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ZAZY - mon blogue de lecture

Jean-Baptiste Andrea - Ma reine

25 Septembre 2017, 16:48pm

Publié par zazy

Ma reine

Jean-Baptiste Andrea

Editions l’Iconoclaste

Août 2017 

240 pages

ISBN : 9791095438403

 

4ème de couverture :

Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.

Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu
 et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman.

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« A force de m’entendre répéter que je n’étais qu’un enfant, et que c’était très bien comme ça, l’inévitable est arrivé. J’ai voulu leur prouver que j’tais un homme. Et les hommes ça fait la guerre, je le voyais tous le temps à la télé, un vieil appareil bombé devant lequel mes parents mangeaient quand la station était fermée. »

Nous sommes en 1965. Celui qui parle, c’est Shell, 12 ans, ainsi surnommé à l’école parce que ses parents tiennent une station-service peu fréquentée. L’école, d’ailleurs, il n’y va plus car il n’est pas tout-à-fait comme les autres. C’est le toubib qui l’a dit à ses parents, sa tête ne grandira plus.

Il surprend  une conversation au téléphone entre sa mère et sa grande sœur et comprend qu’il va être placé dans un centre pour des enfants comme lui. Il décide de partir à la guerre, lui qui n’est jamais sorti de sa station. Alors, il grimpe jusqu’au plateau en pleine nuit et s’y endort. A son réveil, une belle apparition le regarde. Elle s’appelle Viviane, c’est elle qui l’a dit, comme la fée. Commence un jeu à l’instigation de Viviane. Il devra la servir, lui obéir et l’appeler Ma Reine. Son royaume ? Le haut plateau et la cabane effondrée où s’est réfugié le gamin.

Shell, pas contrariant, accepte le jeu et débute ainsi une amitié un peu spéciale fondée sur le pouvoir de Viviane sur le gamin et cela ira loin. Un beau jour,  elle disparait après pris soin de lui laisser un sac à dos bourré de nourriture et une lettre. Le hic, c’est que Shell ne sait pas lire. Il se sent vraiment abandonné, tombe malade et, un jour, se réveille dans un lit inconnu. Non, il n’est pas à l’hôpital mais chez Matti, vieil homme solitaire, gardien de troupeau Il  apprendra le métier de berger. Pour une fois on lui fait confiance, on ne le considère pas comme l’idiot du village, mais comme un humain. J’ai aimé ce passage où le vieux berger transmet quelque chose au gamin

N’allez pas croire que Shell est un gamin malheureux, non. Ses parents l’aiment, il est heureux de faire quelques bricoles, est heureux de l’air du temps. Pourquoi est-ce que tout devrait changer ?  Dans sa petite tête, il veut leur montrer qu’il peut être comme les autres et quelque part, il se le prouve à lui-même.

Ce livre est une ode à la nature, aux paysages de la Haute-Provence qui baignent et entourent Shell. Les descriptions et les sensations qu’ils s’en dégagent font que je m’y suis sentie bien.

Un roman lu d’une seule traite, une charmante parenthèse que j’ai pris plaisir à lire. Pourtant il m’a manqué un petit quelque chose, peut-être plus de coffre.

Lu dans le cadre des 68 premières fois

 

 

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Miguel Bonnefoy - Sucre noir

22 Septembre 2017, 18:07pm

Publié par zazy

Sucre noir

Miguel Bonnefoy

Editions Rivages

200 pages 

Août 2017 

ISBN : 9782743640576

 

4ème de couverture :

Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. À la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

 Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, et qu’elle distille alors à profusion le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Mais, sur cette terre sauvage, la fatalité aux couleurs tropicales se plaît à détourner les ambitions et les désirs qui les consument.  

Dans ce roman aux allures de conte philosophique, Miguel Bonnefoy réinvente la légende de l’un des plus célèbres corsaires pour nous raconter le destin d'hommes et de femmes guidés par la quête de l'amour et contrariés par les caprices de la fortune. Il nous livre aussi, dans une prose  somptueuse inspirée du réalisme magique des écrivains sud-américains, le tableau émouvant et enchanteur d'un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices.  

 Finaliste du Goncourt du Premier Roman et lauréat de nombreuses distinctions (dont le prix de la Vocation, le prix des cinq continents de la francophonie « mention spéciale »), Miguel Bonnefoy est l'auteur du très remarqué Voyage d’Octavio (Rivages, 2015), qui a été traduit dans plusieurs langues.

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Avouez que, pour un capitaine de flibusterie, s’échouer « sur la cime des arbres au milieu de la forêt » a de quoi interloquer et prêter à rire. De rire, les naufragés n’en ont pas envie et ils périssent tous, mutinerie, maladie, accident…. Henry Morgan aurait laissé, comme tout bon corsaire, un trésor qui, enrichi par toutes les histories fait des envieux et donne des ailes aux chercheurs. Les histoires de trésors, de flibustiers ont toujours fait rêver les aventuriers et Severo Bracamonte n’échappe pas à la règle. Invité puis recueilli par la famille Otero. Il est subjugué par la fille, Serena, qui lui fait découvrir que les trésors peuvent être là où on ne les attend pas et n’être pas monnayables. Ils se marieront et agrandit la  rhumerie. Une saga familiale, sorte de conte où les différents chercheurs de trésors, un par génération se heurtent toujours à Serena ou Eva Fuego, sa fille adoptive. Et que dire de cette vieille femme, veuve qui, chaque, tel un refrain dans une chanson, vient avec un seau vide dans la chambre fermée et en ressort avec le seau plein de larmes.

Ce roman est un conte quelque fois cruel, où les personnages peuvent être outrés, une métaphore sur le Venezuela qui a tout arrêté pour ne vivre que des mannes du pétrole et dont comme pour la ferme des Otero  il ne reste que des cendres.

L’écriture de Miguel Bonnefoy me transporte, m’enveloppe dans sa verve, je me coule dans son univers à la fois réaliste et onirique. Le titre est une métaphore illustrant la fable : le sucre (rhum) et le noir (pétrole).

Un conte philosophique (selon la 4ème de couverture), une fable, un livre d’aventure… De quoi passer un très agréable moment de lecture avec une morale très simple : l’argent ne fait pas le bonheur.

J'ai préféré son précédent et premier roman, Le voyage d'Octavio. Pas facile d'écrire un second roman après une telle perle. Ceci dit, j'attends le prochain roman car j'aime l'écriture de Miguel Bonnefoy

 

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Thomas Fecchio - Je suis innocent

18 Septembre 2017, 19:59pm

Publié par zazy

 

Je suis innocent

Thomas Fecchio

Editions Ravet-Anceau

2017
304 pages

ISBN : 9782359736007
 

 

 

4ème de couverture :

Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Dans un état de semi-conscience, le quinquagénaire a le temps d’apercevoir leurs brassards siglés « police ». Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans passés derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viols à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons, a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort. Pour la Justice, pour les médias et pour les politiques, le récidiviste devient le suspect idéal. Pourtant, Germain doute de la culpabilité de l’interpellé qui ne cesse de répéter « Je suis innocent ». Mais l’engrenage est enclenché. À ce stade, Boyer n’a plus qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Né à la fin des années 1970 à Château-Thierry, Thomas Fecchio débute des études de sciences puis bifurque vers le cinéma. Il intègre la Femis où il produit plusieurs courts métrages.

Passionné par la littérature policière et les séries (The Wire, Engrenages…), il décide de se consacrer à l’écriture de scénarios et collabore à plusieurs projets développés par Florian Môle. Il écrit également avec Kostia Testut la série policière « La nuit n’attend pas » où il revient sur la première grande affaire de serial killer qu’ait connu la France : celle du Tueur de l’Ombre, assassin de femmes qui fit trembler la banlieue nord pendant les années 1970.

Désormais associé dans une société de production de documentaires, il collabore à l’écriture de plusieurs projets actuellement en cours.

Je suis innocent est son premier roman.

 

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Boyer, sorti de tôle depuis peu, est arrêté manu militari par une escouade dirigée par le Commandant Germain. Il faut dire que ce Boyer est criminel sexuel et qu’un crime sexuel a été commis dans le petit bois près de chez lui. La jeune femme a été violée, battue à mort, étranglée puis enterrée. La police a vite fait le lien, d’autant que la scène de crime ressemble à celle de son premier forfait.

Le commandant Germain est chargé du premier interrogatoire ; il entend Boyer crier son innocence et il doute, il doute. Boyer, malgré la pression des media, des autorités est relâché faute de preuve (pas de trace d’ADN, ni sur la victime, ni dans la voiture).

Le présumé coupable, avec son pedigree comprend très vite qu’il doit débusquer lui-même l’assassin de Marianne Locart, la police (sauf Germain) et la justice ont trouvé LEUR meurtrier et ne veulent aller plus loin.

Germain, jeune commandant, sans expérience, si peu sûr de lui avec ses tics : recoiffer ses cheveux châtains, rajuster sa chemise et resserer son nœud de cravate n’est pas un cow-boy comme les autres, non il réfléchit beaucoup, admet se tromper. Ses discussion avec le commissaire Lombard, son mentor, lui permettent d’avancer. Ses collègues l’on surnommé « Chérubin », c’est vous dire l’ambiance au sein de l’équipe. Allez donc vous faire entendre et respecter avec ce joli surnom.

Chevron, lieutenant de son état, ça c’est du vrai, du muscle, du viril « C’était le genre de policier à qui on se fiait pour couvrir ses arrières,  qui prenait le bélier au moment de défoncer une porte… L’exact opposé de Germain avec son physique fluet ». Martinetti, vrai nom de chevron, n’apprécie pas Germain et ne manque pas de le lui faire savoir, tout comme les deux officiers de police judiciaire sous ses ordres. C’est à lui qu’aurait dû revenir le poste et non à de « Chérubin »

Personne à qui se raccrocher, pas de héros au grand cœur, personne n’est blanc ou noir, chacun a ses noirceurs. « Je m’appelle Jean Boyer, je suis âgé de 58 ans, j’ai passé l’essentiel de ma vie derrière les barreaux pour des délits à caractère sexuel. Je ne voulais faire de mal à personne. Je n’ai pas eu de chance. », même la victime  n’est pas ce que l’on croit.

Thomas Fecchio ne prend pas parti. Il alterne les points de vue des protagonistes, passe de Germain à Boyer. Il expose les fait, les sentiments, les pulsions des personnages  sans cacher leurs forces, leurs faiblesses, leurs noirceurs. Il me promène et, petit-à-petit, détruit les indices posés quelques pages avant. Les sentiments, les idées que je me suis faites oscillent comme le fléau d’une balance Roberval (ça les moins de vingt ans ne peuvent connaître !). Ce n’est pas du polar testostérone, ni un thriller sanguinolent, l’auteur joue avec la psychologie des personnages, nous donne envie de croire en un espoir de rédemption, un espoir que tout n’est pas écrit, et puis...

Quelques redites qui, pour moi renforcent les tics et caractères des personnages dont Germain, peut-être pour ancrer le personnage dans de futures aventures.  Certaines scènes sont un peu outrées, mais punaise quel premier polar !! Thomas Fecchio va prendre de l’épaisseur, de la bouteille (d’encre pas d’alcool !) et ses livres n’en seront que meilleur.

Merci Thomas Fecchio de me l’avoir proposé.

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Marie-Hélène Lafon - Nos vies

17 Septembre 2017, 21:04pm

Publié par zazy

Nos vies

Marie-Hélène Lafon

Editions Buchet-Chastel

août2017

ISBN 9782283030493

 

4ème de couverture :

« J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente. J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

 

Le Franprix de la rue du Rendez-vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin... Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

 

Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.

 

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Elle s’appelle Gordana, est caissière (caisse n°4) au Franprix du n°93 de la rue du Rendez-vous dans le 12ème arrondissement de Paris. La narratrice la décrit avec force de mots, de
superlatifs, lui invente une vie. Un homme, Horacio Fortunato (je saurai son nom plus tard), chaque vendredi à la même heure, passe toujours par la caisse de Gordana. Jeanne lui invente aussi une vie et, comme les enfants, emploie le futur du conditionnel, il serait, il aurait… Son assiduité l’autorise à ébaucherune histoire d’amour entre eux, histoire d’amour qui n’aura pas lieu.

Cette femme qui raconte à la première personne, s’appelle Jeanne Santoire. Elle remonte aussi sa vie, parle de sa grand-mère aveugle, de la vieillesse de ses parents, des liens qui les relient. Il y eut Karim, l’homme de sa vie, un Algérien, que le père qui avait fait la guerre d’Algérie n’a jamais voulu rencontrer. Une vie de couple entrecoupée de silence. Il ne sait rien de sa vie antérieure pas plus qu’elle ne connait la sienne. Un jour, il part pour l’Algérie et ne reviendra jamais à Paris, sans plus d’explication. Plus tard, elle apprend qu’il vit à Marseille, marié, avec un enfant.

Cette fois, le roman se passe à Paris, même si il y a des incursions mémorielles en province. Marie-Hélène Lafon a quitté sa Creuse natale pour remonter vers le nord, en suivant, peu ou prou, la Nationale 7. Souvigny, Saint-Hilaire, Moulins, Nevers… Comme elle remonte le fil de ses souvenirs.

Toutes ces histoires inventées sont faites à partir de solitude, pour en combler le vide qu’elle ressent. Ses souvenirs jouent à saute-moutons avec les vies qu’elle invente.

Les phrases sont longues, ponctuées, comme elle les aime, de virgules et points virgules (plus guère utilisé). L’écriture est riche, inventive. Avec Marie-Hélène Lafon, je prends un bain de mots que les voyelles font mousser, les ponctuations me soutiennent dans ma lévitation au
pays de ses rêves.

J’ai gardé ce livre pour la fin, pour le déguster comme un dessert et je me lèche les doigts de ses expressions qui fleurent bon l’Auvergne. « Il s’était enroutiné à Saint-Hilaire ». « Il faisait besoin à sa mère». « En me regardant aux yeux », « Faire maison ». Une madeleine gourmande et goûtue.

Faire partie des Explolecteurs fut un grand plaisir pour moi. Je ne serais jamais allée du côté  de "C'est le cœur qui lâche en dernier". Grâce à "Une fille dans la jungle", je peux mettre
beaucoup d'humanité sur des faits divers. Je fus un peu déçue par "Le Cœur battant de nos mères" qui promettait plus que ce que j'en ai ressenti. Quant à "Nos vies » !!!!

Une pépite que je dois à l'opération Explolecteurs organisée par Lecteurs.com

 

 

 

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Delphine Coulin - Une fille dans la jungle

17 Septembre 2017, 19:49pm

Publié par zazy

 

Une fille dans la jungle

Delphine Coulin

Editions Grasset

Août /2017

240 Pages :

ISBN : 9782246814344

 

4ème de couverture :

«  Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.

Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.  »

L’auteur (site de l’éditeur) :

Delphine Coulin est écrivain et cinéaste. Ses cinq livres : Les Traces (2004), Une seconde de plus (2006), Les Mille-Vies (2008), Samba pour la France (2011), et Voir du pays (2013), ont tous eu un succès critique et public, et sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a aussi coréalisé avec sa sœur, Muriel Coulin, six courts-métrages et deux longs-métrages : 17 Filles, sélectionné au Festival de Cannes 2011 à la Semaine de la Critique, sorti en salles dans une vingtaine de pays, et Voir du pays, sélectionné au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard, où elle a obtenu le prix du meilleur scénario.

 

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« Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait par un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Rien n’avait de couleur. C’était gris. Ça puait la fumée et les ordures. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. »

 

Ils sont six, si jeunes gens, encore des enfants à assister au démantèlement, à la déforestation de la jungle de Calais, de l’intérieur.

Ils sont six dont deux filles qui ont quitté l’enfer de leurs pays ou pour éviter le pire.

Ils sont six à rêver d’Angleterre.

Ils sont six à se serrer les coudes, à avoir refusé de monter dans un car pour aller… trop loin de l’Angleterre.

Ils étaient six : deux gars, deux petits, deux filles. Une troupe en guenille qui marchait presque en rythme. »

Ce sont encore des enfants, mais ils ont affronté le pire.

Hawa vient d’Ethiopie où elle a connu une enfance heureuse, la préférée de son père « qui était fier d’avoir une fille aussi intelligente et courageuse qu’un garçon ». Une fois le père mort, la mère s’empresse de la marier avec un vieux. Hawa veut être libre, alors, elle part de chez elle.

« Elle avait treize ans et personne n’aurait pu lui reprocher de ne pas imaginer tout ce qui allait suivre ».

A treize ans, elle est vendue plusieurs fois avec tout ce qui va avec.

« C’était juste avant d’arriver en Europe, où tout irait bien ».

Elira vient d’Albanie « Elle avait presque quinze ans, la vie devant elle ». Violée par son père au vu et aux su de tous, elle s’enfuit et se retrouve prisonnière d’une maquerelle, obligée de faire la pute au noir puis dans un bordel.

Hawa, Elira, Milad et son frère Jawad (neuf ans), Ali, Ibrahim ne veulent pas la quitter « leur » jungle, ne veulent pas être séparés. Ils se tiennent chaud ensemble. En attendant, ils survivent dans un trou à rats, ou un autre, mangent à même la boîte de conserves lorsqu’ils en dénichent une en fouillant les reste de la jungle dévastée.

Pourtant, ils ne se savent pas en sécurité, traqués, comme des bêtes, par les policiers, les hommes en noir, les trafiquants en tout genre, surtout genre humain. La nuit, les deux filles se mettent des couches pour ne pas aller aux toilettes.

Ils voudraient tant partir de la jungle pour arriver en Angleterre, leur Eldorado, même s’ils sentent confusément que ce ne sera pas un havre de paix et de prospérité. C’est tout ce qui leur reste, cet espoir si minime soit-il.

Ils vont de désillusions en désillusions, de catastrophes en catastrophes et ils restent debout.  Malgré la boue, les immondices où ils doivent se cacher, ces gosses restent humains, terriblement humains malgré tous les pièges et arnaques qui visent à leur ôter leur humanité, à les anéantir. Pourtant, la ville et ses lumières ne sont pas loin d’eux. « Chaque lueur qui vacillait au loin était une fête possible, une maison où d’autres enfants dormaient. »

Bénévole à la CIMADE, Delphine Coulin a écrit ce court roman à charge où la désillusion, la colère, la déception, la peur, la solitude, le froid, la colère  habitent ces six jeunes gens qui ont eu la « mauvaise idée » de vouloir fuir la mort dans leurs pays, d’avoir eu l’espoir en un autre lieu meilleur.

Une fille dans la jungle, un livre écrit à hauteur des enfants, les pieds dans la fange avec des mots qui frappent et sonnent juste. Elle rend leur humanité à Ali, Elira, Hawa, Ibrahim, Milad et le petit Jawad.

Une lecture marquante qui ne s’oublie pas. Découverte Explolecteurs  Lecteurs.com

 

 

 

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Brit Bennett - Le coeur battant de nos mères

15 Septembre 2017, 20:45pm

Publié par zazy

 

Le cœur battant de nos mères

Brit Bennet

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch

Editions autrement

Août 2017

ISBN : 9782746745742

 

4ème de couverture :

« Tous les grands secrets ont un goût particulier. » Nadia a 17 ans et la vie devant elle. Mais quand elle perd sa mère et avorte en cachette, tout change. Elle choisit alors de quitter la communauté noire et religieuse qui l'a vue grandir. Boursière dans une grande université, Nadia fréquente l'élite. Elle a laissé derrière elle Luke, son ancien amant aux rêves brisés, et Aubrey, sa meilleure amie.
Durant une décennie marquée des affres de la vie, les trajectoires des trois jeunes gens vont se croiser puis diverger, tendues à l'extrême par le poids du secret. Dans la lignée d'Elena Ferrante et de Chimamanda Ngozi Adichie, Brit Bennett donne voix à des héros en quête d'accomplissement et nous offre un roman lumineux, inoubliable.

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Brit Bennett a 27 ans. Elle est diplômée de littérature à Stanford. Le Cœur battant de nos mères, son premier roman a été la révélation de 2016,  classé  dans  les  meilleures  ventes  du 

New  York  Times  et  du  LA Times. Finaliste de nombreux prix littéraires, Brit Bennett fait partie des 5  meilleurs  jeunes  auteurs  américains  du  prestigieux  National  Book Award.

Le cœur battant de nos mères a été acheté par la Warner pour une adaptation cinématographique.

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Vie ordinaire dans la Communauté noir de l’Eglise du Cénacle dont le pasteur Sheppard est le fondateur. Celles que l’on appelle « les mères » y sont omniprésentes sous la direction de Madame Sheppard. Le père de Nadia en est un adepte fervent depuis le décès de sa femme qui s’est suicidée en se tirant une balle dans la tête. Nadia, elle, erre depuis que sa mère lui a lâché la main.

Son idylle avec Luke, le fils du pasteur Sheppard, porte ses fruits et, à la veille d’entrer dans une grande université, elle se retrouve enceinte. Pas question pour elle de réitérer le schéma maternel. Elle prévient Luke de son état et l’informe qu’elle ne garde pas l’enfant et se fait avorter dans la ville voisine. Luke pourvoit aux frais financiers mais, lâchement, l’abandonne. C’est vrai qu’ils sont jeunes et qu’elle n’a que dix-sept ans. Le racisme ordinaire, Nadia va le connaître en université, mais le sujet n’est qu’effleuré… Ce n’était pas le thème principal du livre.

 La vie continue, chacun mène son chemin droit ou tortueux. Nadia poursuit brillamment ses études, Luke végète et se cherche. Comme il n’y a que les droites parallèles qui ne se rencontrent pas, ils se retrouvent au mariage de Luke avec Aubrey, sa meilleure amie.

L’absence d’adieu ou d’au revoir émaille ce livre. Nadia n’a pas pu dire adieu à sa mère et ignorera toujours les raisons de son suicide. Elle n’a pas su retrouver son père, ni lui dire au revoir lorsqu’elle est partie à l’université. Entre Luke et Nadia, il y a toujours ce fœtus et une fin d’amour avortée par la lâcheté de Luke. Chacun poursuit sa route avec ces amputations.

Les personnages sont peut-être un peu trop manichéens. Nadia, la dévergondée, l’aventureuse, celle qui refuse l’ordre établi et Aubrey, la pure (elle se marie vierge), la soumise, celle qui rentre dans le rang. J’ai été étonnée pas la bigoterie, la mainmise de l’église sur la communauté. Ce livre se passe de nos jours et au début, j’ai eu l’impression que cela se déroulait quelques décennies en arrière.

La construction du livre est très intéressante et donne sa force au livre. A chaque début de chapitre, une Mère raconte, sans émotion, comme une vieille histoire passée. D’ailleurs, à ce moment, le récit est au passé. Voici comment l’une d’elle résume l’histoire d’amour de Nadia et Luke : « Nadia avait batifolé dans le lit de Luke Sheppard, et au printemps, le bébé de Luke grandissait en elle. »

 L’écriture est agréable, sensible, émouvante, mais il m’a manqué un je-ne-sais-quoi (trop lisse). Un livre à l’américaine, très bien léché, très bien écrit sans trop d’aspérité, agréable à lire et qui va se transformer en film. Je comprends qu’il fasse un tabac, mais…

 

Livre lu dans le cadre de l'opération Explolecteurs organisée par LECTEURS.COM

 

 

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Margaret Atwood - C'est le coeur qui lâche en dernier

14 Septembre 2017, 20:11pm

Publié par zazy

C’est le cœur qui lâche en dernier

Margaret Atwood

Traduction Michèle Albaret-Maatsch

Editions Robert Laffont

Août 2017

 450 pages

ISBN : 2-221-19209-5

 

4ème de couverture :

 

Le nouveau chef-d’œuvre de Margaret Atwood, l'auteure de La Servante écarlate.

Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique qui consume les États-Unis. Tous deux survivent grâce aux maigres pourboires que gagne Charmaine dans un bar sordide et se voient contraints de loger dans leur voiture... Aussi, lorsqu'ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir : ils n'ont plus rien à perdre.

À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d'œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison... ou ils sont également logés et nourris ! Le bonheur. Mais le système veut que pendant leur absence, un autre couple s'installe chez eux avant d'être incarcéré à son tour. Et Stan tombe bientôt sur un mot qui va le rendre fou de désir pour celle qui se glisse entre ses draps quand lui n'y est pas : « Je suis affamée de toi. »

Avec C'est le cœur qui lâche en dernier, Margaret Atwood nous livre un roman aussi hilarant qu'inquiétant, une implacable satire de nos vices et travers qui nous enferment dans de viles obsessions quand le monde entier est en passe de disparaître.

 

L’auteur (site de l’éditeur)

 

Margaret Atwood, née à Ottawa en 1939, est l'auteure d'une quarantaine de livres – fiction, poésie et essais critiques. Traduite dans cinquante langues, elle est l'une des plus grandes romancières de notre temps. Aux Éditions Robert Laffont, dans la collection « Pavillons », ont été notamment publiés : C'est le cœur qui lâche en dernier (2017), MaddAddam (2014), Le Temps du déluge (2012), La Servante écarlate (2005), Le Dernier Homme (2005), Le Tueur aveugle (2002, Booker Prize) ou Captive (1998).

 

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Charmaine et Stan jeunes mariés, avaient la vie devant eux, chacun un bon boulot, une maison à crédit, de quoi voir l’avenir peut-être pas en rose, mais certainement pas en noir. Pourtant, suite à la crise qui sévit aux USA, Stan est sans boulot et Charmaine vivote dans son boulot de serveuse dans un bar minable, le PixelDust. Ayant tout perdu, ils vivent et dorment dans leur petit Honda, lui devant pour le cas où il faudrait démarrer en trombe en cas d’attaque, et elle derrière. En désespoir de cause et parce qu’ils n’ont plus rien à quoi se raccrocher, ils saisissent l’opportunité offerte par un projet nommé Positron, largement promu par des publicités télé. Ce projet est une cité voulue idéale, où les citoyens vivent en alternance dans une ville et dans une prison : « Et si chaque citoyen se trouvait être soit gardien, soit prisonnier, le résultat se traduirait par le plein-emploi : pendant qu’une moitié serait en prison, l’autre moitié aurait à garder les prisonniers d’une manière ou d’une autre. Ou bien à garder ceux qui les avaient gardés. »

« Enfin une vision ! Pourquoi ne pas essayer, puisque rien d’autre n’a marché ? »

Alors,  Charmaine et Stan signent, ils la veulent cette vie digne de ce nom. Ed, le présentateur du programme est très persuasif. Si c’était l’aube d’un mauvais jour, ou pas ?

Pour une meilleure optimisation de l’espace, deux couples se partagent la même maison. Un couple en prison, le second dans la maison. Ce ne sont plus des occupants, mais des Alternants, fallait y penser ! Un mois à Positron, la prison, un moi à Consilience, leur « chez eux ». En prison, Stan s’occupe du poulailler industriel et Charmaine est « Chef de l’administration des thérapeutiques ». J’apprends ce que ce titre ronflant signifie… ça fait froid dans le dos. Chacun vaque à ses occupations, Ils vivent bien jusqu’à ce billet trouvé dans la cuisine : « Je suis affamée de toi  - Jasmine » Stan fantasme sur ce billet et… tout dérape, tout part en quenouille, devient vaudevillesque. Adieu la petite vie tranquille, réglée comme du papier à musique.

 Margaret Atwood a le chic pour instiller le doute, me conduire là où je n’attends pas les personnages. Au-delà du vaudeville, se pose la question de la noirceur de l’âme humaine, des calculs, du profit, du désir, du besoin de dominer. «  La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur des hommes » selon Machiavel donc… juste avant que le cœur ne lâche.

Un livre très bien construit. Le découpage, entre gros chapitres et sous-chapitres courts, permet une montée en puissance d’une intrigue qui fait froid dans le dos. Les situations peuvent être drôles, cyniques, sombres, avec plusieurs façons de voir le cœur lâcher en dernier.

Un livre que je n’aurais sans doute jamais lu sans les ExploLecteurs. Il a fallu que je fasse des pauses pour réaliser que cela pourrait devenir réalité et non de la science fiction et cela m’a fichu la trouille. Les « maisons séniors » où sont parqués, pour leur bien-être bien évidemment, les gens d’un certain âge et pas forcément d’un âge certain fleurissent. Nous sommes pistés via téléphones portables, ordinateurs, GPS… Allez, un petit fou dérangé et nous vivrons Positron. Est-ce là le rôle de la science fiction que de nous faire réfléchir à notre façon de vivre ?

Une bonne découverte  lue dans le cadre des Explolecteurs de Lecteurs.com

 

 

 

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Karla Suarez - Le fils du héros

10 Septembre 2017, 19:27pm

Publié par zazy

Le fils du héros

Karla Suarez

Traduction François Gaudry

Editions Métailié

Août 2017

256 pages

ISBN : 9791022606936

 

4ème de couverture :

Ernesto a 12 ans lorsqu’on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir “le fils du héros”, une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.

Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l’histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s’est pas passé comme il l’a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu’on croit.

Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d’une génération écrasée par une vision héroïque de l’histoire et qui a dû  construire, à travers les mensonges et les silences de l’idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.

 « Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s’élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps. »     Público

 

L’auteur (site de l’éditeur) :

Karla Suárez est née à La Havane en 1969, elle est ingénieur en informatique, et vit actuellement à Lisbonne.  En 2000, elle obtient le prix Lengua de Trapo pour son premier roman, Tropique des Silences. Suivront La Voyageuse (2005) et La Havane année zéro (prix du livre insulaire et prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde). Ses ouvrages ont été traduits en plusieurs langues et parfois adaptés au théâtre et au cinéma. En 2007, elle a fait partie de la sélection des 39 meilleurs jeunes auteurs latino-américains du Hay Festival.

 

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« Mon père a été tué un après-midi sous un soleil de plomb… Il était à l’autre bout du monde, dans la forêt obscure d’Angola. Et nous, dans l’île où la vie continuait plus ou moins comme d’habitude, sous notre soleil quotidien. »

A douze ans, Ernesto apprend la mort de son père dans une guerre qui ne les concerne pas, l’Angola est si loin. Le voici devenu le chef de la famille, le fils du Héros pour tout son petit monde. Une carapace dure à porter qui le marque à jamais.

« Maintenant tu es l’homme de la maison, tu n’es plus un enfant. Et les hommes ne pleurent pas, ne l’oublie jamais. ».

Et il ne pleure pas, enfouit tout au fond de lui son chagrin, perd l’innocence propre à l’enfance. S’il n’y avait que le décès de son père ! Juste avant dans leur petit bois, il a vu  Monsieur de Lagardère caresser la joue de Capitaine Tempête. Excuse, cher lecteur, je suis allée un peu vite en besogne. Capitaine Tempête, c’est  l’héroïne de ses rêves et son amie,  Lagardère son ami, Ernesto est le Conte de Monte Cristo. Oui, cette journée, tout son univers s’est écroulé. Mais il n’a pas pleuré, non, il n’a plus pleuré et tout gardé.

Ernst cherche sans fin une trace de son père, espère trouver des camarades de guerre, des personnes qui auraient pu le voir dans ses derniers instants. Il fait des recherches de plus en plus poussées sur la guerre en Angola. Il créé un blogue pour partager des informations avec d’autres blogueurs, chercher des traces, remonter le temps, remplir le vide du père par des faits, des dates… Ce faisant, il met des mots, des faits, des dates sur une guerre dont personne ne veut parler. Ernesto voudrait trouver un sens à l’engagement de son père, un sens à cette guerre, un sens à sa vie. Son obsession du père aura raison de son mariage avec Renata. Installés au Portugal, Ernesto fait la connaissance d’un certain Berto « C’est l’étrange petit bonhomme qui se déplace lentement sur l’échiquier. » Discussion autour d’une partie d’échecs où Berto est maître

« L’Angola avait été l’échiquier où s’était jouée la dernière partie d’échecs de la guerre froide ». « A la guerre comme aux échecs, on dispose de deux armes secrètes : la tactique et la stratégie. L’une consiste à savoir observer, l’autre à savoir réagir ».

Sur cet échiquier mondial, les pauvres soldats sont les pions, ceux qui ne décident de rien et subissent, pour la grandeur d’un pays, d’une idéologie en regard avec la guerre froide.

Je me promène entre hier et aujourd’hui, entre Le fils du héros et l’homme qu’il est devenu, entre Cuba et le Portugal.

Au cours de ma lecture, je vois se modifier le visage de Cuba qui passe de l’euphorie de la Révolution et du Che aux petites magouilles pour survivre, à la longue déliquescence de ce pays abandonné par l’URSS, depuis qu’elle est redevenue la Russie.

La structure du roman est originale. Chaque chapitre porte le nom d’un roman d’un autre auteur (La forêt obscure, Le Bossu, L’Ultime territoire…) très suggestif quant au contenu. Karla Suarez, d’une écriture fluide, avec des pointes d’ironie, fait monter la mayonnaise et offre  une fin surprenante.

Un très bon roman qui met en lumière un pays et son histoire.

 

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Ludovic Ninet - La fille du Van

8 Septembre 2017, 14:51pm

Publié par zazy

La fille du van

 Ludovic Ninet

Editions Serge Safran

Août 2017

208 pages

ISBN : 979-10-90175-71-6

 

4ème de couverture :

Sonja, jeune femme à la chevelure rousse, fuit son passé militaire en Afghanistan et lutte contre ses cauchemars. Elle se déplace et dort dans un van. Tout en enchaînant des petits boulots, elle erre dans le sud de la France.

Échouée à Mèze, dans l’Hérault, elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche, homme aux rêves brisés. Puis se lie d’amitié avec Sabine qui la fait embaucher dans un supermarché, et Abbes, fils de harki au casier judiciaire bien rempli.

Entre Mèze, Sète et Balaruc-les-Bains, sur les bords de l’étang de Thau, tous les quatre vont tenter, chacun et ensemble, de s’inventer de nouveaux horizons, un nouvel avenir.

L’auteur (site de l’éditeur) :

Ludovic Ninet est né à Paris en 1976. Il a exercé le métier de journaliste pendant quinze ans. Il vit aujourd’hui en Vendée.
La Fille du van est son premier roman.

 

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Sonja vit dans son van. Un vieux véhicule tout cabossé comme elle. D’emblée, avec sa « chevelure rousse qui flambe sous la bruine », Pierre est attiré par elle, il conviendrait mieux de dire aimanté « par cet animal nocturne en plein jour, angoissé et sans repères ». Une pancarte autour du cou, elle mendie pour manger, agressive  « belle gueule, mais gueule cassée ».

 Elle fuit les images, les souvenirs. Mariée, un enfant, elle fuit une première fois parce qu’elle ne supporte pas le naufrage de son mariage, son amour finissant,  son mari qui n’a jamais travaillé, ne plus lutter seule pour faire tourner la famille, payer les traites. Elle s’engage en tant qu’infirmière, c’est son métier, en Afghanistan. Elle a vu beaucoup de ses compagnons mourir dans une embuscade où elle a côtoyé l’horreur. De retour en France, le stress post-traumatique lui donne des hallucinations, elle ne supporte même plus son fils et fuit une fois de plus pour ne pas imposer ses délires à sa famille. Dans son van, elle se bourre de comprimés de Lexomil arrosés d’alcool ; ainsi, elle peut pendant quelques heures, chasser les images qui la hantent.

« Une fusillade la réveille.
Elle sursaute, ça tire, ça canarde, elle cille pour émerger et déjà sa bouche colle, c’est la nuit, Sonja, comme toujours les insurgés attaquent la nuit. Elle cherche les balles traçantes mais n’en voit aucune, craint les impacts de roquettes, retient son souffle, d’où tirent-ils, les ordures ? Nouvelle rafale. Elle plaque les mains sur ses oreilles, va pour s’allonger sur la banquette ou mieux, se blottir contre les pédales. Mais elle entend des rires. Pas des cris, des rires, des rires d’enfants. Elle se redresse, risque un regard circulaire. Jamais les enfants ne riaient pendant que ça tirait.
Il ne pleut plus. Elle reconnait l’étang de Thau. Elle aperçoit, au bord de l’eau, un groupe de jeunes adolescents qui font exploser des pétards. On est samedi soit.
Quelle conne.
Elle se gifle. Quelle conne tu fais, répète-t-elle, elle tremble encore, ne se pardonne plus, ne se supporte plus. »

Un grand résumé de sa vie actuelle, son incapacité à revenir à sa vie d’avant, d’avant la guerre, les morts, les fusillades, à ne pas revivre les images de morts et de mutilés.

Pierre, ce colosse aux pieds d’argile fut champion du monde de saut à la perche. Il a côtoyé les anges et la chute fut dure

« Après la médaille d’or ? C’est la fin du voyage. Il y a le grand saut. Puis tu retombes. Et ça peut faire très mal… Je suis aspiré vers le haut mais dessous je sais qu’il y a le vide. »

N’oublions pas Abbes et ses cicatrices jamais entièrement refermées de fils de harki. Il a subi jusqu’à se rebeller et faire plusieurs détour par la case prison.

Ils se soutiennent, évitent de peu des naufrages, espèrent encore et toujours, même Pierre y a cru un instant. Pourtant, les mots ne sortent pas ou difficilement, il y a encore et toujours la détresse, la solitude, le passé, les blessures, ce qu’ils voudraient oublier. Malgré cela ils avancent et de la mort jaillit la vie.

Tout ceci pourrait n’être qu’un mélo, mais Ludovic Ninet ne s’est pas achoppé à cet écueil. Son écriture est dense, ses phrases sonnent juste, alternant atrocité, sensualité, tragique, douceur, espoir et beauté. Une écriture sans fioriture, journalistique (métier de Ludovic Ninet) pour parler des cauchemars de Sonja

Un premier roman époustouflant où Ludovic Ninet sonde l’intime de ces survivants de leur passé qui ne se laisse pas oublier. Une superbe chronique sur des gueules cassées qui essaient grâce à l’amitié et l’amour de fendre l’armure de mort-vivant pour essayer tout simplement de vivre.

Un nouveau petit bijou des Editions Serge Safran et un coup de cœur pour moi.

 

«Elle sait qu'elle perd la boule, le mal n'est pas visible, il ne lui manque ni bras ni jambe, juste une case que la guerre lui a prise, mais qui va la croire ? Un trou s'est ouvert en elle. »

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Erreur interne !

8 Septembre 2017, 11:14am

Publié par zazy

Internal Server Error/Erreur interne du serveur (HTTP 500)

 

Incident sur le serveur (nature non précisée).

Patientez quelques instants et réessayez.


« Précédent
 

ERROR: 500

Voici ce qui apparait lorsque je vais aller sur ma boîte sur laposte.net et ce, depuis hier !

Donc je ne peux lire vos messages

J'attends la solution du staff de laposte.net, mais je trouve ça dur et long !

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