tuer la mort et tutoyer les cieux. Ce faisant il nous livre une réflexion rare sur le pouvoir de la vie, et de l'amour. Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi « Mathias Malzieu a le don pour les images littéraires inattendues et fortes. » Elle « Une puissance évocatrice à la Lewis Carroll. » Métro La Mécanique du cœur « Le merveilleux et le blues débraillé caressent pareillement ces pages enneigées aussi intrigantes qu'un cabinet de curiosités. » L'Express « Un second roman qui se dévore comme un conte de Noël, et ce serait Noël tous les jours. » Les Inrockuptibles « D'une écriture imagée, tendre et poétique, Malzieu signe un conte fantastique. Onirique, sombre et envoûtant. » Le Figaro littéraire

L’auteur  (site de l’éditeur) :

Mathias Malzieu est le chanteur survolté du meilleur groupe de scène du rock français : Dionysos. Un disque d'or, des prestations scéniques inoubliables aux côtés des plus grands, Dionysos est l'idole des 15-35 ans, qui reprennent en cœur leurs hymnes, Song for a Jedi, John McEnroe ou Miss Acacia. Après un recueil de nouvelles très remarqué, 38 mini western (Pimientos, 2002), il a conquis la presse et le public avec ses deux romans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi (Flammarion, 2005), et La Mécanique du cœur (Flammarion, 2007).

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Il m’attendait sur une étagère depuis longtemps. Je craignais, qu’après avoir lu et aimé, voire plus, « La mécanique du cœur » être déçue. Le voyage en train de 6 heures m’a permis de surpasser la crainte.

Oui, j’avais peur d’être déçue, mais c’était ne pas faire confiance à la plume de Mathias Malzieu et, ici, des plumes, il y en a des tas, de gros tas.

Oui, ce livre, bien que traitant d’un sujet lourd, est léger comme la plume.

Thomas Cloudman, un nom qui va comme un gant une aile à un monsieur qui, après s’être cassé la figure un nombre incalculable de fois en essayant de voler s’envolera définitivement.

Quel livre magnifique qui, par métaphore parle du cancer, pardon de la betterave, de Thomas, de mort mais aussi d’amour, de rêve, d’onirisme. La femmoiselle, médecin le jour, oiseau la nuit, est la personne qui lui permet d’accepter les métamorphoses de la chimiothérapie, de passer de quitter le bord du ciel. Thomas Cloudman est allé voir de l’autre côté des nuages.

Mathias Malzieu vous m’avez enchanté. J’aime votre écriture. J’aime votre univers onirique et poétique. J’aime les aspects de votre personnalité que vous nous donnez à voir, surtout après vous avoir écouté sur France Inter.

 

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Pauline Desnuelles - Au-delà de 125 palmiers

30 Janvier 2016, 15:31pm

Publié par zazy

 

Au-delà de 125 palmiers

Pauline Desnuelles

Editions Remanence

Mai 2015

112 pages

ISBN 9791093552194

 

4ème de couverture :

Alma mène une existence routinière avec son jeune fils Léopold et son mari. Lorsque ce dernier part pour de longs mois en Antarctique à l’occasion d’une mission scientifique, l'univers de la jeune femme vacille. Accompagnée de Léopold, auquel la lie un amour fusionnel, elle fuit la ville et roule sans se retourner. Ils s’installent dans une vieille villa au bord de la Méditerranée. Elle y fait la connaissance d’un vieillard mythomane, écrivain esseulé, puis de son fils Gaspard.
Sous le charme des Pyrénées-Orientales, Alma se laisse aller à goûter cette douce échappée. Peu à peu, elle se libère de sa fragilité, de sa retenue, et se réconcilie avec une sensualité longtemps enfouie au plus profond d'elle-même. Elle sent alors renaître en elle des forces intérieures, comme resurgissent à l’esprit les paysages oubliés.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Pauline Desnuelles a étudié la littérature entre Lille, Paris et Berlin avant de s’établir en Suisse, il y a dix ans. Parallèlement à son travail de traductrice, elle participe à des projets littéraires et écrit des récits pour enfants. Au-delà de 125 palmiers est son premier roman.

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Paul part pour une expédition scientifique au Pôle Sud. Alma, son épouse, se réfugie, avec son fils, dans la maison de vacances au bord de la mer. La césure de sa vie maritale lui permet de redécouvrir son corps, de se retrouver elle-même.

Elle va retrouver son souffle, une nouvelle vigueur, son pouvoir de décision, se sentir libérée du poids de Paul. Cette vacuité amène une histoire d’amour, de chairs, avec Gaspard le fils du voisin d’en face. Juste histoire de se prouver qu’elle peut plaire, qu’elle peut encore connaître l’amour, se rassurer en quelque sorte ? Ou l’histoire ira-t-elle plus loin ? Au-delà de 125 palmiers, la vie peut prendre un nouveau tournant.

Vous voyez, rien de neuf sous le soleil. Pourtant, ce fut une lecture enchantée grâce à la plume de Pauline Desnuelles. Chaque personnage est important. Elle ne juge pas. Son écriture est légère, bien que directe, pas d’envolées lyriques et beaucoup de sensibilité. Un livre lumineux (qui aurait pu n’être qu’une bluette) que je place dans le sillon de Claudie Gallay ou Claudie Pernush (tiens, deux Claudie !).

Merci Yv pour ce moment de lecture ensoleillé.

 

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Charlotte Bayart-Noé - Noémie Barsolle - Litanies du lait

28 Janvier 2016, 22:04pm

Publié par zazy

 

Litanies du lait

Charlotte Bayart-Noé

Dessins Noémie Barsolle

Editions Rue des Promenades

120 pages

ISBN : 9782918804499260

 

4ème de couverture :

Elle dispose ses deux doigts (l’index et le majeur) de part et d’autre de l’aréole et semble sur le point de presser doucement en un geste, non d’amante mais de mère. Un geste ancien, qui me revient, que je sans dans mon épaule, mon coude, ma paume, mon torse, une image qui déclenche un flux, la mémoire d’un écoulement, d’un contact, d’un amour.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Elle voulait faire les Beaux-Arts, et puis elle est devenue ingénieur.

Nègre des lettres de motivation, des lettres de contentieux, des lettres d’amour du quartier, émerveillée par la poésie, fascinée par le paradoxe, gestionnaire et pilier de la fondation des éditions Attila puis éditrice et fondatrice de Rue des Promenades, elle aime les gens, les arbres, la dentelle et le lait. Elle parle d’elle-même à la troisième personne et ça la fait marrer.

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Grâce à la Voie des Indés, je marche et lis dans la Voie lactée de Charlotte-Bayart. Cet hymne au lait nourricier sorti du sein maternel ou du pis de la vache a l’odeur des petits déjeuners, des desserts, des rots du bébé, de la purée…

Le mot litanies est à prendre dans son sens premier à savoir prière ; il ne s’agit pas du tout d’une énumération ennuyeuse. Je réponds même à ses prières par mes propres souvenirs jaillissant du sein de ma mémoire.

De cette boisson universelle, Charlotte Bayart-Noé en fait la rivière de ses souvenirs. De l’allaitement de ses propres enfants jusqu’à leur départ, jusqu’au lait noir. S’y glissent, au détour des pages quelques recettes au goût d’enfance ou d’ailleurs.

Un petit livre pour une boisson qui a bercé notre enfance. Un liquide nourricier qui a abreuvé l’écriture tour à tour poétique, râleuse (un peu), fluide de Charlotte Bayart-Noé.

Les dessins de Noémie Barsolle, dans leur opulence, leur exubérance, collent parfaitement aux textes. Surtout, ne sautez pas la préface.

Encore une bonne rasade de plaisir grâce aux Editions et .

Allez, une dernière giclée pour la route : j’ai bu du petit lait avec ce livre.

 

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Joy Sorman - La peau de l'ours

25 Janvier 2016, 15:06pm

Publié par zazy

La peau de l’ours

Joy Sorman

Editions Gallimard

Août 2014

160 pages

ISBN : 9782070146437

4ème de couverture :

Le narrateur, hybride monstrueux né de l'accouplement d'une femme avec un ours, raconte sa vie malheureuse. Ayant progressivement abandonné tout trait humain pour prendre l'apparence d'une bête, il est vendu à un montreur d'ours puis à un organisateur de combats d'animaux, traverse l'océan pour intégrer la ménagerie d'un cirque où il se lie avec d'autres créatures extraordinaires, avant de faire une rencontre décisive dans la fosse d'un zoo.
Ce roman en forme de conte, qui explore l'inquiétante frontière entre humanité et bestialité, nous convie à un singulier voyage dans la peau d'un ours. Une manière de dérégler nos sens et de porter un regard neuf et troublant sur le monde des hommes.

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J’ai découvert Joy Sorman avec « Comme une bête » où elle fouillait l’animalité de l’homme, son rapport à l’animal par le biais du conte. Avec La peau de l’ours, je retrouve la plume puissante et évocatrice de l’auteur

J’ai eu une pensée pour « L’homme qui savait la langue des serpents » où les femmes de la forêt tombent sous le charme des ours. Là, un ours a rompu le pacte en enlevant et en retenant prisonnière Suzanne la plus belle jeune fille du village. Lorsqu’elle est retrouvée, 3 ans plus tard, crottée avec un marmot mi-ours, mi-homme accroché à ses jambes, Suzanne n’a aucun amour à attendre des villageois et, surtout de sa famille. Elle est expédiée, pire que pécheresse « Une folle doublée d’une sorcière qui a couché avec un ours, une créature du diable enchaînée à ses instincts les plus vils, une déréglée sexuelle qui copule avec les bêtes et pervertit la marche du monde » dans un couvent et son rejeton « De moi on ne sait que faire, on n’a pas le cœur de me tuer » vendu à un montreur d’ours.

Odyssée ponctuée de plusieurs propriétaires, de lumières et de spectacles… pour finir dans un zoo.

Avec La peau de l’ours, nous sommes dans le corps et le cerveau de ce mi-homme mi-ours. Il est vu comme un ours, intelligent certes, mais un animal alors que lui se sent, par ses propres réflexions, ses actes réfléchis plus humain. De plus, il marche principalement sur ses pattes arrières.

Joy Sorman questionne l’humain qui est dans l’animal et la bête qui est en nous. Issus du même règne, nous sommes si éloignés que toute réconciliation est vouée à l’échec. Cet ours en est l’illustration puisque monstre et classé dans les animaux.

"La peau de l'ours" questionne sur la condition de l'homme, en même temps que sur celle de l'animal. D'un côté les hommes, comme ces visiteurs du zoo, "qui se demandent en observant l'ours ce qu'ils ont gagné en s'éloignant de l'ours, ou du singe, ou au contraire ce qu'ils ont perdu". De l'autre l'animal, puissant mais toujours condamné à lui être soumis. Qu'est-ce qui fait de nous des hommes ? Que reste-t-il en nous de l'animal ? Qu'est ce qu'un "monstre" ?

J’ai aimé l’écriture nerveuse, imagée, charnelle, charpentée que j’avais découverte dans « Comme une bête ».

J’ai lu ce livre-conte philosophique avec un très grand plaisir. Joy Sorman, je vous donne rendez-vous au prochain livre.

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Nell Leyshon - La couleur du lait

21 Janvier 2016, 10:57am

Publié par zazy

La couleur du lait

Nell Leyshon

Traduction de l’anglais de Karin Lalechère

Editions Phébus

Août 2014

176 pages

ISBN : 9782752909824

 

4ème de couverture :

En cette année 1831, Mary, une jeune fille de 15 ans entame le tragique récit de sa courte existence : un père brutal, une mère insensible, en bref, une banale vie de misère dans la campagne anglaise du Dorset.
Simple et franche, mais lucide et entêtée, elle raconte comment, un été, sa vie a basculé lorsqu’on l’a envoyée chez le pasteur Graham, pour servir et tenir compagnie à son épouse, une femme fragile et pleine de douceur. Avec elle, elle apprend la bienveillance. Avec lui, elle découvre les richesses de la lecture et de l’écriture… mais aussi obéissance, avilissement et humiliation. Finalement l’apprentissage prodigué ne lui servira qu’à écrire noir sur blanc sa fatale destinée. Et son implacable confession.

L’auteur (site de l’éditeur):

Nell Leyshon est née à Glastonbury, dans le comté du Dorset au Royaume-Uni. Après des études de littérature anglaise à l’université de Southampton, elle s’est fait connaître par ses pièces de théâtre enregistrées pour la BBC. Son premier roman, paru en 2004, Black Dirt figurait sur la liste de l’Orange Prize. Devotion et The Voice ont remporté un franc succès. Publié en 2012, La Couleur du lait est la première œuvre de Nell Leyshon à être traduite en français.

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XIXème siècle, campagne anglaise. Une famille de paysans, un père brutal avec ses filles, il n’a pas de garçon, une mère abrutie par le boulot, la misère, le mari. Trimer du matin au soir pour si peu, telle est la vie quotidienne de cette famille. Mary, qui a une « patte folle » sera placée chez le pasteur Graham pour s’occuper de l’épouse très malade. Elle n’y va pas de bon cœur, alors que ses sœurs aimeraient être à sa place. Non, elle voudrait rester avec son grand-père, sa vache préférée. Par chance, son franc parler plaira à ses maîtres (quel mot !). Ce n’est pas de l’esclavage, mais ça y ressemble beaucoup, elle ne peut pas partir. Mary ne touchera aucun émolument pour son dur labeur ; son père perçoit la somme, ils se sont arrangés entre hommes. Au début, tout va bien, puis à la mort de l’épouse, son sort va basculer. Non, elle ne sera pas renvoyée, il aurait peut-être mieux valu.

Son rêve secret ? savoir lire et écrire et cela lui coûtera très, très cher. Le pasteur, dans sa "grande mansuétude" s'attèle à cette tâche. Petit à petit, il se permet quelques libertés avec Mary jusqu’à la retrouver dans sa mansarde gelée et la déflorer. Et oui, même le pasteur qui, bien sûr, fait son mea culpa avant de forniquer, use de son droit de cuissage. Un soir, Mary ne veut plus subir, alors elle essaie de se dérober et, là, le pasteur la viole brutalement. Bien entendu, c’est la faute de la servante qui, on ne sait pourquoi, ne veut plus !

Là tout bascule et Mary se retrouve en prison. Sa seule exigence, de quoi écrire.

Mary raconte son histoire, avec ses mots, son parler. A chaque début de chapitre, elle martèle : « ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main » Un texte sans fioriture, sans compassion, sans majuscule, les faits, rien que les faits. 4 grands chapitres correspondant aux 4 saisons. C’est ainsi que Mary déroule son année. Quand on ne sait ni lire, ni écrire, les points de repères sont différents et liés au cycle de vie, des moissons, des semailles... La campagne du Dorset fait partie intégrante de ce livre.

Une peinture de l’Angleterre du XIXème siècle où la gente ancillaire ne doit avoir ni orgueil ni espoir d’une vie meilleure et paie très cher cette obstination. Beaucoup de noirceur dans ce livre. Pourtant, il en émane une certaine poésie.

Lire l'avis de Lydia - Alex - Mimipinson

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Eric Faye - Nagasaki

20 Janvier 2016, 11:21am

Publié par zazy

Nagasaki

Eric Faye

Août 2010

112 pages

ISBN : 9782234061668

 

4ème de couverture :

Tout commence par des disparitions, des déplacements d'objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. Cet homme ordinaire rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n'a pas d'odeur, sauf celle de l'ordre et de la mesure. Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Car dans ce monde contre lequel l'imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s'est produit. "Comme je l'apprendrais plus tard lorsqu'un inspecteur me rappellerait, les agents avaient trouvé porte close chez moi. Aucune fenêtre ouverte, ce qui les avait étonnés. Après avoir forcé la serrure, ils avaient été plus intrigués encore de ne mettre la main sur personne à l'intérieur. Or tout était bien fermé. Croyant à une farce, ils avaient failli repartir tout de suite. L'auteur de cette plaisanterie l'aurait payé cher, monsieur Shimura, me ferait-il remarquer. Par acquit de conscience, toutefois, ils avaient fouillé chaque pièce. C'est dans la dernière, la chambre aux tatamis".

L’auteur (site de l’éditeur)

Éric Faye est l’auteur, chez Stock, de romans et de récits de voyage, dont Mes trains de nuit (2005), L’homme sans empreintes (2008), Nous aurons toujours Paris (2009) et Somnambule dans Istanbul (2013). Son dernier roman, Nagasaki, a obtenu en 2010 le Grand Prix du roman de l’Académie française.

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Passer 6 heures dans un train, est un espace vide d’attente que j’ai empli avec mes chers bouquins, dont celui-ci.

Une drôle d’histoire que cette invasion pacifique. C’est l’expérience que vit le narrateur. De retour chez lui, après une morne journée de travail, il a l’impression que des choses disparaissent dans le frigo, puis en est certain. Pour en avoir le cœur net, Shimura Kobo, propriétaire de la maison, installe une caméra reliée à son ordinateur. De son bureau, il surveille sa cuisine, jusqu’au moment où il LA voit se préparer un thé ! Intervention de la police qui, fouillant méticuleusement la maison, trouve l’intruse.

Elle, chômeuse, devenue sans logis, a élu domicile chez cet homme qu’elle savait solitaire à horaires fixes.

Pourquoi justement chez lui ? Est-ce le hasard ? Par un courrier elle explique les raisons de son choix.

Ce qui m’a surpris dans ce livre, outre le fait de l’intrusion, c’est la vie presque similaire des deux protagonistes. Leur solitude, leur vie étroite, le silence qui les entoure et qu’ils cultivent.

Un livre court, une écriture agréable ; tous les ingrédients pour passer un très bon moment de lecture.

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Jonathan Crown - Sirius

14 Janvier 2016, 16:16pm

Publié par zazy

Sirius

Jonathan Crown

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner

Editions Presse de la Cité

Janvier 2016

135 pages

ISBN : 2258118573

 

4ème de couverture :

L'incroyable histoire du chien qui fit trembler le IIIe Reich !

Brillant fox-terrier capable de communiquer en messages codés, Sirius émigre aux Etats-Unis avec la famille Liliencron, qui fuit l'Allemagne nazie. Arrivé à Hollywood, il devient la coqueluche des studios Warner Bros et s'acoquine avec les plus grands : Rita Hayworth, Billy Wilder, John Wayne et Cary Grant n'ont plus de secrets pour lui ! Engagé ensuite par le cirque Barnum, son ascension dans le showbiz tourne court lorsqu'un tour de magie échoue et le fait «réapparaître» à Berlin. Il sera alors le dernier confident d'Hitler...

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Je savais, pour les avoir fréquentés de très près, que les fox-terriers étaient des chiens très intelligents. Sirius ne fait pas exception à la règle ; ou plutôt si, il fait exception car il est suprêmement intelligent, tel le Milou de Tintin. Sirius,ce cabot ne fait pas (trop) le cabot et ne pratique pas le cabotage.

Levy, devenu Sirius, car chien juif, si je vous promets cela a existé, n’a dû la vie sauve, une première fois, que parce qu’il savait faire le salut hitlérien. Il a pu s’exiler, à temps, aux USA avec les Liliencron, ses maîtres, juifs instruits vivant à Berlin. Lors de la funeste nuit de cristal, leur quartier fut mis à feu et à sang, les juifs embarqués. Ils ont pu s’enfuir et se cacher chez leur ami, comédien allemand, puis s’enfuir par la Suisse.

Les péripéties continuent et Sirius devient Hercule, star hollywoodienne. Mais bon, Hollywood, c’est le royaume du fric et voici notre cabot loué au plus grand cirque états-uniens (pour moi, référence au « Plus grand cirque du monde » de Henry Hathaway). On ne va pas s’arrêter en si bon chemin, que nenni ! Hercule retourne, par des hasards hasardeux, à Berlin , devient Hansi et se retrouve dans les bras et sur les genoux d’Hitler lui-même. Il devient le toutou du führer et espion à la solde des alliés. Mais oui, ma brave dame, sur les genoux d’Hitler.

Ce bouquin m’a fait penser aux bandes dessinées d’après-guerre, vous savez les fameux « Comics ». Beaucoup de références cinématographiques, beaucoup de belles gueules de cinéma tout comme cette façon d’encenser puis de jeter les gens. Avec tous les retournements de situations, cela ferait également un bon film d’animation.

Dans la première partie, juste au début de la montée en puissance d’Hitler, on sent l’angoisse monter, l’ambiance devient pesante. Liliencron ne veut pas croire à une extermination possible des juifs. L’Allemagne est sa patrie et il veut y rester. « Nous ne nous laisserons pas expédier dans le désert, répond Liliencron. Hitler serait trop content. Nous sommes allemandes. Notre place est en Allemagne ». L’avenir lui donnera tort. Grâce à Levy-Sirius-Hercule-Hansi, nous suivons les deniers mois de la vie d’Hitler, la défaite annoncée.

Levy-Sirius-Hercule-Hansi, tel un chat est toujours retombé sur ses pattes, même quand il fut taupe, une vraie vie de chien !

Jonathan Crown passe de l’angoisse à la cocasserie, du sérieux à la légèreté. J’ai passé une bonne soirée à lire ce livre. Une façon connue mais bien employée ici pour parler d’évènements historiques sans façon.

 

 

 

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