Publié le 28 Octobre 2014

 

L’autre pays

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection : La Forêt

Avril 2014

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

« A cet instant, je sais que le périple italien ne s'aventurera pas plus au sud, comme si j'avais trouvé un pays à Craco, un pays certes sans ossements, sans tombes qui portent mon nom, sans murs de famille mais un pays tout de même ». Dans ce récit charnel et poignant, Sébastien Berlendis nous invite à un voyage en Italie, à la recherche de traces familiales et amoureuses. Une traversée des lieux en une longue rêverie où affleurent des images, des visages, des paysages comme s'il s'agissait de photographies cadrées avec l'urgence du désir.

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De retour en Italie avec le second livre de Sébastien Berlendis. Bien qu’il n’ait pas la même densité mélodramatique que le précédent, la poésie de son écriture m’a attirée dans son sillage.

L’autre pays, celui du cœur, du berceau de la famille. Je ne connais pas l’Italie et n’ai pas cherché à suivre son trajet sur une carte. J’ai préféré le flou artistique et les photos surgies au fil de ma lecture. Comme dans son précédent livre, les paragraphes sont de véritables instantanés photographiques. Il y a plus de poésie, de tableaux impressionnistes, de sensualité dans ce livre.

Il n’ira pas au-delà de Craco. Il y a trouvé SON pays dans les ruines de ce village dévasté par un tremblement de terre. Il se recréé sa nostalgie de l’Italie de ses ancêtres.

J’ai aimé feuilleter ce livre-album en sépia, en noir et blanc ou en couleurs selon les périodes, les rencontres ; souvenirs d’enfance, récit de voyage, re-découverte de lieux… Les odeurs, les couleurs sont très présentes

La mélancolie sied bien à ce livre et j’ai aimé mettre mes pas dans les roues de Sébastien Berlendis.

Un livre où il fait bon repiocher, de temps à autres, quelques paragraphes-photos.

 

Je vais de places en places pur me perdre dans le Quadrilatère romain dont la vitalité et la jeunesse me surprennent. J’avais le souvenir d’un vieux centre délaissé, de rues noires et inquiétantes.

J’écoute les mots de Federica. Des mots que je comprends à moitié mais qui ne scellent pas les lèvres. Et l’abandon timide à son corps, le silence des toits de Ferrare, la fatigue et le sommeil qui se refuse, la gêne du matin, lorsque la pudeur bâillonne la poitrine.

Dans la chambre, j’essaie de reconstituer le trajet de mes aïeuls.

En fin de jour, une jeune femme brosse ses cheveux noirs, et j’aime l’étrangeté du visage, la légère plissure asiatique des yeux et l’alignement des grains de peau depuis la bouche jusqu’aux seins.

Elle apparaît sans voile et sans frange, les épaules et la nuque découvertes. Sur ses hanches une robe leste et flottante, une de ces robes de vent dont l’échancrure plonge si bas dans le dos que je peux apercevoir deux fossettes qui creusent la rondeur des fesses. Gianna a des airs d’enfance inachevée.

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Rédigé par zazy

Publié dans #littérature française, #Editions stock

Publié le 22 Octobre 2014

On ne va pas se raconter d’histoires

David Thomas

Editions Stock

Collection : La Bleue

Mai 2014

160 pages

ISBN : 9782234078048

 

 

4ème de couverture :

David Thomas est le maître de l’instantané : ces microfictions sont autant de moments où la vie se fige, tragique ou drôle, au fond qu’importe.
Une femme n’a de plaisir que si on lui lit du Pierre Louÿs pendant l’amour. Deux anciens amants se rencontrent sur le trottoir et n’ont plus rien à se dire.
Un homme vole un rôti comme un acte de folie. Absurde ? Tendre ? Décalé ? Ce livre d’un charme fou ne pourra que séduire celles et ceux qui préfèrent le rire aux larmes.

 

Biographie:

Né à Paris en 1966, David Thomas est l’auteur de La Patience des buffles sous la pluie, qui fut un succès en librairie, puis de deux livres chez Albin Michel

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D’accord David Thomas, on ne va pas se raconter d’histoires. J’ai passé des instants délicieux en vous lisant. Vous m’avez surpris, peiné, fait rire, fait réfléchir… Vos histoires, vos clins d’œil sont des instantanés de vies.

On ne va pas se raconter d’histoires, de temps à autres, elles ne sont pas très chouettes vos tranches de vie, mais bon, c’est ainsi ; il y a toujours un petit caillou dans la chaussure qui dérange, ou un gravillon sous la porte qui vous fait grincer des dents ! Encore et toujours la solitude qui mange nos vies, les petits renoncements, les petites et grandes défaites, les…

On ne va pas se raconter d’histoires, votre écriture et incroyablement efficace. Vous avez l’art de la chute et, croyez-moi, vous ne vous foutez pas en l’air. Certaines saynètes relèvent des brèves de comptoir. En peu de phrases, vous en dites beaucoup sur nos travers, sur la vie… et comme vous l’écrivez : « Peu importe si ce que je viens d’énoncer est vrai ou faux, ce qui compte, c’est que tout cela peut composer un homme. »

« Quelque chose me dit que je suis plus utile contre son dos ». Je confirme, c’est parfaitement vrai.

Ah les rires bien gras avec le mal de tête, version plage 2004, l’histoire de la carte de visite, ou la version mâle de l’angélus. Le fait d’écrire ces mots, j’en rigole encore. Un petit moment d’anthologie ! Au fait, quel livre lit le mec sur la plage avec sa femme ? Le vôtre ? Ce serait si drôle !

J’ai aimé l’hommage que vous rendez à votre mère « Toute ma vie je garderai l’image de cette femme penchée sur la terre pour en faire sortir des plantes et des fleurs ». ou à votre père vous lisant du Rabelais à 4 ans, je voyais la scène. Je replacerai votre exemple expliquant la persévérance, une très jolie image

Le comble de la solitude : prendre une housse couette, la remplir d’oreiller, la mettre dans son lit et se blottir tout contre. Cela m’a achevée et pourtant c’est si vrai. Ou alors, s’acheter son cadeau d’anniversaire, le planquer, descendre sa bouteille de whisky seul puis chercher ledit cadeau ringard si possible.

Je me demande si je ne vais pas rechercher un livre de Pierre Louÿs, histoire de voir si….

Merci Jérôme pour m’avoir fait découvrir cet auteur qui sait manier l’ironie, l’impertinence, la cruauté d’une manière si efficace. Tout ce que j'aime. Mon seul regret, une fois de plus : devoir te rendre ton bouquin !!!

On passe sa vie à tenter de se rencontrer soi-même alors que nous portons nos propres obstacles. On attend ce moment dont on est sûr qu’il viendra un jour, où l’homme que l’on s’est projeté rejoindra celui que l’on est. C’est le travail de toute une vie.

Aujourd’hui j’ai quatre-vingt-un ans et je ne vais plus nulle part, je reste chez moi ; Paris est trop truffé d’adresses, de rues, de places, de quartiers qui me rappellent tout ce qui est fini.

Je baissais la tête parce que nos vies étaient ridicules, ne menaient nulle part et qu’il était temps de payer son dernier verre.

Peut-être avez-vous compris qu’il fallait me foutre la paix. Cette paix dont on profite si rarement et que l’on respire les narines dilatées pour s’en imbiber jusqu’au moindre vaisseau. Cette paix que l’on accorde à un chien qui n’a pas envie de se faire caresser.

J'ai parfois la sensation de m'accrocher de plus en plus aux aspérités de la vie. Ce qui me paraissait comme insignifiant il y a trente ans me semble aujourd'hui lourd, laborieux.

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Publié le 14 Octobre 2014

Une dernière fois la nuit

Sébastien Berlendis

Editions Stock

Collection la Forêt

Février 2013

80 pages

ISBN : 9782234075351

 

4ème de couverture :

"Adolescent, j'attends les heures d'été. Que mon corps s'ouvre, se dilate, respire et se brûle".
C'est la dernière nuit d'un homme, arrivé d'Italie après un long chemin. Ses poumons suffoquent. Il se souvient.
De l'enfance et des premières crises d'asthme, du lac de Côme, de la mer de Trieste, du premier corps aimé...
L'écriture de Sébastien Berlendis, mélancolique, sensuelle et envoûtante, agit comme un rêve éveillé dont on ne voudrait plus sortir.

L’auteur :

Sébastien Berlendis vit à Lyon où il enseigne la philosophie. Son premier récit Une dernière fois la nuit a été publié en mars 2013 chez Stock dans La Forêt.

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La construction du livre, des paragraphes me font penser au livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse », mais là s’achève la ressemblance puisque, pour le narrateur, ce sont des souvenirs qui ressurgissent, qu’il expectore comme les glaires qui encombrent ses poumons.

« Recroquevillé sous les draps de lit, à l’abri des brumes et du froid de juillet, ma mémoire s’effiloche. » Allongé dans une chambre au dix, chemin de la Résistance, l’homme se souvient. De retour d’Italie, il passe ses dernières nuits dans cette maison dévastée du plateau d’Assy. Cette adresse martelée, répétée comme si l’homme avait peur d’oublier ou avait besoin de concret à quoi se raccrocher.

Une lecture faite d’allers et retours dans ses souvenirs sans tenir compte d’une quelconque chronologie. Les premières crises d’asthme, son enfance de Bracca, ses parents, son premier amour…

Les souvenirs sont fragmentés, l’écriture, tendue, suit les difficultés de respiration du narrateur. Lire ce livre c’est s’essouffler, reprendre son souffle, manquer d’air, reprendre sa respiration. C’est passer de l’ombre au soleil, de la mélancolie au bonheur, même furtif. C’est suivre et subir la dévastation de l’homme et de la maison.

Il y a une sorte de contradiction. Il s’agit du premier livre de Sébastien Berlendis et il ne parle que de dernières fois, derniers souvenirs, dernier souffle. Ce livre parle du corps, des différents états de la toux. Cela pourrait être trivial, voire chiant, mais non, il s’en dégage une poésie, même, par certains souvenirs une certaine sensualité. Chaque chapitre est un instantané, une photographie un peu jaunie de son passe. Norma, Sébastien Berlendis est également photographe.

J’avais arrêté une première fois cette lecture car je n’étais pas prête à recevoir ce texte exigeant dans la déconstruction du temps. Je l’ai perdu, bien caché dans le vide-poche de ma voiture, pour mieux le retrouver et là, ce furent de belles retrouvailles. L’émotion peut vous prendre à la gorge (sans jeu de mots).

Merci Catherine de m’avoir permis de lire ce très bon livre et d’avoir patienté si longtemps.

D'autre avis sur Libfly

C’est une dernière fois l’été au dix, chemin de la Résistance sur le plateau d’Assy. L’ancien sanatorium de Martel de Janville est en voie de destruction. Une fois les décombres enfouis et le sol aplani, il sera remplacé par un hôtel de luxe.

Le dix, chemin de la Résistance rappelle la maison natale de Bracca, ce minuscule village lombard qui domine, à vingt-cinq kilomètres de Bergame, les thermes de San Pellegrino.

Les vapeurs des bains de San Pellegrino Terme. J’ai sept ans. Ce sont des heures lentes d’oubli et de rêveries. L’oubli sans blessure du visage de mon père dans les bois de Bracca.

Et ma respiration se bloque et mon corps disparaît et la me s’accumule au-dessus, cette mer familière qui immunise. J’apprends à régler mon souffle dans le sillage de mon oncle et la mer lave les fatigues de la nuit.

Cracher. Cracher la toux qui blesse le thorax et qui pétrifie l’élasticité des alvéoles, c’est le médecin qui parle.

Lorsque je rêve, je ne redoute pas les fièvres nocturnes et les crises qui me laissent au bord du lit.

Mon enfance repose là. Le corps de Simona est le corps de la première femme.

Est-ce que quelqu’un veillera sur moi, même mort, des journées entières, sans couvrir mon visage ?

Un matin de brumes et de juillet, mon corps au ralenti ne se lève plus. Il reste dans la nuit.

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Publié le 13 Octobre 2014

Chercher Proust

Michaël Uras

Editions le Livre de Poche

224 pages

Date de parution:

Avril 2014

ISBN: 9782253177593

 

 

4ème de couverture :

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal. Au-dessus de mon lit d’adolescent, à côté du poster de mon footballeur préféré, Marcel trônait, fier, sûr de lui, la tête inclinée sur ma droite, reposant contre sa main. Il me fixait. Quand je regardais trop mon idole sportive, j’avais l’impression que… Proust me rappelait à l’ordre : « Jacques Bartel, cessez de scruter cet idiot, je suis là, moi, seul être valable dans cette chambre. Vous n’êtes plus un enfant et bientôt, vous pourrez vous targuer d’avoir une aussi belle moustache que moi. » J’ai donc grandi sous le regard de mon maître

L’auteur :

Michael Uras est né en 1977. Son père a fui la Sardaigne et sa misère pour s'installer en France. Il est très influencé par ses origines méditerranéennes. Il a grandi en Saône et Loire avant de suivre ses parents en Franche-Comté. Il a débuté des études de Lettres modernes à Besançon, et les a terminées à la Sorbonne. Aujourd'hui, Michael est professeur de lettres modernes près de Montbéliard. Depuis toujours, il est passionné par la littérature et l'art en général. Chercher Proust est son premier roman.

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Prenez un petit garçon lambda, son idole peut être un sportif, un chanteur, bref rien que de normal. Entre gamins, ils peuvent se raconter les exploits de leurs idoles.

Maintenant, prenez un autre gamin. Appelons-le Jacques par exemple. Son idole s’appelle Marcel Proust ! Imaginez la tête des copains de classe lorsqu’il sort cette incongruité car, avouons-le, c’en est une pour les autres. Pensez à la réaction et la peur de sa « pôvre » mère découvrant que ledit Marcel Proust est homosexuel !!! D’aigüe, la proustomania de jacques va devenir chronique.

C’est la vie de Jacques Bartel (presque Barthès) que raconte Michaël Uras. Ce gamin est proustien depuis sont plus jeune âge. J’ai même l’impression que cela va plus loin ; sa vie colle à celle de Proust. Souffreteux, malingre, fragile comme lui ; une mère omniprésente et collante ; il n’aime pas jouer avec les enfants de son âge ; vieux avant l’âge ; A connu les amoures tarifées… Jacques a cherché Proust toute sa vie, mais il était en lui, il était Lui.

 OK, Gravement malade, sa guérison a tenu au miracle d’un de SES livres, miracle qui se renouvelle à chaque fois, Saint Marcel (non pas Saint Marcelin) prenez-moi entre vos saintes mains.

Je n’en reviens pas, je n’imaginais pas Proust capable de faire autant d’effet à un adolescent « je jouis en fixant Marcel ». Une irrésistible envie de rire me prend à la gorge.

Devenu chercheur en proustologie, il cherche (normal pour un chercheur), lit d’autres articles dont « un article sur l’utilisation de la lettre « i » dans l’œuvre de Proust». Alors là, je ne peux m’en empêcher ; je rigole. Monsieur, qui lit aussi, se demande, vu le titre, ce qu’il peut y avoir de marrant à lire un bouquin traitant de Proust.

Mais, est-ce la vraie vie que « de se pencher sur les textes originaux d’un écrivain, on finit par apercevoir ses rognures d’ongles » ? Jacques ne vit qu’au contact de vieux proustiens, fait se sauver ses conquêtes avec sa vie médiocre. J’avais presque envie de lui crier : « Marcel sort de ce corps !! ». M’a-t-il entendu ? Toujours est-il qu’un bon autodafé vous purifie un homme.

Un bouquin (autofiction ?) fort bien écrit ou l’autodérision accompagne la drôlerie. On sent le respect de l’auteur pour Marcel Proust. Un bon premier roman où les personnages secondaires ne déméritent pas. Un livre qui se lit d’une traite avec beaucoup de plaisir.

Merci Ramette pour ce livre-voyageur.

 

J’ai toujours eu un problème avec Proust. Dès le départ, j’ai su qu’il me ferait mal.

Mes premières lectures de La Recherche étaient forcément imparfaites. Je ne comprenais pas tout, et souvent, la syntaxe de mon maître m’ensevelissait.

Combien ont tenté de répondre à cette terrible question : à quoi sert la littérature ? Pour bon nombre d’êtres humains, l littérature sert à combler le vide des étagères de bibliothèque.

Pour les lecteurs, les passionnés, Proust aide à vivre, c’est un plaisir. On le garde donc.

Pour les marchands, Proust est un produit que se vend assez bien. Ses livres sont toujours disponibles, on l’adapte partout dans le monde, pour reprendre un terme anglais, il est bankable. Pour les éditeurs, les maisons de production, Proust est rentable.

Proust apporte donc « quelque chose » à celui qui s’en sert (plaisir ou argent).

« Monsieur, s’il vous plait, je ne tiens pas une bibliothèque, grommela le libraire, achetez les livres ou alors reposez-les, si tous les gens suivaient votre exemple, je fermerais boutique. »

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Publié le 12 Octobre 2014

L’envers du monde

Thomas B. Reverdy

Editions Seuil

Collection Cadre rouge

Août 2010

272 pages

ISBN : 9782021030587

 

4ème de couverture :

New York, août 2003. Une chaleur suffocante.

Ground Zero, le site des attentats du 11 septembre, vidé de ses décombres, n’est qu’un trou large comme un quartier. Ce n’est plus le World Trade Center depuis deux ans, et ce n’est pas encore la Tour de la Liberté, qui n’est qu’un projet d’architectes. Un non-lieu étrange, une absence dans le paysage. « Le plus petit désert du monde ».

Un vendredi à l’aube, on découvre le corps mutilé d’un ouvrier arabe sans identité, jeté là, dans un puits de forage. Les cendres sont prêtes à se ranimer.

Le commandant O’Malley, qui se charge de l’enquête, porte un costume sombre et ne transpire jamais. De Manhattan à Coney Island, il rencontre, interroge témoins et suspects. Candice, par exemple, la serveuse aux cheveux ambrés comme la bière qu’on brasse à Brooklyn. Ou Pete, l’ancien policier qui fait visiter le chantier aux touristes et qui a eu une altercation avec le mort, la semaine passée. Obèse et raciste avec ça, il ferait un bon coupable. Et puis il y a Simon, l’écrivain français de cette histoire, qui s’interroge sur l’impossible deuil de ces bouts d’existences américaines.

Sans jamais lâcher le mouvement de ses personnages, Reverdy y ajoute un luxe descriptif, un sens du détail, un brio et une musicalité qui lui sont personnels. Car, on le sait, « il faudrait une vie pour raconter une vie ».

L'auteur :

Thomas B. Reverdy est né en 1974. Il s’est révélé en 2003 avec La montée des eaux, auquel ont fait suite Le ciel pour mémoire (2005) et Les derniers feux (2008, prix Valéry Larbaud). Par son souffle et ses dimensions, ce grand roman sur la blessure de l’Amérique annonce une ambition nouvelle.

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3 chapitres, 3 personnages.

  • Pete l’ancien policier fracassé par le 11 septembre. Il était sur le site, mais… "Malgré la cellule psychologique et les groupes de paroles, les antidépresseurs et le club de gym de la police, il avait sombré petit à petit". Poussé à la retraite, il fait visiter Ground Zero aux touristes en qualité de victime et d’ancien héros. « Ancien héro, est-que ça existe, ça comme catégorie, est-ce qu’on ne l’est pas une fois pour toutes ? »
  • Candice, une des nombreuses veuves qui court pour essayer de vivre. Elle a suivi la catastrophe à la télé et a vite su que son amour ne reviendrait jamais « Cela faisait deux ans, déjà, que Candice ne s’en remettait pas ».
  • Simon (double de l’auteur ?) écrivain français venu travailler sur la thématique de l’absence et du souvenir. Simon, « étranger dans un monde où plus personne n’était vraiment chez soi »

Au départ, il y a un mort, Muhammad Sala ; un des nombreux travailleurs illégaux sur le site de Ground Zero. « La victime ? Ecoutez commandant, ce type était un musulman, et sûrement un clandestin, pas une victime. Victime, c’est un mot qu’on réserve ici à tous ceux qui sont morts dans les tours. »

L’impression  d’une ronde infernale autour de Ground Zero. Tout ramène à ce site. Les survivants se cognent sur les parois en verre de la reconstruction comme des insectes sur une vitre. O’Malley enquête et s’ajoute à la ronde.

Thomas B. Reverdy, dans ce livre, parle beaucoup de l’absence de corps et du souvenir. Pete résume ceci : « La mort me saute au visage ... Cependant, il n’y a rien à voir –des pierres, des ouvriers, des machines–, rien qu’un trou. Mais c’est cela la mort, n’est-ce pas ? Un vide, une absence qui dure. » New-York est une ville toujours en construction ou en reconstruction, les tours jumelles n’échappent pas à la règle. Il faut remplir le vide et bienvenue à la Freedom Tower. « Pourquoi construit-on un mémorial ? Pour se souvenir, « en mémoire de », c’est-à-dire en hommages aux victimes, et donc d’abord à l’usage de leurs familles. C’est un gros tombeau. Allons plus loin. Cet endroit désigne la mort pour ne pas qu’on l’oublie. » Quelle relation entre l’absence et le souvenir ? absence des corps et le deuil ; absence et la difficulté de se souvenir. Tout le livre tourne autour de ces sujets comme les 3 personnages tournent autour de Ground Zero.

Toujours ces mêmes souvenirs qui reviennent, ces morts que l’on n’a pas pu enterrer. Comment faire pour se recueillir alors que tout concourt à l’oubli. A l’emplacement du trou, se construit un nouvel édifice.

Ce roman noir est rythmé par les voix distinctes des protagonistes. Chacun donne ses mots pour parler et au détour de paragraphes, nous avons un cycliste, allié à la mafia russe, qui se faufile dans les rues, sur les toits comme l’ange de la mort.

J’aime l’écriture de Thomas B. Reverdy, puissante, rythmée, évocatrice que j’avais découverte dans « les évaporés ». Il y a, là aussi, cette possibilité de renaissance. Les personnages sont lucides, blessés, mais il y a quand même cette petite étincelle d’espérance, même si…

Un superbe livre coup de poing

Cela faisait un bruit sourd, régulier très profond, qu’on oubliait vite parce qu’il était omniprésent, les coups de boutoir d’un métronome souterrain, un bruit si fort pourtant si bas que ce n’était qu’une vibration, comme le battement du cœur quand on a les oreilles bouchées dans un effort violent.

A chaque fois, pendant un court instant, je ne saurais pas dire, c’est la mort. La mort me saute au visage comme un diable à ressort quand j’avais cinq ans. Cependant, il n’y a rien à voir –des pierres, des ouvriers, des machines–, rien qu’un trou. Mais c’est cela la mort, n’est-ce pas ? – Un vide, une absence qui dure.

Le vent rend la sueur presque froide comme il file sur Lincoln et, de là, sur Flatbush, uniquement par les rues qui descendent et donnent l’impression de voler, presque totalement silencieux comme une chouette, accompagné seulement du frottement des routes sur l’asphalte.

Les faits mentent, les faits n’ont rien à dire, mais les faits nous aveuglent sans cesse.

On n’a pas vu tout de suite les types qui sautent, piégés dans les étages supérieurs… Environ deux cents ont préférés sauter. Même cela, ça ne veut rien dire. C’est juste un fait, encore un chiffre.

O’Malley connaissait la musique. C’était un gros chantier, mais tout était sous-traité à d’innombrables petites entreprises qui employaient un bon tiers de clandestins. Sans l’immigration sauvage et le travail au noir, la skyline de Manhattan compterait quinze ou vingt étages de moins et la ville serait peut-être en faillite.

Je sais bien qu’il est là… Vous savez où il travaille, et c’est tout. Maintenant, on n’a pas retrouvé son corps, je viens ici et il n’y a que… vous vouez, ce n’est qu’un genre de trou. Je ne peux même pas me dire, c’était donc là.

Est-ce qu’on peut mourir dans des endroits qui n’existent pas ?

A bien des égards, Ground Zero n’existe pas. C’est une fiction. Entre le fantôme du World Trade Center et le rêve où les choses que nous connaissons disparaissent en laissant une place vide qui est de la place pour des mots, pour du sens, une fiction de la Freedom Tower, c’est le lieu de la disparition, il faudrait un mot pour ça, « le-lieu-de-la-disparition », peut-être, « le-lieu-qui-n’est-le-lieu-de-rien.

C’est un envers. L’envers de l’attentat, l’envers du monde, de nos vies. C’est la douleur et le mal, la mort, l’absence, l’endroit

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Publié le 9 Octobre 2014

Cent sept ans

Marie-Aimée Lebreton

Editions Buchet Chastel

Collection Qui Vive

128 pages

Août 2014

ISBN 978-2-283-02818-6

 

4ème de couverture :

De son enfance, Nine ne sait rien d’autre : rien que la rencontre de ses parents en Algérie, leur amour trop bref, et son père fauché par la guerre dont on a déposé le cœur « dans une cabane en bois ». Madame Plume, sa mère, ne parle pas de ce passé, de son pays, de ses souvenirs. Un jour, elle s’est arrachée à la sollicitude de Fatma la douce, elle a fui son village de Kabylie pour emmener sa petite dans une ville du nord de la France, où elles ont vécu toutes les deux en étroit duo. Alors « une autre errance commence, célébrant le désert sous un ciel trop bas ». Nine grandit tout contre sa mère, avec une soif de savoir, de comprendre et de se libérer qui passera par l’apprentissage du piano, du langage, et aussi par un retour en Kabylie, sur la terre des origines.

Ce court récit de l’exil épouse le rythme et la poésie du conte pour nous évoquer la quête identitaire d’une enfant éblouie par son histoire silencieuse.

L'auteur :

Marie-Aimée Lebreton est née en 1962 à Bouïra, en Kabylie. Docteur en philosophie de l’art et diplômée du conservatoire national supérieur de musique de Paris, elle est maître de conférences à l’université de Lorraine et vit à Paris. Elle a publié un premier ouvrage en 2005 aux éditions Pleins Feux : Comment Clémentine, sourde, devint musicienne, préfacé par Sylviane Agacinski.

Cent sept ans est son premier roman.

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Ainsi commence le livre :

« Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. Derrière le vent, en contrebas de la colline, se dressait le minaret du village. A heures régulières, la voix du muezzin annonçait le nom des dernières victimes tombées sous les bombes.

Ce petit extrait donne le ton. Poésie, beauté, noirceur et douleur. On sait.

« C’était le début de l’été. Le père avait vingt ans, il riait parce qu’il était vivant… Il était algérien, Madame Plume était française, de cela ils ne parlaient pas. » L’amour et la guerre, pardon, « les évènements » ne font pas bon ménage. Le père sera exécuté et laissé mort sur le bord d’une route. Madame Plume donnera naissance à Nine qui ne connaîtra jamais son père. Vint le temps de l’exil vers cette France, territoire inconnu, vers le nord froid et noir. Commence le temps des manques. Celui du père, celui du soleil, celui de Fatma, indissociable de la Kabylie, celui de l’isolement pour cette petite mauricaude (à l’époque on ne disait pas beur), celui de l’obéissance à la mère pour ne pas aggraver son chagrin. Les mots ne peuvent sortir pour expliquer la disparition, le corps dans la cabane en bois là-bas à Bouïra.

Puis, après la mort de la mère des suites d’un cancer, Nine repart en Kabylie pour renouer le fil de sa vie, pour repartir sur des bases plus solides.

Il y a opposition entre l’univers masculin de la guerre, de la violence et celui de ces deux femmes qui ont l’air de marcher sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le père.

Nul besoin de grandes phrases, de pages noircies pour nous faire ressentir le mal être de Madame Plume : «elle percevait l’assurance des autres mères comme un lieu dans lequel elle n’avait pas sa place»,

Un livre que m’a posée sur un nuage. Les phrases ciselées comme un bijou kabyle sont emplies de poésie et de beauté. Tout est dit en peu de mots et si bien dit. Un enchantement, un coup de cœur pour moi.

Marie-Aimée Lebreton, n’attendez pas cent sept ans et encore moins les calendes grecques pour nous ravir avec un autre ouvrage. Je vous remercie pour cette belle lecture.

Je remercie vivement Babelio qui par son opération , m’a permis cette très belle découverte. Je n’aurais garde d’oublier . La qualité des livres qu'ils proposent m’a permis de passer de très bons moments en compagnie de leurs auteurs.

Mimi a beaucoup aimé également

Avant d’aller poser son âme sur la branche d’une étoile, il prit sa langue entre ses mains pour chasser l’odeur visqueuse de la mort

Oh ! Ma fille, tu es née à présent et je t’aime. Je dis que mon ventre est triste mais tu es là et je te regarde. Mes yeux sont noirs mais tendre à l’intérieur. Tu es née aux premiers chants de l’aube et je t’appellerai toujours l’enfant de l’aube. Je sais que tu as déjà tes souffrances. Mon enfant, mon amour ! Mais c’est comme ça ! Une vieille loi du monde ! Mes seins tout gorgés d’amour cherchent ta bouche pour téter eux aussi. Mais de lait, je n’ai pas assez. Mon enfant, mon amour. La faim muette laisse des marques tout autour de ma bouche. Les chagrins attroupés dans l’assiette ne suffisent pas à me nourrir.

Le vent du désert accompagnait leurs figures ensablées de sang et de larmes. Leurs yeux vides portaient la marque d’un destin aussi lourd que les cadavres empilés au fond des charniers.

C’était une fin d’après-midi ordinaire. La lumière se diffusait comme du lait. Pourrait-on faire passer toute la beauté du monde dans la simplicité des jours sans histoire ? A quel mystère se raccrocher lorsque les élans du cœur sont ralentis par les mots qui ne veulent pas venir ?

Tu m’uses disait la mère, tu me fatigues. Je ne sais pas comment te donner ce que tu me prends déjà !

Ce que ses larmes voulaient retrouver, c’était le chemin qui mène à ‘enfance. Ramener de l’oubli les lieux qu’elles avaient habités.

Au village, on a dit qu’ils t’avaient jeté sur le bord de la route, comme un chien. Tu es mort trop tôt et de toi je n’ai rien, pas même les mots de la mère.

Nine savait qu’elle n’avait jamais oublié la terre qui l’avait enfantée. Nous sommes ainsi faits, nous cherchons toute notre vie à nous glisser dans le lit du temps pour retrouver le pays natal, fascinés que nous sommes par les femmes qui, au premier matin du monde, nous ont donné la vie

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Publié le 8 Octobre 2014

Il y a peu, je participais au tag "défi positif". Hier, j'ai eu un grand petit bonheur.

Vous pouvez le voir ici

Après, beaucoup de joie contenue, pour ne pas faire de bruit.

J'en ai encore des étoîles dans les yeux !!

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Publié le 6 Octobre 2014

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Toni Morrison

Editions Christian Bourgeois

Traduction Christine Laferrière

Août 2012

155 pages

ISBN : 9782267023831

 

 

4ème de couverture :

Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

« Home est un roman tout en retenue. Magistral. [...] Écrit dans un style percutant, il est d'une simplicité trompeuse. Ce conte au calme terrifiant regroupe tous les thèmes les plus explosifs que Morrison a déjà explorés. Elle n'a jamais fait preuve d'autant de concision. C'est pourtant dans cette concision qu'elle démontre toute l'étendue et la force de son écriture. »
The Washington Post

« Ce petit roman envoûtant est une sorte de pierre de Rosette de l'œuvre de Toni Morrison. Il contient en essence tous les thèmes qui ont toujours alimenté son écriture. [...] Home est empreint d'une petite musique feutrée semblable à celle d'un quatuor, l'accord parfait entre pur naturalisme et fable. [...] Mme Morrison adopte un style tranchant qui lui permet de mettre en mots la vie quotidienne de ses personnages avec une précision poétique. »
The New York Times

 

Quelques mots sur l’auteur (source Wikipedia):

Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford) est née le 18 février 1931 à Lorain en Ohio. Romancière, professeur de littérature et éditrice américaine, elle est lauréate du Prix Pulitzer en 1988, et du prix Nobel de littérature en 1993. Elle est la huitième femme et le seul auteur afro-américain à avoir reçu cette distinction.

C’est le roman Beloved, dont l'édition française remonte à 1989, qui a fait connaître Toni Morrison en France. Mais sa notoriété américaine était venue dix ans plus tôt, coup sur coup, en l'espace de deux romans : Sula (1973) et Song of Solomon (1977).

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En italique, les premières pages semblent sortir d’un cauchemar ; un être humain est enterré comme une bête dans un trou creusé dans un champ à la tombée du jour «Sans jamais lever la tête, juste en regardant à travers l'herbe, on les a vus tirer un corps d'une brouette et le balancer dans une fosse qui attendait déjà. Un pied dépassait du bord et tremblait, comme s'il pouvait sortir, comme si, en faisant un petit effort, il pouvait surgir de la terre qui se déversait.». Pourquoi ces pages ? Est-ce pour corroborer la mise en asile psychiatrique de Franck victime d’hallucinations ? Il me faudra attendre la fin du live que je saurai. Ces premières pages me feront appréhender d’une façon un peu différente le livre de Toni Morrison.

Balade et ballade américaines dans les années 1950. Balade qui n’a rien de romantique. Les nègres ont été « considérés » tant qu’ils servaient de chair à canons aux avant-postes. Ils sont peu nombreux à rentrer au pays, à avoir sauvé leur peau. Franck porte en lui ce sentiment de culpabilité qui fait qu’il n’ose retourner dans son village ; ses deux meilleurs potes sont restés en Corée, morts pour la patrie. Que lui réserve-t-on ? Une chambre en hôpital psychiatrique, assommé par les neuroleptiques. Quand il reçoit ce message, « Venez vite. Elle mourra si vous tardez » il décide de se sauver. Il tambourinera à la porte du presbytère de l’église épiscopale méthodiste africaine de Sion. A partir de ce moment, une chaîne humaine se met en branle qui lui permettra d’arriver jusqu’à sa petite sœur Cee. Les démons, les cauchemars sont là qui le hantent, annihilés par les bouteilles de whisky. Il trouvera la force d’aller au secours de sa sœur et trouver sa rédemption.

Nous découvrons la vie dure d’esclave des parents de Franck et Cee qui font qu’ils ne peuvent ou ne savent donner l’amour tant ils sont crevés. La grand-marâtre et sa haine les élève. Pauvre gamins, ils ont connu la haine bien jeune. Heureusement les deux enfants sont soudés et se soutiennent mutuellement.

Il y a des moments très durs dans ce livre « Mais avant cela, avant la mort de ses gars, il avait été témoin de l’autre. Celle de l’enfant venue fouiller dans les ordures, agrippant une orange, qui avait souri, puis dit « miam-miam » avant que le soldat ne lui fasse sauter la cervelle ». Plus tard, Franck nous éclairera et c’est encore plus douloureux.

Pas beaucoup de bonheur à quoi se raccrocher. Il y a les femmes, Franck en parle avec tant de douceur «... je n’ai eu que deux régulières. J’aimais bien la petite chose fragile à l’intérieur de chacune d’elles. » Ou « Elle avait quelque chose qui m’a stupéfait, qui m’a donné envie d’être assez bien pour elle »

La trame est simple, mais la vie des noirs dans les années 50-60 ne l’était pas. Ce bouquin est d’une grand densité, pas de remplissage inutile, elle va droit au but. Pas de grandes descriptions, et pourtant tout est dit. La restitution du sud des USA de cette époque est là devant nos yeux. Les humiliations, la peur, la haine raciale, oui, tout est là.

C’est le premier Toni Morrison que je lis, grâce aux avis de mes copinautes. C’est un vrai coup de cœur. Je pense que je vais remonter le courant de ses livres et découvrir ces ouvrages précédents.

 

« Cette maison est étrange.
Ses ombres mentent.
Dites, expliquez-moi pourquoi sa serrure
correspond-elle à ma clé ? »

Sans jamais lever la tête, juste en regardant à travers l’herbe, on les a vus tirer un corps d’une brouette et le balancer dans la fosse qui attendait déjà. Un pied dépassait du bord et tremblait, comme s’il pouvait sortir, comme si, en faisant un petit effort, il pouvait surgir de la terre que se déversait

Honnêtement, à part celles que j’ai réussi à me faire à Lotus et quelques filles des rues dans le Kentucky, je n’ai eu que deux régulières. J’ aimais bien la petite chose fragile à l’intérieur de chacune d’elles. Quelles qu’aient été leur personnalité, leur intelligence ou leur allure, chacune avait en elle quelque chose de moelleux. Comme un bréchet, cet os formé et choisi pour qu’on fasse un vœu.

Aucun des biens transmis par le présent acte ne devra jamais être utilisé ni occupé par aucun Israélite ni aucun individu de race éthiopienne, malaise ni asiatique, à l’unique exception des employés de maison.

Le malheur ne s’annonce pas. C’est pour ça qu’il faut que tu restes éveillée, sinon il franchit ta porte, c’est tout.

Désignée très tôt par Lenore –la seule dont l’opinion importait à ses parents– comme « enfant du ruisseau » rebutant et à peine tolérée, Cee avait consenti à cette étiquette et se croyait sans valeur, exactement comme l’avait Mlle Ethel. Ida ne disait jamais : « Tu es mon enfant. Je suis folle de toi. Tu n’es pas née dans le ruisseau. Ru es née dans mes bras. Viens ici que je te fasse un câlin ». A défaut de sa mère, quelqu’un, quelque part, aurait dû dire ces mots et les penser.

Je suis resté un long moment à contempler cet arbre.
Il avait l’air tellement fort
Tellement beau.
Blessé pile en son milieu
Mais vivant et bien portant.
Cee m’a touché l’épaule
Légèrement.
Franck ?
Oui ?
Viens, mon frère. On rentre à la maison

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Publié le 5 Octobre 2014

Pour ma petite Comète !

Tag "défi positif" : Jour 3

 

Mes petits bonheurs de ce dimanche pluvieux

1 - Choisir des petits présents pour Maxime et Manon.

2 - Choisir une belle présentation florale pour Valérie

3 - Un bon repas chez eux, vraiment un bon repas et une belle journée passée entre potes avec enfants et jouer le rôle des grands-parents et entendre Maxime dire " j'veux pas que vous "partez".  Lorsqu'Aurélien était en vacances chez nous, j'ai invité Maxime pour qu'ils s'amusent ensemble. Comme mon petit-fils m'appelle mémé, Maxime, a fait de même. Pas facile pour un gamin de 4 ans de m'appeler autrement alors qu'Aurélien me donne du mémé à tour de bras !

Reprends le tag qui veut. Sachez que c'est une bonne thérapie que le soir avant de dormir, de se remémorer les petits bonheurs de la journée

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Publié le 4 Octobre 2014

Mousseline et ses doubles

Lionel-Edouard Martin

Editions du Sonneur

Septembre 2014

312 pages

ISBN : 9782916136769

 

4ème de couverture :

Lors d’un séjour à Paris, Mousseline s’émancipe de la tutelle paternelle et rencontre Joseph. Avec lui, elle décou­vre la ville, la littérature et l’amour. Leur passion, aussi imprévisible que totale, est tragiquement interrompue. Elle décide dès lors de s’installer dans la capitale et y ouvre une agence matrimoniale. En charge de l’éducation de son neveu Michel, elle reporte son affection sur l’enfant, avec le désir inconscient de lui voir endosser la personnalité de Joseph. Michel devra alors parvenir à s’imposer pour devenir pleinement lui même — un écrivain.
À sa manière sensible, poétique, imagée, Mousseline et ses doubles est une saga française et familiale, qui débute à la fin du dix-neuvième siècle en province et s’achève de nos jours à Paris. C’est un voyage à travers la France, sa géographie, son histoire (la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Al­gérie…). On y retrouve l’intérêt de Lionel-Édouard Martin pour les années 1950 et 1960, dans lesquelles bien des lec­teurs pourront trouver un écho à leur propre héri­tage.

L’auteur :

Né en 1956, Lionel-Édouard Martin est à ce jour l’auteur de plus d’une vingtaine de textes, partagés entre poésie et narration — dont Anaïs ou les Gravières, publié aux Éditions du Sonneur en 2012. Son œuvre narrative, très singulière, est caractérisée par une écriture alliant une grande variété de tons, de la narration sèche à la poésie en passant par l’ironie subtile et la mélancolie.

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L’opération organisée par Libfly et les éditeurs indépendants m’a encore gâtée. Je remercie les , dont j’apprécie la politique de qualité, pour cette jolie découverte.

Mousseline, c’est le fil rouge. Nous la suivons dans sa découverte de Paris et de sa passion amoureuse foudroyante et brève. Mousseline n’est pas du genre à s’épancher, ce n’est pas le genre de la famille. Elle fonce dans l’action. D’ailleurs, cela lui réussit parfaitement question carrière, mais les douleurs et les peines sont là. Nous traversons une grande partie du 20ème siècle. La 4ème de couverture résume bien la trame du roman. C’est vrai j’ai retrouvé des odeurs, des images, des sons de mon enfance. Lionel-Édouard Martin n’est pas avare de descriptions.

Michel, le neveu de Marielle, écrivain un tantinet dilettante et misanthrope, tient la plume et fait parler Mousseline. Sur le mode narratif, il dialogue avec sa tante : tu as fait ceci, tu as dit cela « Donc, tu avais dormi sur le canapé, dans le silence nocturne de la grande ville qui sans cesse t’avait réveillée, si différent du nôtre ». Cette façon d’écrire n’est pas ennuyeuse du tout sous la plume de l’auteur. Il accepte enfin de lui donner la parole, nous passons du mode indirect au mode direct. Nous pourrons même assister à des joutes verbales entre la tante et le neveu.

Les titres de chapitre sont explicites. Ainsi, du premier « L’inventaire est terminé » où nous apprenons tout de l’histoire de la famille du Joseph, le charbonnier et père de Mousseline. L’inventaire est terminé, alors passons à la suite. Chaque titre sert de conclusion au chapitre qu’il débute.

Il y a une sorte de joute entre les tenants du modernisme et ceux du conservatisme qui se lie aussi dans les dialogues. Je m’explique. Mousselin, soldat de métier, découvre l’Algérie et voudrait faire souche au … Maroc, pour lui terre d’avenir. Il parle le « parigot » de l’époque « On dirait que tu deviens gaga, frangine. Ça doit tenir de l’air de Pantruche. « Ville lumière », tu parles : Elle vous noircit, vous encrasse le ciboulot. Lumière mettons, mais de lampe à pétrole ». Mousseline préfère s’en tenir à ce qu’elle connait et rejette ce besoin d’ailleurs. Sa profession de marieuse, pardon elle tient une agence matrimoniale, la relie au passé (les marieuses étaient monnaie courante) mais également au futur. Pour elle un langage classique avec quelques mots fleurant bon son Poitou. « À ses yeux, Paris brillait d’un soleil continu, desséchant quelque fût l’heure, jour, nuit ; tout étincelait comme une bassine à confiture, et la gourmandise y avait cuit à petit feu toute la journée, le soir, on la suspendait, cuivrée, à son clou… » Les jumeaux représentent ces années 50-60, lien entre un passé rural, les pieds dans la terre et un futur urbain, et voyageur.

Ce qui m’a plus dans ce livre, c’est encore la plume de Lionel-Edouard Martin que j’avais découverte avec « Nativité cinquante et quelques » qui se déroulait également dans ces années. « Mousseline et ses doubles » est plus ancré dans la réalité, mais la poésie est toujours aussi présente.

Les « héros » de Lionel-Edouard Martin ne sont pas causants, c’est le moins que l’on puisse dire, dur au travail qui permet de cacher les peines. Ils sont très attachants, humains, vrais, aimables. Marielle aura eu plusieurs « vies ». Malgré tous ces chagrins, elle fait face et garde toujours au fond d’elle-même cette petite flamme qui lui permet d’avancer  et prendre sa petite part de bonheur

Son écriture ? Un mélange de classicisme et de modernité, et oui, pareil à ses personnages ! avec beaucoup de gourmandises dans les mots. Très évocatrice, sensible et poétique, elle suggère les odeurs, les images, comme ces cinéastes qui, pour évoquer une scène d’amour, vont nous montrer un arbre, le soleil ou que sais-je. Tout est dans l’évocation. Mais il sait aussi être le peintre impressionniste qui donne à voir la vie rurale et parisienne de cette époque.

Je m’étais régalée avec « Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire » du même éditeur et noté d’autres ouvrages sur leur site pour une future lecture. Une maison d’édition indépendante qui joue la qualité des auteurs et des ouvrages.

Comme dans ces natures mortes où Chardin montre –exhibe– un lièvre tué, une raie, des huîtres ouvertes auxquelles donne un coup de patte friand la minette couleur écaille de tortue près de la cruche, du plateau, du canif, de la miche de pain. Elle me plait, cette manière de rassembler la vie, la mort dans un espace aussi limité.

Comme on dit par chez nous, c’est point écartable ! On n’a jamais vu personne se perdre dans Paris ! Sans compter qu’on ne va pas te manger : y a trop partout de bouftance pour que les gens s’entre-dévorent.

Fais-moi juste confiance : je ne te trahirai pas sur le fond. Mais la forme demande parfois des fantaisies de compositeur.

C’était même bien facile de circuler dans ces galeries souterraines avec les autres courtilières et les mulots (en parlant du métro)

Ainsi va la mort, et les morts poussent les morts envieux de leur place.

Ici, l’automne, passée la Saint-Martin, ce sont des pluies interminables et continuelles, où les herbages reverdissent malgré la clarté faible, embrumée de stratocumulus dont le pis touche la terre comme celui des vaches au retour des pâtures, et dépose des impressions laiteuses aux branches des arbres hauts, ponctuées encore de feuilles mortes, et noires, et gluantes, où s’exprime cette pourriture dont s’empreint le pays jusqu’en mars.

Il était lourd, dans le fossé, à trois cents mètres du véhicule. Lourd de toute sa densité d’homme mort.
Et toi marmoréenne.

« Ni crier, ni pleurer, le ventre dur.
« Agenouillée près de lui.
« Il était sur le dos, je lui embrassais le visage, l’appelais « Mon petit », éclatant de rire, puis sombrant.
« C’était rien, c’était rien.
« J’ai tenté de le prendre dans mes bras, de le bercer.
« Mais il était trop lourd dans son fossé. Trop lourd de tout son poids d’enfant.

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