Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
ZAZY - mon blogue de lecture

Djaïli Amadou Amal - Munyal les larmes de la patience

24 Septembre 2019, 13:01pm

Publié par zazy

Munyal Les larmes de la patience

Djaïli Amadou Amal

Editions Proximité

2019

 

4ème de couverture :

Ramla, Hindou et Safira ! Trois femmes, trois histoires, trois destins plutôt liés.

Ramla est mariée à Alhadji Issa, l’époux de Safira. Sa sœur Hindou épousera son cousin Moubarak.

A toutes, l’entourage n’aura qu’un seul et même conseil : Munyal ! Patience !

Mariage forcé, violences conjugales et polygamie, Munyal, Les larmes de la patience, brise les tabous en dépeignant à une dimension nouvelle, la condition de la femme dans le Sahel.

L’autrice (site lecteurs.com) :

Djaïli Amadou Amal est une écrivaine camerounaise engagée contre les discriminations sociales et la condition de la femme dans le Sahel.

Son roman Munyal, les larmes de la patience, paru en 2017 chez Proximité, traite des questions des violences conjugales dans les mariages polygamiques. Ce roman lui permet, une fois de plus, d’irriguer de sa sensibilité le rude combat de l’émancipation de la femme dans le Sahel et en Afrique.

==============================

« Munyal ! Munyal… munyal ma fille !

Combien de fois a-t-elle entendu ce mot ? Combien de personnes lui ont donné ce conseil ? Encore et toujours de la part de tous. Par toutes les circonstances douloureuses de sa vie. On le sait d’ailleurs, on ne conseille le fameux munyal comme remède souverain à tous les maux que dans les moments difficiles. On le sait, c’est dans la douleur qu’on dit à une personne : « supporte ! ». »

Et les femmes peules supportent, supportent, supportent.

Ramla et Hindou, deux demi-sœurs, le père a plusieurs épouses, sont mariées le même jour. Ramla très instruite, aurait tant aimé être pharmacienne, d’ailleurs c’était son plan avec Aminou son jeune fiancé qu’elle aime. Le couperet est tomé, l’oncle l’a promise à un autre,le père s’y soumet, rompt ses fiançailles pour la marier à un riche cinquantenaire dont elle sera la seconde épouse. C’est mieux pour les affaires familiales.

Malgré les supplications, il n’en sera pas autrement, Munyal les filles, munyal !!!

Patience à toi Ramla qui voulait continuer tes études et te retrouve seconde épouse avec obligation d’aider et respecter la première épouse devenue « daada-saare », c’est-à-dire que tu pourrais être corvéable à merci, sans jamais t’en plaindre bien entendu, Munyal, ma fille !

Hindou, elle, sera la femme de son cousin Moubarak, un bon à rien qui a sombré dans l’alcool, la drogue, les filles faciles…

Munyal ma fille ! et honte sur toi qui revient chez ta mère avant une année de mariage parce que ton mari a failli te tuer, que tu t’es sauvée pour protéger ta peau.« Personne ne parut plus que cela scandalisée par mon état. Ce n’était pas un crime ! Moubarak avait tous les droits sur moi et il n’avait fait que se conformer à ses devoirs conjugaux. Il avait certes été un peu brutal, mais c’était un jeune homme en bonne santé et viril ! En plus, j’étais belle comme un cœur ! Il ne pouvait que perdre la tête par tant de charmes. » Munyal ma fille !

Bonnes conseillères, les tantes énumèrent la liste des courses, pardon, de ce qu’elle DOIT être pour son époux chéri :

« Je dois soumission à mon époux !

Je dois être son esclave afin qu’il me soit captif !

Je dois être sa terre afin qu’il soit mon ciel !

Je dois être son champ afin qu’il soit ma pluie !

Je dois être son lit afin qu’il soit ma case !

Je dois épargner mon esprit de la diversion !

Si j’avais compris les conseils de mon père, j’aurais été soumise au désir de mon époux et ainsi, il n’aurait pas été obligé de me brutaliser. J’aurais dû m’estimer heureuse qu’il m’honore. »

Surtout après une nuit de noces terminée à l’hosto avec plusieurs points de suture suite à un viol répétitif ! Le jeune époux pour être certain d’assurer a pris des pilules de Viagra avec alcool et autres drogues, un vrai bouc en rut. Munyal, ma fille, munyal !

« Oui Baaba, je sais, j’ai compris tous tes conseils. Avec mon époux, je ne dois jamais bouder, être colérique ou bavarde, dispersée ou suppliante. Je dois me montrer pudique, reconnaissante, patiente, discrète. Le valoriser, respecter sa famille, me soumettre à elle. Lui apporter mon aide, préserver sa fortune, préserver sa dignité, réserver son appétit. Epargner sa vue, épargner son ouïe, épargner son odorat ». Lorsque Hindou marmonne ainsi, on la traite de folle, de possédée !!

Ce n’est pas mieux du côté de la première épouse, Safira. Elle qui a régné en maîtresse pendant vingt ans sur le coeur et le corps de son époux, le voici qui entre dans la concession au bras d’une jeune épousée, trop jeune. La voici devenue « daada-saare », guide de la maison « Si la maisonnée vit en harmonie , c’est à son mérite et à elle les compliments. Elle jouira alors de considération et estime car elle se sera montrée digne. Si au contraire il y a discorde, alors on indexe logiquement l’aînée ! Ça sera sa faute, de son incapacité à gérer la famille »… La daada-saare est la poubelle de la maison, tous les détritus reviennent sur elle. Elle est le pilier de la concession, le pilier de toute la famille. » Munyal ma sœur, munyal !! Elle entre en résistance et veut en sortir victorieuse, cette nouvelle épouse doit être répudiée. Une grosse partie de sa fortune en bijoux, qu’elle revend, passe chez les marabouts et autres charlatans, jusqu’à ce qu’elle ait une idée de génie (malfaisant). Le grand bénéficiaire est le mari qui feint d’ignorer les tensions, la guerre larvée que mène Première Epouse.

La patience a ses limites, munyal ou pas. Ramla, Hindou, Safira le prouvent chacune à sa manière, selon sa propre psychologie, sa force.

Dieu ! Que le poids de la tradition, de la religion, est dur pour ces femmes peules. La tradition vient par les femmes. Comme il doit être dur d’envoyer sa fille vers un vieil homme, vers un homme qui la battra … Mais « Tu dois savoir une fois pour toutes que tes décisions n’influencent pas que ta vie ». Il y a la mère par peur d’être répudiée, la fratrie dont il faut assurer le train de vie, Les autres épouses qui guettent l’instant de la déchéance. Ce que ressent la jeune épousée n’entre jamais en ligne de compte. Munyal ma fille ! Patiente et supporte avec le sourire.

Dans la nouvelle concession, point de solidarité à attendre « Quand on se sent mal dans sa peau et dans sa vie, on en devient vite égoïste… On ne peut se sentir plus solitaire qu’au milieu des autres. »

Djaïli Amadou Amal d’une écriture simple directe m’a fait entrer dans un monde de violence frontale ou feutrée. J’ai vécu dans les trois concessions, c’est ainsi que les peules appellent leurs demeures où se côtoient beaucoup de monde, coépouses, enfants, parents, grands-parents, « lécheurs de cul » pour les plus riches.

Un coup de coeur pour ce livre au contenu si fort, si prenant, qui a reçu, cette année les prix de la presse panafricaine et Orange du Livre en Afrique. J'aimerais beaucoup que ce livre connaisse une plus grande diffusion en France.

Merci Françoise de m’avoir permis de le découvrir.

 

Voir les commentaires

Keith McCafferty - Les morts de Bear Creek

19 Septembre 2019, 15:07pm

Publié par zazy

Les morts de Bear Creek

Keith Mc Cafferty

Traduction Janique Jouin-de Laurens

Editions Gallmeister

Juin 2019

384 pages

ISBN 978-2-35178-166-1

 

4ème de couverture :

Sean Stranahan, peintre amateur, guide de pêche et détective privé à ses heures perdues, se sent de plus en plus chez lui dans le Montana dont il connaît désormais les rivières comme sa poche. Mais les âpres paysages des Montagnes Rocheuses livrent parfois de macabres trouvailles - comme les cadavres de ces deux hommes exhumés par un grizzly affamé. Le shérif Martha Ettinger fait appel aux talents d’enquêteur de Sean, décidément très convoités : le même jour, il est embauché par un club de pêcheurs excentriques pour retrouver une précieuse mouche de pêche volée. Les deux affaires vont se télescoper sur une piste escarpée menant vers quelques-unes des personnes les plus puissantes de la vallée de la Madison.

Ce nouveau volet trépidant et plein d’humour des aventures de Sean Stranahan et de Martha Ettinger exigera d’eux une action aussi précise qu’un lancer de mouche et aussi rapide qu’une balle.

============================

Nous sommes dans le Montana, région bénie par les dieux de la pêche et de la chasse. La shérif Katie Sparrow et son équipe sont à la recherche d’un randonneur égaré dans le domaine forestier. Oui égarement il y a… cet homme s’envoie en l’air dans une chambre d’hôtel avec sa maîtresse !

Nonobstant, l’équipe part à sa recherche, se font attaquer par un grizzly qui a commencé de déterrer des ossements humains. Sean Stranahan, pêcheur, peintre, guide de pêche et détective à ses heures, est mandaté pour les aider. D’ailleurs, ils découvriront un second cadavre à quelques pas du premier et de vieilles douilles de gros calibres.

En même temps, des passionnés de mouches artisanales lui demandent d’enquêter pour eux suite à la disparition de deux exemplaires très rares et de valeur. J’ai au moins appris que ce genre de petite chose était recherchée.

Par un cheminement escarpé (normal dans cette région montagneuse) les deux affaires vont se trouver liées.

Un polar dans la belle veine Gallmeister et je ne vous dirai rien de l’enquête qui connaît quelques rebondissements. La recette est bonne, je n’ai pas boudé mon plaisir, me suis promenée dans un paysage de montagnes, de rivières emballées. la nature très présente est si bien décrite que je m’y voyais et, l’avoir lu pendant la canicule fut très rafraîchissant.

Un bon polar américain sans gros bras, ni hémoglobine comme je les aime. Peut-être aimerez-vous également, même si la pêche à la mouche ne vous branche pas.

Un polar qui fait mouche.

 


 


 

Voir les commentaires

Jeanne Benameur - Ceux qui partent

18 Septembre 2019, 13:57pm

Publié par zazy

Ceux qui partent

Jeanne Benameur

Editions Actes Sud

Août 2019

336 pages

ISBN 9782330124328

 

4ème de couverture :

Tout ce que l’exil fissure peut ouvrir de nouveaux chemins. En cette année 1910, sur Ellis Island, aux portes de New York, ils sont une poignée à l’éprouver, chacun au creux de sa langue encore, comme dans le premier vêtement du monde.

Il y a Donato et sa fille Emilia, les lettrés italiens, Gabor, l’homme qui veut fuir son clan, Esther, l’Arménienne épargnée qui rêve d’inventer les nouvelles tenues des libres Américaines.

Retenus un jour et une nuit sur Ellis Island, les voilà confrontés à l’épreuve de l’attente. Ensemble. Leurs routes se mêlent, se dénouent ou se lient. Mais tout dans ce temps sus pendu prend une intensité qui marquera leur vie entière.

Face à eux, Andrew Jónsson, New-Yorkais, père islandais, mère fière d’une ascendance qui remonte aux premiers pionniers. Dans l’objectif de son appareil, ce jeune photographe amateur tente de capter ce qui lui échappe depuis toujours, ce qui le relierait à ses ancêtres, émigrants eux aussi. Quelque chose que sa famille riche et oublieuse n’aborde jamais.

Avec lui, la ville-monde cosmopolite et ouverte à tous les progrès de ce XXe siècle qui débute.

L’exil comme l’accueil exigent de la vaillance. Ceux qui partent et ceux de New York n’en manquent pas. À chacun dans cette ronde nocturne, ce tourbillon d’énergies et de sensualité, de tenter de trouver la forme de son exil, d’inventer dans son propre corps les fondations de son nouveau pays. Et si la nuit était une langue, la seule langue universelle ?

L’autrice (site de l’éditeur) :

Entre le roman et la poésie, le travail de Jeanne Benameur se déploie et s'inscrit dans un rapport au monde et à l'être humain épris de liberté et de justesse.

Une œuvre essentiellement publiée chez Actes sud pour les romans. Dernièrement : Profanes (2013, grand prix du Roman RTL/Lire), Otages intimes (2015, prix Version Femina 2015, prix Libraires en Seine 2016) ou L'enfant qui (2017).

===================================

Ouvrir un roman de Jeanne Benameur est toujours une promesse tenue d’un excellent livre.

« Ils prennent la pose, père et fille, sur le pont du grand paquebot qui vient d’accoster. Tout autour d’eux, une agitation fébrile. On rassemble sacs, ballots, valises. Toutes les vies empaquetées dans si peu. »

1910. Eux, ce sont Donato et Emilia, venus d’Italie, non pas pour un avenir meilleur, mais pour changer de vie. Donato, acteur italien, est veuf depuis peu, inconsolable. Emilia a pris la décision pour eux deux ; direction l’Amérique où elle veut être peintre et… LIBRE.

C’est vrai qu’ils détonnent quelque peu dans la foule fébrile, anxieuse des candidats à l’émigration. Lui grande stature, se tient droit avec un livre rouge qui ne le quitte jamais et qu’il lit souvent « Enée », sa bible.

Tout un troupeau humain qui attend le bon vouloir d’un tampon leur permettant d’espérer une vie meilleure. Parmi eux, Emilia a remarqué Esther, Jeune femme venant d’Arménie, seule survivante du génocide. « L’histoire d’Esther Agakian, n’est pas racontable, mais elle est devenue la moelle de ses os. » L’entente est immédiat entre elles, même si elles ne parlent pas la même langue, leurs corps, leurs mains se parlent et se comprennent. Un peu plus tard, le son d’un violon se fait entendre. Gabor joue pour Emilia qu’il a remarqué et les notes de musique lui font un manteau de sensualité. Envoûtée, Emilia danse et d’un geste naturel, dénoue ses longs cheveux.

Andrew Jónsson, aime venir photographier tous ces inconnus venus dans l’espoir d’une vie meilleure. Il vient à la recherche, à la source de ses racines. Son père est venu d’Islande rejoindre le père parti depuis deux ans et sa mère se glorifie d’être la descendante des passagers du Mayflower. Le sujet n’est jamais abordé dans la grande et belle maison, alors, Andrew se faufile dans les couloirs d’Ellis Island pour chercher un signe, chercher son passé et il s’est attaché à Donato et Emilia.

Cette nuit-là, la peur, l’espoir, l’attente, tout part du ventre, des tripes, rien n’est pensé ni intellectualisé. Ils sont là, couchés dans des lits, hommes et femmes dans des dortoirs séparés. Cette nuit, ils accouchent d’une nouvelle vie. Cette nuit, certains osent, d’autres dorment, Donato, de sa belle voix, lit des passages de son Enée. Cette nuit, la chrysalide se transforme (peut-être) en papillon, comme les serpents, ces femmes et ses hommes vont muer

Leur langue maternelle va devenir une langue étrangère, une langue intime.

« La belle langue c’est ce qui les a toujours tenus ensemble, tous les trois, puis tous les deux. Le lien indéfectible, sacré. Est-ce que cela aussi va se fissurer ? » Il faudra bien parler une autre langue, toujours une autre. »

Un superbe livre intense comme leurs vies ; une plume sensuelle, imagée comme une peinture, peut-être celle d’Emilia. Une très belle retrouvaille avec Jeanne Benameur.

 

 

Voir les commentaires

Ayesha Harruna Attah - Les cent puits de Salaga

17 Septembre 2019, 13:33pm

Publié par zazy

Les cent puits de Salaga

Ayesha Harruna Attah

Traduction Carine Chichereau

Editions Gaïa

Septembre 2019

256 pages

ISBN : 9782847209433

 

4ème de couverture :

Elles ont le nom de reines guerrières, et tout semble les opposer. Aminah a quinze ans, guette les caravanes de marchands dans la région de Gonja, vend un peu de nourriture. Bientôt, un raid de cavaliers fait d’elle une captive.

Wurche est une princesse, fille têtue du chef de Salaga, la ville aux cent puits, haut lieu du commerce d’esclaves. Elle a l’âge d’être bientôt mariée, alors qu’elle ne rêve que de pouvoir, en ces temps d’alliances et de conflits entre chefs de tribus, avec les Ashantis de la forêt voisine, avec les Allemands, les Anglais, les Français.

Et il y a Moro, l’homme à la peau si noire qu’elle est bleue. Il vit de la vente d’esclaves mais croit à la destinée, et cède à la beauté.

Les cent puits de Salaga se déroule à la fin du XVIIIe siècle dans l’actuel Ghana, à la période précoloniale et avant que l’esclavage soit réellement aboli. Une histoire de courage, de pardon, d’amour et de liberté.

L’autrice (site de l’éditeur) :

De parents ghanéens tous deux journalistes, Ayesha grandit à Accra. Elle écrit dans différents magazines dont le New York Times Magazine, et collabore à des anthologies. Ses romans ont été sélectionnés pour des prix du Commonwealth et publiés en anglais et néerlandais. Elle est pour la première fois traduite en français.

Ayesha écrit en anglais et vit au Sénégal.

============================

Aminah, sa famille, tout le village, craignent les raids des hommes en noir qui pillent, brûlent et kidnappent les habitants pour en faire des esclaves. Aminah, jeune fille en âge de se marier vit entre les femmes de son père et sa mère. Son père fabrique des chaussures, les vend sur le marché à plusieurs kilomètres du campement et, un jour, il ne revient pas, plus. Un malheur n’arrivant jamais seul, une horde s’abat sur le village, y met le feu et embarque pour une longue marche, les habitants. La voici devenue esclave.

Wurche est la fille du roi qui règne sur les villes jumelles de Salaga et Kpembe. Elle voudrait tant que son père l’associe à la vie monarchique. Elle voudrait tant avoir la même liberté que ses frères. Elle a d’ailleurs refusé plusieurs mariage, et oui, son père lui passe beaucoup de choses et accepte même qu’elle assiste aux réunions où se décident les alliances, les guerres, les raids, mais sans l’y associer. C’est une époque charnière ; la guerre n’a pas encore éclatée en Europe, anglais, allemands, français se disputent les territoires africains. Les alliances se font et se défont entre blancs et noirs ou entre tribus.

Je n’aurais garde d’oublie le beau Moro, l’homme noir et marchand d’esclaves qu’aime Wurche, je peux même dire qu’elle l’a dans la peau.

Les deux femmes vont se rencontrer par le truchement, involontaire de Moro. Suite aux vicissitudes de son état d’esclave, Aminah est conduite dans un puits pour se laver et, sans aucun ménagement, nue, sur la place pour être vendue. Ces puits, il y en a cent, donnent le nom au livre. Retenue par un mystérieux homme qui n’est jamais venu chercher son bien, Wurche l’achète lorsqu’elle prend connaissance de son nom (Moro).

Les voici liées pour quelques temps ou un certain temps.

A travers cette histoire Harruna Attah m’a plongée dans l’histoire africaine, du Ghana avec les rois de petits royaumes, l’appétit des autres souverains et, depuis peu, celles des européens, anglais, allemands, français, la période précoloniale.

Les cent puits de Salaga, ce sont les trous d’eau où les vendeurs et autres cerbères plongeaient les esclaves pour les laver et les enduire de karité avant de les vendre.

Un roman qui ne se contente pas de narrer, mais qui m’a interpellée car ces pratiques esclavagistes sont de nouveau sur le devant de la scène. Pensons à tous ces hommes, femmes et enfants détenus et vendus en Libye. Une pratique que nous pensions heureusement disparue ressurgit. Et puis, tous ces jeux politiques d’alliances entre petits états et grandes puissances ou entre grands états pour une mainmise sur les richesses africaines, rien n’a changé. Wurche et Aminah veulent toutes les deux acquérir leur indépendance, un combat toujours d’actualité.

J’ai aimé ce livre pour ce qu’il m’apprend. Toutefois et je regrette un manque de tripes dans ce livre alors que la vie des deux personnages féminins le permettait, voire le demandait. Une lecture en demi-teinte.

 

 

 

 

Voir les commentaires

Brigitte Prados - Dans l'entre-deux Boby

8 Septembre 2019, 21:33pm

Publié par zazy

Dans l’entre-deux Boby

Brigitte Prados

Editions NomBre7

184 pages

octobre 2018

ISBN : 9782368324967

 

 

4ème de couverture :

Entre la Méditerranée et la garrigue, rythmé par les descentes et les montées, Boby Lapointe, avec ses trois étages, n’est pas un immeuble comme les autres. Les portes s’y ouvrent et s’y ferment sur des instants de vie, calmes ou tumultueux.

Des événements secouent la vie de voisins, profondément humains, touchants, graves, drôles parfois, dans cette société désenchantée où se côtoient étroitement la précarité, le terrorisme, les nouvelles technologies, l’égoïsme. Des faits et des actes fabriquent des miséreux, des égarés, des déchirés, des éplorés. Si certaines douleurs sont incontournables, intolérables, elles peuvent être allégées par un partage vrai et authentique.

Ce roman rend hommage à Boby Lapointe, grand couturier des mots, par des clins d’œil saupoudrés ça-et-là.

L’autrice (site de l’éditeur) :

Brigitte Prados a grandi la Méditerranée à ses pieds. Son parcours en littérature est une succession de rencontres avec les êtres et avec les livres. Après avoir connu le bonheur d'être maman deux fois, pratiqué le C.D.D renouvelable, elle a abordé la Nouvelle en collaborant à des recueils collectifs. Elle a reçu le prix de la Short Littérature Printemps 2013, dans la catégorie Texte court, sur le site de Short édition.

Dans L’entre-d’eux Boby est son premier roman, écrit sous le soleil jaune d’œuf dans l’air bleu héraultais qui mûrit de belles récoltes de figues, de raisins, et d’olives.

==================================

Habiter l’Hérault et se prénommer Héraultine, quoi de pus naturel comme jeu de mots lorsque l’on habite un immeuble baptisé « Boby Lapointe », vous savez les mamans poissons, les glaces à la vanille… Bref, un petit génie du bon mot et de la bonne chanson française que les moins de … Ne peuvent pas connaître. Souvent, un petit air me vient aux lèvres.

Mais revenons à cet immeuble où habite Héraultine et son chat. Tout le monde se connaît, c’est vrai qu’il n’est pas bien grand et chacun se rend de petits services ou bien des grands,selon les aléas de la vie.

Héraultine est orpheline, ses parents sont morts le 11 septembre dans les tours jumelles de New-York qu’elle regardait avec effroi à la télévision. Depuis, elle porte sa peine, son chagrin, le dépose un peu chez le psy et, au chômage, elle aide ses voisins, chercher un peu de chaleur chez et avec eux.

Les voisins. Dolorès et Vital perclus de chagrin suite au décès in vitro de leur enfant. Les larmes de Dolorès sont toujours à la pointe de ses cils, heureusement, les aiguilles à tricoter sont là comme deux béquilles. Dolorès, douleurs – Vital, vitalité

Camille et Dominique, deux prénoms unisexes, sans genre, pour deux charmantes demoiselles qui vivent un si grand amour. Madame Cabotine, veuve inconsolable, qui ne cabotine plus et promène son chagrin. Et puis, il y a Babette, Babette si seule avec son vieil âge et son arthrose. Héraultine y va quasiment tous les jours, lui fait un brin de ménage accompagné d’un bouquet de conversation

Brigitte Prados nous emmène chez Boby où Héraultine consigne sur un cahier ces faits divers qui sont de toute saison et pas réservé uniquement à l’hiver. Tous ces gestes qui relient les habitants les uns aux autres où l’on peut vivre sans fermer sa porte

J’ai aimé son humour, ses mots. Je n’ai pas lu ce livre d’une traite, il me fallait laisser le temps au temps, on ne s’incruste pas chez les gens. Des extraits de vie pas toujours rigolos, quelques fois tendres, d’autres humoristiques, ou encore durs. La vie quoi.

Malheureusement, je n’ai pas pu m’accrocher aux habitants, je les ai regardés vivre, certes avec grand plaisir, mais je n’ai pas participé, l’autrice m’a laissée spectatrice de leurs vies.

Un premier roman qui en appelle d’autres, l’écriture est séduisante. Avec ce livre, je découvre une nouvelle maison d'éditions

Livre qui voyage par la grâce de Mimi. Merci à toi d'avoir laissé la porte d'entrée ouverte, merci à l'autrice pour son petit mot charmant. Le livre poursuit son voyage sans ascenseur, mais avec la poste.

 

 


 

Voir les commentaires

Chi Zijian - Bonsoir, la rose

24 Août 2019, 17:15pm

Publié par zazy

Bonsoir, la rose

Chi Zijian

Traduction Yvonne André

Editions Philippe Picquier

192 pages

mai 2015

ISBN : 9782809710953

 

4ème de couverture :

Il faut d’abord imaginer ce Grand Nord de la Chine aux si longs hivers, les fleurs de givre sur les vitres et l’explosion vitale des étés trop brefs. Puis Xiao’e, une jeune fille modeste, pas spécialement belle, dit-elle, pour qui la vie n’a jamais été tendre :« j’appartenais à une catégorie insidieusement repoussée et anéantie par d’invisibles forces mauvaises ». Et puis Léna aux yeux gris-bleu et au mode de vie raffiné, qui joue du piano et prie en hébreu, dont le visage exprime une solitude infinie. Elle qui avait une vie intérieure si riche, comment pouvait-elle ne pas avoir connu l’amour ? Xiao’e rencontre donc Léna, une vieille dame juive dont la famille s’est réfugiée à Harbin après la révolution d’Octobre. Tout semble les opposer, pourtant on découvrira qu’un terrible secret les lie. C’est un monde où les fantômes côtoient les supermarchés, où les blessures de l’enfance restent vivaces. A la fois désabusé et espiègle, tragique et gai. L’écriture de Chi Zijian est, elle, à la fois étincelante et d’une infinie délicatesse. Un auteur qui n’a pas fini de nous enchanter

L’autrice :

Chi Zijian est née en 1964 dans la province de Heilongjiang, où elle réside toujours. Elle commence à publier dès 1985. Son écriture tour à tour sensible et poétique s’attache à décrire les réalités les plus banales de la vie. En 2008, elle a obtenu le grand prix Mao Dun pour son roman Le Dernier Quartier de la lune. Trois de ses ouvrages ont paru aux éditions Bleu de Chine : Le Bracelet de Jade, La Danseuse de Yangge et La Fabrique d’encens. Elle est le seul écrivain à avoir obtenu trois fois le prestigieux prix Lu Xun

==============================

 

« Léna Ji fut ma troisième logeuse à Harbin. Elle avait plus de quatre-vingts ans lorsque j’ai fait sa connaissance. »

Nous sommes dans le Grand nord de la Chine où les hivers sont si froids. Xiao’e, jeune femme ordinaire, correctrice dans une agence de presse, loue une chambre chez une veille dame Léna Ji.

Léna, juive a fui les pogroms de Russie, la Sibérie où elle habitait avec ses parents pour passer de l’autre côté en Mandchourie et s’est fixée là malgré la révolution chinoise. Entre les deux femmes, deux mondes, deux façons de vivre qui vont s’apprivoiser petit à petit. Lena, cultivée, lettrée joue du piano ; Xiao’e, villageoise, toute empotée, à la vie sentimentale chaotique, ne se voit ni belle, ni intelligente. Les deux femmes, en miroir, se dévoilent grâce ou à cause de conflits qui naissent entre elles. Avec Léna, Xiao’e apprend à s’aimer. Rien que de très classique me direz-vous. Oui, mais… Non… grâce à l’écriture tout en élégance, belle, de Chi Zijian et la traduction d’Yvonne André qui a su en garder rythmique et musicalité.

C’est un livre subtil, nostalgique, poétique où l’émotion est à fleur de mots. « Quand elle parlait des fleurs de prunier, je ne sais pourquoi, les yeux de Léna s’embuaient. Les histoires de fleurs dont parlent les femmes sont la plupart du temps teintées de nostalgie. » 

La force et le sel de ce livre sont la découverte, à travers Léna, de la fuite des juifs après la révolution russe et leur arrivée en Mandchourie. J’apprends son histoire au fil des pages, tout comme celle de Xiao’e, bâtarde conçue lors d’un viol dans le cimetière du village, sur la tombe de son grand-père. Des personnages complexes, secrets, entourés de la nature, de cette région que Chi Zijian décrit avec tant d’amour.

C’est le troisième livre de Chi Zijian que je lis et ce ne sera pas le dernier, car J’apprécie de plus en plus son écriture et son univers et la découverte d’une certaine Chine.

« Les pivoines sont les reines des fleurs, mais même ces fleurs splendides se fanent le moment venu. A quoi bon de regretter de mourir ? »

« La mélancolie a sa beauté, une beauté que l'intéressée doit savourer dans la solitude »

« J’aime la neige, car sur Terre, j’ai peu de vrais amis, et quand il neige, j’ai toute une bande d’amis qui tombent du ciel, sans hostilité, sans nuisance, sans moquerie. »

Voir les commentaires

Vanessa Bamberger - Alto Braco

22 Août 2019, 17:13pm

Publié par zazy

Alto Braco

Vanessa Bamberger

Editions Liana Levi

Janvier 2019

240 pages

ISBN : 9791034900749

 

4ème de couverture :

Alto braco, «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du plateau de l’Aubrac. Un nom mystérieux et âpre, à l’image des paysages que Brune traverse en venant y enterrer Douce, sa grand-mère. Du berceau familial, un petit village de l’Aveyron battu par les vents, elle ne reconnaît rien, ou a tout oublié. Après la mort de sa mère, elle a grandi à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot tenu par Douce et sa sœur Granita. Dures à la tâche, aimantes, fantasques, les deux femmes lui ont transmis le sens de l’humour et l’art d’esquiver le passé. Mais à mesure que Brune découvre ce pays d’élevage, à la fois ancestral et ultra-moderne, la vérité des origines affleure, et avec elle un sentiment qui ressemble à l’envie d’appartenance.

Vanessa Bamberger signe ici un roman sensible sur le lien à la terre, la transmission et les secrets à l’œuvre dans nos vies.

L’autrice :

Vanessa Bamberger vit à Paris. Après Principe de suspension (2017), elle rend hommage à l’Aubrac envoûtant de ses aïeules et à l’univers des éleveurs avec Alto braco (janvier 2019).

========================

« Nous étions le 30 octobre et j’enterrais Douce »

Douce, c’est sa grand-mère maternelle, celle qui l’a élevée avec sa grand-tante, Granita, au-dessus de leur bistrot en proche banlieue parisienne. Les deux sœurs sont venues de leur Aubrac natal pour travailler à la capitale et monter leur affaire, ce bistrot « Le Catulle » qui tient à sa bonne réputation. C’est que l’on n’est pas feignantes chez les deux sœurs inséparables ! Sa mère est morte peu de jours après la naissance de Brune et, son père, elle ne le voit plus depuis qu’il a quitté Paris pour retourner dans l’Aubrac et reprendre la ferme à la mort de son père. C’est ainsi que les choses doivent se passer, là-bas.

Brune qui, en parole, reniait son Aubrac a supplié sa petite-fille de l’enterrer dans le cimetière de Lacalm, au pays, où elles ne sont jamais retournées.

Le moment pour Granita et Brune de retrouver, de renouer avec le pays. Retour au pays des souvenirs de vacances pour Brune et retrouvailles avec les cousins pour Granita.

Tout un passé, un monde rural, des paysages que Vanessa Bamberger fait renaître, que je reconnais et qui m’enchante encore et toujours. Les secrets sont légions dans les familles et leurs découvertes culbutent les descendants. Chacun de nous vient d’une terre, certains l’oublient un temps, mais le désir revient toujours car « Il ne faut pas oublier d'où l'on vient. Ou plutôt, il faut savoir d'où l'on vient pour pouvoir l'oublier. »

Brune fait connaissance avec son passé, celui de ses ascendants. Les révélations vont l’étourdir, la faire vaciller mais, une fois digérées,  être le socle sur lequel elle poursuit sa route.

Une belle lecture qui m’a permis de retrouver l’Aubrac, Alto Braco, ce pays pauvre où les jeunes partaient à Paris pour servir dans les cafés et monter leur propre affaire. Les auvergnats de Paris… Toute une histoire !! En retour, ils ont permis à leur pays de vivre. Maintenant l’Aubrac est un pays riche de son passé, de ses traditions, de sa ruralité, financièrement -la terre y est chère- et le paysage varié ravit mon regard.

Un livre émouvant, nostalgique que je rapproche du livre de Paola Pigani, « Des orties et des hommes », tous les deux chez Liana Levi

 

 

 


 

Voir les commentaires

Jelena Bačić Alimpić - Dernier printemps à Paris

21 Août 2019, 17:21pm

Publié par zazy

Dernier printemps à Paris

Jelena Bačić Alimpić

Traduction du serbo-croate Alain Cappon

Editions Serge Safran

août 2019

336 pages

ISBN : 9791097594251

 

4ème de couverture :

Pianiste de talent reconvertie dans le journalisme, avec une vie de couple qui bat de l’aile, Olga part en reportage à Toulon. Elle doit y recueillir le témoignage d’une vieille femme russe pensionnaire depuis longtemps d’un sanatorium. Cette Maria Koltchak, qu’on a dit folle, affirme être une ancienne détenue du goulag stalinien et désire se confier avant de mourir. Au fil des entretiens, Olga est happée malgré elle par son histoire poignante. On assiste à une tragédie familiale sur fond d’histoire de l’URSS. Aidée par le directeur de l’hôpital, Olga tente de renouer chacun des fils d’un récit palpitant marqué par la trahison et l’espoir. Elle remonte avec Maria dans les profondeurs de ses souvenirs, notamment celui de la recherche de sa fille disparue. À travers ses yeux, la jeune femme découvre Moscou, la Sibérie, elle retourne là où tout a commencé, lors d’un dernier printemps à Paris…

L’autrice (site de l’éditeur) :

Jelena Bačić Alimpić, née en 1969 à Novi Sad en Serbie où elle habite, est journaliste, auteure d’émissions documentaires pour la télévision, animatrice et directrice à la chaîne de télévision Pink. Sa carrière littéraire commence en 2010 avec le prix « Zlatni Hit Liber », puis se poursuit avec d’autres romans comme Poslednje proleće u Parizu [Dernier printemps à Paris, 2014].Dernier printemps à Paris est le premier roman de Jelena Bačić Alimpić traduit en français.

============================

« Je suis née en Russie en 1919 dans une famille d’intellectuels. »Maria, ses parents et son frère sont russes. Son père, militaire, à la révolution est restée fidèle au Tsar. Sa mère, Natalia Romanovska, pianiste promise à une grande renommée. Ils font des séjours pour ou moins longs à Paris selon les dangers encourus. C’est lors du dernier séjour à Paris qu’elle tombe amoureuse de Viktor Fiodorov que son père tient en grande estime. Ils sont amoureux, fougueux et se fiancent. Avec l’accord chaleureux des parents. Pourtant ils doivent retourner en URSS, pressé par son frère Aleksei qui soupçonne les membres du NKVD de les appréhender très prochainement. « Je ne t’abandonnerai pas, murmura-t-il. Tu le sais, n’est-ce pas ? » Ce sont les dernières paroles de Viktor

Les voici dans leur nouvel environnement fait de privations et d’angoisse lorsqu’elle se découvre enceinte. Le réaction de Viktor n’est pas celle qu’elle attendait « Sans un mot Viktor tourna les talons ».

Plus tard, d’autres bruits de pas se font entendre et cinq hommes en uniforme de la police secrète se présentent, accompagnés de Viktor « Ivan Romanovski ! Vous êtes accusé de trahison contre l’État et Joseph Vissarionovitch Staline ! Suivez-nous sans opposer de résistance ! ». Olga, désignée par Viktor lui-même, est embarquée elle aussi, direction le goulag aux confins de la Sibérie. Son père sera exécuté. La purge stalinienne est en route. « Ton fiancé ?… Espèce de grosse vache ! Imbécile ! C’est un agent spécial du NKVD Et un des meilleurs ! »

Quinze années de goulag, quinze années d’enfer par la « grâce » de son fiancé. Elle y a accouché d’une petite fille qui lui a été enlevée pour la donner à un couple après un an auprès d’elle. Elle a résisté malgré cela. « Maxime Gorki a dit que la Sibérie était la terre de la mort et des chaînes. A juste raison. Sauf qu’il n’y avait pas de chaînes. A quoi bon ? Personne ne se serait risqué à fuir ce trou perdu, il ne serait arrivé nulle part. Tenter de s’échapper relevait du suicide. Parcourir des centaines et des centaines de kilomètres à travers cette forêt vierge aurait eu raison de toute créature vivante. Quelques vingt millions de personnes ont connu le goulag. Très peu ont survécu à cette monstrueuse fabrique de mort. »

Les conditions de vie au goulag, l’enfermement, les manques, la dureté, l’injustice, la faim, la vermine... je les découvre en écoutant Maria raconter sa vie à une jeune journaliste, Olga Lachaise, envoyée par son journal Le Point. Elle doit écrire un long article sur cette survivante de quatre vingts ans qui a échoué, sur les ordres russes, dans un sanatorium à Toulon.

La propre vie d’Olga frise le mélo et j’ai eu quelques craintes sur le déroulement du livre. Las ! Mes craintes étaient vaines. Les dix jours qu’Olga passe à écouter Maria Koltchak raconter sa vie, les dénonciations pour un rien ou sans raison, des suppôts du Petit Père des Peuples, les conditions de vie inhumaines du goulag et encore et toujours, la peur de la délation qui peut vous envoyer en Sibérie ou dans une fosse commune. La fin donne un autre angle de vue sur la vie d’Olga.

Lorsque Olga demande à la vieille femme de s’exprimer en russe, celle-ci répond « Quand je pense en russe, plus encore quand je prononce des mots russes à haute voix, je sens l’air se rafraîchir… l’hiver revenir et, avec lui, la Sibérie, la Taïga ;.. Le froid me ferre... »

Jelena Bačić Alimpić, grâce aux éditions Serge Safran, voit son premier roman traduit et publié en France et… quel livre passionnant que je n’ai pu lâcher avant le point final. Le titre résonne tristement après ma lecture. La trame est romanesque, mais la vie dans le goulag est une triste vérité.

« Ma libération est intervenue à la fin de l’année 1953. Personne ne nous avait dit à nous, les prisonniers, que Staline, l’un des plus grands criminels de l’Histoire, était mort… Je me demandais comment il se pouvait qu’un homme jouisse d’un pouvoir tel que nul n’avait osé, de son vivant, s’opposer à lui, ni prévenir les crimes et bains de sang qu’il commettait…. Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Staline avait liquidé un million d’innocents en seulement trois ans… On l’estime supérieur à vingt millions. »

Rappel vers L’archipel du goulag de Soljenitsyne dont je n’ai lu que le premier tome

Un des très bons livres de ma rentrée littéraire 2019


 


 

Voir les commentaires

Agustina Bazterrica - Cadavre exquis

15 Août 2019, 12:53pm

Publié par zazy

Cadavre exquis

Agustina Bazterrica

Traduction Margo Nguyen Béraud

Editions Flammarion

Août 2019

304 pages

ISBN : 9782081478398

 

4ème de couverture :

Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation. Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération » reçue en cadeau. Il est irrésistiblement attiré par elle, même si tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain.

Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ sans difficulté. Elle y parvient en nous précipitant dans un suspense insoutenable, tout en bouleversant notre conception des relations humaines et animales. Cadavre exquis est un roman tout à la fois réaliste et allégorique, d’une brûlante actualité.

 

L’autrice :Agustina Bazterrica est née à Buenos Aires en 1974. Cadavre exquis, son premier roman, a remporté le prestigieux prix Clarín en 2017.

=================================

« Demi-carcasse. Etourdisseur. Ligne d’abattage. Tunnel de désinfection. Ces mots surgissent et cognent dans sa tête. Le détruisent. Mais ce ne sont pas seulement des mots. C’est le sang, l’odeur tenace, l’automatisation, le fait de ne plus penser. Ils s’introduisent durant la nuit, quand il ne s’y attend pas. Il se réveille le corps couvert de sueur car il sait que demain encore il devra abattre des humains. »

La « Transition » est passée par là. Tous les animaux ont été contaminés par un virus mortel transmissible à l’homme (mais est-ce bien vrai?) et tous éradiqués. Interdiction formelle de conserver des animaux chez soi sous peine de finir comme eux.

« Il se souvient du jour où la Grande Guerre Bactériologique a été annoncée. L’hystérie collective, les suicides, la peur. Après la G.G.B. , il n’a plus été possible de manger d’animaux car ils avaient contracté un virus mortel pour les humains. » C’est la version officielle et une autre version circule sous le manteau, bien caché pour ne pas risquer de finir comme les animaux et comme des animaux.

Maintenant, les humains mangent de la « nourriture spéciale » comme le dit la pub à la télévision. On veut bien le faire, mais on ne peut ou ne veut pas le nommer car les humains mangent de la viande… humaine. Mais attention, ce ne sont pas des gens, mais du bétail humain, élevé comme du bétail. Ce sont des têtes à transformer « Personne ne doit plus les appeler « humains » car cela reviendrait à leur donner une entité ; on les nomme dont « produit » ou « viande », ou « aliment ».

 

Tous les étages du métier de la viande que nous connaissons actuellement existent. Monsieur Urami, tanneur, parle de la peau fraîche qu’il reçoit pour les tanner et la difficulté du métier. Le boucher découpe et vend, dans les abattoirs, les têtes ne sont pas mieux traitées que dans certains abattoirs actuellement….

Marcos, le narrateur travaille dans un abattoir, bras droit du patron, il sélectionne les têtes à la demande des clients. Que tout cela lui pèse !! Il lui faut durer pour payer la maison de retraite de son père. Cela lui permet également de survivre à la mort de son bébé et le départ de sa femme. Ce bétail, il le voit de plus en plus comme des congénères, surtout lorsque le patron d’un abattoir lui fait un cadeau embarrassant.

Agustina Bazterrica met le doigt sur la propagande et l'influence que cela a sur la population ; réflexion sur notre propension à avaler et digérer le système proposé et bien que le livre soit une dystopie, rappelons-nous, la nature humaine est ce qu’elle est.

A bien y regarder c’est, peut-être, une façon de palier à la surpopulation ! Tu n’est pas d’accord, allez, à l’abattoir. La mal bouffe n’est pas réglée pour autant car, il y a plusieurs classifications, les PGP, (Première Génération Pure) « têtes nées et élevées en captivité, qui n’ont subi aucune modification génétique et ne reçoivent pas d’hormones de croissance » sont des mets de choix, alors que pour les autres, bouffez des hormones de croissance !

Toute dystopie doit être crédible et ce livre ne fait pas exception dans l’horreur des phrases écrites sérieusement, simplement… Ce qui rend les faits encore plus cruels. L’homme est un loup pour l’homme et la théorie du complot fleure bon la peur qu’elle occasionne (sortir avec un parapluie pour ne pas être contaminé par les chiures des oiseaux) « Tu ne te rends pas compte qu’ils nous manipulent ? Qu’ils nous font bouffer entre nous pour mieux contrôler la surpopulation, la pauvreté, la criminalité. Tu veux que je continue la liste ? »

Une fois ouvert, je n’ai pu me détacher de ma lecture, sauf pour faire un tour de jardin et digérer les pages que je venais de lire, comme pour « Anima » de Wajdi Mouawad.

Un livre qui interroge sur la condition, les valeurs humaines, la marchandisation forcée. Rappelons-nous, juste un petit retour en arrière, ou simplement un tour d‘horizon, qu’il ne faut pas grand-chose pour que la manipulation fonctionne et qu'une épuration ethnique survienne

Merci à Babelio et Flammarion pour cette lecture édifiante et ce superbe premier roman

 

 

 

Voir les commentaires

Marie Sizun - La gouvernante suédoise

4 Août 2019, 14:53pm

Publié par zazy

La gouvernante suédoise

Marie Sizun

Editions Arléa

Collection 1er Mille

août 2016

320 pages

ISBN : 9782363081162

4ème de couverture :

Quel rôle joue exactement Livia, la gouvernante suédoise engagée par Léonard Sézeneau, négociant français établi à Stockholm en cette fin du XIXe siècle, pour seconder sa jeune femme, Hulda, dans l’éducation de leurs quatre enfants ? Quel secret lie l’étrange jeune fille à cette famille qu’elle suivra dans son repli en France, à Meudon, dans cette maison si peu confortable et si loin de la lumière et de l’aisance de Stockholm ? Il semble que cette Livia soit bien plus qu’une domestique, les enfants l’adorent, trouvant auprès d’elle une stabilité qui manque à leur mère, le maître de maison dissimule autant qu’il peut leur complicité, et Hulda, l’épouse aimante, en fait peu à peu une amie, sa seule confidente. Rien ne permet de qualifier le singulier trio qui se forme alors. Que sait Hulda des relations établies entre son mari et la gouvernante ? Ferme-t-elle les yeux pour ne pas voir, ou accepte-t-elle l’étrange dépendance dans laquelle elle semble être tombée vis à vis de Livia ?

L’autrice :

Marie Sizun est née en 1940. Elle a été professeur de lettres en France puis en Allemagne et en Belgique. Elle vit à Paris depuis 2001 mais revient régulièrement en Bretagne où elle aime écrire.

En 2008 elle a reçu le grand Prix littéraire des Lectrices de ELLE, et celui du Télégramme, pour La Femme de l’Allemand ; en 2013 le Prix des Bibliothèques pour Tous ainsi que le Prix Exbrayat, pour Un léger déplacement ; en 2017 le Prix Bretagne pour La Gouvernante suédoise.

Vous n’avez pas vu Violette ? est son dixième livre publié chez Arléa.

======================

Marie Suzin, à partir d’un journal secret, de rares photos comble les trous, en réinvente l’histoire de Livia, son arrière grand-mère.

Nous sommes au dix-neuvième siècle. Année 1867.Hulda , fille d’une famille bourgeoise suédoise, épouse, à dix-sept ans, Léonard Sézeneau, quadragénaire, français, divorcé de sa femme anglaise. Rapidement les enfants arrivent. Léonard, souvent absent pour ses affaires de négoce en vins (il faut bien faire vivre la famille), engage Livia pour seconder son épouse. Livia est issue d’une famille de théâtreux. Les enfants s‘attache à cette gouvernante qui, elle-même s’attache à la famille. Elle les suivra dans leur départ précipité en France à Meudon. Léonard est de moins en moins présent, de lus en plus taciturne, l’argent commence à manquer et à Meudon, Hulda s’enfonce dans la mélancolie. Livia devient la colonne vertébrale de la maisonnée.

Ce qui devait arriver arriva, Livia et Léonard deviennent amants. Un enfant, que Livia abandonne, naît de cette union. Le triangle amoureux reste formé. Souvenons-nous que Livia n’est qu’une employée et que les amoures ancillaires ne sont pas tendres pour les femmes. Enceinte de Léonard, elle cache son état à tout le monde, abandonne son enfant à la naissance et retourne s’occuper de Hulda et de ses enfants.

Un livre mélancolique où Marie Suzin dessine des portraits de femmes par petites touches. Elle fait revivre l’atmosphère bizarre de la maison dans l’attente du retour de Léonard. La solitude, le sentiment d’abandon, la mélancolie de Hulda sont très palpables.

Scénario convenu, réaliste, très Flaubertien qui m’aurait rapidement lassée s’il n’y avait l’écriture de Marie Sizun. Une lecture en demi-teinte


 

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>