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ZAZY - mon blogue de lecture

Claude Duparfait - La Fonction Ravel

30 Septembre 2016, 20:08pm

Publié par zazy

La fonction Ravel

Claude Duparfait

Editions Les Solitaires Intempestifs

Septembre 2016

96 pages

ISBN : 9782846814935

 

4ème de couverture :

Ainsi, je peux dire que j’ai appris de Maurice non seulement la beauté absolue de sa musique, mais aussi je peux dire qu’il m’a également enseigné à écouter le plus attentivement du monde, et avec le plus grand soin, toute musique. Il m’a enjoint dès la sortie de mon soupirail à lire des auteurs que je ne soupçonnais pas. Il me les a tendus comme on tend la main à un enfant pour qu’il ne tombe pas dans un puits profond, il m’a enseigné dans la chambre de mon enfance et dans la maison de mon enfance à réapprendre à écrire, donc à redécouvrir le verbe, mais aussi le chant, et toutes ces choses qui touchent à l’esprit. Il a donc été cette relation idéale que je cherchais intensément dans mon enfance. Et cette étrangeté qui m’unit à lui m’est devenue familière. Elle fait partie de ma maison, de ma vie, de mon corps, et je n’ai de cesse de la partager.

Claude Duparfait est auteur et metteur en scène de théâtre. Il a publié en 1999 aux Solitaires Intempestifs Idylle à Oklahoma, librement inspirée du dernier chapitre de Amerika de Franz Kafka. La Fonction Ravel est son premier récit.

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« J’ai toujours trouvé la Picardie hideuse. Enfant, elle me terrifiait quand je la regardais dans les yeux. » Ainsi débute le livre. C’est vrai, lorsque l’on pense Picardie, l’idée du soleil n’est pas présente, plutôt gadoue, brume, bruine, brouillard, surtout Laon dans l’Aisne ! J’ai mieux compris pourquoi en lisant le livre de Claude Duparfait. En plus de la région, il y a les 4ème et 3ème de transition où le principal de Collège foutaient les élèves de milieu ouvrier, ou peu doués, ou posant des problèmes, ou trop rêveurs ou pas assez concernés… Enfin bref, les moutons noirs. S’en sortir est une vraie gageure « Il n’y avait aucune issue dans la société pour qui entrait dans ces classes de transition de 4ème et de 3ème en Picardie. On y entrait, et à l’instant même où l’on avait franchi la porte on devenait soudain un élève animal malade, un mort. Qui entrait dans ces classes de transition de Picardie ne pouvait pas ne pas ressentir instantanément l’épaisseur de mélancolie et d’affliction, de laideur et de violence –voir de maltraitance- infligée à ces élèves animaux condamnés et perdus. Au milieu des années 70, la classe de4è et de 3è de transition de Laon, dans l’Aisne, est un ghetto d’une quarantaine d’animaux qui côtoient au quotidien les élèves argentés et les chanceux dans les seuls espaces où personne ne peut empêcher qu’ils ne se mélangent : le préau et les latrines. » Une mort sociale annoncée.

Par la voix d’un petit transistor « Philips D2102 » dérobé à son père, Claude entend puis écoute pour la première fois Maurice Ravel et c’est la renaissance « Car sans toi, là-bas à Laon, je me serais définitivement perdu. Je me serais noyé. Je serais mort. Je n’aurais jamais survécu sans toi. » A partir de cet instant, sa vie bascule, s’ouvre la gangue, des horizons nouveaux. Il sortira dans les deux sens du terme de transition pour aller vers une seconde classique. Ravel lui permettra d’obtenir, aux épreuves du BAC, un 17 en français.

Ce livre est un cri d’amour à Maurice Ravel, celui qui lui     permit de sortir de la grisaille picarde, d’assumer sa différence, de partir et vivre. C’est aussi une réhabilitation de ses parents qui n’ont pas pu ou pas su comprendre son grand désarroi et, également,  un merci à car ils n’ont jamais  mit un frein à sa passion de la musique de Maurice Ravel, allant même jusqu’à lui acheter les œuvres complètes à Noël « Ce que je puis dire d’eux, c’est qu’ils n’ont jamais fait obstacle à Ravel. D’aucune manière que ce soit. »

Dès le début de ma lecture, j’avais presque envie de lire à voix haute, que ce livre était fait pour le théâtre. Cette façon de marteler certaines phrases  donne un rythme oral au livre. Curieuse, j’ai regardé plus avant les premières pages et… « Une adaptation de ce texte pour la scène a été réalisé et interprété par l’auteur. » Les représentations ont eu lieu en septembre dernier à Besançon.

Un livre où la pudeur, l’humour, la dérision jouent avec l’amour de Ravel. servi par une écriture dense.

Un livre que je n’aurais certainement pas déniché ni lu sans « La voie des indés » organisée par Libfly qui nous permet de découvrir des maisons d’édition peu connues. Merci à Libfly et à la maison d’édition « Les Solitaires Intempestifs » (cliquez pour aller sur leur site) pour ce très agréable moment de lecture.

J‘aime cette idée que Ravel puisse sauver une vie, tout comme Proust a enchanté la jeunesse de Michaël Uras

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Hugo Boris - Police

26 Septembre 2016, 17:26pm

Publié par zazy

POLICE

Hugo Boris

Editions Grasset

198 pages

Août 2016

24/08/2016

ISBN : 9782246861447

 

4ème de couverture :

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Erik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?

L’auteur (site de l’éditeur) :

Hugo Boris est l’auteur de quatre romans très remarqués aux éditions Belfond, Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007), Je n’ai pas dansé depuis longtemps (2010) et Trois grands fauves (2013). Tous sont disponibles chez Pocket. Il a été assistant réalisateur sur plusieurs documentaires à la télévision, travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

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« Ce soir, son équipage a accepté une mission hors circonscription qui va déborder l’horaire de fin de service ». Virginie, qui vient de reprendre le boulot après un congé parental, ne rentrera pas tôt chez elle, elle le sait mais a accepté la mission, sans en connaître la teneur.

Avec Erik et Aristide, ils doivent convoyer un clandestin Tadjik à Roissy pour le mettre dans un avion et retour dans son pays d’origine. Normalement c’est la COTEP qui s’en charge, mais…

Voilà pour l’action.

Qu’est-ce qui pousse Virginie à ouvrir l’enveloppe contenant le dossier d’Asomidin Tohirov ? Est-ce la personne de l’ASSFAM qui lui sort le panégyrique du Tadjik, militant des droits de l’homme dans son pays ? Toujours est-il qu’elle cogite, qu’elle enlève les menottes dans la voiture, qu’elle a envie qu’il s’enfuit qu’elle….

Le huis-clos entre les trois flics et le réfugié monte en intensité, des bulles éclatent et, à la fin, une question qui me taraudait et me taraude encore. Comment vivre avec tout ça ? Comment supporter certaines missions ? Le monde n’est pas manichéen comme voudraient nous le faire penser certaines personnes. Derrière un réfugié, il y a une histoire, une vie, une humanité. Les trois devront vivre avec cela, en plus du reste.

J’ai aimé cette plongée en apnée dans le corps et l’âme de Virginie qui porte avec elle son sac à emmerdes un peu chargé par la faute d’Aristide et la sienne. Elle est enceinte d’Aristide et soit avorter le lendemain de la mission. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : les hormones et tout le tralala, non, non et non.

Hugo Boris déroule son récit sans vouloir nous faire pleurer, mais sans état d’âme, il décrit, évite les écueils sentimentalistes. Je suis sur la banquette arrière avec Virginie, Erik, Aristide et Asomidin. Je sens leur fatigue, leur manque de sommeil. Je comprends leurs réactions hors de toute logique tout comme la peur panique du réfugié.

Ils sont rentrés tard ce soir-là, ou envolés et compris, n’ont pu dormir de suite. Pour les accompagner au bout de leur mission, j’ai passé une nuit blanche que je ne regrette pas.

Ce n’est pas un polar mais un livre sur trois policiers en uniforme dans leur boulot quotidien.

C’est du lourd, un coup de cœur.

J’avais lu et apprécié » du même auteur : Trois grands fauves

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Julie Gouazé - Les corps de Lola

24 Septembre 2016, 13:43pm

Publié par zazy

 

Les corps de Lola Julie Gouazé

Editions Belfond

Septembre 2016

128 pages

ISBN : 9782714474117

 

4ème de couverture :

Lola est une femme comme les autres. Que veut dire être une femme comme une autre ?
Qui pourrait se douter en regardant Lola qu'un feu violent couve au fond de ses tripes ?
Lola si douce, si compréhensive... C'est pourtant une rage ancestrale qui sort de Lola.
Elle est une. Elle est deux. Rouge et Bleue.
Les deux Lola enfermées dans un même corps.
Qui est-elle ? Celle qui se laisse bander les yeux, ou celle qui aime dormir dans des draps
en coton ? Où est celle qui réunissait les deux ?

Ce que la tête de Lola interdit par morale, son corps l'exige par bravoure.

À travers la vie de Lola, la fille coupée en deux, l'héroïne partagée, tiraillée, Julie Gouazé nous
offre un long chant du désir et du corps et, à l'image de sa belle Lola, transforme le glauque
en poésie.

L’auteur (site de l’éditeur)

Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle vit aujourd'hui à Paris. Après Louise (Léo Scheer, 2014), Les Corps de Lola est son deuxième roman.

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« Elle est une. Elle est deux. Elle est trois. Les deux Lola enfermées dans un même corps. Se disputant la place. Chacune tentant d’étouffer l’autre, avec Lola pour seul arbitre.

Lola Rouge aime la dentelle immaculée et le noir profond, dépasser les limites « Ce qui fait triper Lola Rouge, c’est le franchissement de la ligne. C’est toucher d doigt l’interdit »

Lola Bleue est réservée, veut rester en arrière, inconnue parmi les inconnus, prend une douche et sort « cette infâme culotte en coton grossier qu’elle met les jours où elle n’ose pas dire qu’elle n’a pas envie de faire l’amour ».

« Lola rouge transforme le glauque en poésie. Elle évolue, légère, sur le fil. »

Lola doit se débrouiller toute seule avec la Rouge et la Bleue. Mais qui est Lola ? Une femme tiraillée entre la pudeur et l’impudeur, entre le sexy et le sage, entre le glauque et le franc, le chaud et le frais. Sans mauvais jeu de mots, elle fait le grand écart entre la Rouge et la Bleue, sa tête et son sexe.

La soumise n’est peut-être pas celle que l’on croit. Lola rouge qui se veut libre, ouvrant les cuisses, recueillant le sperme des hommes est soumise à un homme, son homme, celui avec qui elle vit, celui qui l’emmène dans des parties fines. L’homme lui propose de faire l’amour avec une femme et… elle accepte. Ce petit côté femelle obéissante et soumise me gêne quelque peu.

Lola connait la diminution du désir, de la passion avec désarroi. Pourtant, elle aimerait tant que la passion se termine pour laisser éclore l’amour « L’amour, c’est quand enfin on se donne le droit d’être soi… »

En lisant ce livre je me suis posée une question. Lola Rouge est-elle le fantasme de Lola Bleue ou, simplement de Lola ? « Lola bleue rêve de corps aimants, en sueur, affamée. Elle mange, elle boit, elle baise. Elle aime. Elle coule. Elle lèche et suce…. Lola bleue se réveille, le poing crispé sous l’oreiller, l’autre main immobile entre ses cuisses, les genoux serrés.» La frontière est ténue.

Lola est enceinte et « Elle aime cette sollicitude dénuée d’arrière-pensée. Enfin, enfin, Lola est autre chose que son cul. Elle porte la vie. Et elle emmerde le monde. Elle est la plus forte. Elle a vaincu tous les machos et tous les obsédés. »

Lola Mauve pointe le bout de son nez. Réconciliation du corps et de l’esprit, mélange des couleurs avec peut-être à la clé le bonheur et la sérénité.

Un livre cru de temps à autre, mais bon, il y a pire, ne soyons pas bégueule, savourons le style nerveux, incisif, pas vulgaire pour un sou, les phrases rythmées de Julie Gouazé que j’avais aimées dans « Louise » !

Réflexion sur la sexualité, le désir féminin conditionné par le regard du mâle, sur ce qu’une femme doit, avant tout, paraître alors qu’il suffit à l’homme d’être.

Une lecture sans faux-semblant que j’ai beaucoup appréciée. Un livre sur le désir et les pulsions féminines qui est à rapprocher de celui de Leïla Slimani « Dans le jardin de l’ogre »

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Charles d'Ambrosio - Le musée des poissons morts

20 Septembre 2016, 17:17pm

Publié par zazy

Le musée des poissons morts

Charles d’Ambrosio

Traduction France Camus-pichon

Editions Albin Michel

Septembre 2016

292 pages

ISBN : 9782226328847

 

4ème de couverture :

Considéré comme l’un des maîtres de la nouvelle, Charles D’Ambrosio emporte l’adhésion par la puissance et la beauté de son écriture. Il met en scène des personnages confrontés à des relations complexes et des sentiments troubles. Graves ou ironiques, ces bribes d’existence sont autant de petits chefs-d’œuvre.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Originaire de Seattle, Charles D'Ambrosio est considéré comme un maître de la nouvelle. Lors de sa parution, Le Musée des poissons morts a été unanimement salué par la presse française et américaine, s'imposant aujourd'hui comme un classique.

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« Pour ma femme, impossible de dire « réfrigérateur ». Elle apprend. Alors elle dit « Le musée des poissons morts ». Cette phrase de Rigo a donné le titre au livre de Charles d’Ambrosio. Rigo, travailleur immigré sans papier, est technicien sur un plateau où l’on tourne des films pornos.

Huit nouvelles où les petites gens, les paumés, les laissés pour compte de la société américaine évoluent dans une atmosphère vraie. Les portraits dessinés sont criants de vérité, les personnages à la dérive, désorientés, s’accrochent au moindre bout de bois, près de la folie ordinaire à l’instar de ce scénariste à succès que la dépression conduit à l’hôpital psychiatrique qui s’éprend d’une danseuse qui pratique l’automutilation. Les repas familiaux sont acides, décapants "Là-haut vers le nord" et "Bénédiction". Un régal aigre-doux

Monsieur Drummond est réparateur de machines à écrire, comme son père l’était avant lui. Métier d’avenir s’il en est !! Petit à petit on comprend que son fils n’est pas l’oisif que l’on pourrait penser au début de la nouvelle, mais qu’il souffre de schizophrénie. Cet homme placide n’a aucun avenir dans son métier, ni aucun espoir avec son fils si ce n’est l’accompagner au fil des jours, de tout supporter seul car sa femme les a quittés. Il ne lui en veut même pas ! Je crois que c’est cela l’univers de ce livre, l’absence d’avenir, simplement vivre, supporter le présent. Superbe ! Charles d’Ambrosio m’a émue avec ces tranches de vie banales, ces portraits pas forcément sympathiques pour quelques uns. Il instille un crescendo, une bouffée de suspens et, à la fin, il y a la minuscule lumière de rédemption, d’amour, d’espoir ou simplement de vie.

Une superbe découverte. L’auteur ne demande pas de compassion pour ses personnages, simplement de les écouter vivre, de les aimer dans toutes les facettes qu’il propose et… ça marche. Ces tranches de vie ne sont pas misérables mais humaines.

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Valter Hugo Mãe - Le fils de mille homme

6 Septembre 2016, 20:40pm

Publié par zazy

 

Le fils de mille hommes

Valter Hugo Mãe

Traduction Danielle Schramm

Editions Métailié

Septembre 2016

192 pages

ISBN : 9791022605113

 

4ème de couverture :

Crisóstomo, un pêcheur solitaire, décide à quarante ans de prendre son destin en main. Il se construit une famille, puisque l’amour est avant tout la volonté d’aimer. Il choisit un fils en apprivoisant le petit orphelin abandonné par le village, puis une femme au passé tourmenté les rejoint, et autour de ce noyau se forme une famille peu commune de laissés-pour-compte et d’éclopés. Dans cette communauté d’êtres bizarres, tout droit sortis des fables, ce bricolage affectif se révèle inventif et profitable, et chacun finit par s’inventer une famille, même dans les cas les plus désespérés.
Ce texte sensible et humain au style ciselé est un éloge de tous ceux qui résistent aux injonctions de l’évidence et fait comprendre comment finalement le rêve change la vie.

« Une démonstration des possibilités infinies de l’âme et de l’imagination humaines. »
Alberto Manguel

L’auteur (site de l’éditeur)

Valter Hugo MÃE est né en Angola en 1971 et vit actuellement au Portugal. Il est diplômé en droit et en littérature contemporaine portugaise. Poète, musicien et performer, il écrit également des critiques artistiques et littéraires pour plusieurs magazines portugais. En 2007, Valter Hugo Mãe reçu le Prix Saramago pour son premier roman et en 2012, le prix Portugal Telecom pour son dernier roman.

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Crisóstomo, célibataire, quarante ans n’en peut plus de sa solitude, de ne pouvoir transmettre ses valeurs à un fils. « A l’intérieur de l’homme l’homme tombait ». Le pantin qu’il a acheté est un ersatz dérisoire pour lui. Il veut un enfant, mais faire un enfant tout seul lorsque l’on est un homme est mission impossible. Alors, il en parle « Il décida qu’il sortirait dans la rue pour dire à tous qu’il était un père à la recherche d’en enfant. Il voulait savoir si quelqu’un connaissait un enfant seul. ». Un jour, le destin met en face de lui un garçon qui vient de perdre sa seule famille, son grand-père. Il accepte le cœur de Crisóstomo « Crisóstomo, et Camilo, qui, soudainement, étaient comme seuls au monde, parce qu’à eux deux ils étaient toute la compagnie nécessaire. La vraie. ». Arrive une femme qui sera SA femme, l’être qu’il attend, qu’il aime déjà, une femme qui les aime tous les deux, une femme qui ne se contente plus « de profiter d’un instant d’amour possible. L’amour des malheureux. »

Ce livre parle de l’amour désintéressé, de la filiation utérine, des familles recomposées que l’on se choisit, pas celles que l’on subit et la famille que l'on se compose, qui s'agrandit comme les ronds dans l'eau. Un grand hymne à l’amour humain, au bonheur « Celui qui n’a pas peur de souffrir a plus de chance d’être heureux. ». La famille, la vraie, celle des liens du sang n’est pas toujours à la hauteur des espérances des uns et des autres, mais, englobée dans la famille choisie, donne sa part de bonheur. Crisóstomo, tel un artisan, un bon artisan, a construit sa famille. Il a reçu l’aide de son fils et de la femme qu’il aime pour agrandir le cercle familial.

Je vous vois venir, vous vous dites, Zazy va finir chez BC (B. Cartland) ! mais non, ce livre est une réflexion sur l’amour désintéressé et n’est en rien gnangnan. L’amour est une force qu’il faut travailler, remettre le travail sur l’établi chaque jour, accepter ce qui peut nous déranger.

Un livre empli de poésie où les phrases sont belles et j’y suis très sensible. Une pépite de bonheur

La rentrée 2016 me gâte.

Très tôt le matin, la maison bleue de la plage s’ouvrait au soleil. Comme un nuage que le soleil traverserait pour atteindre le sable, pour atteindre la mer. La maison au bord de la plage tamisait le soleil.

Neuf, le bateau ressemblait à un être organique fantastique, qui filait sur la mer plein de vaillance face à l’impossible.

Le bonheur c’est d’être ce que l’on peut être.

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Olivia Resenterra - Le garçon

1 Septembre 2016, 20:34pm

Publié par zazy

 

Le garçon

Olivia Resenterra

Editions Serge Safran

144 pages

Août 2016

ISBN : 9791090175549

 

4ème de couverture :

Dans un village de province, une mère âgée et sa fille vivent sous le même toit. Leurs journées sont rythmées par les commérages, remontrances réciproques et rendez-vous chez le médecin.
Un jour, les deux femmes croisent un jeune garçon sur le stand de tir d’une fête foraine. La mère adopte alors un comportement étrange.
Mise à l’écart, la fille tente d’en savoir plus sur ce mystérieux garçon. Son enquête la mène à un campement gitan installé à l’entrée du village…

L’auteur (site de l’éditeur)

Olivia Resenterra est née à Rochefort-sur-mer en 1978. Elle a étudié la philosophie à Poitiers, Salamanque, et à la Sorbonne. Elle est l’auteur d’un essai, Des femmes admirables, publié aux éditions PUF en 2012.

Le Garçon, scènes de la vie provinciale, est son premier roman.

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Cet après-midi, ma mère a fait une chute. C’est la deuxième fois depuis le début du mois. » C’est par cette phrase anodine que j’entre dans la maison où cohabitent la mère et la fille. La maison ? Située dans un petit village où les commérages vont bon train. « On dit que le père Bavin se tripote quand ses filles invitent des copines à la maison. Une petite voisine affirme l’avoir vu se secouer sa bite devant la grande baie vitrée du salon. Elle a précisé : comme si elle lui faisait mal. » On sent la mainmise de la mère, genre tatie Danielle, sur sa fille qui est totalement dépendante financièrement d’elle. Aucun amour dans cette relation, mais pas de haine non plus. Cette cohabitation va cahin-caha comme leurs démarches « Plusieurs fois par semaine, elle chausse ses godillots, attrape sa canne de la main gauche, mon bras de la mais droite et nous voilà parties toutes les deux sur la route du village, cahin-caha. » jusqu’à ce que le Garçon fasse son apparition.  Oui, le Garçon rencontré sur la fête foraine au stand de tir. Une véritable énigme dont l’auteur ne dit presque rien, mais qui emplit la vie des deux femmes, qui attise une haine qui sourd de tous leurs mots jusqu’au dénouement final, imprévu mais… quelques indices…

Olivia Resenterra explique, ne prend pari pour personne, raconte leurs vies monotones. Les dialogues entre les deux femmes, l’air de rien, sont assez cruels « Vous savez, les idées, c’est moi. Ma fille, elle, elle exécute. » et font bien ressentir l’ascendant de la mère et l’animosité croissante entre les deux femmes J’ai été happée par ce livre lu d’une seule traite.

Un très bon premier roman

 

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Ksénia Lukyanova - Les héros périmés

1 Septembre 2016, 20:16pm

Publié par zazy

 

Les héros périmés

Ksénia Lukyanova

Editions Rue des promenades

92 pages

Septembre 2016

ISBN : 9782918804529

 

4ème de couverture :

Dimanche dernier on a décidé d'être heureux, on tressaille de joie, nos sourires affolés gâchent la journée des gens qui ont perdu à jamais leur innocence. On a récupéré notre virginité en fracassant l'indifférence des portes fermées. On passe de l'autre côté de la rue pour fermer les yeux de la laideur avec nos mains crasseuses d'amour après son dernier soupir. J'échange la moitié de mon sang contre la moitié du tien. L'équilibre est atteint, la laideur peut crever. Ksénia Lukyanova parle de l'amour d'une écriture frondeuse à l'élégance insolite. Ses textes pétris de vitalité disent les relations qui se tissent et se défont. Elle en explore la part de lumière et d'ombre, en soupèse le terrible, en dit la merveille. Pour reprendre ce que Blaise Cendrars pensait du peintre Chagall, elle écrit avec toute la sexualité exacerbée de la province russe. Ecrits à l'occasion d'une rencontre amoureuse qui n'a pas duré et dont elle raconte les épiphanies, ils interpellent et touchent le lecteur.

 

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Un tout petit recueil d’histoires courtes, je dirais plutôt de divagations poétiques sur l’amour. Pas seulement sur l’amour charnel ou l’amour d’une femme pour un homme (et vice versa), mais aussi l’amour pour les autres et ses résultantes, comme la douleur, la rupture, la violence….

Une écriture poétique, quelque fois énigmatique. J’ai pris plaisir à le lire et même à relire certaines histoires.

Ce livre est à la fois doux, philosophique, questionnant, elliptique. Est-ce l’âme russe de Ksénia Lukyanova qui s’exprime ici ?

Je pourrais citer plusieurs nouvelles : « La non histoire d’amour », « Crève la laideur », « Je voudrais » « Rouge et vert »…

Un petit livre très intéressant et original

C’est à ce moment-là que j’ai reçu le premier coup. Je l’ai reçu comme une lettre qu’on attend toute sa vie. Et au moment où on l’ouvre, le vent soudain l’arrache de nos mains. Et l’emporte à l’autre bout du monde, pendant qu’on avale dix fois sa salive –ainsi ne se saura jamais si on a été martyr ou con.

Je voudrais que mes doigts soient infiniment longs pour pouvoir saisir l’air secoué par tes pas à l’autre bout du monde.
Je voudrais que mes larmes rares deviennent une nouvelle mer et caressent tes pieds de ses vagues.

Le bleu méditerranée dans tes yeux vert taïga. Tes désirs salés sur l’écorchure saignante de mon âme de midi.

Je voudrais rester conne toute ma vie et juste pouvoir admirer la beauté, même si ça coûte un bras à quelqu’un

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Clavardage

31 Août 2016, 21:25pm

Publié par zazy

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Mènis Koumandarèas - La femme du métro

31 Août 2016, 16:00pm

Publié par zazy

 

La femme du métro

Mènis Koumandarèas

Quidam Editeur

80 pages

mai 2010

ISBN : 978-2-915018-46-2

 

4ème de couverture :

Fin d’hiver dans l’Athènes des années 70. Une femme mariée de quarante ans et un étudiant de vingt ans se retrouvent tous les soirs dans le même métro. Brève rencontre, amour impossible.
Une histoire toute simple en apparence, racontée par l’un des grands romanciers grecs, Mènis Koumadarèas, qui déploie là ses thèmes de toujours : beauté de la jeunesse, hantise du vieillissement, vies gâchées, mélancolie, amertume.
Un écrivain au sommet de son art et un portrait de femme inoubliable.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Mènis Koumandarèas est un écrivain grec né le 4 janvier 1931 à Athènes et assassiné le 6 décembre 2014 dans cette même ville. Il est considéré comme l’un des grands prosateurs grecs. Il est l’auteur de sept romans, cinq recueils de nouvelles et deux volumes d’essais. Il a entre autres traduit Carson McCullers et Francis Scott Fitzgerald, et reçu deux fois le Prix d’État pour le roman.

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Chaque jour, ils se retrouvent face à face dans le métro les ramenant vers chez eux. Elle, Madame Koula, quarantaine bien assumée, encore fière allure, sauf dans sont long manteau et lui, Mimis, jeune étudiant.

Ils s’arrangent pour, l’air de rien, se retrouver sur les mêmes sièges. Bien sûr, ils ont fini par lier connaissance, sont allés prendre un verre, puis…. Il l’emmène dabs sa garçonnière. Leur histoire prend une tournure qui, à la fois, ravit et apeure Koula. Rentrée chez elle, il fallait qu’elle se force auprès de son indifférent de mari et de ses filles. « Poussée par la force de l’habitude, elle préparait le repas, mettait la table, repassait un ou deux vêtements, aidait ses filles dans leurs devoirs, discutait avec son marie des affaires courantes. Il lui semblait qu’un automate avait pris sa place. » Vis-à-vis de Mènis, elle a, de temps à autre, des attitudes de mère plus que d’amante. Elle s’attache beaucoup (trop ?) à ce jeune homme. Elle se trouve au cœur d’un grand dilemme qu’elle résoudra, radicalement, au terme d’une journée bizarre.

Bon, me direz-vous, une banale histoire d’adultère, et alors ?

Et alors ? Cette histoire qui tient sur soixante dix pages est d’une très grande densité. L’impression de lire un livre beaucoup plus volumineux. En peu de mots, le décor, le métro, la vie sociale d’Athènes dans les années soixante-dix est installé. Koula, vivante au fil de pages est palpable, si vivante dans ses doutes. A l’image du métro, je sens que tout passe, mais leur histoire semble s’arrêter dans le temps avec un décor qui, lui, avance. Mènis Koumandarèas parle du passage de l’autre côté de la barrière de l’âge, de la jeunesse qui ne dure pas, de la vieillesse qui avance. De ce qui, au début de leur histoire les rapproche et ce qui, très rapidement va les séparer.

Je vais arrêter là mon verbiage car Michel Volkovitch, dans sa post face en parle beaucoup mieux que moi.

De cet auteur « Le fils du concierge » m’a conduite à « La femme du métro ».

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Caroline Solé - La pyramide des besoins humains

31 Août 2016, 06:35am

Publié par zazy

La pyramide des besoins humains

Caroline Solé

L’école des loisirs

Collection Médium

125 pages

Mai 2015

ISBN: 9782211221979

 

4ème de couverture :

L’ensemble des besoins des êtres humains peut être classé en cinq catégories. Aujourd’hui, cette théorie est le principe d’un nouveau jeu de téléréalité : La pyramide des besoins humains.
Nous sommes 15 000 candidats, et dans cinq semaines il n’en restera plus qu’un.
Et moi dans tout ça ? Disons que je m’appelle Christopher Scott. Disons que j’ai dix-huit ans. Que
j’habite sur un morceau de carton, dans la rue, à Londres.
Enfin, peu importe mon nom, peu importe mon âge. Je suis le candidat no 12778. Je n’existe pas encore. Mais je risque fort de devenir quelqu’un, et même quelqu’un de célèbre.
Et c’est bien ça le pire.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Née à la fin du XXème siècle, sous un climat tempéré. Bonne constitution. Mauvaise mémoire. Enfance au clair de lune. Adolescence troublée. Texture : papier. Voyage : intérieur.
Des origines aux antipodes (Calais - Le Caire), escapades londoniennes, vie parisienne dans différents écosystèmes (université, mairie, journalisme).

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An force de se faire taper dessus, il s’enfuit, prend un train qui l’amène à Londres et, tout aussi directement dans ce quartier qu’il appelle Chinatown. « Je suis l’un de ces gosses qui dorment à Leicester Square, Piccadilly Circus ou dans une rue adjacente. Même pas recroquevillés, juste crevés, étalé de tout leur lons dans des sacs de couchage qui sentent l’urine et la bière. Bienvenue à Chinatown. ».

Avec son compagnon d’infortune, il vit dans des cartons, « J’ai appris à dormir sans dormir et mes yeux se sont éteints ».

Pour fuir une pluie magistrale, il entre dans une boutique informatique et tombe nez à nez avec une affiche proposant un jeu de téléréalité: « La pyramide humaine ». Après moult hésitations, il s’y inscrit sur internet « Une demi-heure d’internet coûte le prix de trois hot-dogs. » Alors commence sa propre pyramide, tout s’accélère, tout peut changer.

Je ne vous en dirai pas plus pour garder le mystère.

Difficile de suivre le jeune homme à travers les mots de Caroline Solé. Cela va à cent à l’heure. Pas d’attendrissement sur sa vie de laissé pour compte, Christopher ne le veut pas et, puis, vivre dans ces conditions prend toute son énergie.

Beaucoup d’allers et retours, non pas en train, mais dans la vie du jeune homme. Il est parti, mais, certains soirs, les beignes de son père lui paraissent douces à côté de ce qu’il vit. Son frère, surtout, lui manque, comme leurs promenades dans la campagne environnante.

A travers ce court récit, Caroline Solé épingle les dérives de notre société ; la téléréalité, où, pour gagner, des êtres humains étalent leur vie privée, voire très privée pour gagner un instant de célébrité qui durera le temps de l’émission. Christopher parle de ses « amis » qui « like » son profil et le font monter dans la pyramide. Dualité entre ce besoin de connaître son fameux « quart d’heure de célébrité », les paillettes qui disparaissent au démaquillage et la vie sordide de ces miséreux, hommes, femmes, enfants, qui luttent pour ne pas crever dans la rue.

Une écriture nerveuse, rapide, sans fard pour ce livre pour jeunes adultes, mais pas que. pyr

Livre lu dans le cadre du prix de littérature jeunesse, section baroudeurs, de « L’échappée lecture », organisé par la bibliothèque départementale de la Nièvre et son réseau de bibliothèques locales.

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