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ZAZY - mon blogue de lecture

Jeanne Benameur - Pas assez pour faire une femme

22 Août 2016, 20:21pm

Publié par zazy

 

Pas assez pour faire une femme

Jeanne Benameur

Editions Thierry Magnier

96 pages

août 2013

ISBN 978-2-36474-309-0

 

4ème de couverture :

Quand Judith rencontre Alain, elle découvre à la fois l’amour et la conscience politique. Cette jeune fille qui a grandi en oubliant qu’elle avait un corps est parvenue de haute lutte à quitter une famille soumise à la tyrannie du père pour étudier à la ville. Alain est un meneur, il a du charisme et parle bien, il a fait Mai 68. Si elle l’aime immédiatement, c’est pour cela : les idées auxquelles il croit, qu’il défend et diffuse, qui donnent un sens au monde.
Bref et intense, ce récit est celui d’une métamorphose : portée par l’amour qu’elle donne et reçoit, Judith se découvre un corps, une voix, des opinions, des rêves. L’entrée dans le monde de la littérature, de la pensée, de l’action politique lui ouvre un chemin de liberté. Jusqu’où ?

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Jeune fille dans un milieu petit-bourgeois provincial, Judith étouffe sous le joug d’un père tyrannique « Et depuis quand on fait ce qu’on veut dans la vie ? » et d’une mère soumise. La parole lui est refusée, elle ne peut parler, « parce que chez moi à l’intérieur, il y a une zone fermée barricadée. Depuis si longtemps que je ne sais même plus. Peut-être que je suis née avec. »

La délivrance arrive avec l’entrée en fac. Une petite chambre, la LIBERTE ! « Et quelle joie quand je suis sortie la première fois avec ma clé dans la poche. Rien qu’à moi. » Et, il y a eu la rencontre avec LUI, Alain. Elle a fondu dans ses bras, connu sa première fois avec lui. Pourtant, jamais, elle ne peut dire « Je suis incapable de prendre le risque d’oser dire. Même à lui». Avec Alain, elle découvre un autre monde, une autre littérature, la lutte avec les autres étudiants. Elle le reconnait elle-même, elle n’est pas politisée, elle fait tout ça pour être à la hauteur d’Alain, pour être avec lui. Elle apprend, la politique, les cours à la fac, l’amour, la vie.

Cette époque correspond à sa chrysalide. Elle n’est plus chenille mais pas encore papillon. Tant de choses tues sont en elle, « Est-ce que je sais au fond de moi ce qui m’a toujours fait peur ? est-ce qu’on sait toujours tout ? » comme les relations incestueuses de sa sœur avec son père « Quelque chose de puissant venait de se frayer un chemin dans ma tête »

 

Elle n’a pas pu tuer le père pour s’assumer complètement en tant que femme, il est mort avant. « Il m’est arrivé de me demander si c’était pour fuir la parole qu’il était mort si tôt. Il m’arrive encore de regretter que la confrontation ‘ait jamais pu avoir lieu. »

 

« Savoir ne permet pas forcément de se libérer soi-même de tout. Si mon pas est plus ferme aujourd’hui, je sais qu’il me reste encore des portes à ouvrir à l’intérieur de moi. Mais la lourde épave a entamé sa remontée du fond du lac. Un jour, je sais qu’elle sera à l’air libre et que le courant l’emportera au loin, vers la mer ».

On ne nait pas femme, on le devient écrit Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe. C’est un long chemin semé d’embûches, de découvertes, d’amour, de vie.

Une très belle lecture. J’apprécie vraiment les mots de Jeanne Benameur : Les insurréctions singulières, Orages intimes, Profanes,

Je trouve la couverture de ce livre très chouette.

 

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Stéphane Héaume - L'insolite évasion de Sebastian Wimer

20 Août 2016, 21:19pm

Publié par zazy

 

L’insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume

Editions Serge Safran

268 pages

Août 2016

ISBN : 979-10-90175-53-2

 

4ème de couverture :

Carlotta-Pietra, ville fortifiée aux allures vénitiennes, vit ses derniers instants de liberté. Il ne reste que quelques jours avant que les portes de la cité ne se referment définitivement.
Sebastian, styliste de mode et son associé Dimitri, entreprennent de s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard. Mais un soir, sur le chemin qui le mène à sa Villa des Mouettes Noires, Sebastian porte secours à une femme brutalisée, laissée inerte le long du canal. Troublé, il croit reconnaître Agathe, sa défunte épouse, même si ses papiers d’identité affirment le contraire.
Une chose est sûre, l’état de santé de la jeune femme l’oblige à retarder son projet initial. Aidé du jeune Leos, son aide de camp, et de ses proches amis, il échafaude un plan d’évasion insensé, puisant dans l’histoire de la cité et défiant le pouvoir en place.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Stéphane Héaume, né à Paris le 27 mars 1971, est l’auteur de plusieurs romans comme Le Clos Lothar (Prix du jury Jean-Giono 2002) ou Sheridan Square (Prix de la Ville de Deauville 2012). Il écrit également des essais, des nouvelles et des textes pour le théâtre lyrique.

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Stéphane Héaume déroule une tragédie antique, unité de lieu, d’action et de temps. Cela pourrait être n’importe où, n’importe quand.

Carlotta-Pietra ville fortifiée en bordure de mer est sous le joug d’un tyran qui ne veut rien d’autre que de fermer la ville et la mettre à sa botte. « Les portes de la ville fermeraient dans sept jours. » Certains arrivent à s’enfuir juste avant la fermeture physique des portes, d’autres y laisseront la vie, les autres restent.

C’est dans cet état de tension que Sebastian styliste de mode de renommée mondiale et son associé Dimitri décident de partir.

Le plan est rôdé, mais un caillou va se glisser dans les rouages. Sebastian sauve une femme d’une baston. Hagard, il découvre que c’est le sosie parfait de sa femme, tuée pendant des émeutes, qu’il vient d’enterrer. Il la ramène chez lui pour la soigner et est de plus en plus certain que c’est Agathe.

Le projet initial de fruite est remis en cause Sebastian et Leos, échafaudent un nouveau plan on ne peut plus audacieux, grâce à l’historique de la ville.

Je ne dévoilerai pas plus les arcanes de l’histoire, si ce n’est que Sebastian perdra une seconde fois sa douce et belle Agathe.

Un livre que j’ai non pas dévoré, mais lu avec gourmandise, dégusté. Les mots qui me viennent en parlant de l’écriture de Stéphane Héaume sont délicatesse, musicalité. « Qu’est-ce qui cogne ? Qu’est-ce qui tape contre mes tempes ? Qu’est-ce qui bas, me bouleverse et me brise ? » Quel beau livret ! L’amour constant, l’amitié, la félonie, celle qui semble tirer quelques ficelles où, pour le moins, tout converge, le héros, les méchants... Le décor est grandiose, baroque, les personnages attachants. L’ambiance lourde laisse percer la peur. J’aime cette antinomie entre le décor et l’action.

Serge Safran, fidèle à sa ligne éditoriale, m’a offert un grand coup de cœur pour cette nouvelle rentrée littéraire. Merci à lui et à son équipe.

J’ai tellement aimé l’écriture de Stéphane Héaume que j’ai retenu « Le contemplateur » à la bibliothèque.

Je découvre la rentrée littéraire avec un gros coup de cœur.

 

 

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Gaëlle Josse - Les heures silencieuses

18 Août 2016, 13:22pm

Publié par zazy

 

Les heures silencieuses

Gaëlle Josse

Editions Autrement

140 pages

Janvier 2011

ISBN : 9782746715011

 

4ème de couverture :

« À l'heure où mes jours se ternissent comme un miroir perd son tain, le besoin de m'alléger de ce qui m'encombre devient plus fort que tout. Je garde l'espoir, naïf peut-être, qu'un tel aveu sera comme l'amputation d'un membre inguérissable qui, pour douloureuse qu'elle soit, permet de sauver le reste du corps. »
Tout paraît à sa juste place dans la vie de Magdalena, épouse de Pieter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft. Rigoureuse, maîtresse d'elle-même, elle aurait pu succéder à son père. Mais le commerce est réservé aux hommes. Sa place est au foyer. Magdalena doit se limiter à cet espace intérieur, où elle a souhaité se faire représenter à son épinette, de dos. Un décor à secrets, que son journal intime dévoile. Déceptions, souvenirs, drames familiaux, mais aussi joies, et désirs interdits...
Dans le silence de l'heure, derrière le précaire rempart de l'ordre et de la mesure, Magdalena transcrit les vacillements de son cœur, explorant les replis les plus secrets de l'âme.

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Comme sur la peinture d’Emmanuel de Witte « Intérieur avec une femme jouant de l’épinette », tout respire l’harmonie dans la vie de Magdalena. Pourtant, dans le journal intime que dévoile Gaëlle Josse, beaucoup de tourments et, surtout, un lourd secret tu depuis l’âge de ses douze ans.

Magdalena, est l’aînée de 4 filles, son père l’initie au commerce maritime. C’est là qu’elle rencontre Pieter qu’elle épouse. Bien sûr, c’est lui qui prend la succession des affaires du père. En tant que fille, elle n’en a pas le droit. Mariage, enfants, gestion de la maison… occupent la jeune femme. Arrive l’accouchement de trop qui aurait pu lui coûter la vie. Son mari, « grand seigneur » prend la « sage » décision de ne plus coucher avec elle. A trente-huit ans, elle ne connaîtra plus les plaisirs de la chair et Pieter les amoures ancillaires. Pas facile de à cet âge de se transformer en une nonne. Elle connaît quelque émoi tout platonique, mais…Heureusement, il y a la marche des affaires à laquelle elle est toujours associée. « Je me réjouis de bientôt l’y accompagner. Je crains que ce soit là un des seuls plaisirs qui me restent. La mer et les navires me demeurent chers, et avivent mes plus doux souvenirs. »

J’aime le contraste entre le tableau qui ne montre pas le visage de Magdalena, où beaucoup est dit par petites touches et le journal intime où elle dévoile ses secrets, ses entrailles. A travers la vie de Magdalena, Gaëlle Josse raconte également la vie de la bourgeoisie de Delft au dix-septième siècle

L’écriture de Gaëlle Josse est caressante, douce. La palette de ses mots est comparable à la chaleur des tons du tableau.

Une belle lecture, agréable, chaude et vivante. In livre à lire d’une traite bien lové au creux d’un hamac ou de son lit. Un auteur que j'ai découvert et apprécié avec Le dernier gardien d'Ellis Island

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Michel Quint - La veuve noire

15 Août 2016, 14:04pm

Publié par zazy

 

Veuve noire

Michel Quint

Editions l’Archipel

octobre 2013

230 PAGES

ISBN : 9782809812558

 

4ème de couverture :

11 novembre 1918. Alors que tout Paris fête la victoire, Léonie Rivière, jeune journaliste et veuve de guerre, tombe amoureuse d’Edgar Prouville, un ancien combattant qui entend s’établir comme marchand d’art.
Bientôt, il entrepose chez Léonie des toiles dont il espère voir la cote grimper. Un jour, il disparaît…
Pour retrouver son amant, Léonie, aidée d’un photographe, se lance dans une enquête. Celle-ci la mènera à un massacre commis au printemps 1917 près du Chemin des Dames…. Veuve noire fait revivre avec véracité le Montparnasse des Années folles dont Picasso, Breton, Modigliani et Cocteau sont les figures de proue…

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Un prologue dont je me dis qu’il doit servir le livre. Une mise en place ou en bouche, en quelque sorte.

L’Armistice est là en ce novembre 1918. Il y a ceux qui fêtent la fin de la guerre et ceux, le plus souvent celles qui pleurent un mari, un fils, un fiancé un père mort. « En cet après-midi du 11 novembre 1918, Paris est un lendemain de fête qui a mal tourné. »

Léonie Rivière, trente ans, journaliste est veuve. « Quand elle se regarde dans le miroir, elle voit un petit tas de larmes séchées, l’illusion d’une femme dont la chair n’est que chagrin. » Son modèle : Colette et son amie Missy. Un vent de fronde, une envie de liberté lui font abandonner le corset qui lui enserre la taille. « Avant de passer son petit tailleur de drap anglais marine rayé de gris, longue jupe portefeuille à pattes, elle ôte son corset, reste ainsi seulement en camisole et dentelles, sous la veste croisée. A s’y sentir nue. En voilà bien des audaces d’homme qu’elle n’aurait pas osées il y a encore peu. »

Elle sent dans ses entrailles le manque et lorsqu’un bel homme, un peu peuple, un peu canaille se présente… Elle fond, surtout après deux verres de Cognac. Ah ! Le vertige du plaisir retrouvé dans les bras d’Edgar !

Léonie n’en oublie pas pour autant son métier de journaliste. Elle force sa chance, surtout depuis qu’elle a fait la connaissance de Rameau, reporter photographe, ancien combattant gazé.

Un beau jour, le bel Edgar disparait non sans lui avoir laissé en garde quelques tableaux de peintres, qu’elle connait, Modigliani, Soutine… Léonie part à la recherche d’Edgar, enquête, avec Rameau, sur ces œuvres qu’elle pense fausses.

Trame simple mais ne vous y fiez pas, Michel Quint sait ferrer son lecteur. Derrière l’intrigue, il y a le décor de Paris, plus en guerre mais toujours sous-alimenté. La grippe espagnole fait des ravages, les réunions préliminaires au traité de paix signent la défaite de l’Allemagne, le Montparnasse des artistes Cocteau, Breton, Gertrude Stein, Picasso, Modigliani est en ébullition…. Léonie symbolise ces femmes qui veulent s’émanciper, s’affranchir, se libérerent, surtout après avoir remplacé les hommes au travail. Une très belle peinture de cette époque

Un petit bémol, la fin un peu conventionnelle, mais ce n’est rien en regard de la plongée dans la fébrilité de cette époque que Michel Quint rend si vivante.

 

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Robert Seethaler - Le tabac Tresniek

14 Août 2016, 20:15pm

Publié par zazy

 

Le tabac Tresniek

Robert Seethaler

Traduction d’Elisabeth Landes

Editions Sabine Wespieser

Octobre 2014

320 pages

ISBN : 9782848051673

 

4ème de couverture :

En août 1937, le jeune Franz Huchel quitte ses montagnes de Haute-Autriche pour venir travailler à Vienne avec Otto Tresniek, buraliste unijambiste, bienveillant et caustique, qui ne plaisante pas avec l’éthique de la profession. Au Tabac Tresniek, se mêlent classes populaires et bourgeoisie juive de la Vienne des années trente.
Si les rumeurs de la montée du national-socialisme et la lecture assidue de la presse font rapidement l’éducation politique du montagnard mal dégrossi, sa connaissance des femmes, elle, demeure très lacunaire. Ne sachant à quel saint se vouer avec Anezka, la jeune artiste de cabaret dont il est éperdument amoureux, il va chercher conseil auprès du « docteur des fous », Sigmund Freud en personne, client du tabac et grand fumeur de havanes, qui habite à deux pas. Bien qu’âgé et tourmenté par son cancer de la mâchoire, le professeur va finir par céder à l’intérêt tenace que lui témoigne ce garçon du peuple, vif et curieux.
Mais les temps ne sont guère propices aux purs et, dès mars 1938, l’Anschluss va mettre un terme brutal à l’apprentissage de Franz et à sa prestigieuse amitié. Otto Tresniek, peu disposé à boycotter sa clientèle juive, s’attire les foudres de la Gestapo, tandis que Freud se résigne à émigrer en Angleterre.
Par la grâce d’une langue jubilatoire, d’une intrigue où la tension ne se relâche pas, et de personnages forts et attachants, voici un roman qui se lit d’un trait. L’humour viennois d’Otto Tresniek et de Freud est la politesse du désespoir dans une société déboussolée où ils ne trouvent plus leur place. Pas plus que leur protégé, plein de vie et de poésie, qui tentera pourtant, fidèle à leur enseignement, de nager à contre-courant.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Robert Seethaler, 46 ans, également acteur et scénariste, vit entre Vienne et Berlin. Le Tabac Tresniek, son quatrième roman, a remporté dans les pays germanophones un grand succès, et en France un bel accueil critique et public. En octobre 2015, Sabine Wespieser éditeur publiera son nouveau livre, Une vie entière, paru à la rentrée 2014 en Allemagne, qui a valu à Robert Seethaler le statut de meilleur auteur de l'année décerné par les libraires d'outre-Rhin, et confirme la profondeur de son talent d'écrivain, capable de mener avec une grande simplicité son lecteur au plus près de ses émotions.

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Suite à la mort de l’amant de sa mère et donc, des subsides, Franz Huchel débarque à la capitale, Vienne, pour aider Monsieur Tresniek, vieil ami de sa mère qui possède un bureau de tabac-journaux. L’agitation de Vienne lui donne le tournis, mais il s’habitue très vite à son nouveau rythme de vie.

Parlons un peu de Monsieur Tresniek qui a perdu une jambe peinant la guerre de 14. Pas très causant le bonhomme, rien d’autre que son tabac ne compte. Pourtant il sait faire une petite place à Franz dans son local et dans sa vie.

Autour d’eux, la haine du juif est là, surtout lorsque Hitler arrive au pouvoir. Monsieur Tresniek ne veut pas manger de ce pain-là. Il paiera de sa vie son refus d’interdire son magasin aux juifs. Parmi ces hommes, il y a Freud. Le « docteur des fous » l’aidera à prendre conscience et confiance en lui. Je crois que Freud aime à se plonger dans la naïveté du jeune homme.

Cher Franz, vous êtes naïf, vous sortez vraiment de votre cambrouse ! J’ai souri de votre naïveté, de votre amourette avec Anezka, de si petite vertu. Pourtant, derrière il y a la situation politique de l’Autriche que vous suivez en lisant les journaux. Votre prise de position courageuse vous coûtera la vie. J’ai aimé votre bravade lorsque vous avez élevé le pantalon de Monsieur Tresniek à la place du drapeau à croix gammée.

L'écriture, donc la traduction, est alerte, vive. Un livre, lu d’une traite, qui parle, d'une plume faussement légère, de la résistance en Autriche ; il n’y eut pas que des bouchers délateurs, mais aussi des êtres qui ont résisté au nazisme.

 

 

 

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Pascal Quignard - Les solidarités mystérieuses

6 Août 2016, 20:40pm

Publié par zazy

 

Les solidarités mystérieuses

Pascal Quignard

Editions Gallimard

Novembre 2013

272 pages

ISBN : 9782070453863

 

 

4ème de couverture :

«Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé ainsi.»

 

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Claire revient au pays, vers Dinard, pour le mariage de sa cousine, Mireille Methuen, fille de la tante qui l’a élevée. Sur le marché, elle rencontre Madame Ladon, Fabienne qui lui donnent des nouvelles. Et puis, il y a Simon, l’amour, l’adoré, le jamais oublié. En le rencontrant, elle retrouve sa passion intacte, voire exacerbée par les années d’absence. Pourtant, rien ne se fera comme elle aurait tant voulu. Simon est marié, père d’un garçon handicapé et… Il ne les quittera jamais, jusqu’à ce que la mort le prenne un beau matin sur son bateau. Elle a tout vu et sait… ou imagine.

La mort ne les a pas séparés. « A partir de la mort de Simon ce fut la paix. Une paix étrange, totale, vint sur Claire. Une paix inentamable atteignit Claire. Il en est allé ainsi de tous les jours qu’elle vécut à partir de là. Tout était accompli et elle survivait simplement à cet accomplissement. » Elle vit avec Simon. Il est dans les herbes et les ajoncs qu’elle foule de ses pas tranquilles ou nerveux. Il est dans les nuages, la tempête. Bref, il est avec, en elle. « Chaque soir c’est le même rêve : elle rêve qu’elle vit avec lui, elle lui raconte sa journée. Elle lui fait part des évènements du jour et lui demande ce qu’il en pense. »

C’est décidé, elle reste. Son frère vient vivre avec elle. A la mort de leurs parents, ils ont été séparés. Elle chez les parents de Mireille, lui en pension. « Il y avait entre eux une harmonie qui était étonnante à voir… c’était magique… »

La vie de Claire, ce sont les autres qui en parlent. Son frère Paul, « Je pense que ma sœur était un chemin perdu au-dessus de la mer ». Juliette sa fille, le prêtre Jean… Un livre polyphonique difficile à résumer ; un livre où le non-dit est érigé en maître mot. Ce qui frappe est de voir que personne n’a la clé de Claire, personne ne la comprend entièrement. Pourtant, l’impression qu’elle manque à tous. Les descriptions sont superbes. Je marche dans la lande bretonne au rythme des pas de Claire et des mots de Pascal Quignard. Claire aime sa lande, aime sa Bretagne. La nature la soigne la guérit, lui permet de rester debout. Elle est la roche sur laquelle elle se pose, le goéland qu’elle regarde voler, l’herbe et les fleurs où elle se couche. C’est bien simple « Elle s'était mise à sentir, en vieillissant, une odeur douce de sueur, de foin, de sel, d'iode, de mer, de granite, de lichen.»

J’aime ce titre « le solidarités mystérieuses ». Voici la définition qu’en donne Pascal Quignard : « Ce n'était pas de l'amour, le sentiment qui régnait entre eux deux. Ce n'était pas non plus une espèce de pardon automatique. C'était une solidarité mystérieuse. C'était un lien sans origine dans la mesure où aucun prétexte, aucun événement, à aucun moment, ne l'avait décidé. Bien sûr ils avaient partagé des scènes cruelles, partagé des deuils, quand ils étaient enfants, ils avaient pleuré l'un à côté de l'autre, mais jamais un pacte n'avait été prémédité et conclu entre elle et lui. »

L’écriture de Pascal Quignard m’enchante toujours autant. Quelle élégance, quelle belle façon de nous parler de la complexité des rapports humains. Je suis encore sous le charme de ma lecture.

 

Extraits

Un jour elle m’expliqua que le paysage, au bout d’un certain temps, soudain s‘ouvrait, venait vers elle et c’est le lieu lui-même qui l’insérait en lui, la contenait d’un coup, venait la protéger, faisait tomber la solitude, venait la soigner. Son crâne se vidait dans le paysage. Il fallait alors accrocher les mauvaises pensées aux aspérités des roches, aux ronces, aux branches des arbres et elles y étaient retenues.

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Antonio Garrido - Le lecteur de cadavres

26 Juillet 2016, 21:53pm

Publié par zazy

 

Le lecteur de cadavres

Antonio Garrido

Traduction de l'espagnol, Nelly et Alex Lhermillier

Le livre de poche

768 pages

Date de parution:

Juin 2015

ISBN : 9782253184195

 

 

4ème de couverture :

Ci Song est un jeune garçon d’origine modeste qui vit dans la Chine du XIIIe siècle. Après la mort de ses parents, l’incendie de leur maison et l’arrestation de son frère, il quitte son village avec sa petite sœur malade. C’est à Lin’an, capitale de l’empire, qu’il devient fossoyeur des « champs de la mort » avant d’accéder à la prestigieuse Académie Ming. Son talent pour expliquer les causes d’un décès le rend célèbre. Lorsque l'écho de ses exploits parvient aux oreilles de l'empereur, celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d'assassinats. S'il réussit, il entrera au sein du Conseil des Châtiments ; s'il échoue, c'est la mort. C'est ainsi que Cí Song, le lecteur de cadavres, devient le premier médecin légiste de tous les temps. Un roman, inspiré par la vie d’un personnage réel, captivant et richement documenté où, dans la Chine exotique de l'époque médiévale, la haine côtoie l'ambition, comme l'amour, la mort.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Antonio Garrido est né en Espagne en 1963. Il enseigne à l’université de Valence. Passionné d’histoire, il a consacré sept ans de sa vie à l’écriture de La Scribe, son premier roman, best-seller en Espagne, pour lequel il a effectué de nombreuses recherches en Allemagne.

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Ce livre est inspiré de la vie de Long Si dans la Chine du XIIIème siècle. Comme l’écrit Antonio Garrido, dans sa postface, « un roman historique est avant tout un roman ». Basé sur des faits historiques avérés, j’ai suivi Ci à travers les méandres de sa vie, de tous les malheurs qu’il a connus et, dieux sait qu’il en a connu. Une vraie poisse à lui seul !! C’est peut-être ce qui m’a gênée. Ce petit bémol posé, j’ai découvert la vie de la Chine, ses traditions.

Ainsi, le père de Ci doit retourner au village et y vivre à la mort de son père. Les voici tous réunis dans la maison du grand frère qui se fait un malin plaisir de les rabaisser. Ci ne le supporte pas, mais son père l’oblige à s’excuser encore et toujours et à honorer ce grand frère tyrannique. Après la mort brutale de sa parentèle, Ci s’enfuit à Lin’an, capitale de l’Empire.

Après bien des péripéties, il devient fossoyeur. Son habileté à lire dans les cadavres, lui permet d’entrer dans la grande académie Ming. Sa grande aptitude à découvrir les causes de la mort, parvient aux oreilles de l’empereur qui le mandate pour découvrir l’auteur de plusieurs assassinats  similaires. Il trouve et c’est la gloire, il ne trouve pas, c’est la mort ! Lisez le livre pour en savoir plus…

Epopée où Antonio Garrido, fort bien documenté, me fait découvrir les mœurs de la Chine moyenâgeuse dans un décor à la fois somptueux, noir, sale, grouillant mais Ô combien vivant. Quelle minutie dans la description des cadavres, dans les explications des découvertes de Long Si et autres.

Un livre qui ne se lâche pas facilement, malgré la dureté de certaines scènes. Une belle découverte.

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Anne Percin - Ma mère, le crabe et moi

14 Juillet 2016, 15:09pm

Publié par zazy

Ma mère, le crabe et moi

Anne Percin

Editions du Rouergue

Septembre 2015

192 pages

ISBN : 978-2-8126-0929-9

 

4ème de couverture :

J’aurais préféré que ma mère me dise : "Tu sais, je crève de trouille et je ne peux rien te promettre." Ou bien qu’elle pleure franchement, à gros bouillons. Oui, qu’elle pleure !
Au lieu d’afficher ce sourire de façade. Le sourire "tout-va-bien-je-gère". J'aurais voulu qu’elle crie, qu’elle hurle, qu’elle se roule par terre en tapant des pieds,
qu’elle fasse un truc pas calculé du tout, un truc qu’on ne voit pas dans les séries françaises à la télé, un truc pas bien élevé, pas conseillé par le guide J’élève mon ado toute seule, au chapitre "Comment lui annoncer votre cancer?"

Entre rires et larmes, Tania nous raconte six mois de complicité avec sa mère malade, mais aussi les nouveaux défis qu’elle s’est lancée : devenir championne de cross… et tomber amoureuse.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Née en 1970 à Épinal, Anne Percin vit en Saône-et-Loire où elle partage sa vie entre l’enseignement et l’écriture. Elle écrit à la fois pour la jeunesse et les adultes. Elle est notamment l’auteur à succès d’une trilogie pour adolescents, Comment (bien) rater ses vacances. Dans la brune, elle est l’auteur de trois romans : Bonheur fantôme, Le premier été (adaptation télévisée sur France 3) et Les singuliers (sorti en Babel en août 2016).

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Tania, jeune ado pas trop à l’aise dans sa peau, vit seule avec sa mère à qui les médecins annoncent un cancer du sein avec ablation totale « du néné ». Tout au long du livre, j’assiste aux étapes inhérentes au traitement du crabe, au rapprochement entre la mère et la fille. La scène la plus frappante est celle de la « mort au poil ».

Un livre plein de gouaille, d’humour, de vacheries et d’amour. Anne Percin mélange l’humour, la gravité et cela donne un beau livre qui n’a rien de larmoyant, au contraire, où la chrysalide devient un joli papillon. Je suis sortie de cette lecture avec une besace pleine de sourires et d’espoir. Une très belle lecture.

Livre lu dans le cadre de « L’échappée lecture » version 2016, organisée par la bibliothèque départementale de la Nièvre et son réseau de bibliothèques locales.

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Sébastien Fritsch - Albédo

13 Juillet 2016, 15:06pm

Publié par zazy

Albédo

Sébastien Fritsch

Editions fin mars début avril

Juin 2016

312 pages

ISBN : 9782953767780

 

4ème de couverture :

L’amitié est ce qui reste quand on a tout perdu. Alors Nil n’hésite pas : dès que Mock le contacte, il accepte de le suivre. Même s’ils ne se sont pas dit un mot depuis quinze ans. Même si c’est pour convoyer une urne funéraire. Et même si la destination n’est autre que Ti-Gwern, cette grande maison où, quelque vingt ans plus tôt, ils étaient une poignée à partager leur jeunesse. Nil sait pourtant qu’on n’efface pas le temps en remontant une vieille route : les rires et la musique, les vins parfumés, les regards, les désirs qui animaient tous leurs séjours dans ce lieu hors du monde, sont désormais bien loin… sans même parler de Maud. Alors, est-ce l’amitié ou la nostalgie qui le motive à faire le voyage ? Ou devinerait-il, sans vraiment se l’avouer, que rien n’est vraiment fini tant qu’on ne s’y résigne pas ?

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Emmanuel est cadre dans l’industrie pharmaceutique, divorcé depuis peu, c’est le blues dans son appartement vide lorsqu’il rentre le soir. J’ai eu quelques craintes en commençant ma lecture. Encore un homme qui se chatouille le nombril sans que cela le fasse rire me suis-je dit. C’est sans compter avec la plume de Sébastien Fritsch.

Lorsque Mock, son ami d’enfance, le contacte après quinze ans d’absence, pour le conduire à Ti-Gwen, il accepte et les voici partis tous les trois (la troisième est une urne funéraire) en Bretagne, en hiver. A peine arrivés sur place, Mock disparait sans laisser un seul indice, ni lettre.

Dans cette maison froide et inhospitalière, Emmanuel revit son adolescence où il participait avec Mock, qui en était le gardien, à de grandes fiestas, au bord de la piscine, où l’alcool coulait à flot. A l’époque, pris par son amour sans retour pour Maud, Emmanuel ne voyait rien, ne comprenait pas grand-chose.

Emmanuel part à la recherche de son ami. Il doit se confronter à Nil, son passé, à celui de ses amis, ouvrir l‘une après l’autre, les poupées gigognes pour accoucher du présent. Il doit dévider l’écheveau de ses souvenirs, de ses rencontres, sortir de son nombril (ben oui !). Il y fait des découvertes sidérantes.

La maison, partie prenante du mystère est un composant récurant chez l’auteur, tout comme l’interaction du passé et du présent.

Ne vous laissez pas abuser par la couverture estivale, c’est un bouquin que vous ne pouvez abandonner avant le mot fin et, surtout, la découverte de la signification du mot albédo. Je confirme, Sébastien Fritsch est bien un distillateur d’histoires, de mots. Dans ce livre, il prend un malin plaisir à nous claquer des portes d’entrée au nez, histoire de dire : allez chercher ailleurs…

Un livre à lire installé sur un transat à l’ombre d’un arbre, en Bretagne… ou ailleurs. Un très bon moment de lecture

Merci Sébastien Fristch pour votre gentille dédicace

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Antje Babenderderde - Talitha Running horse

12 Juillet 2016, 15:18pm

Publié par zazy

Talitha Running horse

Antje Babenderderde

Traduit de l’allemand par Vincent Hautbtmann

Editions Bayard

Octobre 2015

400 pages

ISBN : 978-2-7470-4013-6

 

4ème de couverture :

Talitha Running Horse est différente des autres Indiens lakotas de la réserve : elle est métisse et vit avec son père dans une caravane. Sa mère, une Blanche, les a abandonnés quand elle était petite. Malgré tout, Talitha est heureuse : elle a une amie chère, elle aime dessiner et, surtout, elle est passionnée par les chevaux. Or, les nouveaux voisins de sa tante ont un petit élevage d’Apaloosas. Talitha se prend d’affection pour un poulain, qu’elle baptise Stormy. Et elle tombe sous le charme de Neil Thunderhawk, le fils du propriétaire… Mais, lorsque la caravane de son père est détruite, toute la vie de Talitha bascule…
À travers le portrait de Talitha, une jeune métisse courageuse, l’auteur de Lune indienne nous parle de la vie des Indiens lakotas d’aujourd’hui, de leurs traditions, et du lien particulier qui les unit aux chevaux…

L’auteur (site de l’éditeur)

Antje Babendererde est née en 1963 à Jena en Allemagne. Elle a travaillé comme psychologue du travail dans un hôpital spécialisé en psychiatrie et neurologie. Elle porte un intérêt particulier à la culture indienne. Ses précédents romans "Lune indienne" et "Le chant des orques", publiés chez Bayard, ont reçu un accueil chaleureux auprès des libraires et des lecteurs.

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Tally vit avec son père dans une caravane stationnée dans une réserve indienne, celle des Lakotas. Or, elle est métisse, sa mère, qui l’a abandonnée vers l’âge de 6 ans est blanche et son père indien Lakota. Elle essuie quelques, voire pas mal de sarcasmes à cause de sa chevelure frisée et plus claire que les longs cheveux raides et noirs des « pures souches ».

A travers elle, nous suivons la vie dans la réserve, la difficulté du père pour trouver un travail fixe, la pauvreté où chaque dollar compte. Cela n’empêche pas Tally d’avoir des rêves. Cette jeune fille a l’art de positiver, ce n’est pas pour rien que son père l’appelle tendrement « Braveheart ».

Les jeunes filles aimant découvrir d’autres façons de vivre, aimant les chevaux, la vie au grand air, les traditions, les histoires d’amour seront comblées par ce livre d’une facture très classique

Livre lu dans le cadre de « L’échappée lecture » version 2016, organisée par la bibliothèque départementale de la Nièvre et son réseau de bibliothèques locales.

 

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